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Les cinq sens

Michel Serres, philosophe, nous rappelle que c’est par nos cinq sens que nous sommes en relation avec les autres et le monde. Mais que se passe-t-il, lorsque nous sommes privés de l’un d’eux ? Et y a-t-il une hiérarchie entre eux ?

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3e, 2de, Terminale S

Michel Serres pose un regard de philosophe sur notre façon de considérer les cinq sens. Il interroge les hiérarchies que nous faisons habituellement à leur sujet.
Aux cinq sens (toucher, odorat, goût, vue, audition), qui nous ouvrent au monde, on peut en ajouter un sixième : le sens interne (la sensation de son propre corps). Et qu’arrive-t-il si l’on est privé d’un sens, privation qui se nomme handicap ?
On a tendance à croire que la privation de la vue est très grave, car elle nous dépossède en même temps de l’image et du texte, plus riches en informations que tout autre support. Mais l’aveugle est capable de performances intellectuelles exceptionnelles, ce qui est moins le cas du sourd. Aussi le son n’est-il pas plus riche d’informations que l’image (dont le texte), contrairement à ce que l’on croit. La suprématie que nous accordons à l’image ne serait-elle pas excessive ?
Par ailleurs, on ne connaît pas les termes techniques qui désignent la privation du goût ou de l’odorat. Cela montre que ces sens sont méprisés ou minorés, contrairement à l’ouïe ou la vision, qui nous semblent majeurs. Mais l’odorat et le goût ont certainement, dans notre passé, joué le rôle qu’ils jouent encore dans certaines espèces animales.

Entretien avec Michel Serres.

Les cinq sens comme moyens d’ouverture au monde ; la hiérarchisation des cinq sens et ses limites ; le corps et la façon dont nous l’interprétons (programme de SVT de 3e, Bulletin officiel spécial n° 6 du 28 août 2008, partie transversale Diversité, parentés et unité des êtres vivants ; de seconde, Bulletin officiel spécial n° 4 du 29 avril 2010, parties Corps humain et santé/Comprendre le fonctionnement de son organisme, ses capacités, ses limites ; et de terminale ES/L, Bulletin officiel spécial n° 9 du 30 septembre 2010, partie Représentation visuelle, terminale S, Bulletin officiel spécial n° 8 du 13 octobre 2011, partie Motricité et plasticité cérébrale/La vision).

Cet entretien montre que la connaissance des cinq sens n’est pas qu’une question d’objectivité du trajet de la sensation au sein de l’organisme. La vision n’est pas seulement une affaire de fonctionnement de l’appareil visuel, mais aussi une affaire de représentations mentales que nous nous faisons de la place accordée à la vue (qui d’ailleurs est le seul sens faisant l’objet d’un traitement à part dans les programmes). Ce commentaire philosophique peut venir en complément (en conclusion ouverture par exemple) de séquences plus directement scientifiques, pour réfléchir à la place qu’occupe notre appréciation des sens, et en particulier de la vue. En effet, la démarche scientifique met en évidence des faits attachés au corps organisme, mais l’affectivité collective, les représentations culturelles lui donnent une valeur particulière, qui peut à son tour être interrogée (par la distanciation critique : initiation à la philosophie ou aux sciences humaines).

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