Des Ipads2 en classe de maths-sciences en lycée professionnel pour quoi faire ? Lycée professionnel Viollet Le Duc, Villiers Saint Frédéric

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Grande implication des élèves, possibilités graphiques intéressantes de l’outil, présence de l’appareil photo à tout moment : beaucoup de points positifs pour la tablette.

Michel Lebreton, Professeur de maths-sciences au Lycée Professionnel de Villiers Saint Frédéric dans les Yvelines,nous présente son compte rendu d’expérimentation d’une mallette d’ipads en classe de terminale Bac pro, sections du bâtiment.

POURQUOI CET OUTIL ?

La première raison poussant à utiliser un nouvel outil dont on se passait jusqu’alors est sans doute, comme toujours, l’attrait de la nouveauté, pour l’enseignant, comme pour les élèves et les promesses de "plus et mieux" qui vont avec… !

En quoi une tablette peut-elle être considérée comme un nouvel outil apportant "du plus" et "du mieux" au sein d’une classe de maths-sciences de lycée professionnel ?

_ Un début de réponse se trouve sûrement dans l’un au moins trois points décrits ci-après :
-* Une mise au travail des élèves incroyablement plus rapide et spontanée

    • Cette implication améliorée est sans doute due, pour partie, à une réelle appétence à pouvoir toucher l’objet pour lui-même qui, à l’instar des Smartphones, semble exercer une certaine fascination sur beaucoup de personnes.
    • Elle prend également appui sur les aptitudes initiales de certains élèves qui connaissent déjà l’outil, son fonctionnement et ses possibilités. Ceux-là démarrent instantanément et savent où trouver les applications qui les intéressent et sont à même de guider le groupe vers les ressources utiles.
  • Une évidente meilleure qualité de réponse par rapport aux attendus rédactionnels de l’activité réalisée
    • - la présentation, la mise en page du compte rendu sont facilités voir tout simplement rendu possible … La rédaction est, par ailleurs, aidée par le correcteur orthographique activé par défaut.
    • Les possibilités graphiques, les effets de mises en forme offertes par les logiciels disponibles sont assez "bluffantes". C’est un plus pour les élèves qui rechignent de plus en plus à écrire à la main, n’ont souvent pas de feuille ou de stylo, voir pas même le classeur correspondant au cours mais qui possèdent souvent des compétences en matière de création numérique.
    • La réalisation d’une construction géométrique avec le logiciel "Geometry Pad", bien qu’au début un peu laborieuse, s’est révélée ensuite accessible à tous les élèves. Leur recherche d’une représentation conforme et réaliste étant devenue un objectif naturel les poussant à rechercher les outils logiciels adaptés et à échanger entre eux les informations nécessaires.
    • - La possibilité de prendre une photo du montage réalisé pour l’insérer dans le compte-rendu a été unanimement utilisée… Cette possibilité met fin au trop souvent piètre croquis dévoreur de temps et au réalisme parfois peu convainquant qui ne rendait pas forcément plus compréhensible la description du montage…
      Cette fonction "appareil photo" est une spécificité des tablettes que l’on ne retrouve pas sur un ordinateur.
  • La liberté de mouvement, et par extension celle du choix de la salle de classe. La libération des contraintes filaires et connectiques liés à l’usage des ordinateurs
    • - L’usage d’une tablette s’entend dans un affranchissement total de toute notion de branchement et de raccordement.
      Les élèves envoient directement leur compte-rendu, leur correction en ligne ; soit sur une adresse créée à l’intention de la classe, soit à leur adresse personnelle, soit sur le webdav, ce qui signifie qu’il n’y a plus de papier à transporter et/ou à perdre, y compris les copies du professeur.
      Cela a évidemment un corolaire : il faut créer un compte sur chaque tablette pour disposer de l’accès à internet et paramétrer la borne d’accès Wifi. Cet aspect de l’usage des tablettes est sans doute la difficulté prépondérante à surmonter (voir le paragraphe consacré aux "difficultés").

ACCUEIL PAR LES ÉLÈVES

Voici deux éléments de réflexion :

  1. Lors du premier cours de l’année, les élèves ont répondu à un questionnaire avec boitiers d’expression portant sur un balayage des connaissances vues l’année précédente. Dans ce test QCM était adjointe une dernière diapositive portant sur la préférence des élèves à travailler :
    "seul ; en binôme ; en groupe ; en sciences ; avec un ordinateur ; avec une tablette".
    Les réponses "en groupe" et "avec une tablette" ont été sélectionnées simultanément au total à 47% et à 13% chacune prise séparément.
    Cela peut être interprété comme l’affirmation du souhait de disposer d’outils nouveaux et de pratiques (le travail en groupe) sinon nouvelles, au moins plus fréquentes confirmant que nos élèves ne sont plus dans une logique d’adhésion institutionnelle à la recherche d’une accumulation de connaissances théoriques personnelles mais bien plus dans la recherche d’une "solidarité" collective dans les apprentissages permettant d’accéder à la connaissance que cela soit grâce à des échanges directs non pénalisés ou par le biais du partage des connaissances dans une culture numérique de réseau.
  1. Une petite anecdote :
    Maryne, que faites-vous avec votre téléphone, vous photographiez votre paillasse ?
    Non, mais c’est pour ma mère je photographie la tablette, Monsieur, elle ne me croit pas quand je lui dis que l’on a des tablettes pour travailler" …

RETOURS DES ÉLÈVES

  • Les tablettes, elles sont à nous, comme les boitiers, ou elles sont prêtées ?
  • On ne les aura plus cette année alors ?
  • Monsieur, avec les tablettes c’est mieux, on n’a pas à écrire, on peut s’envoyer les cours et les corrections directement à nos adresses mail.
  • Et puis, quand on les a on est plus calme.

Ces remarques des élèves peuvent être sujettes à discussion… Mais on ne peut pas faire comme si elles n’avaient pas été formulées.

CONTENUS DÉVELOPPÉS

Durant cette expérimentation, les logiciels utilisés étaient tous déjà installés sur les tablettes à l’exception de "Geometry Pad" qu’il a fallu installer sur chaque tablette.
Ont été utilisés :

  • Le bloc note ("Note") pour les corrections d’exercices
  • Le traitement de texte "Pages" et le logiciel de présentation "Keynote" pour la rédaction des documents exportés ensuite en format PDF
  • "Numbers" et "TI nspire CAS" pour les travaux avec tableur
  • "Safari" pour l’utilisation d’internet
  • "iTunes" pour les téléchargements

Voici un graphique construit avec Geometry Pad (version gratuite)

DIFFICULTÉS RENCONTRÉES ET AIDE À LA MISE EN OEUVRE

  • Comme tout nouvel outil, l’usage fin et précis n’est pas instantané. Mais il ne s’agit plus ici d’un changement de stylo ou de paire de lunettes, et bien au-delà la recherche d’une bonne maîtrise du "geste" lié à l’outil, il faut déjà au préalable rendre l’outil lui-même opérationnel pour que "les plus" que l’on souhaite qu’il apporte soient réellement effectifs et utilisables : ici la communication en réseau et l’accessibilité aux ressources d’internet.
  • Pour cela l’apprentissage est réellement très technique et, pour qui n’est pas familier du paramétrage informatique, un accompagnement est indispensable. La technicité de l’outil n’est pas contournable et il n’est, de fait, pas question d’envisager une "séance tablette" dans l’improvisation car dans ce cas l’inefficience sera assurée.
  • Il faut paramétrer les comptes des tablettes, définir les outils que l’on laisse accessibles ou non. Par exemple, l’appareil photo bien utile se révèle également susceptible de générer de la distraction, et la vidéo encore plus… !
  • Il faut aussi définir avec les accompagnateurs TICE du CRDP les ressources de partage en ligne des fichiers dont on veut pouvoir disposer : adresse mail, espace de stockage sur le cloud (webdav).

Enfin, les accès à internet, comme avec un ordinateur, sont difficilement contrôlables en permanence et il faut accepter que des visionnages intempestifs du dernier match de foot, par exemple, puissent se produire en parallèle aux activités réalisées et cela en toute discrétion… !

ACCOMPAGNEMENTS TECHNIQUE ET PÉDAGOGIQUE

L’emprunt a été effectué auprès du CRDP de l’académie de Versailles à Marly le Roi via le site Créatice : //www.reseau-canope.fr/creatice/

  • Tout au long du prêt, depuis le retrait du matériel jusqu’à sa restitution, l’accompagnement est assuré par les formateurs et référents tices du médiapôle.
    Il faut souligner la très grande compétence, la disponibilité et la réactivité à distance de toutes les personnes ayant accompagné ce prêt.
    L’enseignant qui emprunte n’est pas abandonné à lui-même face à des difficultés impossibles à surmonter seul. Bien au contraire, la culture de réseau et de partage horizontal des compétences voit son évidente nécessité et son efficacité démontrée ici pour la mise en œuvre de ce type de matériel au sein des classes.
    Il n’y a pas de problème qui reste non résolu sitôt que l’on sollicite l’aide nécessaire.

BILAN

Une fois la préparation des tablettes et de leur environnement numérique de travail et d’échanges effectués, la prise en main initiale dépassée, l’outil se révèle un instrument agréable et convivial dont l’objectif affiché d’une amélioration du travail des élèves est atteint.
Il faut bien entendu pouvoir évaluer cet apport dans la durée et c’est là tout le défi de la culture numérique au service de l’éducation et de la formation, il faut que les outils pour l’instant mis comme "en vitrine" deviennent ordinaires, c’est-à-dire disponibles aussi souvent que l’on le souhaite en tout lieu où l’on se trouve et non soumis à des disponibilités rares ou contraints par des réservations programmées dans un laborieux partage au sein des établissements comme l’accès aux salles informatiques… !

La complexité de leur mise en œuvre suppose une formation continue aux usages du numérique afin de rester maître du contenu ambitionné et non pas esclave de l’environnement nécessaire à la mise en œuvre de ce contenu.

Pour conclure, ayant accédé à une nouvelle compétence pédagogique qui améliore la mise au travail des élèves et leur participation, rendant par voie de conséquence le cours plus agréable et la gestion de la classe facilitée, il n’est pas possible d’envisager de laisser cette compétence en jachère en ne l’actualisant pas, en n’explorant pas davantage les possibilités qu’elle offre et en n’en faisant pas une ressource normale et non pas futuriste.

Michel Lebreton, professeur de Mathématiques/Sciences au Lycée Professionnel Viollet Le Duc de Villiers Saint Frédéric
Emprunt réalisé via Créatice