MUNAÉ

Musée national de l'Éducation

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Les moulages de sculptures : des objets au service de l’enseignement du dessin

  • Publié le 19/02/2020

Le Munaé conserve un ensemble de plusieurs dizaines de moulages en plâtre, qui constitue la part la plus visible de sa collection de sculptures.


Parmi les œuvres célèbres reproduites figurent le Buste de Bénévent, la Tête de Gudea, le buste de Caton, le buste de Cicéron, une cariatide, le buste de « La Korê boudeuse»,  la  Vénus d'Arles  et le Mars Borghèse,

 la tête de cheval Medici-Riccardi , le buste de Démosthène, une tête d’Omphale , mais aussi pour la période moderne le buste de Voltaire par Houdon , celui de Mme du Barry par Pajou, le buste de Napoléon par Antoine-Denis Chinard ou encore un Esclave de Michel-Ange .

 

Leurs provenances sont diverses : lycées, écoles, collèges, école normale d’institutrices et pensionnat. L’examen de la liste complète des œuvres et les indications portées sur ces modèles permettent d’y reconnaître pour la plupart des productions des ateliers de moulage de l'École nationale des Beaux-Arts, largement diffusées selon les instructions de 1879 et de 1906. Parmi les pièces les plus significatives et les plus nombreuses se trouvent des moulages d’antiques principalement conservés dans les collections nationales, mais aussi des œuvres postérieures, notamment de la Renaissance et du XVIIIe siècle, sans évoquer les très nombreux moulages d’architectures. 

Cet ensemble, auquel font écho les collections encore conservées in situ dans certains établissements scolaires comme le lycée Gambetta de Tourcoing voir ici  constitue aujourd’hui un remarquable repère pour saisir la manière dont la sculpture a pu servir l’apprentissage du dessin, tel qu’il est théorisé au début des années 1880. Largement conditionnés par la vision du sculpteur Eugène Guillaume (1822-1905), les programmes de 1880-1882 se structurent alors autour du dessin géométrique et du dessin d’imitation, ce dernier requérant des modèles reconnus par l’institution, et pour cela essentiellement tirés de la sculpture antique. Etablie par le ministère selon les niveaux d’établissements (primaire, primaire supérieur, école normale, collège et lycée), la liste compte en 1906 jusqu’à 170 pièces pour l’enseignement secondaire. Cette méthode est toutefois remise en cause par la réforme de l’enseignement du dessin de 1909, qui élargie les références à d’autres domaines que la sculpture gréco-romaine : l’enseignement primaire supérieur s’ouvre ainsi à l’art français, et l’enseignement secondaire à une période longue courant de l’Egypte antique aux temps modernes, ce qui explique la présence dans la collection du musée d’œuvres relevant de périodes variées. Par le choix des modèles, cette méthode d’enseignement, qui perdure jusqu’aux années 1960, s’avère fondamentale dans la constitution du goût des élèves.

 

Cette conception utilitaire de la sculpture, essentiellement vouée à développer l’habileté graphique des futurs adultes, se retrouve sans surprise dans l’enseignement professionnel, comme en témoignent les photographies prises en 1899 dans les ateliers de l’Ecole primaire supérieure professionnelle de Clermont-Ferrand et ou bien, vers 1925, dans ceux de l’Ecole Pratique de Commerce, d'Industrie et d'Industrie Hôtelière de Grenoble. Dans les deux cas, les réalisations des élèves relèvent essentiellement de motifs décoratifs repris de la tradition historique, certes éloignés de la création artistique du temps, mais en cela significatifs de la manière dont le terme « sculpture » est alors entendu par l’institution scolaire.

Ce texte reprend l’article suivant : Nicolas Coutant « La sculpture à l’école : les collections du Musée national de l’Education », Sculptures : Etudes sur la sculpture (XIXe – XXIe), n° 6, 2019, p. 111-116

Pour en savoir plus : Renaud d’Enfert et Daniel Lagoutte, Un art pour tous, le dessin à l’école de 1800 à nos jours, Paris, INRP, 2004