Concours National
de la résistance et de la déportation

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Odette Roux, la Libération - première partie

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Odette Loisit est née en 1917. Elle est institutrice aux Sables-d’Olonne, en Vendée, en poste à partir de 1936.  Elle est membre du Syndicat des instituteurs dans le « Groupe des jeunes de l’enseignement ». Elle y rencontre Alfred Roux, instituteur lui aussi, responsable des Jeunesses communistes locales qui devient son mari. En 1941, elle adhère au Parti communiste et entre dans la Résistance avec « Frédo », son mari. Ils impriment, notamment, un journal intitulé « L’instituteur patriote », diffusent des tracts, hébergent des clandestins. Leur fille, Line, naît le 8 mai 1942.

Odette Roux est arrêtée en 1943 avec son mari qui meurt après avoir été interrogé par la police française. Relâchée, elle poursuit son action dans la clandestinité. A la Libération, elle est membre du Comité de Libération et devient membre du conseil municipal des Sables-d’Olonne. Aux élections municipales, la liste de l’Union patriotique républicaine antifasciste où elle est candidate l’emporte. Elle devient la première femme en France maire d’une commune de cette importance (sous-préfecture).

Elle a reçu la Légion d’honneur le 17 janvier 2009.

Nous avons appris avec regret et émotion le décès d'Odette Roux survenu le 30 janvier 2014.

L’entretien avec Odette Roux a été filmé le 24 octobre 2013 aux Sables-d’Olonne en présence de sa fille Line et mené par Patrice Morel (Association des Amis du musée de la Résistance de Châteaubriant).
Images de
Pierrick David (CRDP des Pays de la Loire) et son de Jean-Paul Kerbart (CRDP de Bretagne).


Transcription de l'entretien

J’étais membre du Comité départemental de libération, et déjà, dans la clandestinité, tout avait été préparé : il y avait un préfet, un secrétaire général. C’est là que le préfet me convoque, et me dit : « Écoutez, madame Roux, je voudrais vous récompenser pour toutes les actions que vous avez menées. » J’ai dit : « Je n’ai pas besoin de récompense. » Il me dit : « Si, je vais vous nommer conseiller municipal des Sables-d’Olonne ». On avait bien le droit de vote, mais on n’avait pas encore voté. J’ai dit : « Mais qu’est-ce que je vais y faire, moi, dans ce conseil municipal ? » Il me dit : « Mais vous méritez cette chose-là. »

Donc j’ai été convoquée par ce conseil municipal, dirigé par quelqu’un qui avait été mis par Pétain – il s’appelait Sapin, d’ailleurs – et qui était une nullité. Moi, j’étais toute jeune, et je me retrouve avec tous ces hommes qui me paraissaient vieux, mais vieux ! C’est curieux, parce que je crois que cela aussi, c’est un cas presque unique, sans doute, que n’ayant pas encore voté, j’étais dans un conseil municipal. Mais je n’y ai pas fait grand-chose. D’autant qu’ils me paraissaient, tous ces bonshommes, si vieux ! J’étais toute jeune et je voulais bien faire. Je proposais des choses, mais on me regardait comme cela [de haut], en se disant : « Mais celle-là, qu’est-ce qu’elle est venue faire là ? » Ils avaient dans les soixante ans, je les trouvais vieux comme le monde, et puis, vraiment, ils me regardaient comme cela. Parfois, je me disais : « Il faudrait quand même que je dise quelque chose. » Mais quand je disais quelque chose, on se foutait de moi.

Après, il y a eu les élections. Là aussi, c’était quelque chose ; parce qu’on a fait une liste d’Union de la Résistance. Cette liste comportait des socialistes, des communistes, des syndicalistes, et des gens qui n’avaient pas été adhérents, mais qui avaient été dans la Résistance. Donc on était dix-sept élus et les autres étaient des gens de droite. Alors on s’est réunis, et on s’est dit : « On a la majorité ; même si elle est courte, cette majorité, il faut quand même qu’on prenne la municipalité. » Puis on a dit : « Mais qui est-ce qu’on va mettre comme maire ? » Alors on se regardait, on se regardait, et il y en a un qui a dit : « Et pourquoi pas Odette ? » C’était comme si la foudre m’était tombée sur la tête. J’ai dit : « Mais moi je ne suis bonne à rien, je ne connais rien à toutes ces affaires municipales ; enfin, non, c’est trop dur. Moi j’aime bien la bagarre, je n’aime pas l’administration, je n’aime pas tout cela, je ne ferais pas un bon maire. »

Malgré tout, le vendredi suivant, il y a réunion du conseil municipal, on me présente, et je suis élue. C’était quelque chose, évidemment, une femme maire aux Sables-d’Olonne, quand même, parce que les Sables-d’Olonne n’étaient pas de gauche, c’était Républicain, avant la guerre. « Et cette femme, qu’est-ce qu’elle va faire ? » Ce n’était pas trop bien vu.

Mais je me suis dit : « Eh bien maintenant, tu es maire, mais tu ne peux pas tout faire toute seule. Il faut te faire aider par tout le monde car tu es la maire de tout le monde. » C’est là qu’on a créé des comités de femmes qui ont fait un travail remarquable, parce que tout était à refaire ! Par exemple, un jour, on me dit : « Bientôt, il n’y aura plus de pain aux Sables. » « Et pourquoi ? » « Pourquoi ? Mais parce qu’il n’y a plus de bois de boulange. » J’ai dit : « Mais avec quoi vous chauffiez vos fours, avant ? » « Eh bien au fioul, mais on n’en a pas. » J’ai dit : « Où est-ce que vous le preniez ? » « À la Roche. » J’ai dit : « Allez, on convoque tous les boulangers, et on s’en va à la Roche. » On a passé la journée à la préfecture, et on est revenus avec une dotation de fioul. On travaillait pour le lait, c’était la même chose. C’était quand même très difficile, il faut bien s’imaginer qu’il y avait des bons pour tout, on n’avait pas droit à la viande tous les jours. On a réussi, avec nos comités de femmes, on à avoir beaucoup, beaucoup de choses.

Je n’ai pas créé, mais un petit peu, la participation de la population. Je disais : toute seule, je ne peux rien ; avec les conseillers municipaux qui ont tous des charges, je ne peux rien ; donc il faut que tout le monde travaille. Et c’est comme cela qu’on faisait participer, le plus possible, des gens souvent de toutes opinions. On sortait de la guerre, on avait eu toutes les privations, on les avait encore, d’ailleurs. Les cartes alimentaires, et tout cela, ont duré jusqu’en 49. Bon, ce n’était pas facile, mais c’était enthousiasmant.