Une webradio au collège Louise-Michel Collège Louise-Michel, Corbeil-Essonnes (91)

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Pour apprendre à s’écouter : travailler avec des micros.

Sandrine Paquier, professeure documentaliste, a emprunté une mallette webradio. Voici son témoignage.

Le projet 

Le projet prévoyait un travail avec deux classes de 4e, dont une responsable de la webradio.
La classe principale devait créer des émissions avec la professeure documentaliste, les professeurs d’éducation civique, et d’anglais.
Plusieurs types d’émissions ont été sélectionnés lors de la préparation en équipe : reportages et interviews sur les réseaux sociaux en éducation civique, ainsi que sur l’actualité du collège, faits divers créés de toute pièce en anglais.
Les émissions devaient se faire en « faux direct », c’est à dire : des répétitions, une émission, l’écoute et ensuite la diffusion.

Les objectifs étaient :

  • de découvrir le monde de la radio au travers d’écoutes d’émissions (déroulé de l’émission avec le conducteur, le vocabulaire, les différents rôles et métiers)
  • de communiquer et de donner du sens aux enseignements
  • de travailler l’oral
  • d’apprendre à écouter (les autres et soi-même)
  • de travailler l’écrit et surtout découvrir que dans une émission radio, tout est écrit (ou presque)
  • d’encourager le travail personnel et la rigueur
  • de favoriser le travail de groupe et l’autonomie
    Dans les faits, de nombreux imprévus nous ont conduit à modifier le projet pour l’adapter aux circonstances (changement de dates, sorties annulées, classe agitée).
    Mais ces changements ont apporté de bonnes surprises quand à l’investissement des élèves, et nous ont conduit à prolonger l’expérience avec des des micros easi-speak pour finir les enregistrements et à travailler avec Audacity pour initier les élèves au montage son.

Bilan 

Aspect technique  
Pour ce qui est de la mallette webradio, les branchements étaient simples, en suivant le schéma de la fiche jointe. L’utilisation du micro zoom était assez facile aussi, ainsi que la récupération des fichiers par carte : ne pas hésiter à fouiller dans les fichiers du zoom pour trouver les enregistrements.

Pour ce qui est de l’enregistrement, les fiches en ligne sont un peu succinctes si l’on veut faire du direct (ce que l’on n’a pas fait). J’ai suivi un stage PAF un an avant l’emprunt de la mallette, mais n’ayant pas tenu le rôle de technicienne pendant ce stage, par manque de temps, je ne me sentais pas assez sûre de moi pour faire du direct tout de suite avec les élèves. C’était néanmoins prévu pour l’année suivante.
La table de mixage peut impressionner au premier abord, mais dans les faits, on ne touche que quelques boutons, voire aucun si on n’a pas prévu d’insérer des interviews pré-enregistrées, par exemple. Mais je pense qu’avec un tutoriel vidéo détaillé en ligne de l’utilisation de la table de mixage et des logiciels de diffusion, on se lancerait plus facilement.
De même, une « checklist » de tous les éléments présents dans la mallette aurait été utile, surtout en fin de projet, pour vérifier si rien n’a été oublié.

Pour ce qui est des micros easi-speak, il faut que les micros soient positionnés très près des personnes enregistrées. Certains enregistrements n’ont rien donné car on voulait faire un reportage pendant un événement au collège sans gêner les participants, et donc sans leur mettre un micro devant le visage. Mais peut-être l’enregistreur « Track Talker » est-il plus adéquat pour ce genre de situations ?

Aspect humain  
L’expérience a beaucoup plu aux élèves, qui étaient impatients de commencer à s’enregistrer. L’aspect ludique y est pour beaucoup.

On a même eu un effet boule de neige : des élèves découvrant la « station » radio au CDI, et observant leurs camarades travailler ont demandé à participer aussi, et ont été intégrés au projet. Un professeur a demandé à utiliser les micros dans sa classe.
Il est important de bien réfléchir en équipe en amont du projet à l’articulation des moments en classe entière et en groupes restreints si on ne veut pas perdre de temps par la suite. De même, l’aspect légal a été un peu difficile à gérer, car il aurait fallu distribuer les demandes d’autorisations pour la diffusion de la voix des élèves longtemps avant le début du projet. Nous avons peiné à tout récupérer, et le travail en a été impacté. De même, les élèves ont eu du mal à accepter qu’on ne puisse diffuser de la musique sans payer de droits, mais ont fini par trouver de bonnes musiques libres de droit à exploiter. Même certains professeurs ne connaissent pas toujours les détails de la loi dans ce domaine, et le rôle du professeur documentaliste est essentiel à ce moment là.

Apports pédagogiques  
Les élèves qui se sont le plus investis dans le projet, ainsi que ceux qui avaient déjà travaillé sur un projet interdisciplinaire dans l’année, se sont emparés de l’outil, ils ont travaillé en autonomie et en équipe autour de la station radio, en s’organisant entre eux et en procédant par tâtonnement : production, écoute, modification du travail pour l’améliorer au fur et à mesure et arriver à une émission satisfaisante.
Ici, le rôle du professeur a totalement changé. Ils ont ensuite fini l’année en travaillant de la même manière avec leur professeur de français, en pédagogie active.
En travaillant de manière empirique, ils ont réalisé l’importance de la préparation et de l’écrit, pour gérer le stress, se mettre en confiance et parler plus naturellement.
Un problème récurent avec de nombreux élèves avant cette expérience était l’écoute. Ils ne s’écoutaient pas les uns les autres. C’est un point sur lequel cet outil a été d’une grande aide, car les élèves étaient pressés de s’écouter. Ils souhaitaient aussi se perfectionner.


En éducation civique, les élèves étaient enthousiastes et grâce à l’aspect ludique, ils ont mieux su aborder des problèmes de société (l’usage des libertés en France).
En anglais, un groupe d’élèves a enregistré une émission avec la station radio et deux groupes avec des micros easi-speak. Grâce à la facilité d’utilisation des micros et le coté ludique pour les élèves, le professeur a découvert des perspectives d’utilisation jusque là difficiles à mettre en place. L’utilisation de ces micros pourrait se faire de manière quasi quotidienne en cours de langue, permettrait de développer l’expression orale en continu, les élèves pourraient s’enregistrer puis se corriger (sur une même heure de cours), cela développerait l’inter-correction , et permettrait un travail plus approfondi sur la prononciation et l’authenticité de la langue. Cette expérience a été très positive, et le professeur a hâte de pouvoir utiliser de nouveau les micros en classe (un achat est prévu).

Cette année , une classe d’accueil « UPE2A » a ouvert au collège pour accueillir les enfants nouvellement arrivés en France. Interviewés sur leurs classe, ces élèves ont pu faire découvrir leur quotidien aux élèves de quatrième du collège. C’était nécessaire car il n’y avait pas d’élèves d’UPE2A en classe quatrième cette année.

Il faut noter que la partie montage avec Audacity, si elle est assez simple, est très chronophage.

L’équipe avait envisagé de créer une classe média l’année scolaire suivante, mais cela ne pourra se faire, car les trois enseignants quittent l’établissement à la fin de l’année. Néanmoins, chacun a l’intention de renouveler l’expérience en l’améliorant les années suivantes.

Sandrine Paquier, professeure documentaliste
Collège Louise-Michel, Corbeil-Essonnes

Matériel prêté dans le cadre de Créatice