Appréhender l’espace en élémentaire et maternelle, avec des appareils photo École des Hauts Toupets, Vauréal (95)

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Apprendre à cadrer, réaliser des images en light painting, travail interdisciplinaire.

Claire Bennot, professeure en CM1 à l’école des Hauts Toupets, à Vauréal (95), a emprunté des appareils photos numériques.
Voici son témoignage de l’usage de ce matériel en classe.

Ma thématique s’articule autour de la notion d’espace et les différentes manières de représenter/percevoir un espace pour pouvoir ensuite l’habiter. Cette réflexion m’a conduite à m’interroger sur la notion d’espace et l’appropriation de l’espace par les enfants. L’espace est un concept abstrait et difficile à définir, en particulier pour de jeunes enfants. L’espace va se vivre, s’éprouver, se représenter et se conceptualiser. Il nous appartient donc, en tant que professeurs des écoles, d’accompagner l’enfant dans cet apprentissage. C’est l’objet du projet proposé à ma classe de CM1 tout au long de l’année (mi-temps), ainsi qu’à ma classe de petite et moyenne section (3 semaines à temps complet).

L’apprentissage d’une notion doit être abordé par l’enfant selon trois niveaux successifs :

  • Corporellement : c’est le niveau vécu
  • En manipulant : c’est le niveau manipulé
  • En représentant : c’est le niveau représenté

Le concept d’espace ne peut être appréhendé qu’en passant par l’expérience. Il sera donc travaillé sous différents aspects : l’espace de son corps, la perception de l’espace, les déplacements dans l’espace, la représentation de l’espace. Nous travaillons cette notion en transversalité :

  • EPS : éprouver son corps dans l’espace et percevoir l’aspect kinesthésique (course d’orientation, acrosport, lutte et cyclisme)
  • Géographie : représentation de l’espace et des différents codes. Réalisation de la cartographie sonore de la cour.
  • Géométrie : représentation de l’espace, travail sur les propriétés des figures géométriques.
  • Arts visuels : construction de maquettes de papier /travail photographique => notion de cadrage, plan, échelle, travail de land art+photo. Réalisation : light painting/ nids/sa maison lui ressemble/photomontage=> projet pour mieux habiter la cour/réalisation d’un arbre pour la cour.
  • Séances de langage : travail sur les émotions (jeu des 3 figures de Serge TISSERON)

Pour pouvoir appréhender le monde qui l’entoure, l’acquisition de repères spatiaux est fondamentale pour l’enfant, elle est indispensable à son développement cognitif et psychologique. Le concept d’espace ne peut être appréhendé qu’en passant par l’expérience. La construction de l’espace est donc une opération multiple et longue pendant laquelle se mettent en place des repères, c’est-à-dire des informations et des éléments permettant de situer et de se situer. Le travail en transversalité a également favorisé l’ancrage des savoirs : les élèves ont travaillé la notion d’espace dans ses différentes acceptions - dont l’aspect kinesthésique qui est inhérent à la notion d’espace et essentielle à cet âge-là. Ce n’est qu’ensuite que la notion peut être mentalisée pour être retranscrite sous forme de mots, de dessins, pictogrammes, productions d’arts visuels. Il est indispensable de l’aborder sous ses différents aspects pour pouvoir l’assimiler et l’enrichir.
L’espace représente pour tout individu un environnement dont l’existence relève du domaine du perceptif, mais également de l’ordre de la mémoire, du souvenir et de l’imaginaire.

Dans ma classe de CM1 nous avons réalisé des maquettes de papier, qu’il a fallu par la suite prendre en photo. Les élèves ont travaillé l’échelle et le cadrage. Pour réaliser ce travail photographique, nous disposions donc de 10 appareils photos pour l’ensemble de la classe (soit quasiment un pour 3 élèves). J’appréhendais des disputes pour la prise en main de l’appareil, mais dans l’ensemble, les élèves ont respecté les tours de rôle. Tous les élèves savaient manipuler l’appareil dans ses fonctions basiques (l’allumer, prendre la photo, l’éteindre) mais peu connaissaient la fonction « zoom ».

« J’ai pris la photo de dessus pour qu’on ait l’impression que ma maison est grande. »

Au cours de la 1ere séance, j’ai laissé les élèves expérimenter. La consigne était la suivante : « Montrez votre architecture de manière à ce qu’elle soit la plus grande possible/la plus petite possible. »

Les enfants ont donc montré de diverses manières leurs architectures. Pour la mise en commun, les productions ont été projetées grâce au Vidéo Projecteur Interactif de la classe. Cette installation permet de montrer immédiatement aux élèves le fruit de leur travail, ce qui leur plaisait énormément. Cela a également permis une continuité dans le projet, notamment pour conserver des traces.

Lors de la mise en commun, les notions de cadrage, plongée, contre-plongée, plan large, gros plan et plan moyen ont été institutionnalisés. La série de photos « Les cabanes » d’Edouard SAUTAI a été montrée.

Afin de réinvestir ces notions, la séance suivante « Dedans/dehors » s’est déroulée en extérieur en utilisant la technique du land art. En classe, j’ai sollicité les élèves sur les types d’habitats naturels qu’ils connaissent (nids, terriers, ruches…). Puis je leur ai rappelé les « cabanes » vues à la séance précédente et montré « Spiral jetty » de Robert SMITHSON afin d’expliquer le principe du land art. L’aspect éphémère a également été souligné par les autres élèves qui ont regretté que leurs réalisations ne résistent pas aux intempéries. Un des enfants a alors souligné que nous avions fait des photos, ce qui nous permettrait de nous souvenir de ce que nous avions fait. Cette question de la trace et de la mémoire a été reprise lors de la mise en commun, il est alors ressorti que la photographie n’est pas fidèle à ce qui avait été réalisé. En effet, sur place nous pouvions toucher, tourner autour et que l’on voyait tout l’espace environnant. Les élèves ont travaillé l’espace de manières différentes : la lumière, la perception, l’échelle, le sens/le détournement.

Un affichage a été réalisé à partir de la verbalisation des élèves : « Le land art est un art de l’espace. Il consiste à faire de l’art dans la nature avec des éléments naturels. Il se sert beaucoup de la lumière. Il permet de regarder différemment un espace. C’est un art éphémère et la photographie permet d’en garder une trace, un souvenir. ».

Les productions et affichages serviront pour l’exposition prévue le 03 juin 2016 à l’école.

Tipi
Monstre de lumière


La cabane aux 3 arbres


Nous avons poursuivi avec une séance de light painting.

Dans un 1er temps, les élèves ont expérimenté l’appareil photo en pose longue et l’effet rendu par les différentes sources de lumière. Après une dixaine de minutes d’essais, la consigne a été donnée et les élèves sont entrés dans l’activité. Il fallait mettre ses émotions et son corps en lumière. Les élèves se sont montrés très créatifs : un groupe a souhaité utiliser l’eau qui coule pour faire des reflets lumineux, les chaussures lumineuses ont également été utilisées.
L’implication a été totale et la quasi-totalité des participants a souhaité rester en classe durant la récréation pour visionner les photos sur le VPI.
Chaque groupe a choisi une photo, lui a donné un titre et je les ai ensuite imprimées.
Lors de la mise en commun, les élèves ont associé le geste et les couleurs, à l’émotion, l’intention du photographe.
A partir des éléments donnés par les élèves une affiche explicative a été réalisée : « Le light painting ça consiste à « peindre » avec de la lumière. On photographie la trace de lumière laissée sur l’appareil photo. Cela nous a permis d’avoir une autre vision de l’espace. Les couleurs et les effets sont différents en fonction de la lumière et du geste. » Les photos étant accrochées dans le couloir, beaucoup de questions ont été posées à la classe et les élèves étaient particulièrement fiers de montrer leur travail.

La colère


Comme un fantome
La danse des pieds


La suite du travail a été un projet de photomontage numérique à l’aide du logiciel photofiltre.

Lors de mon stage massé en PS-MS, j’ai souhaité travailler la notion d’espace à travers le repérage dans l’espace, la représentation de l’espace, le vocabulaire spatial ainsi que sur sa matérialisation. Ce projet a été axé autour de deux albums de jeunesse des aventures de Pensatou et Têtanlère « Le château de Radégou » et « les nuits blanches de Pacha » . Ces deux albums à grandir ont accompagné les élèves dans la structuration de l’espace et dans de nombreuses activités. Comme support pour les activités, j’ai cousu deux mascottes à l’effigie des héros de l’histoire.

La notion d’espace traverse toutes les disciplines et est indispensable à construire pour se déplacer et se faire comprendre ; elle est donc à élaborer dès le plus jeune âge et l’école se doit d’accompagner cet apprentissage.
Nous travaillons cette notion en transversalité :

  • Motricité : permet d’éprouver son corps dans l’espace et d’en percevoir l’aspect kinesthésique (parcours, chasse aux doudous, chasse au trésor, jeux « Jacques a dit », le boogie woogie, train des poupées)
  • Découverte du monde : représentation de l’espace et des différents codes => pictogrammes, affichages. Puzzles.
  • Arts visuels : réalisation de maquettes + travail photographique => notion de cadrage et plan. Light painting, transformer l’espace de son corps.
  • Langage : vocabulaire spatial, conception de parcours de motricité, recherche et prise d’indices, conception d’affiches pour les différents coins de la classe.
Présentation du coin de Têtanlère

La première mise en situation avec les élèves a été en motricité. L’espace est en tout premier lieu l’espace vécu. À travers une situation très ludique de « Jacques a dit » (jeu avec des cartons), j’ai pu faire une première évaluation diagnostique des connaissances des élèves sur le positionnement dans l’espace « sur, sous, devant, dans, derrière, à côté ». Puis en classe nous avons commencé la lecture des « Nuits blanches de Pacha ». Dans cet album, les souris réalisent des parcours et le vocabulaire spatial a été travaillé en groupe.
De petits jeux de topologie ont été mis en atelier avec les PS, les MS maîtrisant tous le positionnement. Tous les élèves ont dû dessiner et expliquer comment ils avaient joué dans le carton. Cet exercice a été difficile pour certains PS.
Avec les élèves de PS, un premier travail photographique a été mis en place. Les élèves devaient présenter la classe aux deux mascottes. Des binômes ont été constitués disposant chacun d’un appareil photo. Les petits étaient très excités d’utiliser les appareils photo, et se sont montrés très précautionneux. Les PS ont ensuite dû expliquer le travail aux MS et surtout comment utiliser l’appareil photo. À partir de cette verbalisation, un affichage a été réalisé comme trace écrite. Tous les affichages ont été réalisés en dictée à l’adulte.

En parallèle, les élèves de MS ont travaillé sur la conception de parcours de motricité ainsi que sur les maquettes de ces parcours. Les enfants ont dû reconnaître les ustensiles nécessaires à la reproduction du parcours des souris, puis à les placer selon la même configuration sur la feuille.
A l’aide d’images découpées dans les catalogues, les élèves ont dû nommer les différents éléments du parcours, les associer avec ceux du parcours des souris.

Dans la classe, aucun affichage ne matérialisait les différents coins. Par conséquent, les PS ont réalisé des affiches à l’aide d’un tri d’images dans des catalogues, collé les images, puis détaillé par une dictée à l’adulte, la fonction de chaque coin.
Tous les matins nous effectuions un petit jeu :

deux élèves allaient cacher les mascottes à l’insu des camarades puis ils devaient décrire à un autre élève où la souris était cachée, en nommant le coin et en utilisant le vocabulaire spatial : « J’ai caché Pensatou dans le coin bibliothèque, derrière le fauteuil ». Ce jeu a permis une chasse aux doudous à travers la cour où les élèves devaient se repérer d’après des photos en gros plan. Une chasse au trésor clôtura la séquence, les indices reprenant les lieux et les codes établis. 

L’espace a par la suite été travaillé du point de vue des arts visuels « changez l’espace de votre corps » et une séance de light painting. Ces deux séances permettaient le réinvestissement des notions de photographie.
Lors de la séance de ligth painting, j’ai constaté que les élèves de PS ne prenaient pas les appareils photo préférant jouer avec les sources lumineuses.

Les MS ont également travaillé les notions de cadrage et de plan en photographie. Dans une première séance, les élèves disposaient de photos d’éléments de la cour sous différents plans (plan large, plan moyen, gros plan). Des croix avaient été tracées au sol à l’endroit où avaient été prises les photos, les élèves devaient se placer sur les croix et refaire une photo identique. En classe, nous avons classé les photos prises selon le cadrage et établi ensemble un codage.
Les enfants ont proposé le code suivant :

Ces notions ont été réinvesties par un tri d’images ainsi que lors de la lecture de l’album « Zoom » .

Évaluation :
Les élèves en fin de séquence savaient :

  • se repérer rapport aux notions travaillées
  • maîtriser le vocabulaire spatial
  • utiliser correctement l’appareil photo
  • employer les termes spécifiques (dragonne, objectif),
  • reconnaître et nommer des images selon leur cadrage (MS).
  • Expliquer leur travail.

Critères favorisant les apprentissages :

  • Le plaisir et l’aspect ludique. Explorer d’une manière nouvelle des endroits familiers tels que la cour, la salle du périscolaire, la salle de motricité et la salle de classe, a été très amusant pour les élèves.
  • La nouveauté des activités et la responsabilisation. L’utilisation d’appareils photo numériques était très attrayante car c’est souvent un matériel qui est refusé aux petits, en raison de sa fragilité. Les enfants étaient donc fiers de les utiliser et de pouvoir ensuite regarder et montrer leurs productions.
  • La lisibilité : les productions exposées dans le couloir, ont suscité beaucoup de questions et les élèves pouvaient expliquer même aux élémentaires ce qui avait été réalisé. Une grande affiche en motricité sous forme de tableau à double entrée, pour noter les progrès (je sais : grimper, sauter sur, passer sous…) => attractif et valorisation des réussites. Idem pour les progrès dans la chasse aux doudous. Récapitulatif des apprentissages dans cahier de réussite. Chaque élève garde ainsi une trace.
  • Grandir et s’identifier : se décentrer et accepter un point de vue différent du sien (notamment par le jeu des cartons « mon carton c’est une voiture/un train/un vaisseau spatial… et la lecture de l’album « pas-du-tout-un-carton »). Têtanlère grandit dans ses comportements au fil de l’histoire => les élèves aussi.

La prise en main des appareils photos est très aisée et facilement appropriée même pour de très jeunes enfants. Les sacoches sont légères et donc facilement transportables. La possibilité d’avoir un TNI ou VPI facilite grandement le visionnage des photos et permet une grande satisfaction pour les élèves qui voient leurs photos immédiatement en grand format.
Pour le moment je n’ai pas de retours des parents, l’exposition de l’ensemble du projet n’ayant lieu que le 03 juin. Les parents ne peuvent pas accéder actuellement aux classes et n’ont donc pas pu voir les travaux. Une trace a été mise dans le cahier de réussite.
Les collègues ont eu un retour très favorable sur les productions. Le light painting a donné envie à plusieurs collègues, ainsi qu’à des animateurs du périscolaire.
C’est un bel outil pour apprendre autrement aux enfants.

Claire Bennot, professeure
École des Hauts Toupets, Vauréal (95)

Matériel prêté dans le cadre de Créatice