Utilisation d’Ipads en Cycle3 Ecole Leclerc, Croissy sur Seine, 78

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J’ai expérimenté dans une classe de CM1-CM2 de 26 élèves le prêt de 15 tablettes IPAD. Cette classe est composée de 17 CM1 et 9 CM2. Deux enfants sont en grande difficulté au CM1, dont une est suivie par une AVS. Un autre élève de CM1 est précoce et s’impatiente même en faisant le programme du CM2.
Cet outil était destiné à m’aider à gérer cette grande disparité au sein de la classe.
Les enfants ont laissé la tablette à l’école.

Prise en main

Le milieu social de Croissy est en moyenne très favorisé. Les enfants qui n’avaient pas de tablette chez eux l’ont immédiatement prise en main avec l’aide d’un camarade qui en avait une. En 20 minutes, tous savaient la manipuler dans ses principales fonctions. Le fonctionnement très intuitif et tactile semble aussi bien correspondre à la personnalité des enfants.

Première expérience :

Utilisation d’un logiciel pour renforcer l’apprentissage des tables de multiplication dans les ateliers d’aide personnalisée avec une tablette par élève.

Bilan :
L ’aspect ludique du logiciel utilisé fait accepter aux enfants la nécessaire révision des tables de multiplication. Par ailleurs, les jeux ont le mérite d’être très variés et on peut régler de façon très souple le niveau de difficulté, la rapidité. Les enfants ne sont donc jamais totalement en échec et sont incités à aller plus loin.
Au début, ils ont eu besoin de mon aide pour "régler" les jeux à leur niveau. Puis ils se sont lancés des défis personnels et ont très bien géré leur progression pour la plupart. Seul un enfant qui rejette le plus souvent le travail scolaire a refusé de s’y mettre au début puis a regretté de ne pas avoir "joué" davantage.

Deuxième expérience :

Faire saisir sur la tablette la production d’écrit des élèves qui ont terminé leur expression écrite avant les autres

Bilan :
Beaucoup moins concluant. Le clavier virtuel n’est pas commode bien que les enfants se le soient très vite appropriés et les fonctions sont limitées. Nous n’avons pas pu imprimer le texte et, dans ce cas, c’est frustrant et cela ne facilite pas l’auto-correction.

Troisième expérience :

Pour mon élève précoce et impatient, utilisation d’un conjugueur pour explorer des conjugaisons du présent plus difficiles.

Bilan :
L’élève s’est montré très intéressé et … il finissait encore plus vite le travail écrit. _ Comme il ne cherche pas ses limites, cela n’a pas résolu son problème de relecture du travail écrit. En revanche, il ne s’ennuyait plus et se lançait des défis de plus en plus grands.
Il a fallu arrêter l’expérience car certains verbes proposés n’étaient pas adaptés pour des enfants. Ils sont arrivés longtemps après le début de l’utilisation du logiciel et j’ai pu tester ensuite moi-même que ces verbes réapparaissaient ensuite à une plus grande fréquence. Le logiciel a pourtant été choisi dans la bibliothèque proposée pour l’ipad.
Donc prudence : même sans passer par internet et en testant soi-même les logiciels, des incidents désagréables peuvent survenir. Il faut donc surveiller en permanence le travail fourni par les enfants qui travaillent en autonomie. Nous ne maîtrisons pas tout.

Quatrième expérience :

Un défi de conjugaison, classe entière, un ipad pour deux élèves.

Le présent étant le temps qui me semble le plus difficile à utiliser en français à cause de nombreuses conjugaisons très irrégulières, j’ai proposé le jeu suivant :
Je donne une liste de 20 ou 30 verbes les plus fréquents de la langue française et les élèves étudient la conjugaison avec des outils traditionnels : Bescherelle, livre de français à disposition dans la classe et, je suppose pour certains, des aides familiales étant donné l’enthousiasme.
_Je fixe la date du défi. J’avais bien travaillé le présent des verbes du programme avant ce jeu et j’ai répondu à toutes les questions posées aux récréations, à 16h30, à l’étude et en classe. On surligne au fur et à mesure les verbes maîtrisés.
Le jour du défi arrive et l’enfant défie un camarade :

  • "Moi, je sais conjuguer tous les verbes !"
  • "Moi je sais conjuguer 10 verbes !"
  • Et on échange les listes. On ouvre le logiciel de conjugaison qui, celui-là, était irréprochable. Et on dit : "Chiche !"
    Chacun , à tour de rôle, récite un verbe de sa liste proposé par son coéquipier qui vérifie que sa conjugaison (sur l’ardoise) est correcte (0 erreur).
    Si elle est correcte, on gagne deux points, si elles est fausse (même 1 erreur !), on en perd 1. On fait ensuite le calcul au bout d’un temps limité (là, 45 minutes. Peut-être qu’une fois le logiciel bien maîtrisé, on peut y consacrer moins de temps.) Et on regarde qui a le plus de points dans la classe. Le ou les gagnants reçoivent une médaille d’or en papier massif, le ou les seconds, la même en argent et le ou les troisièmes, la même en bronze. On applaudit tout le monde et on se jure de battre son propre record avec un autre temps ou plusieurs, la prochaine fois.

Bilan :
L’enthousiasme était là, même en conjugaison. Tout s’est bien passé dans la bonne humeur. Le fait de vérifier la conjugaison d’un clic a permis une grande rapidité et un bon rythme de jeu. Cela a ôté tout le côté fastidieux de la vérification.
Un cahier de références sous forme de tablette pour toute la classe avec, par exemple, un lexique des mots difficiles pour résoudre des problèmes et des outils pour corriger une expression écrite, ce serait formidable !
Cette expérience ouvre un grand champ de possibilités faciles à mettre en œuvre et adaptées à chaque classe.

Regrets :
Ne pas avoir pu utiliser internet qui ne fonctionnait pas dans l’école, ce qui a réduit le champ des possibles. Et donc avoir changé la nature de certaines de mes expérimentations.
Ne pas avoir pu expérimenter davantage, en particulier une lecture suivie qui aurait peut-être fatigué les enfants visuellement. Je me demande s’il ne faut pas réserver l’usage des tablettes à des lectures courtes à cause du problème de la brillance.
Des applications encore peu développées y compris chez Apple mais encore plus chez Microsoft, pas toujours adaptées aux enfants. Il faudrait aussi un système d’applications labellisées par l’ Education Nationale. Car le fait de fonctionner hors internet permettrait alors de garantir une utilisation en autonomie complète en toute sécurité.
Enfin, après avoir bien examiné les propositions en anglais, j’ai trouvé que l’application proposée n’offrait pas plus d’intérêt que ce que je faisais avec un vidéo projecteur.

Conclusion de l’expérience :

Le niveau du B2I est atteint pour tous mes élèves sans difficulté. La prise en main est très simple et très intuitive. Elle convient très bien aux enfants.
Le manque de logiciels éducatifs très performants et validés par l’ Education Nationale est encore sensible mais cette situation va sans doute évoluer. _ L’inconvénient de l’ Ipad est le système verrouillé d’ Apple, mais Apple a développé davantage de logiciels que Microsoft autant que cette brève utilisation me permette d’en juger.

Suites possibles à l’expérience :

Les tablettes me semblent intéressantes :

  • en aide personnalisée avec des logiciels très modulables
  • pour la vérification de son travail avec des outils adaptés
  • pour faire pénétrer l’outil informatique au cœur de l’apprentissage par une disponibilité inégalée des outils
  • pour stimuler l’imagination de l’enseignant en multipliant les approches qui ne sont jamais frontales et grâce à la grande souplesse de l’outil et à sa facilité d’utilisation

Elles le sont moins pour gérer les "temps d’attente" chez des enfants très rapides parce qu’elles sollicitent trop ces enfants qui ne prennent pas toujours le temps de vérifier et de réfléchir à ce qu’ils ont fait ou à perfectionner leur travail. Ils sont attirés par l’outil.

Il me semble que l’achat de 5 ou 6 tablettes dans une classe serait un bon départ, utilisées en aide personnalisée et en recherchant ensuite à généraliser à d’autres formes d’apprentissage. J’attends aussi des tablettes "ouvertes" avec davantage de logiciels véritablement éducatifs et scolaires.
Je pense qu’il est préférable que ce soit le maître qui les distribue plutôt que de les mettre à la disposition des élèves ou qu’elles soient disponibles dans un atelier disposé ailleurs que sur la table de l’enfant.

Cet outil reste toutefois le plus performant, à mon avis, pour la différenciation des approches pédagogiques, tout particulièrement pour les enfants en difficulté.

Isabelle Godin-Foucault, Professeure d’école à l’école Leclerc de Croissy sur Seine, 78
Emprunt réalisé dans le cadre de Créatice