Un projet interdisciplinaire autour du portrait : l’apport de la photo numérique Lycée professionnel Auguste-Perret , Evry (91)

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Un projet culturel et éducatif : travail d’écriture, de mise en voix, d’analyse d’images et travail de la photographie avec les professeures du lycée et des intervenants extérieurs.

Armelle Chéenne, professeur-documentaliste au lycée professionnel Auguste-Perret , à Evry (91), a emprunté une mallette d’appareils photo numérique, dans le cadre d’un projet pédagogique interdisciplinaire, en équipe avec Stéphanie Gahinet et Carmele Bonnet, professeures de lettres-histoire, et Pauline Claude, médiatrice culturelle de la Région Ile de France.
Voici leur témoignage.

Le projet « Je suis, tu es...variations sur le portrait » invitaient les élèves de trois classes du LP Auguste Perret d’Evry à s’intéresser au portrait, et ce, à travers différentes approches. Il comportait deux volets :

  • une classe a développé un travail d’écriture et de mise en voix, accompagnée par l’auteur et metteur en scène Nadia Xerri-L.
  • deux autres classes ont axé leur travail sur l’analyse d’images et la photographie en partenariat avec la photographe Pauline Hisbacq.

Nous nous intéresserons ici au volet portrait photographique.
Les deux classes impliquées sont les 2de Bac Pro Menuisier Agenceur et les UPE2A (Unité Pedagogique pour Elèves Allophones Arrivants). Avec l’appui de leurs professeurs, de Mme Chéenne, professeure-documentaliste et de Pauline Claude, médiatrice culturelle, les élèves des deux classes ont participé aux mêmes activités.
Leurs approches et leur ressentis ont toutefois été sensiblement différents.

Les 2de Bac Pro ont mené le projet avec leur professeur de lettres-histoire, Mme Gahinet.
Dès le premier trimestre ils sont entrés dans la thématique "portrait simple, portrait composé" à partir de l’affiche du CLIC91, affichée dans la salle de classe durant tout le projet, et décrite pour en dégager le thème. L’objectif devenait clair pour eux : faire des photos de portraits, au lycée, dans le cadre de leur formation.
Grâce à la boite photo du musée de Bièvres, les élèves ont pu définir le portrait sous toutes ses formes et connaître l’histoire de la photographie.
Ils ont également découvert l’exposition "Corps de Ballet" de Marion Poussier et Mohamed El Khatib, au Théâtre de l’Agora. Leurs réactions ont été plutôt positives face à la mise en scène des portraits malgré la gêne ressentie face aux grands formats. Le choix des élèves de ne pas utiliser la même mise en scène, mais au contraire de se mettre en scène dans leur environnement professionnel scolaire (les ateliers de menuiserie) s’imposait.
Les élèves ont ensuite rencontré Pauline Hisbacq, photographe professionnelle, qui a repris les éléments primordiaux de la photographie (plan, cadrage...) et qui les a orientés dans la pratique de la prise de vue. Elle a expliqué à chaque groupe les bases d’utilisation des appareils photos prêtés par CréaTice. Les élèves bien que disant savoir faire, ont tout de même apprécié l’aide de la photographe lors des trois séances de prise de vue. Il n’y a donc pas eu de difficultés techniques, d’autant que l’objectif n’était pas d’utiliser les paramètres manuels des appareils, mais bien de prendre le temps de cadrer, de choisir le plan et le moment opportun pour élaborer les portraits. Si certains élèves ont apprécié la manipulation d’un appareil photo, d’autres restent attachés à leur téléphone portable qui a une fonction basique de photographie. Certains auraient aimé aussi manipuler davantage les appareils pour utiliser les fonctions manuelles.
A la fin de chaque séance, le transfert des photographies depuis la carte SD vers l’ordinateur était effectué par la photographe.
En parallèle, les élèves ont découvert le musée de la photographie à Bièvres.
Est venu enfin le temps de la sélection des portraits en vue de l’exposition au lycée et des Rencontres photographiques du CLIC91. En amont, l’équipe encadrante avait effectué une sélection de 80 photos soumise aux élèves, dont des portraits simples et des séries autour d’une pose ou d’un geste dans les ateliers de menuiserie. Ainsi, malgré les difficiles choix liés à la construction des photos et parfois au regard sur soi ou sur les autres, peu évidents à l’adolescence, les élèves ont conservé 23 portraits. Ils ont rédigé, en groupe, des "teasers" pour guider l’exposition de leurs portraits professionnels : poses, gestes avec outils et gestes avec une machine.
En conclusion, hormis un élève qui a refusé de voir son portrait affiché, les élèves semblent contents du résultat et ont pu découvrir le travail des deux autres classes avec un regard bienveillant lors du vernissage au lycée.

L’UPE2A est une classe de remise à niveau d’élèves allophones et francophones de plus de 16 ans. Afin de les intégrer dans le système éducatif français, l’éducation artistique et culturelle contribue à la formation d’une culture commune.
Cette année l’axe retenu par leur professeur de lettres-histoire, Mme Bonnet, est celui de l’image fixe et en particulier du portrait.
Le projet s’est décliné en plusieurs actions :

  • visite du Musée de la photo de Bièvres : exposition "Aux frontières de l’intime" et atelier de pratique photographique
  • travail avec la boîte photo au Théâtre de l’Agora (histoire du portrait)
  • spectacle de théâtre contemporain "Moi Corinne Dadat" de Mohammed El Khatib.
  • visite de deux expositions photo et rencontre avec les artistes : "Corps de ballet" de Marion Poussier et Mohammed El Khatib, "Oubliés de guerre" d’Olivier Pasquiers.
  • réalisation par les élèves d’un autoportrait photographique avec la photographe Pauline Hisbacq : diptyque passé/présent : autoportrait dans le lycée - objet symbolique.

Aucune difficulté rencontrée lors de la prise en main des appareils photo numérique dont l’usage était très simple, les élèves étant déjà familiarisés avec ces outils. 

Une première séance de photo libre, au sein de l’établissement, a permis d’engranger des dizaines d’images. Celles-ci ont ensuite été visionnées par les élèves en compagnie de Pauline Hisbacq, photographe associée au projet. Les élèves ont alors pris conscience de la nécessité d’anticiper davantage leur prise de vue (cadre, lieu, posture...) et ont eux-mêmes opéré des choix et adopté des stratégies plus personnelles. 

Une deuxième séance de travail a suivi, permettant de réaliser les portraits définitifs. La photographe en a présélectionné certains et a demandé aux élèves de valider ses choix. Lors de la troisième séance les élèves ont photographié un objet personnel, choisi pour sa valeur symbolique. Après un nouveau visionnage sur écran, les élèves ont approuvé les choix définitifs.

La phase d’assemblage portrait+objet a été prise en charge par la photographe, ainsi que la sauvegarde des photos sur clé usb. 



Cet atelier n’a pas été neutre pour les élèves qui sont passés par plusieurs sentiments parfois contradictoires allant du refus catégorique à la fierté assumée.

Grâce à ce travail, les élèves ont pu dépasser le stade de la photographie automatique de type selfie, pour prendre conscience de la dimension artistique de la photographie.

Des passerelles entre les disciplines ont pu être posées, les élèves sont en partie sortis de leur isolement à travers des échanges avec les autres classes. En outre, l’autoportrait a permis de produire une image positive et choisie de soi et de valoriser ainsi les parcours.
Par contre, il a été difficile d’obtenir l’accord de certains élèves pour participer à ce projet : concrètement se prendre en photo, de même que les autorisations de droit à l’image ont été difficiles à recueillir, et les refus nombreux.

Pour les deux classes, un premier vernissage interne a permis de mettre en valeur les travaux des élèves dans le hall du lycée, un nouveau temps fort est prévu à la fin de l’année scolaire. Dans l’intervalle les portraits seront exposés dans le cadre des Rencontres Clic91 au Théâtre de l’Agora, du 27 mai au 4 juin 2015.

Ce projet, parce qu’il impliquait de multiples acteurs au sein de la communauté éducative comme à l’extérieur, a permis de travailler de façon moins conventionnelle, d’ouvrir les murs de la classe et donc de motiver et d’intéresser vivement les jeunes. Il n’aurait pu aboutir sans l’appoint technique de CréaTice, les cinq appareils photo en état de marche ont permis de compléter utilement les moyens propres de l’établissement.

Armelle Chéenne, professeur-documentaliste, Stéphanie Gahinet et Carmele Bonnet, professeures de lettres-histoire, Pauline Claude, médiatrice culturelle de la Région Ile de France
Lycée professionnel Auguste-Perret , Evry (91)

Matériel prêté dans le cadre de Créatice