Concours National
de la résistance et de la déportation

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Le sens d'une résistance française : l'appel et le salut.

Le général de Gaulle lance le 18 juin l’appel célèbre, alors que les conditions de l’armistice ne sont pas connues, que le gouvernement britannique n’a pas rompu avec le gouvernement français, que les ministres britanniques eux-mêmes sont partagés sur la ligne à suivre. L’appel, délibérément court, se veut rationnel : la France, avec son Empire demeure une force essentielle ; l’Angleterre « tient la mer » ; « l’immense industrie des Etats-Unis » rentrera dans le jeu, parce que « cette guerre est une guerre mondiale ». C’est aussi un appel calculé. Si l’on sait que Pétain demande l’armistice, nul ne sait quel pouvoir va se mettre en place en France. C’est donc sur le terrain de la lutte et aux combattants qu’il s’adresse. Pas de ligne de partage politique ou idéologique, ni même militaire. C’est trop tôt. De Gaulle prend cependant date, en désignant les responsables de la défaite : « Les chefs qui, depuis de longues années, sont à la tête des armées françaises ».

Un mot, un seul, dans cet appel, éclaire le présent et l’avenir : « résistance ». Nulle connotation militaire ou politique, mais une posture morale. C’est cette posture morale qui inspire, de 1940 à 1944, De Gaulle et ceux qui le suivent, dans la France libre et dans la Résistance. C’est cette posture qui donne, par avance, la signification des années qui viennent. Moment assez rare dans l’histoire, pour qu’on y insiste. Il s’agit bien de la rupture d’un destin et d'un geste de fondation qui s'apprête à bouleverser autant le cours de la guerre que sa propre vie, marquant ainsi l'identification entre l'acte résistant et l'homme. Le refus de l’armistice et de la capitulation, c’est De Gaulle résistant et s’arrachant, par là-même, à ses origines, à son état d’officier, à sa carrière pour entrer dans la rébellion, dans l’indiscipline, dans la pleine conscience d’un individu qui fait le choix de cette conscience et de sa liberté face au collectif et aux corps constitués[1].

 

Si le discours du 18 juin n’est pas encore un discours politique, c’est déjà un discours de liberté, c’est-à-dire « un système de courage » comme l’écrivait Charles Péguy. Il est à la fois une anticipation et un calcul. Anticipation des conditions terribles et dégradantes de l’armistice. Calcul sur le choix que l’Empire, et surtout l’Afrique française du nord (AFN) pouvait faire de continuer le combat. Ce n’est que lorsque les conditions de l’armistice sont connues, le 21 juin, et notamment celles relatives à la flotte de guerre française, que le Cabinet de guerre britannique ratifie, en quelque sorte le choix du Premier ministre : De Gaulle s’est engagé, il sera soutenu. Cela s’entend et se comprend lors de son discours du 22 juin.

 

C’est et ce n’est que dans ce contexte que s’explique la reconnaissance du général devenu politique en qualité de « chef de tous les Français libres, où qu’ils se trouvent » le 28 juin, par le gouvernement de Sa Majesté et les débuts de la France libre, « ces hommes partis de rien », selon la belle expression de René Cassin. L’acte fondateur de la France libre, le 28 juin, rassemble en une unique autorité tout acte de résistance. Il n’empêche : au soir de l’Appel, l’homme du 18 juin n’est encore qu’un homme seul, même s’il peut compter sur le soutien de Churchill. Dans les semaines qui suivent, il s’emploie donc à tenter de rallier à lui les différents territoires de l’Empire et les forces françaises présentes en Grande-Bretagne, avec un résultat le plus souvent médiocre.

 

Le Général ne parvient pas à réunir les personnalités que lui réclame le Premier ministre britannique pour constituer un Comité national, censé représenter les intérêts français. La volonté de De Gaulle de constituer, à Londres, un pouvoir politique français qui soit, « … pour les hommes libres et au regard des alliés, l’autorité légitime de la France », est jugée inopportune par un Jean Monnet, un Alexis Léger ou un Charles Corbin, ambassadeur de France en Grande-Bretagne. Le 28 juin, Churchill prend acte de cet échec et déclare à de Gaulle : « Vous êtes seul ? Eh bien, je vous reconnais tout seul ! », « Chef de tous les Français libres ». Le 7 août, l’accord de Chequers, préparé par René Cassin et signé par les deux hommes, accorde au mouvement français libre le caractère d’un gouvernement régulier en devenir.

 

Dans l’Empire, devant les termes des armistices franco-allemand et franco-italien des 22 et 24 juin 1940, la grande majorité des chefs militaires français finissent par rentrer dans le rang. Un gouvernement français et une autorité maintenue par l’armistice sur l’ensemble du pays, le contrôle de l’Empire colonial, une flotte de guerre intacte dont le chef, l’amiral Darlan, devient ministre du Maréchal, qui sont préservés : autant de facteurs d’explication auxquels s’ajoutent la personnalité de celui qui a fait « … don de sa personne à la France »[2].

 

À la date du 15 août 1940, seuls 2 721 volontaires ont signé un engagement dans la « Légion De Gaulle », sur une quarantaine de milliers de Français expatriés ou réfugiés en Grande-Bretagne. Le légalisme, la discipline, le soulagement aussi devant la fin des combats, et l’espoir de retrouver bientôt leur famille, l’emportent chez la plupart. Parmi ceux qui font le choix de la « dissidence », on ne compte que 900 hommes de la 13e demi-brigade de Légion étrangère, quelques chasseurs alpins du corps expéditionnaire français en Norvège, des fantassins, des marins, des aviateurs.

 

Bien peu de monde, en vérité. Tous ont en commun une forme d’arrachement individuel face au collectif, une forme d’indiscipline vis-à-vis de l’autorité, un acte de rupture par rapport à leur milieu, à leur éducation, à leur carrière. Ce temps historique des commencements peut être ainsi le temps de l’interrogation du pédagogue. Qu’est-ce que « résister »? Si l’analyse des historiens privilégie le plus souvent les modes d’actions pour répondre à la question, la relation de l’action au sens est essentielle. Résister, c’est donc agir et donner du sens à son action. Ainsi en est-il du capitaine Philippe de Hauteclocque en 1940, après une brillante campagne de France, refusant la défaite, brisant le lien qui l’attache à l’armée, à ses traditions et à ses contraintes, en homme libre, il prend la décision de rejoindre le général de Gaulle. Hauteclocque devient Leclerc[3].




[1]  Tristan Lecoq (dir.) Enseigner De Gaulle Paris, Canopé 2018

[2]  un exemple de l’attitude d’un proconsul impérial nommé par la IIIème République et rallié à Vichy dans les semaines de juin-juillet 1940, l’amiral Georges Robert : Jean-Baptiste Bruneau La marine de Vichy aux Antilles, Juin 1940-juillet 1943 Paris, Les Indes savantes 2014 et Odile Girardin-Thibeaud Les amiraux de Vichy Paris, Nouveau Monde éditions et ministère de la défense 2016

[3]  Le général Leclerc vu par ses compagnons de combat Paris, Alsatia 1948, André Martel Leclerc. Le soldat et le politique Paris, Albin Michel 1998, Christine Levisse-Touzé Du capitaine de Hauteclocque au général Leclerc Actes du colloque des 19-21 novembre 1997 Paris, éditions Complexe 2000 et Olivier Forcade « Du capitaine de Hauteclocque au général Leclerc » in Vingtième siècle Revue d’histoire numéro 58 Paris, 1998 pp. 144-146

 

Tristan Lecoq
Inspecteur général de l’Éducation nationale
Professeur des Universités associé à l’Université Paris Sorbonne
Président du jury national des correcteurs du Concours national de la Résistance et de la déportation (CNRD)