Concours National
de la résistance et de la déportation

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La France, l'Europe, le Monde : résister après la défaite.

Enseigner l’histoire de la Résistance par l’entrée en résistance. Evoquer les circonstances, le moment historique, la construction personnelle, comme autant d’éléments ni pré-déterminants, ni déterminants, mais comme des ouvertures, des possibles, reconstituant par là-même l’essentielle humanité des acteurs. Quand, pourquoi, comment dire « non » ? Ce n’est pas une question purement théorique. Elle débouche sur l’honneur, sur la menace, et sur la mort, peut-être. Elle est affranchissement, mais elle est aussi mise en danger de soi et d’autrui. Elle permet, enfin et surtout, d’appartenir à soi-même. On évoquera ainsi, à titre d’exemple et dans ce contexte, l’attitude de l’Inspecteur général de l’Instruction publique Gustave Monod qui, refusant d’appliquer le statut des Juifs du 3 octobre 1940, expose clairement sa position au recteur de Paris, Jérôme Carcopino : "...je n'adhère ni au statut des Juifs, ni à l'épuration que paraît exiger une récente circulaire. S'il s'agit de contrainte allemande, alors nous avons à (...) prendre notre part respective de l'humiliation commune (...). S'il s'agit au contraire d'un ordre nouveau, français et universitaire, alors je ne dissimule ni mes réserves ni mes réticences"[1]. Il est démis de ses fonctions. Comprendre, refuser, résister[2].

Si des actes de refus sont menés de façon individuelle et isolée, des manifestations plus collectives se développent également à partir de l’automne 1940, démontrant que la société française ne reste pas totalement passive face à l’occupant, même si la participation à ces protestations peut se révéler sans lendemain, ne s’accompagne pas forcément d’un engagement résistant, s’apparente aussi à ce « non-consentement » signifié par Pierre Laborie. Elles n’en démontrent pas moins que de nombreux Français sont conscients, patriotes et anti-allemands en 1940 et n’hésitent pas à le faire savoir[3].

 

La plus importante des protestations collectives est celle de la jeunesse parisienne qui, sans véritablement répondre à un mot d’ordre venu de Londres, n’hésite pas à braver l’interdiction faite par l’occupant de manifester à l’occasion de la commémoration de l’armistice de 1918. Le 11 novembre 1940, plusieurs milliers de lycéens et étudiants défilent sur les Champs-Elysées en arborant des symboles patriotiques et en chantant la Marseillaise. Ce même 11 novembre, dans d’autres villes de France ont également lieu des manifestations silencieuses, certes moins retentissantes que celle de Paris, mais qui n’en montrent pas moins une volonté de protester contre l’occupation et la loi du vainqueur.

 

Parmi ces manifestations collectives se trouvent également les manifestations dites de ménagères qui se développent au cours de l’hiver 1940-1941. En dénonçant le mauvais état du ravitaillement, ces manifestations constituent également une façon de critiquer les pillages de l’occupant ou l’incapacité du régime de Vichy à satisfaire les besoins vitaux de la population.

 

La Résistance n’en commence pas moins à se développer et à se manifester en métropole sous ses formes pionnières dès les derniers mois de 1940 et le début 1941 avec l’émergence des premiers réseaux et des premiers mouvements : « Musée de l’Homme » de Boris Vildé, « Défense de la France » de Philippe Viannay en zone occupée, « Liberté » de François de Menthon, le « Mouvement de libération nationale » de Frenay, « Franc-Tireur » de Jean-Pierre Lévy, « Libération » de d’Astier de la Vigerie en zone sud. La publication des premiers  journaux clandestins au cours de cette période constitue une étape cruciale dans la maturation de la Résistance car elle permet de lui donner une dimension concrète, encourage sa structuration et établit des liens avec l’ensemble de la société du fait de leur diffusion.

 

Si « la France libre fut africaine »[4], seuls quelques territoires, périphériques et peu peuplés, manifestent leur volonté de demeurer aux côtés de l’allié britannique dans la guerre à l’été et à l’automne de 1940 : Nouvelles-Hébrides le 20 juillet, Établissements français d’Océanie le 2 septembre, comptoirs français des Indes le 9, Nouvelle-Calédonie le 19. L’apport principal vient de l’Afrique équatoriale française (AEF) et du Cameroun, qui, à la suite du Tchad du gouverneur Félix Éboué, proclament leur ralliement à la France libre lors des Trois Glorieuses des 26-28 aout 1940 ; seul le Gabon demeure alors sous l’autorité de Vichy. Churchill et de Gaulle tentent ensuite de rallier Dakar et, avec elle, toute l’Afrique occidentale française (AOF), mais l’opération est un échec les 24-25 septembre 1940. En revanche, les Forces françaises libres (FFL) s’emparent du Gabon en novembre, au terme d’une brève campagne.

 

Ces ralliements assurent à la France libre des territoires où exercer son autorité, des ressources pour l’effort de guerre allié et des moyens humains pour étoffer les rangs des FFL. C’est l’occasion, également, d’affirmer la continuité et la souveraineté de la France en guerre, par la création à Brazzaville, le 27 octobre 1940, d’un Conseil de défense de l’Empire, organe consultatif composé de gouverneurs de ces territoires, de chefs militaires et de personnalités de la France libre.

 

Surtout, De Gaulle profite de son séjour à Brazzaville, instituée capitale de la France libre, pour signer deux textes fondateurs : le manifeste du 27 octobre 1940 et la déclaration organique du 16 novembre, rédigée par le juriste Pierre Tissier. Il y affirme l’illégalité et l’inconstitutionnalité du « pseudo-gouvernement de Vichy », engagé depuis l’entrevue de Montoire du 24 octobre 1940 « dans la voie de la collaboration » avec l’Allemagne, et pose les fondements juridiques et doctrinaux de la France libre, dont la validité est fondée sur le libre consentement des Français.

 

Le ralliement de ces territoires acquis, il importe, pour de Gaulle, que pas une minute la France ne soit absente de la guerre. Cet engagement est aux dimensions de la guerre, c’est-à-dire mondial. Aux volontaires, venus de France, de l’Empire et de l’étranger, qui rallient l’étendard à croix de Lorraine, il annonce : « Vous voyagerez beaucoup, car il faut que, dans toutes les batailles, le drapeau de la France soit au premier rang ». Dès septembre 1940, des pilotes des Forces aériennes françaises libres (FAFL) sont engagés contre les chasseurs et bombardiers allemands dans le ciel d’Angleterre. Les marins des Forces navales françaises libres (FNFL) assurent, sur toutes les mers, des missions de protection des convois de leurs frères de la marine marchande, de surveillance et d’attaque qui les opposent aux sous-marins, aux bâtiments de surface et aux avions ennemis, de présence du pavillon national et de la croix de Lorraine. Enfin, les forces terrestres combattent en Afrique les forces italiennes qui menacent les Britanniques depuis leurs possessions coloniales. C’est l’épopée de Leclerc, qui conduira les Français libres de Koufra à Strasbourg.

 

La France est entrée en résistance.

 

Ainsi l’évoque, le 30 mars 1947, à Bruneval, sur la côte normande, le général de Gaulle. « En vérité, la Résistance française, c’était la défense nationale ! (…) qu’elle luttât dans les rangs de nos troupes des maquis ou dans ceux de nos grandes unités débarquées sur nos côtes, ou sur les mers, ou dans le ciel, qu’elle servît à découvert ou en secret (…), elle était l’effort de guerre de la nation luttant pour sa vie et pour celle des autres (…). Mais elle fut, et il fallait qu’elle fût, une et indivisible comme la France qu’elle défendait. C’est justement parce que la Résistance, c’est-à-dire la défense (…), une fois de plus dans notre histoire mais dans le plus extrême péril, a finalement et pour un temps reforgé la solidarité française, qu’elle a sauvé non point seulement le présent, mais l’avenir de la nation, en faisant refleurir en elle, dans le sang et dans les larmes, la conscience de son unité »[5] .




[1]  Lettre de Gustave Monod à Jérôme Carcopino, recteur de Paris, le 23 novembre 1940 in Claude Singer Vichy, l’Université et les Juifs Paris, Société d’édition les Belles Lettres, 1992 p.192

[2]  Tristan Lecoq Gustave Monod Une certaine idée de l’Ecole Sèvres, Centre international d’études pédagogiques, 2009 et « L’Inspecteur général qui a dit non » in L’Histoire, numéro 357,  octobre 2010 p. 36-37

[3]  Pierre Laborie et François Marcot (dir.) Les comportements collectifs en France et dans l’Europe allemande. Historiographie, normes, prismes 1940-1945 Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2015

[4]  Eric Jennings La France libre fut africaine Paris, Perrin 2014

[5]  Charles de Gaulle, discours prononcé à Bruneval le 30 mars 1947 in Discours et messages t. II « Dans l’attente 1946-1958 » Paris, Plon 1970 p. 44-45

Tristan Lecoq
Inspecteur général de l’Éducation nationale
Professeur des Universités associé à l’Université Paris Sorbonne
Président du jury national des correcteurs du Concours national de la Résistance et de la déportation (CNRD) 

 

Pour un accès à des documents à exploiter en classe, consulter le site pédagogique Enseigner la Résistance conforme aux programmes mis en place au 1er septembre 2019. Ces ressources s'appuient sur l'ouvrage Enseigner la Résistance publié par Réseau Canopé sous la direction de Laurent Douzou et Tristan Lecoq et en partenariat avec la Fondation de la Résistance.