Des tablettes en cours d’ arts plastiques Groupe d’Expérimentation Pédagogique Arts Plastiques

Publié le

« Monochromies et Camaïeux » : thème proposé aux élèves, utilisation de techniques diverses.

Voici les compte-rendus des expérimentations réalisées par Françoise Grassias en Arts plastiques d’une tablette tactile (Samsung Galaxy Tab2 10.1) prêtée par le CRDP de l’académie de Versailles.

Ces expérimentations sont également publiées sur le blog du GEP (Groupe d’Expérimentation Pédagogique) d’Arts Plastiques.

Expérimentation 1 : usage de la tablette tactile comme appareil photo

Mon expérimentation a consisté à utiliser les potentialités de prise de vue offertes par la tablette et de les comparer à celles obtenues avec un appareil photo numérique simple.
Les élèves devaient concevoir une production d’ordre artistique qui pouvait prendre des formes variées. Le thème était « Monochromies et Camaïeux ». Ils pouvaient en fonction de leurs projets travailler seuls ou à plusieurs et se déplacer dans la salle d’arts plastiques en utilisant les techniques de leur choix.

Que ce soit avec l’appareil photo ou la tablette, les élèves ont été attentifs au cadrage afin de « composer » leur image. Il ne s’agissait pas d’une initiation à la technique de la photographie, mais plutôt de travailler le regard et de garder des traces d’instants où le réel était vu différemment. Dans les deux cas (usage de la tablette et usage de l’appareil photo numérique), les élèves ont pris plusieurs clichés avant de se déclarer satisfaits du résultat.
Mais c’est là où s’est située la différence : de quel résultat parle-t-on quand on n’a pour l’évaluer que le petit écran de l’appareil photo en l’occurrence : 5cm x 4cm ?
Avec la tablette, compte tenu du format de l’image obtenue (22 x 13 cm), et de la valorisation visuelle de cette dernière qui se trouve encadrée par les bords noirs brillants de la tablette, les élèves avaient visiblement beaucoup de plaisir à se concerter pour réaliser leur production et pour en évaluer ce qu’ils considéraient comme le résultat : l’image affichée sur la tablette.
La taille de l’écran de la tablette qui permet à l’image obtenue de se présenter comme une image à part entière, et non simplement comme une vignette offre donc déjà un début de visualisation collective. Les tâtonnements, les essais, les débuts de verbalisation sont facilités car le niveau d’exigence est plus élevé en raison de la bonne visibilité de ce qu’on a capturé. Le résultat obtenu peut être facilement évalué en temps réel par les élèves et recommencé si besoin. Dans cette situation de mobilité où les élèves travaillaient à plusieurs, l’usage d’une tablette a donc été à mon sens une véritable valeur ajoutée à l’expérience de l’élève.

Expérimentation 2 : usage de la tablette et d’une application dédiée pour la réalisation d’animations en stop motion

Le principe des films en Stop Motion, très en vogue sur le web, est simple. Une suite de photographies (frames) restitue une animation d’objets ou sujets réels à l’aide d’un système de montage. Un logiciel installé sur l’ordinateur peut piloter l’appareil photo image par image. Ou bien si on ne dispose pas de cet outil, on peut prendre une suite de photos qui décomposent image par image l’animation et en faire le montage ensuite, -sous réserve que l’on soit attentif à définir un temps très court d’affichage de chaque image, ce qu’on peut même faire avec Movie Maker). Il s’agit aussi, bien évidemment de construire un studio de prise de vues miniature dans lequel on fera bouger des éléments progressivement en prenant une photo à chaque modification. Le « Stop Motion » a donc un côté « bricolage méticuleux ». En fait, tout dispositif de capture d’image permettant de photographier une scène image par image fait l’affaire.
Dans ce contexte que peut apporter l’usage d’une tablette ?

Après avoir testé plusieurs applications gratuites, celle que je recommande est à ce jour « Stop Motion Maker », de KomaDori Lite.
Le « tout en un » de la tablette facilite la réalisation du projet (en l’occurrence « la danse des ciseaux ») sans perte de temps avec une excellente visualisation des images tant pendant la réalisation du projet qu’au moment de sa lecture en tant que petit film d’animation.
Comme pour toute réalisation en stop motion, une fois le scénario conçu et le story-board au point, il faut réaliser le mini studio de prise de vue ou l’adapter s’il existe déjà.
Il faut bien caler la tablette afin qu’elle ne bouge pas pendant les prises de vue. Il faut donc anticiper sur le cadrage et penser à l’éclairage. On peut être là dans un bricolage sympathique : boîtes, cartons fixés pour la "scène", spots ou lampe de poche (l’éclairage est très important !).
Là encore on pourra réaliser, visualiser et évaluer dans de bonnes conditions d’observation l’image obtenue du fait de son format d’affichage et recommencer jusqu’à obtention d’un résultat accepté.
L’usage de la tablette tactile couplée à Stop Motion Maker, application en anglais, est des plus simples. Je recommande la prise de vue manuelle. L’objet est positionné. On touche l’écran et de ce fait la photo est prise. On déplace un peu l’objet, on touche à nouveau l’écran et une nouvelle photo (frame) est prise et ainsi de suite. [On peut aussi automatiser l’enregistrement en le paramétrant par exemple toutes les 5 secondes].
Cela implique qu’un story-board ait été réalisé ; cela peut permettre de répartir les rôles entre les élèves.
En un premier temps le projet est lisible depuis l’application, ce qui est déjà très satisfaisant.
Ensuite on peut l’éditer définitivement en tant que film au format AVI.
Le film obtenu en .avi peut être lu ensuite sur la tablette avec l’application VLC. Il peut être aussi reconnu sur un ordinateur par Movie Maker et faire l’objet d’un montage avec titre, générique, etc.
Il faut noter néanmoins que la dimension d’exportation depuis l’application gratuite est modeste :
593x320 pixels, 445x240 pixels ou encore : 267x144 pixels.
L’application crée aussi automatiquement un dossier contenant toutes les frames qui composent l’animation en images JPEG. Elles peuvent donc être aussi utilisées séparément, et même imprimées.
Ci-dessous : quelques frames tirées du film « La danse des ciseaux ».

Cette application permet aussi un montage succinct, qui peut suffire néanmoins, en version beta : FrameEdit Mode.
Les résultats obtenus seront plus ou moins modestes en fonction du temps passé : Le Stop Motion même facilité par l’usage de la tablette peut en effet être très chronophage. Néanmoins, en conclusion, il m’apparaît que la tablette tactile semble particulièrement adaptée au Stop Motion. En classe, déconnectée du wifi, Il n’y aura aucun message publicitaire si ce n’est, inscrit en haut à gauche en petits caractères blancs le nom de l’éditeur de cette application KomaDori.
L’usage d’un tel matériel, couplé à cette application de qualité permet donc de travailler de manière efficace et rapide l’image, la séquence animée et la narration à travers une initiation à l’animation en Stop Motion.
Le champ de référence sur lequel s’appuyer est vaste : depuis la décomposition du mouvement, les débuts du cinéma, jusqu’aux productions actuelles notamment celles proposées par l’exposition « Motion factory » à la Gaité Lyrique à Paris (24 avril - 10 août 2014).
L’expérience proposée à l’élève s’inscrit dans les programmes d’Arts plastiques notamment en ce qui concerne l’appropriation artistique du numérique, le travail sur l’image, la temporalité, la construction d’une narration à partir d’une ou plusieurs images, et l’expérimentation de situations sollicitant sans cesse action, tâtonnements et réflexion.

Françoise Grassias
GEP Arts Plastiques