Zoom sur ...
L'hybridation
Le café des perdir : un exemple d’hybridation
« en cours de route »
Chaque trimestre, la rubrique « Zoom sur » se propose d’éclairer une action innovante contribuant au développement professionnel. Pour cette première édition, une action en direction des chefs d’établissement : le Café des perdir. Un temps d’échange entre pairs qui a su tirer parti de la crise pandémique pour se renouveler.
On le sait depuis longtemps : échanger avec ses collègues, faire un pas de côté, analyser à froid les situations, si possible avec un regard extérieur, sont de puissants moteurs pour le développement professionnel. La fonction de chef d'établissement, pourtant, ne s'y prête guère. Pourquoi ? La raison en est simple. Isolés par leur fonction, souvent pris par le temps, principaux et proviseurs n’ont, par nature, que peu d'occasions d’en bénéficier.

« Et pour nous, qu’est-ce que vous proposez ? »
En créant le Café des perdir, l'Atelier Canopé 88 – Épinal a d'abord voulu répondre à ce besoin, exprimé un jour par une principale au moment d’une résidence dans son collège. « Et pour nous, les perdir, qu’est-ce que vous proposez ? »

De là vient le déclic : créer sur mesure un temps d’échanges entre chefs d’établissement. La formule, dès le début, suscite la curiosité d’un petit noyau, qui vient à Canopé découvrir l’intérêt d’un tiers lieu.
« Se voir entre collègues, un luxe ! Confie Luc, en poste dans un LP. Débriefer hors du lycée sur les problèmes du lycée, c'était salutaire ». Et Noémie, Principale Adjointe, d’ajouter : « Oser parler de ses difficultés, ce n’est pas vraiment dans la culture des cadres. Pourtant, l’expérience des autres, même si elle est négative, c’est toujours un plus : s’il n’y a pas de solution miracle, il y a toujours quelque chose à quoi on n’avait pas pensé ».
L'apport d'un regard extérieur

Depuis 2018, le Café des perdir est donc devenu ce temps précieux de respiration pour les cadres. La recette ? Un créneau court de deux heures le mercredi matin - « la matinée traditionnellement la plus tranquille dans les EPLE ». Et surtout, un programme co-construit avec les premiers concernés : des problèmes de métier (gérer son temps, animer une réunion), des points sur les dispositifs institutionnels (OEPRE, devoirs faits), des questions de management (la prévention des RPS).
Enfin, il y a ces indispensables « regards extérieurs » : celui du médiateur, et celui de l’expert : « Entendre les mots d’une psychologue du travail, qui va en entreprise, ça nous aide à nous ancrer dans le réel ». Ainsi, en début de séance, le médiateur rappelle que l’intervenant, en l’occurrence psychologue du travail, n’est pas « de la maison ». C’est là un point fondamental : la posture du candide aide aussi à dénouer les situations.
Le tournant de la crise sanitaire
Un succès qui ne s’est jamais démenti, jusqu’à la crise pandémique. Là, le quotidien bouleversé a semblé reprendre le dessus. Sauf que le projet n’est pas abandonné pour autant. Les thématiques sont d’abord adaptées à mesure que la situation évolue. Il faut ensuite transformer les Cafés en wébinaires, et rester au plus près du terrain, en jouant des atouts d’un Atelier de proximité : l’écoute et la réactivité.
La nouvelle formule, d’emblée, séduit. Les participants y retrouvent un moyen d’aborder leurs nouvelles difficultés : le protocole sanitaire, l’éclatement des équipes, la continuité pédagogique, les élèves décrocheurs...
Paradoxalement, le Café des perdir en temps de crise reste un moment privilégié. Il continue à créer du lien malgré la distance. Signe de son utilité, cette récente commande faite par un groupe des Vosges à l’Atelier 88 - Épinal : un temps d’échanges régulier, sans aucune thématique, avec un regard extérieur. Juste un moment pour s’exprimer, écouter, et réfléchir à plusieurs sur ce qui se passe.

Passer au distanciel « en cours de route » : ce qu’on y perd, ce qu’on y gagne
On le voit, l’exemple du Café des perdir permet d’observer ce que l’hybridation modifie dans le champ de la formation continue. Il aide à comprendre qu’elle n’est pas simplement une modalité différente, forcément moins efficace.
Car le Café des perdir « à distance » n’est par une forme dégradée du Café des perdir.
→ Ce qu’il perd en convivialité, il le gagne en régularité, accompagnant les équipes dans la durée.
→ Ce qu’il perd en proximité, il le gagne en souplesse.
→ Ce qu’il perd en incarnation, enfin, il le gagne en connectivité et en multimodalité.
Quand la crise sera passée, l’avenir dira certainement comment, en les articulant l’une à l’autre, on pourra tirer le meilleur profit de chaque modalité et les mettre au service d’un véritable développement professionnel des personnels.
Florent Kieffer
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