Communauté d'apprentissage, communauté apprenante

La résidence de formation, incubateur de l’établissement apprenant 

Constituée par un Atelier Canopé, une résidence de formation est un temps pendant lequel une équipe de formateurs investit un établissement scolaire. Comment définir la plus-value pédagogique des résidences dans la formation continue des enseignants ? À quelles conditions deviennent-elles des dispositifs efficaces ? Brève revue des acquis de l'expérience dans l'académie de Nancy-Metz.

Des formations sur le lieu de travail

C’est une évidence qui change tout. Les résidences ont lieu au cœur de l’établissement, avec le matériel et dans le contexte d’exercice des stagiaires. Ceux-ci n’ont donc pas à se déplacer et n’auront pas, après la formation, à vivre le hiatus créé entre leur contexte d’exercice et les connaissances qu’ils ont acquises.  Ce qui se joue ici est plus que du confort cognitif et matériel, c’est un donné qui oblige le formateur à s’adapter. La formation en effet doit « faire avec » : faire avec le matériel numérique et ses contraintes, faire avec les familles réelles si on parle de relation « école-famille, faire avec les logiques de groupe. Ainsi la formation se fait directement avec les outils, les ressources dans l’état où ils se trouvent, et avec les partenaires habituels internes ou externes à l’établissement.

UN PROGRAMME COCONSTRUIT AVEC LES ÉQUIPES 

Autre particularité : la résidence est le fruit d’une ingénierie logistique et pédagogique qui se prépare six mois à l’avance. Pour que le principe de la résidence infuse dans les esprits, le temps long est nécessaire. Il permet au chef d’établissement de jouer pleinement son rôle de pilote pédagogique, à l’interface entre l’organisation et le contenu. Il permet également de faire un vrai temps de recueil des besoins auprès des personnels : rencontres, questionnaires, travail collaboratif. À la fois participative et empirique, la démarche tente de trouver l’équilibre entre l’offre et la demande, le besoin exprimé et le besoin réel. L’Atelier Canopé, qui révèle là sa position de tiers, s’efforce de problématiser le quotidien et de traduire les problèmes évoqués en thématiques de formation sans tomber dans le « mythe de la négociation des besoins » évoqué par Bernard Charlot.

Des formations sur la base du volontariat

En résidence, l’engagement personnel est le passage obligé du changement des pratiques. C’est donc à chacun de « faire son programme » comme il l’entend. Mais l’élan vers la formation n’en est pas moins collectif. Des groupes à géométrie variable se constituent ainsi autour d’une thématique, d’un outil, et parfois d’un projet. Et si un enseignant ne souhaite suivre aucune formation, libre à lui. Cette logique crée un rapport différent à la formation. D’abord parce qu’elle affirme, de façon contractuelle, une éthique. Elle se met explicitement au service des acteurs de terrain, sans rien exiger en retour. Ensuite, cette formule « à la carte » impacte qualitativement la vie de l’établissement. En s’appuyant sur les éléments actifs et sur les logiques de groupe, elle crée des dynamiques qui vont au-delà de la résidence. Ce que certains enseignants ont « raté », ils le retrouvent horizontalement en collaborant avec leurs collègues formés. Dans les bilans, beaucoup de témoignages le montrent, qui expriment des regrets (si on avait su, on se serait inscrits), parfois des désirs (est-ce que vous faites aussi des formations sur tel ou tel sujet ?), preuve que la résidence n’a pas vocation à satisfaire tous les besoins, mais bien plutôt à en faire naitre de nouveaux.

UN LABORATOIRE DE NOUVELLES PRATIQUES

En formant le collectif, on renforce les collectifs existants, on en crée aussi de nouveaux, parfois pluricatégoriels. Comme tout a lieu sur place, les problèmes de statut ou de convocation ne sont plus un frein à de nouvelles collaborations. Une formation autour du travail personnel des élèves, par exemple, peut associer, à des moments différents, des AED (assistants d'éducation), des parents, des enseignants. De même, la formation sur les élèves à besoins éducatifs particuliers accueille indifféremment enseignants des classes ordinaires, enseignants d’ULIS (unité localisée pour l'inclusion scolaire) et AESH (accompagnants d'élèves en situation de handicap), favorisant ainsi un partage des réalités. 

Mais cela va plus loin. Puisque les élèves et les enseignants sont présents ensemble, un nouvel outil, un protocole peuvent tout aussi bien être transmis en formation d’adultes que mis en application, directement, sous les yeux des stagiaires, auprès d’un public d’élèves. Il devient facile d’aménager des temps d’observation au cœur même de la formation : autant d’exemples concrets d’aller-retour entre théorie et pratique. En résidence, on donne chair à l’exposé des savoirs tout en encourageant l’expérimentation et l’échange entre pairs.