Création d’un album numérique au CP à l’aide d’une tablette Ecole La Malmaison, Rueil Malmaison

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Malika ALOUANI, professeure des écoles dans une classe de CP à l’école La Malmaison, Rueil Malmaison, nous fait partager son expérimentation des tablettes tactiles, dans son projet de création d’ un album numérique.

  • Objectifs du projet
    Enseignante à Rueil Malmaison dans une classe de CP, j’ai souhaité exploiter des tablettes afin de réaliser un album numérique ; produire un album avec mes élèves est une pratique régulière mais contrairement aux années passées je voulais que mes élèves puissent prendre une part plus importante dans l’élaboration numérique du projet.
    Cet objectif ne pouvait être atteint qu’avec un outil facilement appréhendable par des élèves de CP et seul l’iPad me paraissait rassembler les conditions nécessaires.
    En effet, il réunit une palette d’outils capables de gérer toutes les options nécessaires à la confection d’un album numérique à savoir : l’écriture, la photo, le dessin, la vidéo et le son.
  • La production du récit à l’aide du TNI
    Le personnage de notre histoire a été inspiré par une sortie pédagogique faite à la Gaité Lyrique en décembre où nous avons découvert l’exposition "PICTOPLASMA " ou le festival des monstres . C’est en découvrant cette fameuse salle du yéti, créature mi-fantastique pour les uns et mi-réelle pour les autres, que nous avons pris l’option de prendre le Yéti comme personnage central et de le mettre en scène dans une histoire.
    La présence du TNI de la classe, a été un avantage indéniable à la construction de notre histoire, les retours, les corrections et la mise en mémoire de nos traces écrites ont été extrêmement facilitées par cet outil.
    La salle du Yéti : une création artistique numérique qui mélange de l’image, du son et des personnages en volume.


  • L’écriture de l’album à l’aide de l’ipad
    Notre histoire achevée, le storyboard prêt, nous pouvions grâce aux iPad procéder à la réécriture page par page de notre album.
    Sans recul, ni évaluation sur les différents outils de traitement de textes proposés par l’iPad, j’ai testé 4 applications différentes et ce qui m’a frappé c’est la facilité d’appropriation des différentes configurations de ces 4 traitements de textes. Tout comme pour le TNI où il m’arrive de changer de logiciel sans le préciser, cela ne semblait pas perturber les enfants.
    Parallèlement, ma grande satisfaction a été de constater la facilité de travail que présente un clavier iPad pour un élève contrairement à un ordinateur classique.


  • Les conditions de travail
    Avec 8 iPad dans la classe, j’avais mis en place des contraintes importantes à leur utilisation. Je souhaitais que les élèves en profitent quotidiennement et pour cela j’ai partagé ma classe en 3 groupes hétérogènes afin de permettre une rotation sur 3 ateliers tous les matins.
    Les consignes étaient strictes, après la présentation de l’application iPad du jour, le groupe devait coopérer et répondre au travail demandé en s’autogérant afin de me permettre de poursuivre normalement les compétences d’apprentissage programmées pour la période.
    Ce préalable énoncé, les enfants ont bien respecté et intégré cette organisation, je limitais ainsi mes interventions sur l’atelier le plus possible, ce qui a progressivement obligé les élèves à être attentifs à l’énoncé oral des procédures de travail.
  • L’attitude des élèves
    Les tablettes numérotées de 1 à 8 étaient placées en cercle sur les même tables durant ces 6 semaines et à chaque Ipad correspondait les noms de 2 ou 3 enfants.
    Cette configuration circulaire du groupe et cette organisation permettait de gagner du temps sur l’installation en ateliers mais aussi de poursuivre un travail non achevé.
    Elle avait aussi permis d’instaurer des habitudes d’échanges et de coopération entre les enfants. Chacun n’hésitait pas à intervenir pour résoudre une difficulté rencontrée par son camarade.
    Les prises de paroles étaient toutes orientées vers l’aide à apporter en cas de blocage, ce qui donnait au groupe une forme de cohésion autour d’un projet certes individuel mais avec un esprit d’équipe et d’entraide très marqué.
  • Le dessin du décor de chaque page de l’album
    Les étapes concernant l’illustration ont été multiples :
    La première a été le dessin des fonds de pages avec « Pad a Dessin ».
    Simple d’utilisation, cette application offre une palette variée de possibilités, les enfants ont pris plaisir à dessiner avec leurs doigts. Un travail plaisant qui permet de corriger ou de rajouter des traces pour un résultat qui gagne en qualité. Cet avantage du numérique est un des plus appréciables dans l’exercice d’une production artistique.
    Après les différents essais, nous avons sélectionné dix fonds correspondants au mieux aux dix pages de notre projet.



  • Les photos des personnages en volume :
    Nous avons confectionné les personnages de notre histoire avec de la mousse et du fil de fer, afin de permettre d’articuler chacun de nos personnages en vue du film en stop motion.
    L’option photo de l’iPad est tellement facile à exécuter que les enfants ont alimenté en abondance le répertoire photos de chaque appareil ; la conservation des fichiers et le retour à ces derniers pour réaliser chaque illustration s’est révélé être qu’une simple formalité.
    Contrairement au casier ou parfois les choses se perdent, là nous n’avions aucun problème de stockage.


  • L’assemblage des éléments de l’illustration
    Nos décors, nos personnages insérés dans les iPad, il nous fallait réunir le tout grâce à l’application « Puppest Pals » qui m’a été pertinemment proposé par Mr Chalifour ATICE du département.
    Elle nous permettait ainsi de détourer nos personnages et d’enchaîner en quelques clics plusieurs étapes. Les enfants ont beaucoup apprécié cette application, elle offrait un résultat hautement personnalisable en un minimum de temps et pouvait être répétée à volonté avec toutes les variantes souhaitées.
    Pour le travail de finition et les détails de chaque page, nous avons basculé sur une seconde application « Skitch » qui permettait de redessiner des détails sur chaque page.


Si je devais énoncer à l’aide de verbes l‘ensemble des étapes correspondant à la procédure que je demandais à chaque enfant de réaliser cela reviendrait à énoncer ceci :
Ouvrir l’application « Puppets Pals »
Sélectionner le bon décor
Chercher dans la rubrique photos mon ou mes personnage(s)
Découper chaque personnage
Insérer dans le décor les personnages
Positionner les personnages
Capturer l’image
Ouvrir « skitch »
Retrouver l’image dans le répertoire
Ajouter les détails en les dessinant
Capturer une seconde fois le projet
Enregistrer
Retrouver l’image dans mon dossier photo
Redimensionner l’image en retirant les bords inutiles
Enregistrer l’image finale

En tout 14 étapes de procédure, impossible à demander pour un autre type de travail scolaire, mais, avec l’iPad cela ne prenait que quelques minutes. Après 2 ou 3 essais, beaucoup étaient capables de restituer l’ensemble des étapes. Les actions avaient un sens pour eux ; ils étaient entièrement impliqués dans le projet final à restituer.



  • La vidéo personnalisée
    L’application Puppets Pals, avait pour finalité de confectionner des histoires que les enfants pouvaient inventer et enregistrer. Alors, l’envie d’exploiter cette dernière phase de l’application n’a pas manqué, c’est pourquoi je leur ai proposé d’inventer à partir de la page qu’ils avaient choisie de décorer, un énoncé libre et spontané en référence à notre texte.
    Un jeu ultra plaisant pour certains, plus difficile pour les plus timides mais qui permettait à chacun de s’écouter et d’améliorer leurs premiers essais.
    Là encore, la restitution d’un résultat final, rapide, réussi et tout de suite évaluable par l’enfant permettait d’accentuer leur motivation.


  • La visite du producteur d’animation
    La seconde partie du projet nous l’avons introduite avec la visite de Mr Yves Geleyn, producteur d’animation numérique que j’ai connu dans le cadre d’une visite découverte de l’exposition « PICTOPLASMA » que le CDDP avait programmé à la Gaité Lyrique.
    Son intervention a permis d’ajouter une continuité cohérente à notre projet entièrement consacré à la découverte des multiples facettes de l’univers numérique.
    Ainsi, après avoir présenté son métier, raconté ses nombreux projets animés, Yves Geleyn a réussi à installer dans la tête des enfants la réponse à la question centrale :
    Comment animer nos personnages ?
    "Photo par photo en faisant bouger les bras du bonhomme" a répondu très simplement Mathilde . Autant dire que la passion d’un producteur a été entendue par des oreilles curieuses et avides d’apprendre.
    Une proposition suivie immédiatement d’effet avec la mise en œuvre par Yves de la première animation en stop motion à l’aide de l’application « iStopMotion » présente dans l’iPad.
    L’exemple était ainsi donné, nous n’avions plus qu’à nous mettre à l’œuvre pour réaliser vingt-deux petits films afin de présenter chaque personnage.


  • La mise en œuvre de notre animation en stop motion 1
    Cette étape fut certainement la plus plaisante pour les élèves.
    Faire bouger son personnage, lui donner vie à travers les prises de photos a été une situation riche en échanges et en essais.
    Pour chaque film, les enfants ont travaillé par deux, avec celui qui positionne le modèle et celui qui enclenche la prise de vue. Ils ont réalisé une moyenne de 40 clichés et le plus difficile était de stabiliser leur personnage et de synchroniser la prise avec le camarade pour éviter de prendre en photo des mains.
    Ainsi, ils ont eu besoin de communiquer, coopérer tout en étant patient afin de satisfaire aux exigences de chacun. Un très haut niveau de socialisation était recommandé.
    L’avantage de l’application iStopMotion était de pouvoir visualiser dans la seconde qui suit le résultat de leur travail. Un véritable bonheur qui a déclenché une course au plus grand nombre de clichés. Une application simple et merveilleuse dans les résultats qu’elle procure.



  • L’enregistrement sonore de la présentation des personnages
    L’application « Recording Pro » se présente comme un énorme micro virtuel, où la seule touche présente est le point rouge du déclenchement de l’enregistrement.
    La tablette, placée à plat sur la table, libère l’enfant de toute autre contrainte. Il n’a plus qu’à se concentrer sur son texte.
    L’enregistrement et l’envoi de la bande son ne sont que de simples formalités que les enfants ont gérées sans aide.
    La correction des erreurs est extrêmement facile et le besoin de recommencer pour améliorer son essai devient alors un vrai plaisir.


  • Une récompense finale bien méritée
    Le petit film achevé, nous étions arrivés à appréhender et mieux comprendre l’énorme travail que suppose cette technique et qu’un grand maître en la matière à savoir Mr Tim Burton a réalisé.
    On ne l’a pas invité en classe mais nous sommes allés découvrir son exposition à la Cinémathèque.
    Ce qui nous a offert le droit et le plaisir de lire et voir quelques-uns de ses chefs-d’œuvre.
  • Conclusions
    Outre la facilité d’acquisition par l’enfant et le gain de temps observé durant ces 6 semaines de travail ;
    Ce qui m’a frappé c’est le plaisir que les enfants ont eu à mettre en action des procédures, en se sentant capable de les faire seuls. J’ai très souvent entendu les mots suivants :
    "Non, je fais seul". "Dis-moi, et je fais". "Attends, je recommence ". Personne n’a jamais manifesté de découragement.
    Ces paroles d’enfants sont le signe pour moi d’un vrai plaisir cognitif à faire et à intégrer un cheminement numérique pour atteindre un objectif fixé.
    Alors l’ultime étape a été d’extraire l’ensemble des fichiers des tablettes pour les rendre lisibles par tous les ordinateurs.
    Et c’est là qu’à mon tour j’ai cherché, bataillé avec un logiciel de création numérique, pas facile, mais je crois que j’ai avancé avec le même sentiment jubilatoire qu’ont eu les enfants, et avec l’idée que le produit final à découvrir et à réussir en vaut largement la peine.


Malika ALOUANI, professeure des écoles

Matériel prêté dans le cadre de CréaTice