La classe, l'œuvre!

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Valoriser les projets éducatifs artistiques et culturels

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De l'esclavage au métissage

  • 2018 -
  • MUSÉE BASQUE ET DE L'HISTOIRE DE BAYONNE -
  • Collège Albert Camus

Les élèves de 4e du collège Albert-Camus de Bayonne ont découvert l'exposition "Tromelin, l'île aux esclaves oubliés" qui raconte l'histoire tragique de la flûte l'Utile, armée par la Compagnie des Indes Orientales et partie de Bayonne le 1er mai 1760, pour ravitailler l'ïle de France (actuelle Ile Maurice). Des esclaves, achetés en fraude au cours de ce voyage commercial, furent abandonnés par l'équipage sur l'Île de Sable, un minuscule îlot désert de l'Océan Indien suite au naufrage du bateau.

Les élèves ont eu un coup de coeur pour cette histoire aussi terrifiante que fascinante, cette histoire incroyable de périple, d'abandon, de survie, d'espoir et enfin... d'humanité.

Ils ont réalisé un travail d'écriture en se mettant à la place d'un survivant sur l'Île de Sable et ont rédigé des lettres imaginaires jetées  à l'eau, des bouteilles à la mer, dans l'espoir qu'elles soient trouvées et lues... Ce travail a été produit en anglais et en espagnol.

D'autres ont réécrit certaines planches de la BD de Sylvain Savoia, Les esclaves oubliés de Tromelin, en anglais et en espagnol.

Mais l'évocation de cet événement tragique est également l'occasion de revenir sur plusieurs siècles de métissage. Issus de cultures et origines diverses, les élèves apportent leur contribution artistique en créant une oeuvre musicale célébrant les richesses du métissage. Ils réinterpréteront un chant traditionnel colombien "Los Negritos de Shango" transmis par les musiciens de la Fundacion Tumaco lors d'un atelier percussions et joueront des musiques afro-caribéennes "Duerme, duerme negrito...".

Œuvre étudiée

Vue de Bayonne, prise à mi-côte sur le Glacis de la Citadelle

Joseph Vernet
Ce tableau est sans aucun doute la représentation peinte la plus célèbre et la plus appréciée de Bayonne. Il a été réalisé au cours du séjour de Vernet à Bayonne entre juillet 1759 et mai 1761. L'oeuvre fait partie d'une commande royale de Louis XV, passée en 1753 à Joseph Vernet, qui est alors le plus grand peintre paysagiste du moment. Vernet travaille de manière méticuleuse, à partir de plans, puis en se rendant sur place pour examiner les lieux, effectuer des relevés et des croquis. Le tableau, qui représente la ville et le port à la lumière de la fin de l'après-midi, est, en raison de sa précision et de la rigueur du travail de répérage et de documentation, une source d'information historique de toute première importance sur la physionomie de Bayonne à cette époque. La cathédrale, encore inachevée, sans ses flèches rajoutées entre 1875 et 1878, domine le profil de la ville où l'on reconnaît également les Allées Boufflers, le Château-Neuf, l'église du couvent des Jacobins (détruite à la Révolution), le pont Saint-Esprit en bois (construit en pierre entre 1846 et 1849), le fort du Réduit sur la confluence et la Porte de France (démolis en 1909), l'estacade sur la Nive, les ponts en bois sur la Nive (pont Mayou et pont Pannecau, l'hôtel de Brethous (édifice de style rocaille construit en 1732 par Messonnier), l'ancien Hôtel de Ville, les allées Marines et, au premier plan, au pied de la Citadelle, les entrepôts Lavoye. Le port de Bayonne a une triple vocation : port de commerce, de guerre et de pêche. 90% de son commerce à l'époque se fait avec l'Espagne voisine. C'est aussi le point de déchargement d'une grande partie de marchandises en provenance de son arrière-pays basque et gascon. Le tableau montre une grande diversité de bateaux de rivière en activité à cette époque : tilhole, chalibardon, chaland, dourau, galupe. On y voit aussi de nombreux bateaux de commerce, dont certains sont armés d'une rangée entière de canon (comme c'est le cas de l'Utile qui quitte le port de Bayonne le 1er mai 1760, lorsque Vernet peint son tableau. Le bateau battant pavillon hollandais, visible au centre, pourrait être le Frietzland, envoyé de Lorient, pour compléter le chargement de l'Utile. Deux sites dédiés à la construction navale sont visibles. L'Arsenal de la marine royale où ont été construites les flûtes l'Utile et l'Adour, se trouvait rive droite de l'Adour, en aval de la Citadelle, il n'est pas visible sur le tableau. Ce tableau est un prêt du Musée de la Marine (Paris).

Établissements

  • Collège Albert Camus 18 BIS AVENUE SAINTE CROIX 64100 Bayonne 05 59 55 01 90

Compte rendu du projet et médiation

Avant la nuit européenne des musées

Thème : culture et création artistique (Histoire / Langues et littérature / Musique / Education civique et morale).

Partenaires : Musée Basque de Bayonne ; Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, pôle de Bayonne Pays Basque ; La Fundacion Tumaco (Colombia) ; Canopé Opération La classe l'oeuvre.

Calendrier :

10 et 12 octobre 2017. Rythmes de Colombie. Avec Harold Tenorio, musicien et anthropologue.

15 octobre 2017. Concert à la Cité des Arts de Bayonne.

11 et 18 octobre 2017 : visite de l'exposition Tromelin au Musée Basque ; 16 janvier 2018 : atelier "La traite négrière" aux Archives départementales.

19 mai 2018 : La nuit des Musées, La classe l'oeuvre.

Enseignants : Sophie Douat-Bertin ; Geneviève Saez, Maider Etchecopar ; Antoine Robles ; Stéphane de Oliveira Freire.

Les enseignants ont proposé aux élèves un travail d'écriture ciblé : "Se mettre à la place d'un survivant sur l'île de Sable et rédiger une lettre imaginaire jetée à l'eau, une bouteille à la mer, dans l'espoir d'être trouvée et lue...". Les élèves se sont livrés à l'exercice en anglais et en espagnol.

Pour d'autres, c'est la BD de Sylvain Savoia "Les naufragés de l'île Tromelin" qui a été à la fois le déclencheur et le support d'un deuxième travail. Ils ont choisi la planche de BD qu'ils préféraient et l'ont réécrite avec leurs mots en anglais et en espagnol.

Mais l'évocation de cet événement tragique est également l'occasion de revenir sur plusieurs siècles de métissage. Issus de cultures et origines diverses, les élèves apportent leur contribution artistique en proposant des oeuvres musicales célébrant les richesses du métissage : Los negritos de Shango, chant traditionnel colombien, transmis par les musiciens de la Fundacion Tumaco (Colombie) lors d'un atelier percussions.

Le Musée Basque leur a proposé un espace visible pour présenter leur travail, une occasion de les aider à développer leur confiance en eux et de réaliser une oeuvre, allant de l'idée à la représentation publique, afin de la faire partager au plus grand nombre.

D'autre part, il y a une oeuvre centrale à ce projet : l'imposant tableau de Vernet. Il est apparu comme le lien essentiel qui traverse le temps et évoque le passé glorieux de la ville aux majestueux chantiers navals. Du port de Bayonne à Saint-Domingue, de la Côte d'Or à Tromelin, les élèves nous feront traverser mers et océans comme le firent naguère marchands et esclaves. C'est un peu comme si la petite histoire des élèves s'inscrivait dans une Histoire plus grande, avec leurs modestes oeuvres côtoyant l'oeuvre d'art, leur accordant à tous deux une importance égale, le temps éphémère d'une exposition.

Après la nuit européenne des musées

Les élèves ont commenté le tableau Joseph Vernet aux visiteurs, souvent déconcertés par les changements opérés depuis environ 250 ans dans le paysage urbain. Ils ont présenté l'histoire des Esclaves oubliés de Tromelin via leur travaux d'écriture. Les intermèdes musicaux (chants Somos los negritos de Shango, Armstrong de Claude Nougaro...) ont réuni le public à deux reprises dans la soirée.