La classe, l'œuvre!

La classe, l'œuvre !

Valoriser les projets éducatifs artistiques et culturels

  • Imprimer

Cabinets de curiosités (le statut de l'objet)

  • 2016 -
  • MUSÉE BUFFON -
  • Collège Pasteur

«Une collection ne se définit pas par son contenu. Sa première caractéristique est de
rassembler des objets naturels ou artificiels qui sont extraits du circuit d'activités utilitaires
et économiques
»1.


Autour d’une interrogation sur la nature de l’objet, les élèves de 6e du collège Pasteur de
Montbard sont invités à découvrir l’univers des cabinets de curiosités de la Renaissance et
des cabinets d’histoire naturelle du XVIIIe siècle. Des prolongements avec des oeuvres du
XXe siècle montrent que la culture de la curiosité, propre à provoquer émerveillement et
étonnement est encore bien vivante.


La collection permanente du musée Buffon autorise une approche globale de la question de
l’objet, de son statut de chose à celui d’objet de science et d’objet exposé au musée.
L’exposition temporaire « Fossiles, naissance d’une science » qui se tiendra du 2 avril au 2
octobre 2016 proposera une immersion dans les cabinets d’histoire naturelle et les
questions qui taraudaient les naturalistes sur la nature de ces pétrifications.
Oiseaux, coraux, coquilles, crocodile au plafond, statuettes antiques, papillons, squelettes et
fossiles, insectes, reptiles, minéraux et bézoards, sphères armillaires, microscopes et
télescopes : les élèves découvrent ce qu’est une collection et ce qui fait la spécificité des
objets d’un musée. Ils abordent aussi les différentes facettes de la vie du musée et de ses
missions : conservation avec la visite des réserves, recherche et inventaire, collections et
exposition, textes et cartels.


Accompagnés par Christine Sobota (documentaliste du collège pasteur) et Marie-Jo
Dumanet (professeur d’Arts plastique) pour le collège et par Lionel Markus (directeur du
musée-site Buffon) et Marion Lenoir (médiatrice culturelle du musée-site Buffon), les élèves
sont engagés dans la conception et la réalisation d’un catalogue des collections. Un
illustrateur (Laurindo Feliciano) initiera les élèves au graphisme et aidera à la conception du
catalogue dans l’esprit des planches de l’Histoire naturelle ou de l’Encyclopédie.
Entre rareté et curiosité, science et croyances superstitieuses se côtoient dans une
représentation du monde et de ses origines. Ces ancêtres des musées sont de véritables
catalyseurs de connaissances et invitent les élèves à créer leurs propres représentations par
la photo et le dessin.


A partir d’un échantillon d’objets sélectionné par les élèves, ils se concentrent sur la place de
ces objets dans le musée (leur cohérence dans la collection, l’idée qu’ils véhiculent mais
aussi numéros d’inventaire et informations scientifiques disponibles) pour créer des
illustrations et des textes descriptifs courts. Dans le catalogue, une double page centrale
permettra de créer librement son propre Cabinet de curiosités suivant son inspiration et ses
centres d’intérêts.


1 Krzysztof Pomian, Collectionneurs, amateurs et curieux, collection Bibliothèque des Histoires,
Gallimard, Paris, 1987.

Œuvre étudiée

Cabinet de curiosités

Divers
Les cabinets de curiosités « Un théâtre très étendu, renfermant les matériaux propres et les reproductions exactes de la totalité de l’univers » pour se « procurer rapidement, facilement et sans danger une vraie et singulière connaissance du monde ainsi qu’une sagesse admirable. » (Samuel Quiccheberg, Inscriptiones vel Tituli Theatri Amplissimi, 1565) C’est sur cet ambitieux programme que se base implicitement l’activité de tous ceux qui recueillent, ordonnent et étudient toujours plus nombreux depuis le XVIe siècle les artificialia et les naturalia, les trésors de l’art et les merveilles de la nature. L’origine des cabinets de curiosité remonte aux pièces renfermant les trésors sacrés des temples grecs, puis des églises. C’est dans le passage du religieux au laïque, du trésor public de l’Eglise au trésor privé du prince que Julius von Schlosser, l’un des grands spécialistes de la question, situe l’origine de la culture de la curiosité. L'objectif des curieux n'est pas d'accumuler ou de répertorier la totalité des objets de la nature et des productions humaines comme le tenteront les encyclopédistes au XVIIIe siècle, mais plutôt de pénétrer les secrets intimes de la Nature par ce qu'elle propose de plus fantastique. En collectionnant les objets les plus bizarres qui l'entourent, le curieux a la sensation de pouvoir saisir, de surprendre le processus de Création du monde. Le terme de « cabinet de curiosité » désigne à la fois le contenant et le contenu. Ainsi, les panneaux, armoires, cabinets et tiroirs ne répondent pas au seul souci de préserver ou de cacher, mais aussi à celui d’insérer tel ou tel objet dans un réseau de significations ou de correspondances. Découvrir des liens cachés, une proximité entre les réalités les plus lointaines (géographiquement parlant) et les règnes les plus divers… permettra au spectateur une véritable révélation, une ouverture sur le secret contenus dans les objets. Le dénominateur commun de ces lieux d’étude et de collection tient donc au système et à la variété des matières réunies : naturalia, mirabilia, scientifica, exotica. Ou encore : spécimens d’histoire naturelle, fossiles, échantillons de botanique ou de zoologie dans leur formes normales ou anormales ; peintures, sculptures, or et argent, textiles, objets de métal, de céramique ou de cire, instruments scientifiques, automates, objets ethnographiques… L’objet de maîtrise humaine (tour de force artisanal ou chef-d’œuvre artistique) y côtoie la preuve de la maîtrise divine (prodige naturel, relique ou trace de miracle). L’idée d’une continuité entre l’art et la nature et d’une correspondance, plus ou moins secrète ou magique, entre l’homme et la nature, traverse l’histoire des cabinets de curiosités. compléments Les cabinets apparaissent à une époque où la science ne se préoccupe pas encore des séries et des lois naturelles mais de l'accidentel. Les curieux ont l'impression de pouvoir saisir l'infinie richesse du monde dans ses produits les plus bizarres. On s'intéresse aux points de passage entre un règne et un autre. L'ambiguïté entourant l'origine des fossiles et du corail par exemple éveille la curiosité. On s'interroge sur leur nature, s'ils sont d'origine végétale ou minérale. Ces objets semblent être dans une phase intermédiaire entre deux états et la confusion qui règne à leur sujet provoque l'intérêt. On espère surprendre les secrets de la création dans ces phénomènes transitoires. Toute chose répondant à ces critères sera donc avidement recherchée. Essentiels sont donc, dès l’apparition des cabinets, vers le milieu du XIVe siècle, les jeux d’écho ou de réverbération entre ces deux pôles. Les cabinets se distinguent par l’accent qu’ils mettent sur l’un ou l’autre des types d’objets. Une tension existe souvent entre la visée scientifique (rassembler des objets qui offriront autant de matériaux pour l’analyse) et l’ambition de refléter toute la variété et la diversité de la création. Cette volonté de mêler art et nature et les excès s’accentue dans la seconde moitié du XVIe siècle, tendance que favorise l’ouverture sur le Nouveau Monde, réserve inépuisable de bizarre. Mirabilia On peut ranger dans cette catégorie les restes, réels ou supposés, des corps préhistoriques ou fabuleux (empreintes de géants, émeraudes gigantesques, défenses d’éléphant)…. La miniature est également une donnée du merveilleux, nature support de l’art, tour de force technique. Ajoutons à cela les objets traditionnellement requis par le cabinet tel que la défense de licorne, le bézoard, la mandragore, l’oiseau de paradis, le bois pétrifié ou le corail… L’hybride apparaît enfin comme l’un des ressorts fondamentaux du merveilleux car il trouble les catégories attendues… Parce qu’elle provoque le regard, entraîne l’interrogation, la merveille joue un rôle essentiel dans l’histoire de la curiosité. Automata On pourrait sommairement diviser en deux catégories les objets de fabrication humaine représentés dans les cabinets. D’un côté l’on a les objets exotiques (exotica) de provenance lointaine et de l’autre les objets à travers lesquels on perçoit le génie humain rivalisant avec les forces divines.

Établissements

  • Collège Pasteur 10 RUE JEAN ROSTAND 87 21506 Montbard 03 80 92 02 00

Compte rendu du projet et médiation

Avant la nuit européenne des musées

Quatre classes du collège Pasteur de Montbard ont pu bénéficier d'une double visite : découverte du cabinet de curiosités des collections permanentes du Musée Buffon, du statut de chaque objet : historique, mémoriel, naturel... appartenant aux différents règnes de la nature. Quels enseignements nous donnent-ils sur notre rapport au monde ?

Parallèlement, les enfants ont pu visiter les réserves du Musée Buffon et découvrir ce qui fait le métier de conservateur : comment un objet arrive au musée, comment il est conditionné, conservé... et pour quoi faire ?

Ces deux temps permettent d'envisager le rôle d'une collection et de découvrir les différentes facettes de la vie du musée et de ses missions.

Les élèves ont photographié les oeuvres rencontrées puis les ont dessinées sur place et repris en classe et mis en scène pour créer leur propre cabinet de curiosités avec des notes, des jeux...

Trois rencontres à venir vont leur permettre de mener à bien les dernières étapes du projet :

* création d'un livret imprimé qui sera remis aux visiteurs lors de la nuit des musées à partir de leurs observations, de leurs questionnements qu'ils souhaitent faire partager aux publics

* entraînement pour la prise de parole autour de trois thèmes : qu'est-ce qu'un cabinet de curiosités ? Comment interpréter un objet dont il reste peu d'éléments ? Qui était Buffon ?

* répétition générale le jour de la nuit des musées par petits groupes (environ 20 enfants sur les 80 élèves ayant participé au projet seront présents le samedi soir de 20h à 21h30.

Après la nuit européenne des musées

Près de 150 personnes ont pu bénéficier lors de la nuit des musées de la médiation mise en place par les collégiens de Louis Pasteur. Par binômes, les élèves se sont répartis dans l'espace d'exposition permanente pour présenter : l'histoire des cabinets de curiosités, la manière de collecter et de conserver des collections des différents règnes et Buffon. Le retour très positif des visiteurs a poussé les jeunes à rester au-delà des horaires convenus et d'assurer jusqu'à 22h30 la médiation des collections permanentes.


Ce projet a été mis en avant par le site internet du ministère de la culture : http://www.culturecommunication.gouv.fr/Actualites/En-continu/La-classe-l-oeuvre-les-enfants-a-la-rencontre-de-l-Histoire