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Valoriser un espace fragile (2nde, géo)
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Domaine de Certes et de Graveyron
© Conservatoire du littoral
Niveau : seconde GT.
Discipline : géographie.
Durée : 4 séances de 2 heures.
Présentation
Nous proposons de travailler sur l’estuaire de la Gironde. Les zones estuariennes dans le monde sont au cœur des échanges maritimes, concentrent parmi les métropoles les plus vastes et contribuent amplement à la production économique, à l’échelle mondiale comme à l’échelle locale. Le choix de l’estuaire de la Gironde n’est pas hasardeux : outre ses dimensions, qui en font le plus vaste d’Europe, il offre des possibilités d’études très variées : la diversité de son écosystème, l’ancienneté de son occupation, le développement des activités économiques, animent un système géographique dynamique et passionnant. Aborder l’estuaire comme un système, c’est admettre que tout influence sur un élément peut avoir des conséquences sur l’ensemble du système. Ces influences, ces forces, ces dynamiques, sont à la fois internes et externes, connaissent des temporalités et des rythmes différents, mais interrogent sur le devenir de cet espace, tant dans sa dimension naturelle que dans son façonnement humain. La pression humaine à toutes les échelles, le changement climatique global, les vécus et perceptions de l’espace en font un espace fragile mais valorisé en permanence.
Comment construire un équilibre entre la satisfaction des besoins humains et la nécessité d’entretenir cet espace sans le « patrimonialiser » au point de le scléroser ? L’estuaire doit s’étudier, ici, avec trois dimensions en tête : potentialités, contraintes, risques.
Déroule possible
Séance 1. Introduction
Objectifs :
- Localiser l’estuaire de la Gironde.
- Introduire la notion de système en géographie.
- Présenter le site du Conservatoire du littoral et les principales sources utilisées.
- Présenter le projet directeur de la séance : l’élaboration d’un itinéraire écotouristique - modalités, enjeux, limites.
Selon la Société internationale d’écotourisme, trois mots sont d’abord associés à cette notion :
- « conservation » : il s’agit tout à la fois de préserver et transmettre le patrimoine bio-culturel, entendu comme le résultat de la nature et de la culture ;
- « communauté » : l’écotourisme est présenté comme une source de revenus, c’est-à-dire comme un moyen de construire, développer et employer des communautés locales ;
- « compréhension » : cela traite de la vertu morale de cette pratique du tourisme, c’est-à-dire la prise de conscience qu’il provoque chez les touristes qui fréquentent les lieux d’écotourisme.
On aura compris la proximité évidente avec la notion de développement durable. D’ailleurs, les deux termes, écotourisme et développement durable, naissent à peu près en même temps, en 1987 pour le développement durable, en 1992 pour l’écotourisme, mais ce dernier ne connaît une diffusion plus large qu’au début des années 2000, avec le choix de faire de l’année 2002 l’année de l’écotourisme. La notion a varié mais veut mettre en relation nature, société et éducation de façon nouvelle, à l’opposé d’une pratique massive et consumériste du tourisme et de l’espace. La pratique de l’écotourisme n’est pas sans impacts, environnementaux ou culturels, qu’il ne faut pas négliger, parmi lesquels se trouvent les accidents, la croissance rapide qui provoque une rupture de charge dans l’accueil, le manque de capital de départ, les incertitudes à court terme – à ce titre, la crise du coronavirus souligne la dépendance d’espaces et de sociétés à l’activité touristique – et les incompréhensions culturelles entre communautés locales et populations touristiques. Le moins à négliger est le marketing, qui construit une représentation de l’espace visé par l’écotouriste. Une représentation commerciale, donc réductrice et parfois décevante.
Un itinéraire écotouristique doit donc prendre en compte ces données, soit l’environnement naturel, social et culturel, mais sans tomber dans le piège du marketing. Le défi est de construire un équilibre entre trois dimensions (écologique, culturel/éducatif, aventure), sans mettre en péril ni contester les modes de gouvernance du territoire. L’échange et le dialogue sont au cœur de cette pratique de l’espace, qui doit éviter les ruptures, limiter les risques, rester relativement personnalisée et indéniablement humaine, soit dans l’empathie.
Ce qui suppose de proposer des modes de déplacement doux. Dans le cas de l’estuaire de la Gironde, les possibilités sont multiples : vélo, voies navigables, voyages à pied ou à cheval, voire organiser l’intermodalité de ces moyens de locomotion.
Cette rencontre peut laisser entendre des hébergements qui créent les conditions de la rencontre sociale et culturelle avec l’observation et la compréhension de l’environnement. Habitat temporaire ou définitif, l’hébergement doit être pensé dans le sens d’une valorisation de cet environnement bio-culturel. Péniches, cabanes, etc., peuvent être proposées. Ce qui pose un autre problème : l’accessibilité. Les écotouristes quittent l’espace urbain, en général, et sont donc habitués, notamment dans les grandes villes, à cette accessibilité, qui entraîne la mise à disposition de nombreux services, comme le transport de bagages, internet, des soins médicaux. Autrement dit, comment s’éloigner dans la proximité ?
Les élèves auront donc à :
- identifier des étapes sélectionnées en fonction de leur intérêt écotouristique ;
- imaginer le(s) mode(s) de transport entre ces étapes ;
- identifier le lieu de l’hébergement, sélectionné en fonction des critères écotouristiques ;
- imaginer des guides (papier, numérique via QR Code par exemple) pour accompagner sur l’étape les écotouristes ;
- déterminer les acteurs qui interviennent dans l’organisation et la vie de cet itinéraire : les institutions et les populations ;
- imaginer une forme de bilan pour les écotouristes, les acteurs et… les élèves eux-mêmes !
Pour aborder l’estuaire de la Gironde de manière variée, nous proposons aux élèves de se lancer dans la réalisation d’un itinéraire écotouristique. Par-delà une pratique originale de la géographie, les élèves ont l’occasion d’observer et de comprendre comment des populations créent un espace, c’est-à-dire se l’approprient, l’aménagent, le transforment et le vivent.
Ils observeront cet espace avec des approches complémentaires, historiques, économiques, sociales, culturelles, mais aussi écologiques, biologiques, ce qui peut être l’occasion de faire participer d’autres disciplines à ce projet.
Réaliser un itinéraire suppose une certaine familiarité avec l’espace, au moins avec cartes et documents, voire une sortie sur le terrain, pour observer les paysages, rencontrer les acteurs de l’espace, se faire son propre regard sur l’espace, mais un regard ouvert, construit, critique.
Les principales ressources sont les suivantes :
- Le site internet du Conservatoire du littoral
- Géoportail
- Edugéo (accessible via Eduthèque)
- Google Maps
- Cartographie du Conservatoire du littoral : cet outil peut servir à visualiser les espaces urbanisés du littoral
- Atlas des risques en Gironde
- Ressources photos du Conservatoire du littoral :
- Classement par auteurs des photos, sites précisés
- Les rivages charentais
- Les rivages de l’estuaire de la Gironde - Documentaire vidéo Thalassa, « L’estuaire de la Gironde »
Séance 2. Découvrir l’espace estuarien : milieu ou environnement ?
Objectifs :
- Définir des notions en géographie : milieu, environnement
o Projet : d’une définition scientifique à une vulgarisation de la définition pour l’introduire dans une fiche de présentation du parcours écotouristique - Définir l’estuaire comme un environnement.
o Projet : présenter dans un schéma les principaux éléments de définition de l’estuaire comme environnement ; penser un visuel pour un guide écotouristique (trois éléments, flèches, accessible) - Observer des images de paysages.
o Projet : le texte d’analyser de l’image peut être intégré à une fiche du guide pour le parcours. - Identifier des dynamiques territoriales.
o Projet : adapter une problématique à un public de non connaisseurs : justifier l’idée du projet pour le présenter à des écotouristes.
Télécharger la fiche méthodologie « L’analyse de paysage ».
Un milieu ?
Dans un premier temps, demander aux élèves (situation de groupe-classe, type cours semi-dialogué) de proposer tous les mots qui leur viennent à l’esprit, associés à « milieu ».
Mots probables : à égale distance de, partie centrale, centre, lieu, position, situer les gens, moment temporel, parmi, situation intermédiaire, conditions, contextes, ce qui entoure, ce dans quoi est placé, ensemble d’éléments matériels, physiques, biologiques, humains, ensemble dans lequel baigne, se développe, évolue, qui influence ou non, entourage, atmosphère, ambiance, cercle, biotope, climat.
À partir de ce premier résultat, leur proposer, dans la même posture, de distinguer ce qui relève de différentes disciplines : géométrie, SVT, sociologie, géographie. Ils prennent alors conscience de la circulation du langage entre les disciplines et d’approches différentes selon ces disciplines. Le but est de distinguer l’approche géographique qui s’approprie un concept pour le reconstruire selon ses problématiques et ses démarches.
Soit les définitions suivantes :
- Le site Géoconfluence propose cette définition : au sens large, le milieu est l'ensemble cohérent des conditions naturelles ou sociales, visibles ou invisibles, qui régissent ou influencent la vie des individus et des communautés dans un espace donné.
- Le Dictionnaire de la géographie et de l'espace des sociétés de Lévy et Lussault indique que le milieu, « en biologie, [est] un cadre contraignant pour un organisme et une espèce, forcés de s’y adapter […] sinon à disparaître ; en sciences sociales, dont la géographie, environnement social dans lequel une composante de la société […] se trouve immergé et avec lequel cette composante entretient des relations interactives diverses constituant tout à la fois une série de déterminants, un ensemble de ressources et un enjeu pour une stratégie d’acteur. »
L’intérêt de cette approche de la découverte de l’estuaire par la définition de milieu est double permet de penser l’estuaire comme un milieu naturel, mais sans déterminisme, c’est-à-dire sans penser les conditions naturelles de l’estuaire comme absolument déterminante, qui soumettraient hommes et activités à ce qu’elles imposent.
Au contraire, penser l’estuaire comme un milieu naturel en géographie remet à l’honneur les conditions naturelles, c’est-à-dire oblige à les penser comme éléments des activités humaines, soit comme formes et ressources de l’espace occupé par les sociétés. Le géographe se réapproprie l’étude des formes du relief terrestre par exemple, en relation avec les sociétés. Par exemple pour mieux comprendre les paysages, sans faire de ces paysages la production immédiate et directe des formes du relief. Les conditions naturelles deviennent des ressources, et peuvent influencer l’action de l’homme. Le point de vue reste toujours celui des sociétés dans leurs relations à la nature, élément de réflexion et position que les élèves doivent garder à l’esprit pour construire l’itinéraire écotouristique.
Pour reprendre les mots de Jérôme Dunlop dans Les 100 mots de la Géographie, le milieu sera l’ensemble des conditions dans lesquelles naissent et se développent les sociétés, la « matrice » de ce qui n’est pas naturel dans leur existence.
Un environnement ?
Dès lors, pour étudier les relations des sociétés à leur territoire, le terme environnement sera préféré. L’intérêt de cette approche est de souligner avec les élèves que, sans prendre en compte la nature dans le rapport des sociétés avec leur territoire, le risque est négligé. Les sociétés créent des interdépendances avec leur environnement naturel. Par leurs actions, elles le modifient et augmentent ou minimisent les risques. Un itinéraire écotouristique est l’occasion pour les élèves comme pour les voyageurs, de prendre conscience de ces relations et de l’existence du risque.
L’enseignant propose les sources iconographiques suivantes :
En cours semi-dialogué, les élèves peuvent noter collectivement ou individuellement, avant une mise en commun avec le groupe-classe et le professeur, ce qui caractérise l’estuaire, à savoir une zone de contacts :
- Contacts océan / fleuve (Garonne – Dordogne) : milieu matin et fluvial.
- Contacts sociétés / nature : un environnement humain et naturel.
- Une zone de contacts entre des espaces de nature différente, soit une interface.
Toujours à partir des images de paysages utilisées, les élèves peuvent tenter d’identifier des milieux naturels, c’est-à-dire espèces animales, végétales, sols, etc. à l’aide d’un tableau :
| Photo | Description | Identification |
À partir des images de paysages et d’un site de cartographie en ligne proposé en introduction, les élèves peuvent tenter de localiser les paysages et d’identifier les formes d’occupation et d’aménagements humains, à l’aide d’un deuxième tableau :
| Photo | Description | Identification |
| Urbanisation | ||
| Espaces agricoles | ||
| Espaces touristiques | ||
| Espaces industriels | ||
| Espaces militaires | ||
| Digues | ||
| Carrelets | ||
| Chenaux, canaux, réseaux de drainage | ||
| Haies |
L’observation et l’identification des éléments qui composent ces images de paysages amènent les élèves à penser l’estuaire sur le long terme. L’occupation est ancienne – les premières vignes par exemple ont été plantées voilà plus de deux mille ans – et les modifications nombreuses. La présence des humains a fait disparaître presque tout élément naturel, c’est-à-dire que la circulation des hommes et le développement de leurs activités sur ce territoire ont créé un espace anthropisé. L’environnement a donc été façonné par les sociétés.
Créer un itinéraire écotouristique n’est pas seulement créer un chemin à travers le temps pour en marquer l’empreinte sur l’espace au sens où il faudrait que l’espace ne soit plus que le réceptacle de pratiques anciennes, héritées, prétendument immuables, mais créer un chemin qui emprunte au passé ces pratiques pour les combiner avec le présent, sur l’espace, et en révéler toute la richesse et la diversité, mais aussi toute la capacité d’innovation pour maintenir un équilibre entre souci de développement économique et social, et contraintes et identités écologiques.
Ainsi, les élèves ont remarqué que l’estuaire est un axe de communication et de transport, c’est-à-dire une zone de passage où les moyens de transport se combinent, parfois de manière incomplète, pour envisager la mobilité des populations et l’échange de marchandises. Un itinéraire écotouristique peut jouer avec cette multimodalité de déplacement : embarcations fluviales, moyens terrestres, survols aériens, etc. Les élèves se positionnent alors comme des acteurs géographiques d’un tourisme durable.
Élèves et touristes potentiels prennent enfin conscience que le paysage, pour être saisi dans sa globalité, sa diversité, sa complexité, doit être abordé de plusieurs points de vue. La verticalité soulignée redonne du volume au paysage, dimension souvent oubliée avec les images de paysage qui restent en deux dimensions et décomposées par plans.
À partir de Edugéo ou de Google Maps qui proposent des outils simples et faciles d’accès, sur une carte, les élèves commencent à tracer cet itinéraire. Avec une légende appropriée, ils marquent les différents modes de transports utilisables.
Séance 3. Développer un territoire : ressources et contraintes dans l’espace estuarien
Objectifs :
- Définir une notion en géographie : développement territorial.
o Projet : c’est l’occasion de présenter les acteurs, les activités, l’intérêt de suivre un parcours écotouristique, par exemple par une description des populations et de leur culture, par une liste de questions/réponses, ou de questions sous forme de jeu, question à poser aux gens rencontrés qui peuvent offrir un bonus de visite aux écotouristes qui ont un certain nombre de bonnes réponses, voire toutes les réponses. Ce bonus est à l’imagination des élèves, mais peut s’appuyer sur des visites supplémentaires, des itinéraires « bis », « alternatifs », des rencontres nouvelles, etc. - Observer des images de paysages.
o Projet : les images peuvent être présentées sous forme de quiz aux écotouristes, ou sous forme de puzzle numérique, avec des questions pour identifier le paysage et les éléments qui le constituent.
L’approche par le développement territorial a ceci d’intéressant qu’il coïncide avec notre angle de travail : il prend en compte les acteurs dans toute leur diversité (les institutions, les collectivités territoriales, les acteurs économiques, les habitants, les individus de passage, le monde associatif, etc.), les occupations du sol et les ressources du territoire.
Dans une perspective de développement territorial, les acteurs doivent s’entendre et produire des ressources pour développer le territoire. Ce qui met l’accent sur un premier point : les ressources ne sont pas données naturellement, mais créées par les sociétés, en réponse à leurs besoins. Tout est ressource, si ce qui devient ressource entre dans un circuit économique, qui présente donc une rentabilité et produit des richesses. La production n’est pas nécessairement immédiate et immuable, elle doit prendre en considération la « matrice » naturelle et les contraintes qui s’imposent. Selon les technologies, les capitaux, les réseaux, les perceptions et les intérêts, ces contraintes sont levées plus ou moins aisément. Cette action sur le milieu naturel peut générer à son tour d’autres contraintes qui agissent sur l’environnement tel que nous l’avons défini plus haut. Tout forme système, dans l’interdépendance, la mobilité et la réaction aux dynamiques exogènes et endogènes.
Dans un premier temps, à partir des images déjà référencées plus haut, complétées par les photos extraites notamment du dossier PDF « Estuaires et îles de la Gironde », les élèves peuvent compléter à deux ou trois, avec un support informatique, le tableau suivant :
| Image de paysage | Source | Éléments de description | Acteurs et activités |
| Page 1 du PDF « Estuaires et îles de la Gironde » | Carrelets | Pèche particulière et professionnelle | |
| Page 10 en haut à droite du PDF « Estuaires et îles de la Gironde » | Bateaux de pêche amarrés à de petits ports | ||
| Page 9 en bas à droite du PDF « Estuaires et îles de la Gironde » | Bateau de croisière, tourisme de masse | Navigation fluviale | |
| Page 7 à droite du PDF « Estuaires et îles de la Gironde » | Prés pâturés | Élevage | |
| Page 6 du PDF « Estuaires et îles de la Gironde » | Champs moissonnés ; plaines céréalières | Céréaliculture, agriculture intensive | |
| Page 9 du PDF « Estuaires et îles de la Gironde » | Vignes, collines | Viticulture | |
| Page 4 à gauche du PDF « Estuaires et îles de la Gironde » | La conche de Royan, villas et immeubles littoraux | Urbanisation | |
| Cartes de randonnés dans les rivages d’Aquitaine | Les rivages d’Aquitaine sont accompagnés d’une carte de randonnées qui présente des excursions à une échelle très fine | Tourisme durable |
Chaque fois, il est possible de laisser les élèves choisir les photos en fonction de l’itinéraire qu’ils ont commencé à tracer dans la séance précédente, c’est-à-dire que le tracé détermine le choix des photos, choix qui doit être assez varié pour prendre en compte la diversité de l’estuaire.
Tout d’abord, les élèves auront constaté l’ancienneté de la présence humaine, de la préhistoire à nos jours, tant dans l’organisation de l’espace que dans les activités économiques qui y sont développées. Le poids de la longue durée ne doit pas faire oublier les transformations passées, sur des temps plus courts, et les transformations actuelles, qui se remarquent par exemple avec :
- l’abandon d’activités ou de lieux de vie sur les îles de l’estuaire ;
- la concentration de la population au nord et au sud de l’estuaire, autour de Royan mais surtout autour de Bordeaux, dont le rayonnement se trouve renforcé avec son rôle de chef-lieu régional unique sur la Nouvelle-Aquitaine ;
- les conséquences à toutes les échelles de l’estuaire, des pressions humaines sur le territoire.
Séance 4. (A)ménager un territoire face aux risques
Objectifs :
- Définir des notions en géographie : aléa, risque, vulnérabilité, catastrophe, transition écologique.
o Projet : les élèves ont l’opportunité de faire réfléchir les écotouristes sur les impacts de leurs propres pratiques touristiques de l’espace, par exemple en l’évaluant, mais sans proposer une évaluation culpabilisante (à l’image de la calculette de l’empreinte écologique). - Observer et contextualiser des images de paysages.
Proposer aux élèves une situation similaire à la précédente. Par groupe de deux à trois, avec un support informatique, ils reprennent les sites et les paysages étudiés plus haut pour supposer les aléas, les risques et les catastrophes qui pèsent sur le territoire estuarien. Ce travail interroge les rapports des sociétés à la nature.
Prenons un exemple. Une photo montre des carrelets sur le rivage.

Carrelets sur la rive du port de Lamarque
© Conservatoire du littoral / vinvignesvignerons.com
Des particuliers et des professionnels ont pu en faire l’acquisition pour pratiquer la pêche. Or l’importance halieutique du territoire estuarien dépendra des conditions hydrologiques et géomorphologiques. La qualité de l’eau et la diversité des fonds marins favorisent ou non la richesse halieutique. Or pollutions industrielles et navigation fluviale intense ont des conséquences hydrologiques et géomorphologiques, donc des conséquences sur la ressource halieutique.
Considérons l’aléa naturel : cet événement a une probabilité et une fréquence. Il faut donc le prévoir, en fonction de ses apparitions précédentes. Il n’est pas sûr qu’il se reproduise mais il est probable. Une éruption volcanique sur une île déserte au milieu de l’océan pacifique n’a pas d’incidence particulière. Mais une sécheresse sur les espaces agricoles devient un risque naturel aux conséquences d’autant plus fortes que les territoires sont fragiles, c’est-à-dire vulnérables. Le risque est donc un aléa qui touche une société humaine. Quand il se produit, il devient une catastrophe, naturelle ou technologique, dont les dommages sont matériellement et financièrement mesurables.
Le travail sur le tableau à partir des images de paysages notamment, aidera les élèves à comprendre qu’en zone occupée, l’aléa devient risque.
On peut placer les élèves dans les situations suivantes :
- leur proposer les images, ils identifient le lieu et le risque ;
- leur proposer le risque, ils choisissent une image de paysage, ils identifient un lieu. Les images de paysage sont extraites des sources présentées dès l’introduction.
| Images | Lieux | Risques |
| Crues, inondations | ||
| Mouvements de terrain | ||
| Effondrement de cavités souterraines | ||
| Éboulement de falaises calcaires | ||
| Tempêtes | ||
| Accidents fluviaux et maritimes | ||
| Risques chimiques (cadmium par exemple) | ||
| Risques pétrochimiques | ||
| Transports ferroviaires et routiers | ||
| Risque nucléaire |
Les élèves peuvent se rendre compte que les notions d’aléas, de risques et de vulnérabilité ne sont pas si strictement séparées. Par exemple, une crue, aléa naturel, peut avoir des conséquences plus lourdes en fonction des travaux déjà réalisés sur l’espace estuarien. Or ces travaux peuvent influencer l’aléa avant qu’il ne se produise. Ils peuvent l’aggraver ou le limiter. Il s’agit donc non seulement de penser l’aléa mais surtout de l’anticiper et de réaliser des travaux non pas après les dommages, mais avant, ce qui réduit la vulnérabilité des sociétés.
Cette façon d’approcher aléa, risque et vulnérabilité relève de la gestion et plus encore, de la politique de prévention des risques. Elle incite les populations, particuliers, professionnels, collectivités, à ne plus subir mais à agir avant. Une action avant les dommages suppose que les sociétés acceptent les limites de leurs activités et de leurs conséquences sur le territoire. Ce qui change totalement le regard et la réflexion sur le développement territorial.
Dans le tracé de l’itinéraire, dans le choix des lieux, les élèves peuvent mettre en avant les moyens de résistance aux aléas d’une part, la capacité des sociétés à se reconstruire ensuite (résilience). Chaque fois, ils invitent à réfléchir sur la transition écologique.
À partir de la définition de « transition écologique », les élèves peuvent réfléchir et proposer aux touristes de réfléchir aux aménagements possibles et préventions nécessaires pour protéger et valoriser le site de l’estuaire.
Transition écologique
La transition écologique est une évolution vers un nouveau modèle économique et social, un modèle de développement durable qui renouvelle nos façons de consommer, de produire, de travailler, de vivre ensemble pour répondre aux grands enjeux environnementaux, ceux du changement climatique, de la rareté des ressources, de la perte accélérée de la biodiversité et de la multiplication des risques sanitaires environnementaux.
Source : site Internet de la préfecture de la Manche.
Exemples de propositions que les élèves peuvent formuler et prendre en compte dans la réalisation du projet :
- mobilités douces ;
- transports en commun (intermodalité, accessibilité) ;
- énergies renouvelables ;
- collectes des déchets ;
- formation des acteurs de l’aménagement, éducation des touristes.
Bilan
L’enseignant propose aux élèves de rédiger une synthèse :
- soit de manière collaborative, à partir de mots-clés sélectionnés par les élèves et validés collectivement, qui alimenteront le texte ensuite ;
- soit en écriture individuelle dans la perspective d’un entraînement à la pratique du langage géographique. Cela suppose trois temps : écriture de l’élève ; lecture par un tiers, l’enseignant et/ou un élève ; réécriture par l’élève. L’objectif est de faire comprendre aux élèves le décalage entre la pensée et l’écriture et donc la difficulté à maîtriser le langage. Par l’écriture, les élèves construisent les concepts. Ce qui suppose de la réécriture, et c’est une contrainte pour l’enseignant, en termes d’horaire. Mais c’est fascinant à pratiquer.
Exemple de synthèse :
La transition écologique, vécue à l’échelle locale, n’est pas seulement un laboratoire d’idées et de pratiques pour répondre à des préoccupations strictement biologiques, mais une nouvelle façon de penser le développement territorial, de vivre l’environnement, de construire des relations humaines.
L’ancrage local insiste sur l’économie de proximité, ce qui suppose de créer les ressources sur place, en fonction des spécificités du territoire. Ce qui ne va pas de soi, surtout dans un territoire national aussi centralisé que le territoire français. L’environnement des sociétés humaines (les nombreuses expériences élaborées dans l’estuaire le rappellent) ne peut être perçu, vécu, pensé sans lien avec la nature, mais une nature dynamique, pas nécessairement sacralisée, « patrimonialisée », immuable.
La transition écologique propose de créer des richesses autrement que sur un mode purement extractif, base actuelle des modèles économiques de production de biens et de services marchands. Produire autrement ces richesses oblige à réfléchir au cadre naturel et social, pour l’entretenir et le renouveler. La relation société/nature inclut le bien-être des populations qui animent le territoire. Garantir le bien-être de ces populations est une façon de lutter contre le déclin de territoires ruraux d’une part, de relancer et renforcer l’attractivité du territoire dans son ensemble.
Les élèves pourraient conclure leur guide écotouristique qui accompagnerait leur itinéraire en demandant aux touristes : « Finalement, n’auriez-vous pas envie de rester ? »