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National Museum of Education

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Une campagne de prévention contre la gastro entérite du nourrisson dans les Centres Sociaux Éducatifs en Algérie 1955-1962

  • Publié le 28/04/2020

A l’heure où le coronavirus se développe poussant la moitié de la population mondiale au confinement, revenons sur un cas d’une maladie infectieuse qui, au milieu du XXe siècle, tue un enfant sur trois dans des conditions particulières de l’Algérie française.


Cette maladie de gastro-entérite a été contenue dans certains endroits grâce aux campagnes de prévention développées par le Service des Centres Sociaux Éducatifs en Algérie (SCSE), service créé à l’initiative de l’ethnologue Germaine Tillion.

Les Campagnes de sensibilisation du SCSE

A partir des besoins exprimés par les populations et/ou constatés par les équipes de terrain du SCSE, les projets d’enseignement et d’apprentissage du SCSE sont menés à travers des campagnes utilisant tous les outils pédagogiques (brochures, sérigraphies, tracts etc.) créés au sein du Service.

Chaque campagne, réalisée à partir des remontées du terrain, définit les étapes et la méthode que les éducateurs.trices mettent ensuite en application dans les différents centres sociaux éducatifs concernés. Plusieurs campagnes sont réalisées par le SCSE relevant de domaines très variés : la campagne « Maida » et ailleurs, de fenêtres (fabrication de tables basses), la campagne « Ta ruche » (fabrication de ruches pour le développement de l’apiculture), des campagnes sanitaires, comme « le Trachome » etc.

Ici nous nous arrêtons sur la campagne « Gastro-entérite du nourrisson »

Dans les années 1955-1960, la gastro-entérite est pour une grande part à l'origine de la mortalité infantile, extrêmement élevée en Algérie, un nourrisson sur trois meurt de ce virus qui est considéré jusque là par les familles comme une volonté de Dieu.

En tant qu'établissement de l'Éducation nationale, le SCSE a misé sur l'éducation sanitaire pour modifier les comportements. Afin de rompre avec ce fatalisme de la mort, une campagne contre cette maladie virale est réalisée au SCSE, elle cible des mères analphabètes en grande partie, ne possédant pas le niveau d’instruction requis pour la lecture de brochures. C’est pourquoi cette campagne se matérialise par l’image et le son.

 

Sensibilisation par l'image et le son

La campagne de sensibilisation contre la gastro-entérite du nourrisson s’étale sur plusieurs étapes. Elle est diffusée à l’aide de messages vocaux, dans la langue des intéressées, et de deux séries d’affiches : la première fait le constat de la situation  et réactive le message de peur, de terreur qu’inspire la maladie, en en montrant les symptômes bien connus des mères, tandis que la seconde met en évidence l’importance des simples gestes d’hygiène comme barrières à l’agent pathogène.

Les messages vocaux sont diffusés et les affiches sont exposées dans la salle d’attente de la salle de soins, très fréquentée par les femmes. Les uns comme les autres sont commentés dans les cours d’éducation sanitaire, et dans les cours d’alphabétisation.

Ces affiches sont de couleurs suffisamment expressives pour éveiller l'intérêt des mères et des futures mères.

Une première série de quatre planches de sensibilisation

-  L'allaitement au biberon de l'enfant bien portant. (1)

-  Les  symptômes de la gastro-entérite. (2,3)

-  La maladie de l'enfant. (4)

 

       

Crédits Col. Privée. Réalisations d’artistes travaillant au Service des Centres (au centre de recherches pédagogiques et au centre de productions audiovisuelles)

L’objectif ici est de susciter chez chaque femme une réflexion sur des expériences vécues par beaucoup d'entre-elles, afin de la sensibiliser aux risques qui, jusqu'alors, n'étaient pour elles qu'une manifestation de la volonté de Dieu.

 Une deuxième série de quatre planches rappellent aux femmes les précautions élémentaires à prendre pour préserver leur nourrisson (prophylaxie élémentaire, régularité des tétées, etc.).

  

  

Crédits Col. Privée. Réalisations d’artistes travaillant au Service des Centres (au centre de recherches pédagogiques et au centre de productions audiovisuelles)

Cette campagne de sensibilisation contre la « Gastro-entérite du nourrisson » illustre les préoccupations du SCSE pour prévenir ce facteur majeur de la mortalité infantile en Algérie à cette époque.

LE SERVICE DES CENTRES SOCIAUX EDUCATIFS EN ALGERIE, 1955-1962

Le contexte historique

En 1955, plus de 80 % des « français-musulmans », soit 7 millions, sont des paysans pauvres ou des « bidonvillois ». 1.683.000 enfants d'âge scolaire n'ont pas de place à l'école, soit 4 enfants sur 5.

Le Service des Centres sociaux (SCS)

Le SCS est créé en 1955 par l’ethnologue Germaine Tillion dans un contexte de guerre pour venir à l’aide de la population rurale et, en zone urbaine, de celle des bidonvilles qui vivent dans des conditions socio-économiques et d’hygiènes très dégradées qu’elle qualifie de « clochardisation » - Pour y remédier, elle imagine ce dispositif dont l’ambition première est d’offrir à ceux qui n’ont pas eu accès à l’école des services et des formations, une « armure » dit Germaine Tillion.

« Le centre social est un organisme animé par un corps d'éducateurs doté des moyens nécessaires pour assurer l'évolution d'une collectivité vers un mieux-être. » (Bulletin de liaison, 1957, n°1, Education nationale en Algérie)

Activités des centres sociaux

  • des activités sanitaires : soins courants ; éducation sanitaire (hygiène, puériculture)
  • une aide sociale : conseils, informations, démarches administratives
  • l’alphabétisation des adolescents et adolescentes
  • la préformation professionnelle des adolescents (de 14 à 17 ans) : utilisation d'outils usuels,  apprentissage de techniques simples
  • la formation familiale et ménagère pour les adolescentes (filles de 10 à 15 ans) : confection de vêtements, règles d’hygiène, puériculture, etc.
  • la préscolarisation pour les enfants de 8 à 10 ans : enseignement élémentaire (lire, écrire, calculer, parler)
  • l’alphabétisation des adultes
  • des ateliers pour adultes : fabrication d’objets (fenêtre, grillage, moustiquaire, ruche,…vêtements, tricot…)
  • l’éducation agricole en collaboration avec les services de la direction de l'agriculture et des forêts

Chaque centre social dispose de moyens éducatifs variés consistant essentiellement en matériels audio-visuels (magnétophones, appareils de projection) et en documents édités spécialement à son intention (brochures, films fixes et animés, messages enregistrés, émissions de radio et de télévision éducatives, livres de lecture, journaux pour primo alphabétisés, etc.) – réalisés essentiellement au Centre de Formation pour l'Éducation de Base (CFEB) un des établissements du SCSE.

Pour en savoir plus :

Vous pouvez consulter ou louer l’exposition itinérante « Le service des Centres sociaux 1955-1962. Une initiative de Germaine Tillion »