Éducation prioritaire




Education prioritaire


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Ces récits de pratiques professionnelles sont le fruit d’un projet partenarial de formation/action réunissant la DGESCO, l’académie de Nancy-Metz, le Réseau Canopé.
Leurs auteurs, des collectifs d’enseignants exerçant en REP ou REP +, livrent et partagent leurs essais, tâtonnements, réussites et erreurs, au plus près de la réalité du quotidien des classes

Les constats

Comment travailler dans une école en REP avec des élèves évoluant dans un climat d’affrontement perpétuel ? Éric et Magalie, enseignants, ont décidé, avec le soutien du directeur de l’école, Benoît, de chercher des solutions pour apaiser les récréations en impliquant les élèves dans cette démarche. Voici leur témoignage.

Un conflit désamorcé

Éric Gérard, professeur des écoles dans le groupe scolaire Vincent-Auriol, explique comment il a découvert les messages clairs.

Éric : Quand j’arrive à Vincent-Auriol, l’école de REP qui compte 150 élèves, je découvre dans la cour une ambiance tendue, des élèves qui sollicitent et interpellent les enseignants en permanence, pour tout et n’importe quoi : « Maître, il m’a traité, il arrête pas, il m’a tapé, il m’a dit nique ta mère… »
En 2007-2008, titulaire de ma classe de CE2, je décide de mettre en place ce que j’ai saisi chez Élisabeth.
Mais je me décourage assez vite parce qu’il me manque plein de ficelles et du temps pour me documenter et m’approprier toute cette pratique. Je termine sur un sentiment d’échec et sur l’image d’une entreprise énorme à mener. J’ai conscience du travail de longue haleine que suppose le fonctionnement que j’ai observé chez Élisabeth et je pense que la tâche est trop lourde.
Après quatre années passées en poste fractionné, je complète deux mi-temps à Vincent-Auriol et Prévert (école d’Élisabeth) à Saint-Dié.
Conscient de mon intérêt pour les pratiques coopératives, Élisabeth me laisse mener le conseil des élèves. Elle m’initie progressivement à la gestion d’une classe coopérative d’inspiration Freinet. Par exemple, elle utilise la démarche Pidapi, basée sur des ceintures de connaissances et une démarche de responsabilisation de l’élève face à ses apprentissages.
J’y apprends toutes les ficelles et les prérequis pour que le conseil des élèves et les messages clairs fonctionnent. La condition fondamentale pour le succès de cette démarche : que toute l’école pratique !
C’est pourquoi Élisabeth vient dans ma deuxième école, Vincent-Auriol, en conseil des maîtres pour présenter ses outils.
Tous les enseignants adhèrent à l’idée, tout le monde accepte de mettre en place les messages clairs, et trois classes sur sept choisissent d’expérimenter le conseil des élèves, que l’on appelle aussi le « conseil de coopération ».
Résultat : ceci s’avère insuffisant. Cette pratique vivote et périclite au bout de deux ans, sans véritablement trouver l’effet attendu. Nous aurions pu consacrer plus de temps à la création d’outils et systématiser les conseils d’élèves chaque semaine. Ce qui nous a le plus manqué, c’est la présence d’une personne-ressource pour coordonner et accompagner les premiers conseils.
En 2014-2015, je suis affecté dans un village voisin et quitte donc l’école.

Magalie : Et moi, en 2014-2015, j’arrive et je suis affectée à Vincent-Auriol… mais également par le climat qui y règne !
En effet, le climat de cour est violent, parasitant les apprentissages et altérant le travail dans les classes.
Ayant une classe particulièrement difficile, avec des élèves qui rapatrient systématiquement les conflits au sein de la classe, il est décidé, lors d’un point débat – temps d’échange hebdomadaire avec les élèves –, de trouver des solutions pour apaiser les récréations. Les élèves proposent de mettre en place des ateliers, afin d’éclater les clans et de réduire les conflits en organisant la cour de récréation en zones de jeux.
Le projet est donc initié et mené par la classe de CE2-CM1. Les élèves élaborent un plan de cour, votent une liste de jeux et d’activités et référencent le matériel nécessaire. Ils le soumettent à Benoît, le directeur, qui le valide.
C’est le début des « ateliers récré ».

Éric : En 2015-2016, je reviens à Vincent-Auriol en tant que maître supplémentaire.
Grâce à au dispositif « Plus de maîtres que de classes » (PDMQC), je peux aider à mettre en place le conseil de coopération dans toutes les classes.
C’est à partir de ce moment que toutes les actions coopératives ont fusionné.
Le premier conseil des élèves fait émerger un problème dans les ateliers récré : l’élève qui gère un atelier n’est pas toujours en capacité de le faire correctement. Émane alors l’idée de définir les compétences nécessaires pour animer chaque atelier.

Magalie : C’est à ce moment qu’Éric et moi pensons aux « ceintures de compétences et de comportement ».
Dans cette dynamique, les élèves décident de hiérarchiser les métiers de la classe. Pour accomplir tel métier, il faut telle compétence. Ils sont ainsi intégrés aux ceintures de comportement.
À chaque conseil, les élèves font évoluer eux-mêmes leur vie de classe et leur vie à l’école.
Nous constatons des changements réels sur le climat scolaire. Le rôle de Benoît a été fondamental en tant que garant de la cohésion de l’équipe et du respect de la parole de chacun. Il favorise la coopération dans l’équipe éducative.
Les pratiques sont toujours en évolution, chaque conseil amène de nouvelles idées, les élèves sont moteurs.

Ce projet vous intéresse ?
Vous allez découvrir comment nous l’avons mis en œuvre : les trois dispositifs – conseils d’élèves, messages clairs, ateliers récré – et leurs outils, mais aussi nos doutes et nos questionnements.

Les trois dispositifs mis en place

Notre village gaulois

Le constat de départ

Benoît explique la situation de l’école avant la mise en œuvre du projet.

Les enseignants se trouvaient, eux aussi, dans une situation difficile et stressante : ils devaient arbitrer des conflits (mais quel enfant a « commencé » ?) et éventuellement punir (mais qui punir ?). Et le temps passé à tenter de régler les conflits empiétait énormément sur celui des apprentissages.
De manière générale, nos élèves ont un déficit de vocabulaire, des difficultés à s’exprimer et surtout, à exprimer leurs émotions. Difficulté à exprimer ce que l’on ressent, ce que l’on veut dire. Et difficulté à comprendre ce que l’autre me dit, ce qu’il attend de moi. De fait, entre élèves, on parlait peu, on agissait. Ceci était vrai également dans le conflit entre pairs, voire entre élèves et adultes. D’où un climat d’école et de classe tendu, avec un impact négatif sur les apprentissages, de nombreux rapports d’accidents et d’incidents (incivilités).

Un pour tous tous pour un !

Les trois dispositifs

Benoît explique les trois dispositifs : les ateliers récré, le conseil des élèves, les messages clairs.

Les trois dispositifs sont imbriqués. Pendant les conseils d’élèves  sont traitées les critiques , suites des mes sages clairs qui n’ont pas abouti, et sont organisés les ateliers récré.
Le postulat de départ est sans réserve une volonté et un investissement de chaque enseignant. Il faut une équipe engagée, ouverte à la discussion et à l’échange.
Le poste de maître supplémentaire dans le dispositif « Plus de maîtres que de classes » est essentiel dans notre école. L’enseignant PDMQDC fait le lien entre les classes. Il impulse et gère les conseils d’élèves. Il apporte des outils et des documents de réflexion. Il forme les nouveaux enseignants.
L’enseignante, pendant le conseil, se tient en retrait et laisse Éric gérer le conseil. Elle a cependant une voix au même titre que les élèves et peut être sollicitée par le président pour avis.

De l’affrontement à l’échange

De l'oppidum à l'Acropole

Les élèves s’organisent

Les élèves organisent les jeux de cour. Analyse de Benoît et de Jérémy, enseignant.

Plan de la cour de l'école Vincent-Auriol de Saint-Dié

L’idée des « ateliers récré » a émergé d’une classe de CM1 qui a proposé l’organisation de jeux de cour.
Les élèves proposent des activités à chaque période lors du conseil : lecture, dessin, danse, jeux collectifs, jeux de société, jeux de construction, circuits de voitures…
Ces activités sont réparties géographiquement dans l’espace que propose l’école : cour, préau, verrière, salle de réunion.
À chaque récréation, des élèves responsables d’atelier installent, animent et rangent chaque activité. Pour gérer un atelier, l’élève doit avoir la ceinture adéquate. Les ceintures sont attribuées en conseil de coopération.

Les ateliers en photos

Le tableau des ateliers récré au cycle 3
L'atelier tir à l'arc
L'atelier béret
L'atelier parcours d'obstacles 1
L'atelier jeux de société
L'atelier tapis voiture
L'atelier parcours d'obstacles 2
L'atelier poisson pêcheur

Le conseil

Le conseil se tient chaque semaine. Il nécessite une durée minimale de 45 minutes et se déroule sous la présidence d’un élève. Au départ, nous avons tenté de faire passer chaque élève à la fonction de président, mais pour que le conseil soit efficace et fructueux, l’expérience nous a montré qu’il fallait exiger quelques compétences de la part du président et avons donc intégré les fonctions de secrétaire et président dans notre grille de ceintures. Il est nécessaire d’obtenir une ceinture verte pour être président et donc d’avoir fait ses preuves, particulièrement en ce qui concerne le respect des règles de vie. En début d’année, tant qu’aucun élève n’a atteint le niveau de ceinture verte, c’est l’enseignant qui assure la fonction de président.
Le conseil se déroule en 8 étapes, toutes importantes.

Ouverture d’un conseil

Les premières étapes d’un conseil : introduction, bilan de la semaine, les décisions du dernier conseil.

Un conseil d'élèves en cycle 1

La première étape d’un conseil est son ouverture solennelle, « l’introduction » par le président. Il lit une formule immuable inscrite sur sa fiche d’aide et nomme le secrétaire de la séance.
Le « bilan de la semaine » veut donner un espace de parole aux élèves qui le souhaitent, pour dire s’ils se sentent bien ou pas dans la classe ou dans l’école. C’est le moment de la « météo » des élèves de la classe. C’est aussi l’occasion pour l’enseignant de savoir comment se sentent ses élèves.
La troisième étape, « les décisions du dernier conseil », est un temps pendant lequel nous faisons le bilan de ce qui a été dit la semaine précédente. Les engagements peuvent être individuels : « Untel s’était engagé à ne plus déranger son voisin en classe. Est ce fait ? » Ou ils peuvent être collectifs : « Nous avons décidé de mettre en place un nouveau jeu de récré. Est-ce fait ? »
Les deux étapes suivantes sont celles des « critiques » et « félicitations ».

Une critique

Le conseil traite une critique rédigée par un élève.

Une critique

Les deux étapes suivantes sont celles des « critiques » et « félicitations ».
Le moment des critiques est souvent le plus intense. Lors des premiers conseils, il est courant, et même normal, d’être débordé de critiques.
Ceci se régule en quelques semaines ou mois, dans la mesure où l’on tente, pour chaque critique, de trouver des solutions et non des sanctions.
Il faut veiller, selon nous, à ne pas faire de ce moment un petit tribunal. Deux expressions nous permettent d’éviter cet écueil, en réponse aux critiques du type « Untel m’a insulté ou untel m’a frappé » :

  • que pouvons-nous décider pour éviter cela à l’avenir ?
  • qu’attends-tu en réponse à ta critique ?

Le plus souvent, la critique débouche sur des excuses et un engagement à ne plus recommencer.

Dans certaines classes, un élève à problèmes particuliers capitalise la quasi-totalité des critiques. Il ne faut pas se décourager et rebondir sur les critiques pour amener la discussion : « Comment pourrions-nous aider un tel à avoir moins de critiques ? »
Ceci a souvent aidé à mieux intégrer des élèves ayant des problèmes relationnels. Les élèves discrets, qui ne souhaitent pas prendre la parole, trouvent ici un endroit pour parler de leurs problèmes, puisque la critique se fait de manière écrite. Tout en n’étant pas une solution miraculeuse, ce moment a le mérite d’amener le débat, la discussion.
Les félicitations sont en quelque sorte le volet positif des critiques. Si quelqu’un a fait quelque chose de remarquable, on peut le féliciter publiquement.

Une félicitation

Matériellement, les critiques et les félicitations sont des messages collés ou punaisés sur un panneau « critiques » et « félicitations ».
La sixième étape est celle des « propositions » : « Qui a des propositions pour que la classe fonctionne mieux ? »
Tout peut être proposé et sera débattu. Quelques exemples de ce qui a été proposé l’an passé :

  • cinq minutes de musique écoutée au retour de la récré pour assurer le retour au calme ;
  • mise en place d’une boîte de matériel de dépannage alimentée par la coopérative de classe et gérée par les élèves.
La boîte de dépannage

La septième étape concerne « les métiers et les ceintures de comportement ».

Les ceintures

Les élèves s’évaluent pour un éventuel changement de ceinture.

Le système de ceintures a été mise en place dans le projet l’an dernier et en est devenu un des piliers. Les ceintures sont discutées et attribuées en conseil. De différentes couleurs, elles donnent aux élèves des droits en fonction de leurs compétences. Par exemple, la ceinture verte donne le droit d’être secrétaire du conseil. Nous discutons avec eux de leurs réussites ou de leurs attentes. Ce fonctionnement est bien compris et accepté par les élèves à qui il permet de s’autoévaluer. L’obtention des ceintures est toujours validée par l’enseignant.
Les ceintures sont matérialisées sous forme d’un tableau à double entrée dans lequel les cases sont coloriées en fonction des ceintures obtenues.

Le tableau des ceintures

La classe est divisée en trois groupes d’élèves, et nous faisons passer les ceintures à un seul groupe à chaque séance. Les élèves ont donc trois semaines pour faire leurs preuves et montrer leurs acquisitions en termes de compétences et comportement.
Les ceintures obtenues permettent également l’accès à certains métiers : « effacer le tableau » avec la ceinture jaune, « être facteur » avec la bleue, etc.
Les métiers sont propres à chaque classe, car ils sont élaborés par les élèves en conseil.

Les métiers
La couleur de l'étiquette correspond à la couleur de la ceinture nécessaire pour l'exercice du métier
Ajouter une légende


Le rôle du président est primordial. Il anime le conseil des élèves, distribue la parole, organise des votes, prend des décisions et veille au respect du temps.

Le rôle de la présidente

La présidente anime le conseil des élèves.

Le manque de temps est souvent un problème, notamment pour le moment des critiques. Nous avons instauré des limites. Par exemple, sur les 45 minutes de conseil, 10 minutes maximum sont consacrées aux critiques. Celles qui ne sont pas traitées le seront la semaine suivante. Très souvent, lorsqu’une critique est reportée, l’élève n’éprouve plus le besoin de la traiter. Il peut alors dire : « C’est passé ».
Les élèves adhèrent globalement à la pratique des conseils, car ils savent que leur parole sera écoutée et prise en compte. Tout ce qui est dit au conseil est noté et suivi d’effets.
Nous soulignons le caractère évolutif de notre projet et débattons encore régulièrement en équipe enseignante des modifications  à y apporter.

Les messages clairs

« Message clair ! »

Les principes, les moyens et les finalités des messages clairs.

Les élèves se sont assez facilement approprié le protocole des messages clairs : positionner les mains sur les épaules, regarder son camarade, et délivrer un message pour exprimer ses émotions et pour que l’autre cesse son agression. Nous avons rapidement constaté la pauvreté des messages donnés.
Nous avons donc imposé que le message commence par « quand tu » car, grâce à cette formulation, les élèves exprimaient mieux leur ressenti. Par exemple, « quand tu me prends mon bonnet, ça me gêne et j’ai envie de pleurer ».
Les messages clairs demandent à être retravaillés régulièrement en conseil d’élèves pour rappeler qu’il ne faut pas parler trop vite, attendre une réponse de l’autre, et reformuler si besoin.
Cette année, nous travaillons sur des situations fictives  et débattons avec les élèves sur la réponse à apporter : message clair, signalement à l’adulte ou critique au conseil.
Si un élève n’est pas satisfait après avoir délivré son message clair, il écrit une critique qui sera lue et débattue en conseil.

L’évolution des dispositifs

Des outils gravés dans le marbre ?

Le plan des ateliers récré
Le tableau des ateliers récré au cycle 2


En cycle 2, en 2016, une classe initie ce projet d’ateliers récré dans le cadre du conseil. Elle travaille sur le plan de la cour et l’organisation de jeux par les élèves.

Le tableau des ateliers

En cycle 3, le poste de PDMQDC est précieux pour l’organisation des ateliers. En effet, au début de chaque période, le maître supplémentaire passe dans les classes de cycle 3 pour faire le point avec les élèves sur les ateliers mis en place pendant la période précédente. Ils votent pour maintenir ou non ces ateliers et font des propositions pour en remplacer certains par des nouveaux. Si ces propositions nécessitent l’achat de jeux, elles sont discutées en conseil des maîtres. Par exemple, lors de l’organisation des derniers ateliers, les élèves ont proposé de remplacer le tir à l’arc par le jeu de société « Les loups garous ». Cette proposition a été soumise au conseil des maîtres et nous avons acheté ce jeu de cartes.
Ensuite, les élèves s’inscrivent dans le tableau d’organisation des ateliers récré en fonction de leurs ceintures de compétences.

Le conseil

La fiche d'aide est un prompteur pour l’élève qui tient le rôle de président. C’est ce modèle qui est distribué lors des premiers conseils, puis, parfois, les classes proposent d’en modifier l’ordre des étapes ou d’y noter un temps maximal imparti pour chaque étape. La fiche est modifiée au besoin.

Le cahier de conseil

Nous notons dans ce cahier tous les éléments importants relatifs au conseil (qui est président, le secrétaire, les gêneurs, etc.).
Nous y collons les critiques discutées au conseil et y notons les décisions prises.
Tout est consigné et relu au conseil suivant pour vérifier que les décisions ont été suivies d’effet.

La grille de ceintures

C’est cette grille qui indique les compétences à acquérir pour obtenir telle ou telle ceinture de comportement. Les élèves commencent à la ceinture blanche puis passent les ceintures les unes après les autres, comme au judo. Nous leur expliquons qu’ils peuvent avoir jusqu’à la ceinture marron et que les enseignants ont la ceinture noire.

Le tableau des ceintures

Dans ce tableau à double entrée, nous indiquons la couleur de la ceinture des élèves en coloriant les cases. Il est impossible de passer tous les élèves à chaque conseil, ceci prend trop de temps. Nous avons donc décidé de diviser la classe en trois groupes, dans l’ordre alphabétique, et un seul groupe est évalué à chaque conseil.
Ceci a le double avantage de faire gagner du temps et de donner aux élèves une période de trois semaines pendant laquelle ils doivent faire leurs preuves avant de pouvoir passer à la ceinture supérieure.

Les métiers
La couleur de l'étiquette correspond à la couleur de la ceinture nécessaire pour l'exercice du métier
Ajouter une légende


Le point commun est d’avoir classé les métiers dans chaque classe en fonction des compétences requises pour pouvoir les exercer correctement. Par exemple, les métiers accessibles à la ceinture jaune (tableau, date, bibliothèque…) sont plus « faciles » que les métiers accessibles à la ceinture bleue, comme « facteur » par exemple, qui demandent plus de compétences, l’élève étant amené à sortir de la classe.

Critiques et félicitations

La boîte à félicitations
La boîte à critiques
Une critique
Une félicitation


Ces photos matérialisent les endroits où sont mises les critiques en attendant d’être traitées au conseil. En fonction des classes, les critiques sont affichées sur un panneau ou mises dans un carton.

Les messages clairs

Un message clair
Un message clair


Ces photos matérialisent les endroits où sont mises les critiques en attendant d’être traitées au conseil. En fonction des classes, les critiques sont affichées sur un panneau ou mises dans un carton.Nous avons travaillé les messages clairs à l’aide de ces outils :

  • une fiche permettant d’apprendre des mots pour dire ses émotions ;
  • et une fiche traitant de situations imaginaires et des bonnes réponses à y apporter.

Des outils évolutifs

Ces dispositifs ne peuvent pas se vivre avec des outils figés. En fonction des réactions des élèves et des propositions qui en émanent, on constate que nous sommes obligés de faire évoluer les outils de façon régulière : définir un temps précis pour chaque étape du conseil ou en modifier le déroulement, par exemple. De même, la couleur des ceintures nécessaires aux enfants responsables d’ateliers récré peut évoluer en fonction des problèmes rencontrés. Toutes ces modifications sont validées par le conseil des élèves et ne sont valables que pour la classe concernée.

Les références

L’importance de la communication

Veni, vidi, vici

Le langage pour régler les conflits

Les enseignants constatent l’amélioration du langage et la mise à distance du règlement des conflits.

Le langage est au cœur du projet. Nous avons imposé un message clair commençant par « Quand tu… » pour l’étoffer car, au départ, ils prenaient la forme : « Message clair, arrête de… ».
Systématiquement, pour couper court à la discussion, les élèves disaient « pardon » après l’énonciation du message clair, ce qui empêchait tout échange. Donc, nous avons demandé aux élèves d’utiliser éventuellement le « pardon » uniquement après une explication. Suite à une critique en conseil, le message clair est souvent reformulé avec l’aide du président.
Ensuite, il nous a semblé nécessaire de travailler en vocabulaire le lexique qui touche aux émotions  afin d’enrichir les messages clairs et de faire verbaliser davantage les ressentis.
La rédaction des critiques se doit aussi d’être compréhensible par le conseil. Certains collègues ont choisi de corriger les critiques avant lecture par le président.

Et maintenant, le meilleur des mondes ?

Peut-on prendre la mesure de l’amélioration du climat scolaire ?

Les élèves et les adultes de l’école constatent des améliorations.

Nous avons constaté que les messages clairs s’exportent au-delà du temps scolaire : à la cantine, sur le chemin de l’école, au centre social, dans la famille…

Plus on est de monde, plus on rit !

L’adhésion des enseignants et des élèves

Les enseignants expliquent la participation progressive des classes.

L’essaimage

Marie, professeure nouvellement nommée, explique son engagement.

Tous les collègues n’accueillent pas ce type de projet avec enthousiasme, dans la mesure où il peut sembler compliqué à mettre en place. Or, le fonctionnement des messages clairs repose sur l’unité et l’adhésion de tous les enseignants. Il est nécessaire que chaque classe encourage les messages clairs et pratique le conseil (pour traiter les critiques éventuelles suite aux messages clairs).
Dans toutes les classes de notre école, le fil rouge est le même, mais les outils sont parfois remaniés par les collègues (la grille des métiers est propre à chaque classe ; les règles de vie de classe, élaborées avec les élèves, sont différentes selon les classes ; la grille de ceintures varie aussi parfois).
L’adhésion des élèves est très majoritairement acquise. Les messages clairs se multiplient et résolvent, dans la plupart des cas, les petits conflits. Les élèves ont intégré les modalités de la prise de parole et l’intérêt qu’ils ont à la tenue régulière de conseils, qu’ils réclament. Ils trouvent dans les ceintures une reconnaissance de leurs efforts de comportement. Il existe toujours, à la marge, un ou deux élèves récalcitrants à qui on ne trouve pas quoi proposer, mais qui ne remettent pas en cause l’intérêt ni l’efficacité des dispositifs. En début d’année, les CP pratiquent les messages clairs par mimétisme dans la cour. Pour eux, les conseils se mettent en place seulement au deuxième trimestre et la grille de ceintures est simplifiée.

Une citoyenneté en actes

Des valeurs au cœur du projet

Les enseignants expliquent que le projet développe des valeurs citoyennes.

Le dispositif amène les élèves à entrer en contact différemment. Leur regard sur l’autre change et évolue vers plus d’empathie. Les situations réelles, vécues et concrètes permettent d’approcher de manière sensible la notion de respect.
Le fait de demander aux élèves « Que pourrions-nous faire pour que ceci n’arrive plus ? » ou « Que voudrais-tu qu’il se passe suite à ta critique ? » permet de mettre l’agresseur à distance. Le regard change sur les protagonistes et se centre sur la résolution du conflit et non plus sur les personnes.
Ceci amène un regard bienveillant de l’ensemble du groupe.
Un climat plus apaisé favorise l’entraide entre les élèves. Cette dernière est par ailleurs encouragée dans l’échelle des ceintures, la ceinture marron étant attribuée à un élève qui a montré qu’il pouvait aider les autres à résoudre leurs problèmes.
Nous sommes là au cœur de l’EMC : la citoyenneté, on ne fait pas qu’en parler, on la vit. Les élèves sont amenés à être acteurs de leur vie au quotidien. C’est une citoyenneté en actes.

Les limites de la démarche

Vers le nouveau monde

Un conseil ou un tribunal ?

Les enseignants veillent à ne pas faire du conseil un tribunal.

Ce dispositif est parfois critiqué comme pouvant dériver vers un mini-tribunal qui stigmatiserait certains élèves. Nous avons veillé à ne pas tomber dans cet écueil.
D’une part, nous ne mettons pas physiquement l’élève critiqué au centre du groupe mais le laissons assis à sa place. D’autre part, nous cherchons au conseil une solution pour que les problèmes n’arrivent plus. Nous sollicitons, par exemple, dans une des classes, l’aide d’un élève pour aider celui qui n’est pas calme dans les couloirs à se ranger correctement. Dans une autre classe, un élève était isolé et ne communiquait avec les autres que par la violence. Nous avons cherché comment l’aider à avoir moins de critiques et ses camarades ont proposé d’essayer de l’inviter à jouer avec eux en récréation. Ceci a fonctionné plusieurs fois dans plusieurs classes. Il ne faut pas, pour autant, s’attendre à régler tous les problèmes de l’élève de manière miraculeuse, mais cette démarche nous a permis de ne pas laisser s’installer des situations pouvant dériver vers le harcèlement.

Certains élèves particulièrement perturbateurs nous ont montré les limites de notre façon de mener le conseil des élèves. Un élève de CM2 a été systématiquement la cible de la majorité des critiques de sa classe. Il refusait les messages clairs, ne voulait pas en faire à son tour, mais frappait, insultait, provoquait. Sur lui, les décisions du groupe n’avaient pas d’impact et il n’entendait pas les critiques de ses camarades. Il a ensuite changé d’établissement, mais nous a laissé un sentiment d’amertume car nous n’avons pas réussi à le faire participer au dispositif, ni à apporter une réponse satisfaisante à ses problèmes de comportement.

 

Suite à l’observation d’un conseil d’élèves, Delphine, accompagnatrice Canopé interroge l’équipe.

Delphine : Éric, tu es l’initiateur des conseils d’élèves dans l’école et tu participes aux conseils de toutes les classes. Peux-tu définir ton rôle, la nature et l’objectif de tes interventions ?

Éric : Je suis « initiateur » des conseils à Vincent-Auriol, dans la mesure où j’ai déjà expérimenté cette organisation dans une autre école. Mon rôle de coordinateur des conseils est facilité depuis l’an dernier par le poste de PDMQDC. Je viens donc aider à mettre en place les conseils, réaliser ou modifier les outils. Je passe aussi dans toutes les classes au début de chaque période pour remettre à plat les ateliers récré et réaliser un nouveau tableau d’organisation.
Je pense mon rôle avant tout d’un point de vue organisationnel mais les collègues font remonter qu’il est utile que j’apporte un regard objectif et distancié sur le groupe classe. Lors de la discussion autour des critiques ou du passage des ceintures, l’écoute n’est pas influencée par le fait que j’aurais passé la journée avec le même élève posant des problèmes de comportement et je n’aurais alors peut-être plus la patience nécessaire à dialoguer de manière constructive au conseil. J’ai souvent l’impression d’être un intermédiaire qui facilite la discussion entre le groupe classe et l’enseignant.

Delphine : Lors du conseil auquel j’ai assisté, il m’a semblé que les décisions d’ordre organisationnel (ex. : la mise en place d’une boîte de matériel de dépannage) étaient difficiles à prendre. Faites-vous le même constat ?

Éric : La difficulté vient, selon moi, avant tout du langage et de la capacité à s’écouter, à rebondir sur la parole de l’autre. Chacun veut exposer son idée, n’a que ça en tête et n’écoute pas ce que son camarade dit. L’amélioration de la maîtrise du langage oral et de la communication verbale est aussi un des objectifs du conseil des élèves. Ils ont ensuite besoin de l’enseignant pour avancer dans la réflexion et les aider à conceptualiser l’outil qui répondra à leur besoin. Les élèves expriment assez facilement les besoins, mais les contraintes d’ordre matériel leur sont souvent difficiles à appréhender.

Magalie : Ce qui est difficile, c’est plutôt de clarifier les propositions. Les élèves ont parfois du mal à se prononcer, à prendre une décision, à voter, parce qu’ils n’ont pas bien compris ce qui est proposé. D’où l’importance de faire reformuler avec l’aide d’un adulte.

Benoît : Les décisions d’ordre organisationnel sont effectivement difficiles à prendre (boîte de matériel de dépannage, par exemple). Cela tient au fait, à mon avis, que cela touche en même temps les élèves et leurs parents : beaucoup d’élèves n’ont pas leur matériel de classe (stylos, etc.). Bien que les parents soient avertis, ils le remplacent rarement… D’autre part, beaucoup d’élèves abîment et cassent, ce qui fait que la gestion de cela est récurrente et permanente. J’avoue que nous ne savons pas trop quoi faire. C’est un point qui sera soulevé en conseil des maîtres en fin d’année scolaire, mais ce n’est pas évident…

Delphine : L’implication des filles m’a semblé plus grande que celle des garçons même si globalement les élèves sont engagés, prennent au sérieux le temps du conseil. En revanche, les garçons sont surreprésentés dans les critiques ! Observez-vous la même chose dans tous les conseils d’élèves ?

Éric : Les filles ne sont pas forcément plus impliquées dans toutes les classes, même si elles sont souvent bien représentées dans les ceintures « marron ». Tout comme dans d’autres classes, certaines filles catalysent les critiques. Par contre, le conseil est un moment qui permet de mettre en avant les élèves ayant un comportement positif au sein de l’école, ces élèves que l’on ne voit presque plus quand la gestion des conflits occupe beaucoup de temps. C’est l’occasion de rappeler à tous le comportement attendu à l’école et de le valoriser, à distance des moments d’énervement.

Magalie : C’est très aléatoire. Cela dépend vraiment des classes. Cette année, par exemple, j’ai beaucoup de critiques mettant en cause des filles ou émanant des filles. À l’inverse, les garçons ont une force de proposition pour les ateliers récré ou même pour l’organisation de la classe (mise en place de nouvelles règles pour améliorer les déplacements dans les couloirs ou les sorties de classe, de nouveaux métiers : « les agents WC » ou « superchausson »).

Benoît : Les critiques, dans ma classe, ont toujours pour sujet des agressions, physiques ou verbales. Le plus souvent, elles concernent des garçons. Je ne tiens évidemment pas de statistiques, mais c’est un constat. Nous observons également que beaucoup de garçons, à la maison, sont des « enfants rois ». Mais cela reste délicat de répondre à cette question sans tomber dans les clichés sur les filles et les garçons ; et je n’aime pas les clichés…

À la recherche de l'eldorado

Nouvelles pistes de travail ou de réflexion

La formation des collègues nouvellement nommés sur notre école. Par chance, notre nouvelle collègue a adhéré sans réserve à notre projet, mais il aurait pu en être autrement. Comment conduire ce dispositif si un nouveau collègue ne souhaite pas encourager aux messages clairs ou mettre en place le conseil des élèves ?

Adapter le conseil aux classes de CP. Les CP font des messages clairs par mimétisme. Ceci ne leur pose pas de souci mais la tenue du conseil tel que le prévoit notre fiche d’aide est compliquée pour ce niveau. Le déroulement du conseil doit être adapté à leurs capacités de lecture ou d’organisation. Nous y travaillons.

Les messages clairs demandent un travail particulier tant sur la forme que sur le fond. Nous essayons de mettre en place des séances de travail sur le vocabulaire des émotions . Nous travaillons aussi cette année les messages clairs de façon plus théorique, avec les élèves, en imaginant des situations et en discutant avec eux la manière la plus appropriée d’y répondre.

La grille de ceintures peut-elle inclure des compétences et connaissances scolaires ? La question fait parfois débat au sein de l’équipe. Pour l’instant, la majorité préfère tenir la réussite scolaire à l’écart de la grille de ceintures, afin que tous les élèves aient la possibilité, par leur comportement et leurs efforts, d’accéder à la ceinture marron.

Comment prolonger l’action au collège ?

Notre projet repose sur un partage de valeurs communes humanistes et pacifistes. Ces valeurs sont à travailler selon les instructions officielles mais ne sont pas partagées par tous dans notre société. Un père d’élève a déjà refusé ces principes. Il a expliqué de manière posée et calme aux collègues d’une autre école que, dans la vie, aujourd’hui, il fallait se battre et écraser les autres pour avoir une chance de réussir. Il faut, selon lui, être craint pour être en paix dans son quartier et inspirer la crainte pour ne pas avoir d’ennui. Notre école est-elle consciente des valeurs morales partagées hors de ses murs ? Peut-elle les faire changer ? Nous le pensons.

Éric, Magalie, Benoît enseignent à l’école Vincent-Auriol de Saint-Dié
ce.0881003[at]ac-nancy-metz.fr (remplacer [at] par @)

Remerciements à Florent Kieffer, formateur Casnav-Carep et à Sylvain Connac.

Agir autour des six priorités du référentiel