Tablettes tactiles et gymnastique au collège Collège Georges Pompidou Orgerus

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La tablette : un catalyseur des apprentissages moteurs.

Retour d’usages réalisé par Aline Dessiaume, professeure d’EPS au collège d’Orgerus (78)

Le contexte

Déjà bénéficiaire du programme de prêt CREATICE (mallette d’I-Pods en 2011), et convaincue de l’importance de l’image dans les apprentissages en EPS, j’ai souhaité renouveler l’expérience avec, cette fois-ci, des tablettes tactiles (I-Pads 2).
La taille de l’écran, la mobilité et la possibilité de dépasser la fonction de simple lecteur par l’utilisation de certaines applications offraient des perspectives intéressantes que je souhaitais expérimenter avec mes élèves.
Afin d’exploiter le matériel au maximum, durant les 5 semaines de prêt, plusieurs classes dans différentes activités ont pu profiter des fonctionnalités variées de l’I-Pad :

  • application « iPTB » (édition de statistiques collectives) en volley et « match et score » (gestion de match) en badminton avec des 4èmes ;
  • fonction vidéo avec des 6èmes en course de relais ;
  • application « keynote » en acrosport pour mes 3èmes permettant l’utilisation de la présentation Acro’EPS : excellent répertoire de pyramides remarquablement élaboré par Julie CAILLOT (collège P.ELUARD), Yoann TOMASZOWER (GREID EPSl).

Le projet et ses intérêts

C’est avec ma classe de 5ème que j’ai voulu utiliser la tablette de façon plus régulière et plus approfondie en la plaçant au cœur du projet de cycle « gymnastique ».
L’objectif pour les élèves était la construction d’un enchaînement d’éléments maîtrisés à la poutre, aux barres asymétriques, à la barre fixe et aux barres parallèles. Une tablette par groupe leur permettait de visionner les éléments proposés (vidéos modèles) afin d’en identifier des critères simples de réalisation et de réussite (avec aide) puis de se filmer pour s’auto-évaluer.


Les bénéfices de l’expérimentation :

Sur les apprentissages moteurs

  • Tout d’abord, on a constaté que la tablette agissait comme une sorte de « catalyseur » des apprentissages moteurs (ce qui nous intéresse principalement en EPS) grâce à une meilleure motivation liée d’une part à la nouveauté et d’autre part à la possibilité de connaître immédiatement son résultat par le retour vidéo.

Les répétitions d’exercices induites par la volonté de se corriger et la diminution du facteur « stress » due à la pratique en petit groupe, non soumise au regard de l’ensemble de la classe, font que, contrairement à ce qu’on aurait pu penser, le temps de pratique effective est très important. D’autant plus que les consignes (sécurité, échauffement, cahier des charges) étaient disponibles sous différentes formes dans la tablette et directement accessibles par les élèves qui pouvaient y revenir au besoin.


Ensuite, sur le plan de la méthode, le bilan est également positif. En effet, grâce à l’outil vidéo, les élèves apprennent plus rapidement à identifier les critères permettant de progresser, à affiner leur regard critique tout en se montrant plus objectifs et constructifs vis-à-vis de leurs prestations et de celles de leurs camarades.


Par l’utilisation de l’appli « documents free », les élèves ont pu remplir un fichier tableur recensant à chaque agrès leurs principales difficultés, constituant ainsi une sorte de suivi personnel de leur progression.


La culture sportive

C’est aussi pour la culture sportive en elle-même que l’apport des tablettes est intéressant. Dans nos médias actuels, peu de place est consacrée à la gymnastique qui n’arrive même pas dans les 26 premiers sports diffusés en terme d’heures (cf. : étude Fast-sport : Les sports à la télé en 2011), alors que ce sport est pratiqué en EPS dans tous les établissements scolaires (sans parler de l’UNSS). Il m’a donc semblé important que les élèves aient accès à des vidéos de haut-niveau et comprennent l’évolution de ce sport (de Comaneci à nos jours). C’est ce qu’a permis l’usage des tablettes sans trop grande perte de temps sur le travail moteur.

"Les apprentissages sociaux"

Cette expérience a également apporté aux élèves un cadre très intéressant pour les apprentissages dits « sociaux ». Respecter le matériel prêté s’est avéré une véritable mission de confiance dont chaque élève s’est senti investi (ils connaissent tous la valeur d’un I-Pad 2 !) : très peu de « réprimandes » sur son utilisation a été nécessaire. Cette utilisation a développé une certaine responsabilité au sein de chaque groupe ainsi qu’une autonomie dans l’organisation de celui-ci : qui filme qui ? Quel ordre de passage ? Quel responsable de la tablette lors des déplacements ? …etc. L’entraide est aussi favorisée dans la mesure où celui qui filme émet toujours un jugement constructif sur la prestation de celui qui est filmé.

La place du professeur

Mais alors … que fait le prof pendant le cours ? Et bien il fait tout simplement son travail, le vrai, moins celui qui consiste à évaluer,répéter, réexpliquer, réprimander remotiver, mais davantage celui qui consiste à aider chaque élève à apprendre de façon plus individualisée, et avec plus de temps pour le faire !
C’est un des avantages les plus évidents lorsqu’on utilise les TICE en EPS : LE GAIN DE TEMPS ! Nous parlons bien du temps en présence d’élèves, du temps d’apprentissage, de la séance en elle-même, car il s’agit d’une autre histoire pour les préparations et les exploitations de chacune de ces séances !!! Ce qui me permet d’enchaîner avec ce qu’on pourrait appeler les limites, ou au moins les précautions à prendre lorsqu’on s’embarque dans ce type de projet.

Quelques précautions à prendre :

La préparation des séances

Je savais, d’après l’expérience I-pod de l’année dernière, qu’il ne fallait pas sous-estimer le volume horaire et la somme de travail de préparation des documents et d’exploitation des contenus de la tablette (rechercher, sélectionner, monter, travailler et distribuer les images ; récolter, trier, retravailler et redistribuer les dizaines de prises de vue …).

Les formats de fichiers

Il faut également connaître les formats que les appareils acceptent de lire : Apple est d’ailleurs un peu particulier en termes de compatibilité … A connaître, donc, l’excellent programme de conversion libre et gratuit « Format Factory » !
Attention également : il faut savoir que les vidéos stockées dans l’I-Pad ne peuvent pas être triées et rangées dans des dossiers (à moins qu’une astuce ou une appli récente m’ait échappée) ce qui rend la recherche plus ou moins fastidieuse selon le nombre de fichier.

Les conditions pratiques

Par rapport aux conditions particulières liées à l’EPS, il faut veiller à se munir d’un matériel de transport adapté (15 I-Pads et un Mac, c’est lourd ! surtout si le gymnase est loin !). Il faut également anticiper l’utilisation des tablettes en fonction de la configuration des lieux : rien de plus hostile pour un matériel fragile que des élèves remuants dans une salle de gym poussiéreuse ! Il s’est avéré utile de prévoir des endroits en hauteur et protégés où poser les tablettes.

Conclusion

Toutes ces précautions prises, les tablettes numériques ne peuvent présenter qu’un avantage certain pour les apprentissages en EPS. Il est à souhaiter que leur usage (et surtout le prix !) se démocratise, d’autant plus que les exemples, les applications, les conseils se font de plus en plus nombreux sur les sites disciplinaires.

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