Concours National
de la résistance et de la déportation

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Sitographie 2019

La sitographie pour aborder le thème du concours 2019 est organisée en cinq catégories.
 
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Structures et ressources départementales concernant la Résistance et la Déportation : premiers contacts, premières recherches de proximité

Structures et ressources de proximité

Répressions et déportations en France et en Europe, 1939-1945. Espaces et histoire (CNRD 2018-2019)

Thème CNRD 2018-2019 : Répressions et déportations en France et en Europe...

Le plan suivi correspond pour l’essentiel à celui de la brochure pédagogique nationale pour les collèges et les lycées, rédigée par une équipe d’historiens sous la direction de Tristan Lecoq, IGEN, président du collège national des correcteurs du CNRD, et éditée par la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.

Dossiers et pages sur le CNRD 2018-2019

Dossiers et pages sur le CNRD 2018-2019

Généralités

Généralités

Février 1933-été 1939 (rappels) : mise en place du régime totalitaire nazi dans le Reich

Février 1933-été 1938 (rappels) : mise en place du totalitarisme nazi dans le Reich

Chronologie de la naissance en Allemagne d’une dictature totalitaire et répressive en 18 mois, de février 1933 au 19 août 1934

  • Chronologie de la dictature nazie (1933-1945) ; liste de mesures juridiques du régime nazi de 1933 à 1945 (en all. ; voir aussi „Nationalsozialistisches Recht“, article Wikipédia en all.) et liste de 1933 à 1934 (en fr.)

  • 30 janvier 1933 : Hitler nommé chancelier par Paul von Hindenburg, élu président du Reich (Reichspräsident) le 10 avril 1932 (article Wikipédia), contre Hitler qui avait été naturalisé allemand le 25 février 1932 et n’avait obtenu que 36,7 % des voix. Lors des législatives du 31 juillet 1932, le parti nazi, le NSDAP, devient le premier parti d’Allemagne et obtient 37,3 % des voix et 230 sièges, puis recule lors des législatives du 6 novembre 1932 (article Wikipédia), avec 33,1 % des voix et 196 sièges – voir l’évolution des voix du NSDAP de 1924 à 1933 (document Wikipédia)

  • 1er février 1933 : dissolution du Reichstag, élections législatives fixées au 5 mars

  • 4 février 1933 : „Verordnung des Reichspräsidenten zum Schutze des Deutschen Volkes“ (article Wikipédia en all., texte intégral en all., ordonnance du Président du Reich pour la protection du peuple allemand), restreignant les libertés de la presse, de parole et de réunion en donnant tous pouvoirs au gouvernement pour interdire réunions, journaux et publications ; ce décret est aussitôt utilisé contre les partis de gauche et du centre pendant la campagne des législatives, perturbée par les SA (Sturmabteilungen ou sections d’assaut) qui troublent les réunions des candidats adversaires des nazis et brutalisent les opposants au régime (environ 50 assassinats commis)

  • 23 et 24 février 1933 : décrets de Hermann Göring, en tant que ministre de l’intérieur de Prusse, « pour combattre l’indécence publique », enclenchant la première vague de répression nazie – elle est dirigée contre la scène homosexuelle berlinoise et contre les livres et revues « indécents » ; dès le 3 mars, le quotidien Berliner Tageblatt annonce la fermeture des bars et clubs homosexuels et lesbiens les plus connus de Berlin, les magazines homosexuels cessent rapidement de paraître et les mouvements homosexuels disparaissent

  • Nuit du 27 au 28 février 1933 : incendie du Reichstag (Reichstagsbrand, article Wikipédia) à Berlin (voir extrait des Actualités Gaumont, Ina, 1 min 17 s), attribué à un jeune syndicaliste hollandais « conseilliste » (partisan des communes de conseils ouvriers[article Wikipédia], donc antiléniniste), Marinus Van der Lubbe, arrêté sur place et présenté à l’opinion comme communiste et homosexuel - voir "Le chemin de la vérité : André Prudhommeaux, l’incendie du Reichstag et la défense de Marinus Van der Lubbe" (article de Charles Jacquier, 2012,p. 185-209).

  • 28 février 1933 : „Verordnung des Reichspräsidenten zum Schutz von Volk und Staat (article Wikipédia en all., ordonnance du président du Reich pour la protection du peuple et de l’État, fac-similé et analyse en all., transcription et traduction en français, étude détaillée en all.) « contre les violences communistes qui mettent l’État en danger » – suspension indéfinie des libertés fondamentales individuelles et collectives (liberté d'expression et d'association, liberté de la presse, respect du caractère privé des correspondances et conversations téléphoniques), peines de prison à perpétuité changées en peines de mort, arrestation des dirigeants, parlementaires et fonctionnaires communistes (4 000 personnes arrêtées, dont Ernst Thälmann, secrétaire général du KPD) ; Hitler à von Papen, le vice-chancelier, ce même jour : « Si ce feu, comme je le crois, est l’œuvre des communistes, nous devons écraser cette peste meurtrière d’une main de fer ! » ;l’exploitation politique de l’incendie du Reichstag comme le début d’un « complot communiste » fut pour le régime un prétexte pour éliminer ses principaux opposants (voir „Beginn der nationalsozialistischen Herrschaft: Machtergreifung“ [« Débuts de la souveraineté nazie : la prise du pouvoir », Bundeszentrale für politische Bildung, 2005, en all.]) ; en particulier, la détention policière illimitée est désormais possible, ce qui permet la création des camps de concentration ; les décrets du 4 et du 28 février comportent le mot „Schutz“ (protection) dans leur intitulé : la rhétorique nazie utilisera sans tarder cette famille de mots pour désigner la plupart des internés dans les camps de concentration (voir „Schutzhaft“, détention de sûreté [article Wikipédia], et „Schutzhäftling“, détenu de sûreté)

  • 5 mars 1933 : élections législatives (article Wikipédia), les dernières élections « libres » jusqu’en 1949, où les nazis obtiennent 43,9 % des voix et donc moins de la moitié des sièges.

  • 21 mars 1933 : ouverture du camp de concentration d’Oranienbourg, dans la banlieue nord de Berlin

  • 22 mars 1933 : ouverture du camp de concentration de Dachau, dans la banlieue ouest de Munich

  • 24 mars 1933 : „Gesetz zur Behebung der Not von Volk und Reich vom 24. März 1933“ (article Wikipédia en fr., en all., loi de réparation de la détresse du peuple et du Reich, dite loi des pleins pouvoirs ) ; elle permet à Hitler de gouverner par décrets-lois sans passer par le Parlement. Jusqu’à l’été 1934, va ainsi se dérouler le processus de Gleichschaltung (article Wikipédia ; mot souvent traduit par la « mise au pas », mais qui correspond plutôt à l’idée de nivellement) – un ensemble de décrets destinés à uniformiser les Länder et l’État et à aplanir la diversité de la société, de l’économie, de la culture, pour constituer la Volksgemeinschaft, la communauté du peuple allemand.

  • 31 mars et 7 avril 1933 : deux lois sur l’alignement des Länder avec le Reich („Vorläufiges Gesetz zur Gleichschaltung der Länder mit dem Reich (article Wikipédia en all.), et Zweites Gesetz zur Gleichschaltung der Länder mit dem Reich (article Wikipédia, en all.) ; les parlements régionaux reproduisent la composition du Reichstag et la loi des pleins pouvoirs est transposée dans les Länder, chacun d’eux étant dirigé par un gouverneur du Reich (Reichsstatthalter), le plus souvent un Gauleiter.

  • 1er avril 1933 : appel au boycott des magasins, cabinets de médecins et d’avocats juifs (photo 1 et photo 2) – voir Boycott antisémite de 1933 en Allemagne (article Wikipédia) ; « Organisation du boycott anti-juif du 1er avril 1933 – Instructions données par le parti national-socialiste », traduction en fr. du journal nazi Völkischer Beobachter (Süddeutsche Ausgabe, n° 88, 29 mars 1933).

  • 7 avril 1933 :Gesetz zur Wiederherstellung des Berufsbeamtentums, ou GWB – bien que ne contenant pas le mot « juif » (mais un décret d’application du 11 avril le contient), ce texte permet aux dirigeants nazis de destituer les fonctionnaires (dont les enseignants) juifs ou considérés comme politiquement hostiles ; „Gesetz über die Zulassung zur Rechtsanwaltschaft(loi allemande sur la réglementation de l’accès au barreau du 7 avril 1933, article Wikipédia), excluant les Juifs de la profession d’avocat – ce furent les premières lois antisémites.

  • 25 avril 1933 : Juifs exclus des associations sportives.

  • 2 mai 1933 : dissolution de la Confédération générale des syndicats allemands, Allgemeiner Deutscher Gewerkschaftsbund (article Wikipédia), ou ADGB.

  • 6 mai 1933 : une centaine d’étudiants pillent et détruisent à Berlin l’Institut de recherches sexuelles (Institut für Sexualwissenschaft), créé en 1919 par Magnus Hirschfeld (voir les sites en all. https://magnus-hirschfeld.de/ et http://www.hirschfeld.in-berlin.de), savant juif et homosexuel, également en 1897 auteur d’une pétition pour l’abolition du § 175 du code pénal allemand, réprimant les relations homosexuelles, et fondateur du Comité scientifique humanitaire (article Wikipédia succinct en fr.), le WhK („Wissenschaftlichhumanitäres Komittee, article Wikipédia détaillé en all.), qui se dissout en juin 1933.

  • 10 mai 1933 : paroxysme des bûchers de milliers de livres d’auteurs marxistes et/ou juifs (dont les documents de l’Institut de Hirschfeld) place de l’Opéra à Berlin, en face de l’Université, et dans de nombreuses villes allemandes (cf. les autodafés de 1933 en Allemagne et la liste des livres brûlés en 1933, articles Wikipédia) – cf. un extrait des Actualités Gaumont (Ina, 1 min 09 s). Voir le Livre brun sur l’incendie du Reichstag et la terreur hitlérienne (août-septembre 1933), édité à l’instigation du Komintern, chapitre « L’organisation de la Barbarie » [culturelle], p. 131-147.

  • 9 juillet 1933 : Juifs exclus de la fédération allemande d’échecs.

  • 14 juillet 1933 : „Gesetz gegen die Neubildung von Parteien“ (texte en all.), loi contre la création de nouveaux partis ou loi allemande sur le parti unique de 1933 (article Wikipédia) – le NSDAP nazi devient le seul parti politique autorisé et donc le parti unique de l’Allemagne (il en sera de même en Autriche le 15 mars 1938).

  • 14 juillet 1933 : Gesetz zur Verhütung erbkranken Nachwuchses(article Wikipédia en all., « loi sur la prévention de la transmission des maladies héréditaires », texte en all.), « Loi allemande sur la stérilisation forcée du 14 juillet 1933 » (article Wikipédia en fr.).

  • 16 août 1933 : Juifs exclus des chorales.

  • 22 août 1933 : Juifs interdits de baignade sur les plages.

  • 21 septembre-23 décembre 1933 : procès médiatisé à Leipzig (plus d’une centaine de journalistes du monde entier) contre Marinus van der Lubbe accusé de l’incendie du Reichstag (il sera condamné à mort et décapité le 10 février 1934), Ernst Torgler, le président du groupe communiste au Reichstag, et trois communistes bulgares dont Georgi Dimitrov, qui affronte Goebbels et démonte la thèse de l’accusation contre les quatre communistes, qui eux sont acquittés (voir images d’archivesd’actualités britanniques, 1 min 18 s) ; les mouvements anarchistes européens prennent la défense de van der Lubbe (voir les documents numérisés sur le site Fragments d’histoire de la gauche radicale), et, le jour de l’ouverture du procès, est publié à Amsterdam un Livre rouge, Van der Lubbe et l’incendie du Reichstag.

  • 1er décembre 1933 : „Gesetz zur Sicherung der Einheit von Partei und Staat“ (texte en all.),loi garantissant l’unité du Parti et de l’État (article Wikipédia), le parti nazi devenant inséparable de l’État ; la SA et la SS intègrent le budget de l’État et le parti nazi dispose à volonté de toutes les administrations

  • 30 janvier 1934 : Gesetz über den Neuaufbau des Reiches“, loi de reconstruction du Reich (texte en fr.), qui abandonne le fédéralisme et supprime le Landtag (parlement) de chaque Land

  • 14 février 1934 : Gesetz über die Aufhebung des Reichsrats(texte en all.), loi de suppression du Reichsrat, assemblée créée en 1919 et où les Länder étaient représentés au niveau fédéral

  • 29 juin-2 juillet 1934 : Nuit des longs couteaux (article Wikipédia, en all. Röhm-Putsch), purge de la SA par les SS au profit des SS ; 200 exécutions sont perpétrées (Liste des victimes, Wikipédia), dont Ernst Röhm, leur chef (voir l’émission de 1996 dans la série Les Brûlures de l’Histoire et l’article de Wladimir d’Ormesson dans Le Figaro du 2 juillet 1934 : « Les répercussions intérieures et extérieures de la journée de samedi [30 juin 1934] »)

  • 1er-2 août 1934 : Gesetz über das Staatsoberhaupt des Deutschen Reichs (fac-similé et analyse en all., loi sur le chef de l’État du Reich allemand) + Erlaß des Reichskanzlers zum Vollzug des Gesetzes über das Staatsoberhaupt des Deutschen Reichs (décret du chancelier du Reich en application de la loi sur le chef de l’État du Reich allemand) (promulgation officielle en all.) relative au chef de l’État du Reich allemand, stipulant que « la fonction de Président du Reich est réunie à celle du Chancelier du Reich. En conséquence, les pouvoirs exercés jusqu’ici par le Président du Reich passent au Führer et Chancelier du Reich Adolf Hitler. […] Cette loi entrera en vigueur à partir du décès du Président du Reich von Hindenburg. »

  • 2 août 1934 : le lendemain même de cette loi, von Hindenburg meurt d’un cancer...

  • 3 août 1934 : conséquence des textes des 1er et 2 août, Hitler devient à la fois chef de l’État et chancelier du Reich, sous le nom de Führer und Reichskanzler (fusion qui sera définitive après le plébiscite du 19 août 1934), concentrant sur sa personne, outre les fonctions de chef de l’État et de chef du gouvernement, celles de chef du parti unique (jusque-là, Führer ne signifiait que la position de Hitler comme chef du parti nazi) et de commandant en chef de l’armée – il exerce un pouvoir absolu. Juste avant son suicide, le 30 avril 1945, Hitler transféra ses pouvoirs présidentiels à l’amiral Karl Dönitz, ses pouvoirs de chancelier au vice-chancelier Goebbels et la présidence du parti à Martin Bormann.

  • 19 août 1934 : plébiscite (article Wikipédia) ratifiant la loi du 1er août 1934, sur la fusion de la fonction de chancelier du Reich avec celle de président du Reich, avec 84,2 % des suffrages des électeurs inscrits et près de 90 % des suffrages exprimés.

Les composantes de l'idéologie nazie,  source des types et degrés des répressions mises en œuvre par le IIIe Reich

  • Un régime totalitaire, où la masse prime sur l’individu
    • Une dictature : « La mise en place de la dictature nazie » (USHMM) – sélection de textes officiels du régime national-socialiste ; Die Entstehung des NS-Repressionssystems – Die Machtergreifung des Heinrich Himmler(« La construction du système de répression nazi – la prise de pouvoir de Heinrich Himmler »), article en all. de Zdenek Zofka (2004).

    • Un quadruple refus d’autres idéologies :
      1. L’héritage humaniste, universaliste et rationaliste des Lumières (raison, progrès), mettant au cœur de l’éducation les progrès et l’émancipation de l’individu – voir « Les anti-Lumières contre l’humanisme », entretien avec Zeev Sternhell (2012) ; dans le n° 1 de la revue clandestine La Pensée libre, en février 1941, le philosophe communiste Georges Politzer titre son éditorial « Notre combat » (signé Rameau) et se réclame de « la tradition des Encyclopédistes sous la royauté », de « la grande lutte des LUMIÈRES contre l’obscurantisme » et y publie en outre une réfutation de l’idéologue nazi Alfred Rosenberg venu discourir à Paris (voir item suivant).

      2. La Révolution française, les droits de l’homme, la liberté, l’égalité et la fraternité : « L’année 1789 sera rayée de l’Histoire », proclame Goebbels, 1er avril 1933, jour de son discours d’appel au boycott des commerçants, grands magasins, médecins et avocats juifs (photo) ; « Maintenant, l’ère de 1789 s’achève. Elle a été écrasée par notre marche triomphante sur les champs de bataille de Flandre, du Nord de la France, et de la Lorraine » (Alfred Rosenberg à Paris, 14 juillet 1940) – voir Johann Chapoutot : « Le terme de Gemeinschaft est une notion importante, réitérée, martelée par le discours nazi. Le programme du NSDAP est de faire de l’Allemagne une Gemeinschaft, une communauté organique, naturelle, contre cette Gesellschaft créée par les Lumières et la Révolution française [...]. La Gesellschaft, c’est la société du contrat social, du libre choix, de l’adhésion libre et volontaire ; la Gemeinschaft, c’est la communauté de la terre et des morts [...], du Blut und Boden [...], constituée non par la liberté de ses membres, mais par la nécessité, une nécessité naturelle. La société est un groupe culturel ; la communauté, une famille naturelle. » (extrait d’un article de 2009) ; le 28 novembre 1940, Alfred Rosenberg vient prononcer une conférence au Palais-Bourbon à Paris, imprimée ensuite sous le titre « Sang et Or, le règlement de comptes avec les idées de 1789 », et présente le national-socialisme comme une véritable révolution nationale ; le philosophe communiste Georges Politzer lui répond de manière détaillée et philosophique dans deux textes clandestins de février 1941 (voir p. 3-16 et 17-49) : « L’obscurantisme au vingtième siècle » (La Pensée libre n° 1) et la brochure Révolution et contre-révolution au vingtième siècle.

      3. La démocratie parlementaire à l’Ouest, dénoncée par les nazis comme décadente et « cosmopolite » (comprendre : avec trop de Juifs) : le nazisme est synonyme d’antilibéralisme, d’anti-individualisme, d’antiparlementarisme – voir « Carl Schmitt contre le parlementarisme weimarien. Quatorze ans de rhétorique réactionnaire », article de Renaud Baumert (2008).

      4. Le communisme (bolchevisme) internationaliste et matérialiste à l’Est, instrument selon les nazis d’un prétendu complot juif international : voir « Nazisme et guerre totale : entre mécanique et mystique », article de Johann Chapoutot (2005) sur le discours de Goebbels du 18 février 1943 (nombreuses citations des attaques de Goebbels contre le bolchevisme), où il proclame la « guerre totale » après la capitulation allemande à Stalingrad ; texte intégral bilingue (all. et fr.) de ce discours de Goebbels ; extrait de France Actualités du 5 mars 1943 (1 min 25 s).

    • Embrigadement de la société, allant de pair avec la multiplication des uniformes, dès le plus jeune âge, et la mobilisation et l’encadrement des masses, des foules, notamment par les médias de masse (radio, cinéma, journaux) et les grands rassemblements :
      1. Endoctrinement de la jeunesse (qui supplante l’enseignement de l’école, le catéchisme ou l’éducation des parents) dans des mouvements en uniformes, avec priorité au développement des capacités physiques et apprentissage de la nécessité de placer les intérêts du groupe au-dessus de ceux de l’individu, jusqu’au sacrifice – il s’agit bien de former de futurs militaires : voir Kundgebung der Hitler-Jugend im Olympiastadion: Einfahrt Adolf Hitlers, photographie de Gerhard Gronefeld (1er mai 1939 : « Manifestation des Jeunesses hitlériennes au stade olympique [de Berlin] : l’entrée du Führer ») ; la carte postale de propagande Dem Führer – die Jugend (document original, 1939 : « Au Führer, la jeunesse ») ; affiches de propagande pour l’entrée des garçons dans la Hitlerjugend Jugend dient dem Führer – Alle zehnjährigen in di HJ (document original, 1939 : « Jeunes, servez le Führer ! – À partir de 10 ans, tous dans les Jeunesses hitlériennes ! »), l’affiche équivalente pour l’entrée des filles la même année, et Offiziere von morgen (document original, 1940 : « Officiders de demain ») ; « Jeunesses hitlériennes » (article Wikipédia) et Hitlerjugend (article Wikipédia en all.), seul mouvement de jeunesse autorisé, puis obligatoire en 1938, et conçu comme une préparation à la vie militaire ; Bund Deutscher Mädel (« Ligue des jeunes filles allemandes », article Wikipédia en fr., article en all. bien plus développé) ; portail en all. Jugend! Deutschland 1918-1945 (« Jeunesse ! Allemagne 1918-1945 », édité par le Centre de documentation de Cologne sur le nazisme, le NS-Dokumentationszentrum der Stadt Köln) avec de nombreux témoignages vidéo.

      2. Enrôlement dans le parti, la Wehrmacht, les SA, la SS..., y compris dans les territoires annexés au Grand Reich (Alsace, Moselle) ou occupés (Ukraine, Pologne, France), y compris au prix d’enrôlements forcés (ex. vieillards et adolescents en Allemagne à la fin, en 1944-1945, dans le Volksturm, article Wikipédia en fr.) : extrait sonore du discours de Hitler du 2 décembre 1938 sur la jeunesse allemande, à Reichenberg, théorisant le parcours de chaque jeune Allemand comme un parcours les privant de toute liberté depuis les organisations de jeunesse jusqu’au Parti, aux SA, aux SS (2 min 21 s – cliquer sur PLUS pour accéder à une transcription en all. et sa traduction en angl. – version française, p. 2) ; « Le Reicharbeitsdienst, au service de l’incorporation » en Alsace et « Les Malgré-Nous », articles de Mireille Biret (2010) ; « Les jeunes femmes incorporées de force dans les organisations nazies de 1941 à 1945 » en Alsace et en Moselle, dossier dirigé par Laure Balzano (2010).

      3. Corporations professionnelles, sportives, culturelles : Deutsche Arbeitsfront (Front allemand du travail), Kraft durch Freude (La force par la joie) (articles Wikipédia en fr.) ; insigne de membre du Deutsche Arbeitsfront (document original, 1933) ; affiche de propagande Damals wie heute wir bleiben Kameraden pour le Deutsche Arbeitsfront (document original, 1933 : « Hier comme aujourd’hui nous restons des camarades ») ; affiche de propagande Ehret die deutsche Arbeit (document original, 1938 : « Honorez le travail allemand ») ; sculpture en bronze du Deutsche Arbeitsfront Ehret die Arbeit (document original, 1938 : « Honorez le travail ») ; affiche de propagande In jedem Betrieb eine Werk-Frauengruppe (document original, 1931 : « Dans chaque société, une section féminine d’entreprise ») ; Hinein in dein herrliches Land, programme annuel de NS-Gemeinschat Kraft durch Freude pour le Gau de Hessen-Nassau (document original, 1937 : « À l’intérieur de ton magnifique pays »).    

      4. Série de commandements, d’impératifs, souvent groupés par dix, prenant dans de nombreux contextes le contrepied du modèle biblique juif du Décalogue – voir « Répudiation et usage du décalogue », extrait du livre de Johann Chapoutot La Loi du sang. Penser et agir en nazi (2014) –, par exemple : Zehn Gebote für jeden Nationalsozialisten de Goebbels (« Dix commandements pour chaque national-socialiste », 1926)  voir les commandements n° 1 à 3 et 10 (en all.) ; Zehn Gebote für die Gattenwahl (colonne de droite, en all., « Dix commandements pour le choix d’un conjoint », 1934) ; Zwölf Gebote zur Rassereinhaltung(document original en all., « Douze commandements pour la pureté de la race », 1935) ; Zehn Gebote zur Gesundheitsführung pour la Hitlerjugend (p. 142, en all., « Dix commandements pour le guide de santé », 1939), et qui commence par Dein Körper gehört deiner Nation (« Ton corps appartient à ta nation ») ; « Les "Dix commandements" du Fallschirmjäger » (le parachutiste) (extrait d’un article Wikipédia en fr.) – il en existait pour l’armée de l’air, la marine, les sous-marins, etc.

    • Le cadre collectif des violences perpétrées par le nazisme a érodé les consciences individuelles, les convictions, le sentiment personnel de culpabilité, et a donc abaissé le degré d’acceptation des auteurs des crimes : voir « Paroles de soldats allemands », compte rendu par Martine Giboureau en 2014 de l’ouvrage Soldats. Combattre, tuer, mourir : procès-verbaux de récits de soldats allemands de Sönke Neitzel et Harald Welzer (2011).

  • Mystique du Führer, culte du chef providentiel
    • Le Führer conduit le peuple par un lien direct, personnel, hors des élites et des puissances d’argent : mythe de la fusion intime, de la communion entre le chef sacralisé et un peuple uniformisé, où l’individu s’efface derrière le culte du devoir envers la patrie, le chef, la famille, devoirs qui priment sur les droits individuels et la justice – voir la couverture de la brochure Wegbereiter und Vorkämpfer für das neue Deutschland (document original, 1933 : « Pionnier et champion de la nouvelle Allemagne ») ; « Messianisme nazi : l’attente et l’arrivée du Sauveur » et « La confiance en Hitler », extraits (p. 44-47 et 103-123) de Le nazisme : une "religion politique" ?, mémoire de Chloé Lanberger (2007) ; sélection de discours de Hitler en all. (23 mars 1933, 21 mai 1935, 7 mars 1936, 30 janvier 1937, 1er septembre 1939, 19 septembre 1939, 8 novembre 1939, 4 septembre 1940, 4 mai 1941, 8 novembre 1941, 11 décembre 1941) ; « Hitler, chorégraphe de l’effondrement du Reich », article de Bernd Wegner (2006).

    • Les manifestations de l’allégeance au Führer : le salut Heil Hitler! » : voir une affiche de porte Volksgenosse, trittst du ein, soll dein Gruß "Heil Hitler" sein! (document original en all., 1933 : « Compatriote, si tu rentres, tu dois saluer en disant "Heil Hitler" ! »), « Salut fasciste » (article Wikipédia), Hitlergruß(article Wikipédia en all.) ; les serments de fidélité à Hitler : "Hitler Oath" (article Wikipédia en angl., version en all.).

  • Culte élitiste de la « race » aryenne, supérieure des « seigneurs » (Herrenrasse)

Discriminations, arrestations, rafles, sévices, internements et assassinats (1933-1939)

  • Répression culturelle :

  • Répression des communistes et sociaux-démocrates :

  • Mesures et exactions antisémites (mars 1933-mai 1939) :

    • Voir la chronologie des mesures antisémites nazies (site Clio-Texte), « la législation antisémite dans l’Allemagne d’avant-guerre » (USHMM), « La persécution des Juifs allemands », article du Mémorial de la Shoah, « Les Juifs de Berlin et le nazisme », article de Dominique Natanson, Historische (anti-)jüdische Rechtsverordnungen 1933-1941(Dispositions légales historiques antisémites 1933-1941, liste détaillée avec liens vers les textes originaux en all.) ; « Toi, je te dévorerai en dernier », extraits en fr. de Je veux témoigner jusqu’au bout (Journal 1933-1945) de Victor Klemperer. Voir le Livre brun sur l’incendie du Reichstag et la terreur hitlérienne (août-septembre 1933), chapitre « Pogromes », p. 179-204.

    • Un précédent : le 24 juin 1922, assassinat, par l’organisation terroriste Consul (officiers d’extrême droite), du ministre des Affaires étrangères Walter Rathenau (magnat de l’électricité), Juif et homme clé de la République de Weimar qu’il contribua à fonder, et donc cible des antisémites ; un million d’Allemands assistent à ses funérailles ; le 17 juillet 1933, les nazis honorèrent ses assassins, Erwin Kern et Hermann Fischer, d’une cérémonie sur leurs tombes.

    • Avril à août 1933 : voir chronologie ci-dessus.

    • Mars 1935 : écrivains juifs interdits de toute activité littéraire, musiciens juifs interdits de travailler.

    • 15 septembre 1935 : après une vague de violences antijuives (dont des lynchages publics), mise en place d’un antisémitisme d’État avec les trois lois de Nuremberg, organisant la répression et institutionnalisant le racisme – voir « Lois de Nuremberg » (article Wikipédia) : 1re loi sur le drapeau, „Reichsflaggengesetz (impose les couleurs du drapeau nazi : reproduction du texte original promulgué en all. et sa transcription en all.) ; 2e loi sur la citoyenneté,Reichsbürgergesetz (droits politiques et civiques seulement pour les individus d’ascendance allemande ou apparentée, bref les aryens : les Juifs allemands sont donc désormais étrangers dans leur propre pays – voir reproduction du texte original promulgué en all. et sa transcription en all., sa traduction en fr.) ; 3e loi « pour la protection du sang allemand et de l’honneur allemand », „Gesetz zum Schutze des deutschen Blutes und der deutschen Ehre (interdiction aux Juifs de pavoiser aux couleurs du Reich, d’employer comme domestiques des femmes allemandes de plus de 45 ans, d’engager toute relation matrimoniale ou extraconjugale avec des citoyens allemands) – voir reproduction du texte original promulgué en all. et sa transcription en all., sa traduction en fr., ou en version bilingue, son analyse en all. (exemple d’application : en mars 1942, procès contre Lehmann Katzenberger, président de la communauté juive de Nuremberg, pour relations sexuelles avec une non-Juive ; il est condamné à mort et exécuté – voir « Un procès pour relations sexuelles entre Juifs et non-Juifs : l’affaire Katzenberger », texte extrait de Raul Hilberg, La destruction des Juifs d’Europe [1988]). Ces trois lois ne comportent pas de définition de ce qu’est un Juif, d’où un décret du 14 novembre 1935 (décret d’application de la 3e loi), avec une nomenclature complexe des degrés de « pureté raciale » des individus (est Juif « intégral » tout individu ayant au moins 3 grands-parents juifs ou 1 conjoint et 2 grands-parents juifs), avec des distinctions pour les « sangs mêlés » (Mischlinge) : « demi-juif », « quart de juif », « huitième de juif » – voir photo d’un tableau nazi résumant cette nomenclature et « Qui sera "juif" ? La classification "raciale" nazie, des "lois de Nuremberg" à la "conférence de Wannsee" » (article de Cornelia Essner, 1995).

    • 26 novembre 1935 : les lois de Nuremberg sont étendues aux Tsiganes et aux personnes de couleur. Exemple : Theodor Michael Wonja, rejeté du Jungvolk et de lécole à 11 ans, en 1936, puis apatride en 1940, qui ne sera pas enrôlé dans larmée en 1943, mais requis de rejoindre un Fremdarbeiterlager (camp de travailleurs étrangers) de la banlieue de Berlin (voir article du "Monde" du 13 mai 2018).

    • Décembre 1935 : un décret du ministère de la Propagande interdit que les noms des soldats juifs morts pendant la Première Guerre mondiale figurent sur les monuments aux morts.

    • 29 janvier 1936 : obligation pour les Juifs de remettre aux autorités leurs bicyclettes, disques, machines à écrire, appareils optiques.

    • 3 avril 1936 : vétérinaires juifs interdits d’exercer.

    • Pause des mesures antijuives en raison des jeux Olympiques de Berlin.

    • Janvier 1937 : plusieurs dizaines de professions interdites aux Juifs (comptables, restaurateurs, pharmaciens, docteurs, banquiers, professeurs pour Allemands, infirmiers...) et suppression des allocations familiales pour les Juifs.

    • Après le 15 mars 1938 (Anschluß ou annexion de l’Autriche), reprise et accélération des mesures antijuives, alors qu’un quart seulement des Juifs ont quitté le Reich.

    • 26 mars 1938 : les Juifs du Reich sont obligés de déclarer leurs biens et avoirs aux autorités, sous peine de poursuites pénales, l’article 7 permettant à l’État de disposer de ces avoirs « conformément aux besoins de l’économie allemande » – d’avril à novembre 1938, les services du Reich prélèvent ainsi deux des sept milliards de marks de « biens juifs » déclarés et bloqués. Voir « Stigmatisés, discriminés, pillés. Les lois fiscales antisémites dans l’Allemagne du Troisième Reich » (article de Suzanne Meinl, 2007).

    • 28 mars 1938 : abolition du statut légal des communautés juives accordé au XIXe siècle.

    • 6 juin 1938 : interdiction aux Juifs d’acheter ou de vendre des terrains.

    • 9 juin 1938 : synagogue de Munich dynamitée.

    • 6 juillet 1938 : décret interdisant aux Juifs toute activité commerciale.

    • 23 juillet 1938 : instauration d’un recensement obligatoire pour les Juifs, sous prétexte de l’établissement d’une carte d’identité spéciale.

    • 25 juillet 1938 : les médecins juifs doivent demander des autorisations d’exercer et se limiter à une clientèle exclusivement juive.

    • 27 juillet 1938 : les rues portant les noms de Juifs sont débaptisées.

    • Été 1938 : rafles de Juifs à Berlin, multiplication des contrôles policiers. 1 500 Juifs internés en camps de concentration.

    • 10 août 1938 : synagogue de Nuremberg détruite.

    • 18 août 1938 : obligation pour les Juifs de porter comme second prénom Sarah ou Israël.

    • 27 septembre 1938 : interdiction aux Juifs d’exercer une activité juridique.

    • 7 octobre 1938 : lettre « J » rouge obligatoirement tamponnée sur les cartes d’identité des Juifs, auxquels on retire leurs passeports.

    • 9-10 novembre 1938, Nuit de Cristal („Kristallnacht) : vague de haine et d’exactions antisémites dans toute l’Allemagne (pogroms, près de 200 synagogues détruites, 7 500 commerces exploités par des Juifs saccagés, 2 000 à 2 500 morts, nombreuses arrestations) – voir des photos dans différentes villes allemandes ; la une de l’hebdomadaire nazi antisémite Der Stürmer de décembre 1938 : Ist die Judenfrage gelöst? (« La question juive est-elle résolue ? ») ; « La "Nuit de Cristal" » et « Étude de cas : la "Nuit de Cristal" » (articles du Mémorial de la Shoah) ; « La Nuit de Cristal [9-10 novembre 1938] » (USHMM).

    • 12 novembre 1938 : multiplication des mesures antijuives (dissolution des principales organisations juives, Juifs interdits de journaux, acteurs et actrices juifs interdits de travailler, interdiction aux Juifs de diriger des entreprises, de gérer des magasins de vente au détail, de fréquenter les salles de cinéma, de spectacles et de concerts, les expositions...).

    • 15 novembre 1938 : enfants juifs exclus des écoles non juives.

    • 1er décembre 1938 : retrait du permis de conduire aux Juifs, suppression des pensions et des retraites.

    • 3 décembre 1938 : décret sur l’« aryanisation » („Aryanisierung) des entreprises et des commerces juifs, les Juifs sont interdits de piscines.

    • Décembre 1938 : fermeture de librairies et de maisons d’édition juives.

    • 17 janvier 1939 : dentistes, pharmaciens et infirmières juifs interdits d’exercice.

    • 21 février 1939 : obligation pour les Juifs de se défaire de tout objet précieux (or, argent, platine, perles).

    • 30 avril 1939 : décret sur les « conditions de location aux Juifs », permettant à tout propriétaire d’expulser un locataire juif, ce qui oblige de nombreux Juifs à déménager vers des « maisons de Juifs », voire des « quartiers juifs » dans les grandes villes.

    • Mai 1939 : création à Eisenach par des églises protestantes de l’Institut zur Erforschung und Bestätigung des jüdischen Einflusses auf das deutsche kirchliche Leben(article Wikipédia en all., en angl.), Institut pour l’étude et l’élimination de l’influence juive sur la vie de l’Église allemande, dirigé par Walter Grundmann ; cet Institut publiera en 1940 un Nouveau Testament « déjudaïsé », Die Botschaft Gottes (250 000 exemplaires vendus) et, en 1941, un catéchisme « déjudaïsé » (suppression des mots « Jéhovah », « Israël », « Sion » et « Jérusalem »). Voir Eine Theologie des Judenhasses. Das Eisenacher Entjudungsinstitut und die ,entjudete‘ Bibel(« Une théologie de la haine des Juifs. L’institut de déjudaïsation d’Eisenach et la Bible ‘déjudaïsée’ », article en all. de Franz-Karl Nieder, 2014) ; „Das kirchliche ,Entjudungsinstitut‘ 1939 bis 1945 in der Lutherstadt Eisenach“ (« L’Institut évangélique de ‘déjudaïsation’ de 1939 à 1945 à Eisenach, la ville de Luther », article en all. de Hans Prolingheuer, 2009).

    • Voir une carte de l'émigration mondiale des Juifs allemands fuyant le nazisme en 1938-1939.

  • Mesures contre les Tsiganes : « La persécution des Tziganes dans l’Allemagne d’avant-guerre, 1933-1939 » (USHMM).

  • Mesures contre les homosexuels :

  • Naissance de la logique concentrationnaire (1933-1934)

  • Exemples d'informations et de témoignages à l’époque sur la mise en place en 1933-1934 de la dictature nazie
    • Le Komintern (grâce à Willi Münzenberg, fondateur du Secours rouge international) crée à Paris un Comité d’aide international aux victimes du fascisme hitlérien, qui publie en août-septembre 1933 en quinze langues et à de nombreux exemplaires un Livre brun sur l’incendie du Reichstag et la terreur hitlérienne, écrit collectivement par des « antifascistes allemands »(numérisation de l’édition française, imprimée le 23 septembre 1933).

    • Député communiste bavarois, Hans Beimler (texte en all. de l’exposition permanente du Mémorial de Dachau, p. 3) est arrêté le 11 avril 1933, enfermé à Dachau le 25 avril, mais s’en évade, alors qu’il était à l’isolement dans le Bunker, dès le 9 mai ; il gagne la Tchécoslovaquie, puis l’URSS où, dès 1933, il publie en all. le premier témoignage sur Dachau, Im Mörderlager Dachau. Vier Wochen in den Händen der braunen Banditen (Dans le camp de la mort de Dachau. Quatre semaines entre les mains des bandits en chemise brune), traduit la même année à Londres en angl. sous le titre Four Weeks in the Hands of Hitler’s Hell-Hounds. The Nazi Murder Camp of Dachau (Quatre semaines entre les mains des voyous de Hitler. Le camp de la mort nazi de Dachau, numérisation intégrale de la 3e édition) – voir le site en all. du Hans-Beimler Zentrum d’Aubsbourg, Hans Beimler (article Wikipédia en all.).

    • Kurt Bürger, Les horreurs fascistes en Allemagne, Paris, BEDP (Bureau d’éditions, de diffusion et de publicité, éditeur du PCF), 1934 – traduction française d’une anthologie de ce communiste allemand émigré à Moscou, parue la même année en all. en URSS sous le titre Aus Hitlers Konzentrationslagern / zusammengestellt von K. Bürger (Depuis les camps de concentration de Hitler, textes réunis par K. Bürger), et publiée en version anglaise à Londres, également en 1934, sous le titre Appalling facts: letters from German concentration camps / [with an introd. by Kurt Buerger] (Faits atroces : lettres venues des camps de concentration allemands [avec une introduction de Kurt Bürger]) – voir Kurt Bürger (article Wikipédia en allemand).

    • Livre publié à Prague en 1934 du député socialiste Gerhart Seger (article Wikipédia en all.), évadé du camp d’Oranienburg le 4 décembre 1933 (avec une préface de Heinrich Mann, fils de Thomas Mann) : Oranienburg. Erster authentischer Bericht eines aus dem Konzentrationslager Geflüchteten (Oranienburg. Premier récit authentique d’un évadé du camp de concentration), traduit en français à Paris la même année sous le titre Oranienbourg, sinistre geôle de l'enfer hitlérien (éd. Jean Crès.

    • Wolfgang Langhoff, Les soldats du marais sous la schlague des nazis. Treize mois de captivité dans les camps de concentration, Paris, Plon, 1935 : homme de théâtre, arrêté en février 1933 en Allemagne, Langhoff était l’un des auteurs avec Johann Esser du « Chant des marais » (la musique étant composée par Rudy Goguel), en juillet-août 1933, alors qu’ils étaient internés au camp de concentration de Börgermoor près de la frontière hollandaise ; Langhoff fut libéré en 1934 et émigra en Suisse où il écrivit son livre de témoignage et le publia en allemand sous le titre Die Moorsoldaten. 13 Monate Konzentrationslager (Les soldats du marais. 13 mois en camp de concentration ; photo de la couverture originale) ; voir aussi « La FNDIRP raconte le Chant des marais », article (2013) ; « Le Chant des marais », article de Claude Torres ; « Le Chant des marais » (article Wikipédia en fr.) ; Wolfgang Langhoff (article Wikipédia en all.).

    • Johannes Robert Becher, L’Épreuve, Paris, Belin, 1936 : poète allemand communiste, émigré à Moscou en avril 1933, il fit un séjour prolongé à Paris en 1934 et 1935 et fut rappelé à Moscou en 1936 ; il sera après guerre ministre de la culture de la RDA et auteur des paroles de l’hymne national de la RDA "Auferstanden aus Ruinen" (« Ressuscitée des ruines »), Hanns Eisler étant l’auteur de la musique – voir "Jphannes R. Becher 1891–1958", article en angl. de Robert K. Shirer (2000) ; Johannes R. Becher (article Wikipédia en all.).

    • Thomas Mann, qui a quitté l'Allemagne le 11 février 1933, publie en allemand dans Das Neue Wiener Journal (15-22 février 1936) un article titré Achtung, Europa!“, repris dans un recueil éponyme d'essais et d'articles, publié en français à Paris par Gallimard en 1937, sous le titre Avertissement à l'Europe, avec une préface d'André Gide, puis traduit et publié en 1938 à New York, Toronto, Buenos Aires, Stockholm, etc.
    • Le Peuple allemand accuse. Appel à la conscience du monde, ouvrage publié en 1938 à Paris, aux Éditions du Carrefour (traduction d’un livre en all. de 1936, également anonyme, Das Deutsche Volk klagt an. Hitlers Krieg gegen die Friedenskämpfer in Deutschland. Ein Tatsachenbuch / Le Peuple allemand accuse. La guerre de Hitler contre les combattants de la paix en Allemagne. Le livre des faits – voir la couverture originale), avec une préface de Romain Rolland, et diffusé par des antinazis allemands en France pour dénoncer le sort des opposants au nazisme en Allemagne, en particulier dans les camps de concentration ; l’auteur en était notamment Maximilian Scheel  – voir une notice en all. ; les Éditions du Carrefour étaient spécialisées à Paris dans les ouvrages et brochures ouvertement antinazis, sous l’égide de Willi Münzenberg, devenu jusqu’en 1936 le propagandiste de l’Internationale communiste en Europe de l’Ouest auprès des milieux intellectuels – voir "Editions du Carrefour" (article Wikipédia en all.).

    • Bertolt Brecht a quitté l’Allemagne le 28 février 1933, quelques heures après l’incendie du Reichstag. Il séjourne à Prague, Vienne, Zürich, au Danemark, à Paris, en Suède, en Finlande, avant de gagner les USA en mai 1941 ; sa pièce Grand-peur et misère du Troisième Reich (Furcht und Elend des Dritten Reiches), imprimée à Moscou en 1938, est en partie jouée (8 scènes sur 24), en allemand, à Paris le 21 mai 1938, par le théâtre de l'Émigration, salle d'Iéna – une pièce écrite de 1935 à 1938 à partir de récits de témoins oculaires et d'extraits de journaux  – voir Bertolt Brecht (article Wikipédia en all.) ; "Schriftsteller im Exil 1933-1945: Bertolt Brecht", article en all. de Markus Konrad.
    • Face au nazisme, écrits, textes de René Capitant publiés en revues de 1933 à 1938, rééd. en 2004 par les Presses universitaires de Strasbourg (voir présentation) – il était alors professeur de droit à l’université de Strasbourg, membre du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes (créé en 1934) – voir « René Capitant et sa critique de l’idéologie nazie (1933-1939) », article d’Olivier Beaud (2001) ; « René Capitant et l’analyse idéologique du nazisme (1934-1939) », article de Louis Dupeux (1978).

    • « L’information en France sur les camps de concentration allemands entre 1933 et 1940 » (article de Dominique Drouin, 1993).

En Autriche, après l’Anschluß du 12 mars 1938

  • Toutes les mesures antisémites prises en Allemagne depuis 1933 s’appliquent aussitôt en mars 1938 dans l’Autriche annexée au Reich. Voir « Des instances à l’impuissance. La situation à Vienne de 1938 à 1945 » (article de Doron Rabinovici, 2006).

  • 20 août 1938 : un Bureau central d’émigration juive est mis en place à Vienne, chargé de refouler les Juifs hors des frontières, notamment en Tchécoslovaquie, en Hongrie et en Suisse (environ 5 000 Juifs autrichiens concernés en 1938).

  • Octobre 1938 : Himmler ordonne de regrouper à Vienne tous les Juifs des provinces autrichiennes.

La répression en URSS à partir de 1936

La répression en URSS à partir de 1936

Septembre 1939-printemps 1941 : une logique d’exclusion et de répression dans le cadre d’une guerre européenne

Sept. 1939-juin 1941 : une logique d’exclusion et de répression dans le cadre d'une guerre européenne

1. Les débuts du conflit : les différents usages de l’internement

Les mutations du système concentrationnaire nazi dans le contexte du déclenchement de la guerre
L’Aktion T4, euthanasie des malades mentaux : première forme d’élimination dans l’Allemagne nazie (1939-1941)
  • L’eugénisme, courant pronazi : rôle clé d’Eugen Fischer, généticien et théoricien de l’hygiène raciale, disciple d’Alfred Ploetz et recteur de l’Université de Berlin en 1933, responsable des stérilisations forcées – voir Eugen Fischer (article Wikipédia en all.) ; „Bekenntnis der Professoren an den deutschen Universitäten und Hochschulen zu Adolf Hitler und dem nationalsozialistischen Staat – Ein Ruf an die Gebildeten der Welt“ (p. 5, « Déclaration des Professeurs des Universités et des Écoles supérieures allemandes en faveur de Adolphe Hitler et de l’État national-socialiste – Appel à l’intelligence du monde ! », p. 75), appel en allemand (p. 9-10) et notamment en fr. (p. 78-80) avec d’autres universitaires allemands (dont Heidegger : cf. la liste des signataires, article Wikipédia en all.) à voter pour le parti nazi aux élections de novembre 1933 (document original).

  • Les étapes d’un crime contre l’humanité :

  • Bilan : voir La psychiatrie allemande sous le IIIe Reich : à propos de l’eugénisme en psychiatrie (p. 58-64 et 66-69) – « Le tribunal de Nuremberg a estimé à 275 000 victimes minimum le nombre de malades exterminés en globalité .De nos jours, avec le recul, on estime que le nombre est plus proche de plusieurs centaines de milliers de victimes. » (ibid., p. 64). L’Aktion T4 représente un terrible précédent à double titre : d’une part, opérer des meurtres de masse hors d’Allemagne, à l’Est, permet de préserver le secret ; d’autre part un savoir-faire meurtrier a été acquis, il n’y a plus qu’à transférer les « compétences » à d’autres populations : « La procédure pseudo-médicale, les chambres à gaz, leur camouflage en salles de douche, le dépouillement des corps... L’extermination en séries d’êtres humains a été inventée par la T4 » (Herwig Czech) ; fin 1941, de fait, les techniciens et bureaucrates de T4 seront envoyés en Pologne pour l’Aktion Reinhardt (voir « L’Aktion T4, modèle pour la Shoah » in « L’Aktion T4 » d’Yves Ternon (§ 18), Revue d’Histoire de la Shoah n° 199, 2013), tandis que le château de Hartheim, en Autriche, servira de lieu de mise à mort pour le camp de Dachau – voir le site du château de Hartheim, lieu de mémoire du centre de mise à mort de 1940 à 1944 (seulement en all. et en angl.).

  • Les mémoriaux des lieux de mise à mort de l’Aktion T4 : Gedenkstätten Brandenburg/Havel – Mémorial pour les victimes de l’« euthanasie » national-socialiste à Brandebourg-sur-Havel (en all.) ; Gedenkstätte für Opfer der NS-„Euthanasie“ Bernburg – Mémorial pour les victimes de l’« euthanasie » national-socialiste à Bernburg (en all.) ; Gedenkstätte Grafeneck e.V. – Mémorial pour les victimes de l’« euthanasie » national-socialiste à Grafeneck (en all.) ; Gedenkstätte Hadamar – Mémorial pour les victimes de l’« euthanasie » national-socialiste à Hadamar (en all. et en angl.) ; Lern- und Gedenkort Schloss Hartheim – Mémorial pour les victimes de l’« euthanasie » national-socialiste à Hartheim (en all. et en angl.) ; Gedenkstätte Pirna-Sonnenstein – Mémorial pour les victimes de l'« euthanasie » national-socialiste à Pirna-Sonnenstein (en all. et en angl.).

En France, de 1938 au 10 juillet 1940 (IIIe République) : mesures d’exception liées à l’approche de la guerre, puis au début de la guerre déclarée contre le Reich et l’Italie
  • Les mesures de 1938 : durcissement des conditions d’entrée des étrangers en France et d’attribution et de renouvellement des titres de séjour

    • Contexte : afflux en France d’émigrés politiques et/ou raciaux d’Allemagne et d’Autriche (antinazis et/ou Juifs, en particulier après l’Anschluss de l’Autriche le 12 mars 1938), d’Italie (antifascistes et/ou Juifs, après les lois raciales antisémites de septembre-octobre 1938), de Hongrie (loi antisémite de mai 1938), de Roumanie (dictature carliste à partir de mars 1938), de Tchécoslovaquie (crise des Sudètes en septembre 1938), d’Espagne (fuite des républicains espagnols en France à partir de décembre 1938, qui devient un exode massif après la chute de Barcelone fin janvier 1939).

    • Voir par exemple « L’émigration des juifs allemands, 1933-1939 » (USHMM) ; « Les drames de l’exil : les intellectuels allemands en France, 1933-1941 », compte rendu par Aurore Peyroles (2009) de l’ouvrage d’Ulrike Voswinckel et Frank Berninger, Exils méditerranéens. Écrivains allemands dans le sud de la France (1933-1941) ; « État et perspectives des recherches relatives aux réfugiés en provenance d’Allemagne (1933-1945) », article de Barbara Vormeier (1996) ; « Les réfugiés politiques allemands dans le Sud-Ouest de la France pendant la Seconde Guerre mondiale », article d’Annette Röser (2004) ; « Migrations : l’errance des artistes étrangers en France de 1939 à 1944 », article de Pascal Plas (2016) ; site Künste im Exil (Arts en exil) en all.

    • Le gouvernement d’Edouard Daladier (succédant à Léon Blum comme président du Conseil), du 12 avril 1938 au 11 mai 1939, marque un revirement de la politique française envers les étrangers sur le territoire français, pour les encadrer et les fragiliser, voire les interner. Voir « La fabrique des clandestins en France, 1938-1940 »,article deRiadh Ben Khalifa (2012).

    • Décret-loi du 2 mai 1938 sur la police des étrangers, qui refond la législation existante et vise à réglementer tous les aspects de l’entrée et du séjour des étrangers en France : texte ; écouter l’émission Les oubliettes du temps sur France Inter avec Ivan Jablonka (5 min, 2 mai 2013). « L’étranger doit pouvoir présenter à tout moment les pièces justifiant qu’il est en règle avec la législation ; toute personne logeant un étranger est tenue de le signaler au commissariat ; tout changement de résidence doit être signalé aux autorités ; tout étranger entré clandestinement ou démuni de carte de séjour est passible d’une amende et d’un emprisonnement d’un mois à un an, alors que précédemment seule l’infraction à un arrêté d’expulsion était sanctionnée pénalement, afin de rendre plus efficaces les décisions de refus de séjour ou de refoulement ; si l’étranger refoulé ou expulsé n’est pas en mesure de quitter la France, il peut être assigné à résidence, et même interné s’il paraît nécessaire de le soumettre à une surveillance spéciale ; l’aide au séjour irrégulier est sanctionnée pénalement. » (source). Bref, ce texte crée le délit d’entrée irrégulière et clandestine en France...

    • Décret d’application du 14 mai 1938 : « obligation pour tout étranger âgé de plus de quinze ans de souscrire une demande de carte d’identité s’il entend résider en France plus de deux mois ; subordination de la délivrance de la carte d’identité à la preuve de l’entrée régulière sur le territoire français ; obligation de quitter le territoire, sous peine d’expulsion, lorsque la carte est refusée ou retirée ; subordination du droit d’occuper un emploi à la possession de la carte d’identité de travailleur, elle-même subordonnée à la production d’un contrat de travail visé par les services de la main-d’œuvre ; différenciation de la durée de la carte d’identité, qui est normalement de trois ans, mais qui peut être limitée à un an, et création d’une carte d’identité d’un modèle spécial délivrée notamment aux étrangers justifiant d’un séjour régulier et ininterrompu en France d’au moins dix ans, aux étrangers mariés depuis deux ans à des Françaises, aux étrangers père ou mère d’enfants français, aux étrangers ayant servi dans l’armée française, etc. » (ibid.). En bref, l’obtention ou le renouvellement de la carte d’identité d’un étranger dépend désormais de la façon dont il est entré en France.

    • « Le statut des étrangers en France », analyse le 23 mai 1938 par l’avocat Maurice Leven devant leComité français de droit international privé.

    • Décret-loi du 17 juin 1938 : bouleverse les conditions d'établissement et d'exercice des commerçants étrangers. Ce texte « tend à “assurer la protection du commerce français” en réglementant l'admission des étrangers à une profession commerciale. Il crée la possibilité de mettre en place des mesures de contingentement qui, sur avis des Chambres de commerce et des groupements économiques, fixent le pourcentage d'étrangers exerçant leur activité dans telle ou telle catégorie d'industrie ou de commerce. Il subordonne l'inscription d'un étranger au Registre du commerce à la présentation d'une carte d'identité de non-travailleur en cours de validité et permet, en cas de difficultés d'appréciation, de soumettre les dossiers d'immatriculation à la Préfecture pour vérification de conformité des pièces présentées. Un pas de taille est franchi vers une procédure de contrôle administratif de l'établissement d'un commerçant étranger. » (source).

    • Décret-loi du 12 novembre 1938 : texte. Possibilité donnée aux préfets d’interner les « étrangers indésirables » dans des « centres spécialisés » (mesure administrative, non judiciaire) – cela concerne les « étrangers résidant en France, s’ils sont dans l’impossibilité de trouver un pays qui les accepte, et s’ils ne peuvent, sans péril pour l’ordre public, jouir de cette liberté encore trop grande que confère l’assignation à résidence » ; interdiction aux étrangers sans autorisation de séjour d’une durée supérieure à un an de se marier en France ; 2e étape vers l'encartement des commerçants étrangers : il est désormais « interdit à tout étranger d'exercer sur le territoire français une profession commerciale ou industrielle sans justifier de posséder une carte d'identité spéciale portant la mention commerçant et délivrée par le préfet du département où l'étranger exerce son activité. […]En 1939, le monde de la petite entreprise a fermé ses portes aux étrangers : le nombre d'étrangers autorisés à s'immatriculer au Registre du commerce de la Seine diminue de manière spectaculaire : il est quasiment divisé par quatre entre 1938 et 1939. De plus, les contraintes administratives imposées aux commerçants étrangers rendent leur établissement précaire, toujours soumis à la menace d'un refus de carte de commerçant étranger. Ainsi donc, à la veille de la Deuxième Guerre mondiale, le principe de la liberté du commerce qui prévalait tout au long du XIXe siècle est largement bafoué. Désormais, une ligne de démarcation sépare le monde de la petite entreprise entre nationaux et étrangers, traçant deux groupes qui ne bénéficient ni des mêmes droits d'accès à l'indépendance, ni des mêmes contraintes dans l'exercice de leur profession. » (source).

    • Décret du 2 février 1939 relatif à la délivrance des cartes d'identité de commerçant pour étrangers : texte.

  • Les camps d’internement français sous la IIIe République (1939-1940)

2. La Pologne doublement occupée en septembre 1939 : premiers massacres et premières déportations de masse de la Seconde Guerre mondiale

Dans la zone d’occupation allemande
  • The Black Book of Poland (en angl., 615 p., ouvrage intégralement numérisé), publié à New York en 1942 (par le Bureau d’information et de documentation du gouvernement polonais en exil à Londres) pour sensibiliser les dirigeants et l’opinion publique des États-Unis aux crimes et exactions des nazis dans les territoires occupés de Pologne d’octobre 1939 à juin 1941. La partie III (cf. p. 215-253 de l’édition originale en angl.) sur la persécution des Juifs et les ghettos a été publiée en français par la Revue dhistoire de la Shoah n° 196 (2012).

  • L’opération Tannenberg(Intelligentzaktion, article Wikipédia en fr.), conçue dès mai 1939, mise à exécution en septembre-novembre 1939 :

    • Plus d’administration polonaise : germanisation totale des territoires à l’Ouest et au Nord, allemands avant 1918 (Prusse occidentale, Poznan, Haute-Silésie, Dantzig, Wartheland), désormais annexés au Reich (extension du Lebensraum) et placés sous l’autorité des Gauleiter des régions allemandes voisines ; le reste de la Pologne occupée par les Allemands, appelé le « Gouvernement général de Pologne » (article Wikipédia en fr. – Varsovie, Cracovie, Radom, Lublin), est dirigé depuis Cracovie par Hans Frank (avocat du parti nazi). Voir « Generalplan Ost » (article Wikipédia en fr. avec carte) ; carte archivée sur le web du partage de la Pologne en 1939-1940 ; carte polonaise des limites de la Pologne avant guerre (en orange) et après guerre (frontières actuelles en rouge), la ligne noire représentant la frontière du 28 septembre 1939 entre l'Allemagne nazie et l'URSS après leur invasion de la Pologne suite au pacte germano-soviétique ; carte allemande de la Pologne démembrée pendant la Seconde Guerre mondiale.

    • Les Einsatzgruppen ou groupes d’intervention : ces unités spéciales semi-militaires de la SS, composées de membres de la Gestapo, du SD (Sicherheitsdienst) et de la Kripo, avaient été mises en place dès l’annexion de l’Autriche en mars 1938, chargées d’accomplir des tâches de police politique et de répression (sécuriser les arrières de la Wehrmacht, arrêter et anéantir physiquement tous les ennemis ou opposants potentiels, y compris civils). L’invasion de la Pologne le 1er septembre 1939 assigne deux cibles prioritaires aux Einsatzgruppen (secondés par des milices d’autodéfense de la minorité allemande, les Selbstschutz) : les Juifs (10 % environ de la population polonaise) et les élites polonaises – en quelques semaines (septembre-octobre 1939), plus de 760 exécutions de masse ont lieu, faisant au moins 20 000 morts. Voir « Massacres en Pologne » (extrait d’article Wikipédia en fr.) ; « Sonderaktion Krakau » (article Wikipédia en fr.), arrestation et déportation de près de 200 universitaires polonais le 6 novembre 1939 ; « La Shoah en germe durant la campagne de Pologne » sur le massacre de 364 Juifs à Ostrow le 10 novembre 1939 (extrait d’un article d’Edouard Husson, 2007). Double cible qui continue jusqu’à l’invasion de l’URSS.

  • Octobre 1939-mars 1941 : la déportation systématique des Juifs des territoires polonais germanisés et annexés au Reich (objectif d’un Reich judenfrei, « libéré des Juifs ») vers le Gouvernement général. Voir les notes (octobre 1939-janvier 1941) et le rapport à Berlin (8 janvier 1941) de Hans Frank, le gouverneur général de Pologne, dans « Journal de Hans Frank (extraits). L’administration du Gouvernement général et la question juive » (Revue d’histoire de la Shoah n° 196, 2012).

  • Printemps-été 1940 : « Opération extraordinaire de pacification » („AB-Aktion, Außerordentliche Befriedungsaktion, article Wikipédia en fr.) – euphémisme pour l’élimination des élites socio-économiques, intellectuelles et spirituelles de la Pologne (aristocrates, francs-maçons, enseignants, clergé) :

    • Massacres (ex. forêt de Palmiry en juin 1940 : voir “Palmiry Massacre”, article Wikipédia en angl.) et déportations à Sachsenhausen, Mauthausen et, mi-juin 1940, dans le nouveau camp d’Auschwitz. Voir « La terreur – l’extermination des élites par les deux occupants » (site gouvernemental polonais).

    • Contre ces meurtres de masse, le général de la Wehrmacht Johannes Blaskowitz (article Wikipédia en fr ; article plus détaillé en all.), commandant la 8e armée allemande lors de l’attaque de la Pologne, puis commandant en chef de l’est de la Pologne depuis le 20 octobre 1939, proteste auprès de von Brauchitsch, commandant en chef de l’armée de Terre (1938-décembre 1941) : « L’attitude des troupes [de la Wehrmacht] envers les SS et la police oscille entre le dégoût et la haine. Chaque soldat a la nausée face à ces crimes commis contre les Polonais par des citoyens du Reich et des représentants du gouvernement. » Hitler annule les sanctions que Blaskowitz a prises contre des SS membres des Einsatzgruppen et lui retire son commandement en Pologne en mai 1940. Le général est envoyé en France et n’aura plus de promotion.

Dans la zone d’occupation soviétique
  • Voir « Déplacements et expulsions de Polonais » (site gouvernemental polonais) ; « Déportations de populations et exécutions de masse dans les territoires annexés par l’URSS à la suite du Pacte germano-soviétique du 23 août 1939 », extrait d’un article de Nicolas Werth (Sciences Po, 2009).

  • Trois formes de répression fin 1939, après l’invasion et l’occupation soviétiques de la zone est de la Pologne, du 17 septembre au 6 octobre 1939, conformément au pacte germano-soviétique :

    • 150 000 Polonais incorporés de force dans l’armée Rouge.

    • 250 000 militaires polonais prisonniers de guerre (dont 10 000 officiers) : fin novembre 1939, ils ne seront plus que 40 000 (dont 8 500 officiers et sous-officiers).

    • 110 000 Polonais arrêtés, dont 40 000 condamnés à des peines de camp dans les camps de travail du nord de l’URSS.

  • 10-14 février 1940 : 4e forme de répression avec la 1re déportation collective de 27 000 familles polonaises (139 600 personnes, notamment des "ennemis du peuple" : propriétaires fonciers, industriels, fonctionnaires) vers 24 régions d’URSS (d’Arkhangelsk à Irkoutsk).

  • Avril-mai 1940 :

    • 5e type de répression : sur proposition de Beria à Staline, le NKVD (police politique soviétique) procède à 25 700 exécutions d’officiers, de hauts fonctionnaires, de grands propriétaires terriens, d’industriels polonais : à Kharkov (3 900 tués), Minsk (3 870), Kiev (3 435), Kalinine (6 290), et celui qui sera le plus médiatisé, le massacre de Katyń (artivle Wikipédia), près de Smolensk (4 400 officiers polonais prisonniers).

    • Découverts par l’armée allemande en 1941, les charniers de Katyń firent l’objet de fouilles par le Reich début 1943 et donnèrent lieu à une guerre de propagande entre l’Allemagne et l’URSS, qui ne reconnaîtra la responsabilité soviétique qu’en… 1990 ; voir « Katyń : l’Union soviétique, un allié ou un ennemi ? » (site gouvernemental polonais) ; Katyn Forest Massacre (en angl.), sitographie internationale sur les massacres de Kharkov et Katyń (avec notamment les documents allemands des fouilles de 1943) ; Katyń, film polonais d’Andrzej Wajda (2007, article Wikipédia) ; Les ombres de Katyn, roman policier historique de Philip Kerr (série Bernie Gunther), Librairie générale française, coll. Le Livre de poche n° 34079, 2016.

    • Au procès de Nuremberg, les Soviétiques firent introduire le massacre de Katyń dans l’acte de l’accusation, mais il disparut des charges dans le jugement final : voir « Katyn à Nuremberg – la honte et la justice » de Gilles Karmasyn (2000, mis à jour en 2005 et 2017).

    • Sur décision du Politburo, 2e déportation collective : environ 61 000 personnes, à 80 % des femmes et des enfants (notamment les familles des exécutés d’avril-mai 1940), sont déportées dans le Kazakhstan.

  • 28-29 juin 1940 : 3e déportation collective vers la Sibérie de 75 000 réfugiés polonais de la zone d’occupation allemande passés à l’Est dans la zone d’occupation soviétique.

  • 22 mai-20 juin 1941 : sur décision du Politburo, 4e déportation collective. En un mois, 107 000 personnes sont arrêtées, dont 86 000 déportées vers la Sibérie et le Kazakhstan, les autres étant envoyées en camp de travail du Goulag.

  • Bilan estimé de septembre 1939 à juin 1941 : environ 430 000 Polonais déportés (à la fois des catholiques et des Juifs), plus de 25 000 exécutions.

  • Dans les pays baltes, envahis par l’armée Rouge à la mi-juin 1940 (voir « Occupation des pays baltes », article Wikipédia), les arrestations et les déportations en masse vers le Kazakhstan et la Sibérie ne commencèrent qu’à la mi-juin 1941, quelques jours avant l’invasion allemande (plus de 40 000 déportés).

  • Avec un paradoxe : les Juifs polonais et baltes déportés comme « ennemis du peuple » (et non comme Juifs) ont certes connu les villages ou les camps du nord ou de l’est de l’URSS, mais cela leur a permis d’échapper aux camps d’extermination nazis. Voir « L'Union soviétique a-t-elle sauvé des Juifs ? », article de Laurent Ricker (2002).

3. 1940 : crimes de guerre de l’armée allemande et premières répressions

Mai-juin 1940 : crimes de guerre et massacres commis par l’armée allemande sur le front de l’Ouest
  • Crimes contre les civils : massacres d’environ 450 civils en France en mai-juin 1940 :

    • 98 fusillés à Aubigny-en-Artois (Pas-de-Calais), les 22-23 mai 1940 : voir la liste des victimes ;

    • 45 à Berles-Mochel (Pas-de-Calais) le 22 mai 1940 : page du « Maîtron des Fusillés » et liste des victimes ;

    • 48 à Beuvry (Pas-de-Calais) les 24-25 mai 1940 ;

    • 80 à Oignies et 45 à Courrières dans le bassin minier (Pas-de-Calais), le 28 mai 1940 : voir article d’un quotidien local (2014), article Wiki Pas-de-Calais (avec liste des fusillés à Oignies) ;

    • de même en Belgique, exécution de 86 civils à Vinkt les 27-28 mai 1940 : article de Wikipédia.

Premières mesures allemandes d’exclusion, d’internement, de répression dans la France occupée, contre les « ennemis du Reich » (= personnes soupçonnées d’être des menaces pour les troupes d’occupation et de s’opposer à l’idéologie nazie)
  • Premières formes de répression contre les Juifs :

    • Voir « Juin 1940 – été 1941 : répression judiciaire et premières mesures anti-juives » (Thomas Fontaine, Sciences Po).

    • En Alsace (fusionnée avec le pays de Bade : Land d’Alsace-Pays de Bade, sous l’autorité du Gauleiter Robert Wagner), en Lorraine (fusionnée avec la Sarre et le Palatinat : Land Lorraine-Sarre-Palatinat, sous l’autorité du Gauleiter Joseph Bürckel), annexés au Reich :

        • 18 000 Juifs expulsés d’Alsace vers la zone non occupée entre le 13 et le 16 juillet 1940, leurs biens étant saisis : voir « Le sort des Juifs d’Alsace pendant la Seconde Guerre mondiale : Départ et expulsion », dossier de Mireille Biret (Canopé Strasbourg, 2011).

        • « L’opération Bürckel (22-25 octobre 1940) », seul exemple européen de déportation à l’ouest de l’Allemagne : déportation vers la zone non occupée en France des derniers Juifs allemands du pays de Bade, de Sarre et du Palatinat, soit environ 6 500 personnes, jusqu’au camp de Gurs – une opération conçue par Adolf Eichmann (nombreux documents dans un travail de lycéens de Guebwiller de 2016) ; pendant l’hiver 1940-1941, un millier d’entre eux mourront de faim et de froid ; les survivants seront livrés par Vichy lors des rafles d’août 1942 en zone non occupée, transférés à Drancy, puis déportés à Auschwitz.

    • Au Luxembourg, également annexé au Reich : expulsion des Juifs à partir du 12 septembre 1940 – voir La « question juive » au Luxembourg (1933-1941). L’État luxembourgeois face aux persécutions antisémites nazies, rapport officiel de Vincent Artuso, 2015, p. 195 et suivantes.

    • 27 septembre 1940 : ordonnance allemande en France occupée définissant ce qu'on appelle le premier statut allemand des Juifs (définition des Juifs sur la base de la religion, dispositions concernant leurs biens, recensement des Juifs, panneau « Juif » sur les vitrines des magasins, interdiction d'un retour en zone occupée pour les Juifs qui l'ont quittée).

    • 18 octobre 1940 : ordonnance allemande plaçant sous séquestre les entreprises et biens appartenant aux Juifs absents ou arrêtés, dite ordonnance d'aryanisation.

    • 16 et 17 décembre 1940 : 54 Juifs de Boulogne-sur-Mer, arrêtés grâce aux listes établies par les commissariats de police, sont transférés dans une école transformée en camp près de Troyes – voir article de La Voix du Nord (2010).

    • 26 avril 1941 : ordonnance allemande dite deuxième statut allemand des Juifs.
    • 14 mai 1941 : première des trois grandes rafles anti-juives de 1941, dite du billet vert, menée par la police française à la demande des autorités allemandes d’occupation – 3 700 hommes juifs étrangers sont arrêtés et transférés le jour même vers deux camps du Loiret : Beaune-la-Rolande et Pithiviers.

  • Répression des premiers actes individuels antiallemands :

    • Étienne Achavanne, ouvrier agricole, arrêté à Rouen fin juin 1940 et fusillé le 6 juillet 1940, ayant saboté seul des lignes téléphoniques entre la base aérienne de Boos et la Feldkommandantur de Rouen : voir l’article Wikipédia, la notice du Maîtron des Fusillés, ainsi que celle de Gaston Lefebvre, fusillé la veille au même endroit pour détention d’armes.

    • Blanche Paugam, fille d’un casseur de pierres, arrêtée le 16 août 1940 à Boulogne-sur-Mer pour avoir sectionné des câbles de communication : une des premières femmes françaises condamnées à mort le 15 septembre 1940 pour faits de résistance à l’ennemi, déportée le 31 janvier 1941 en Allemagne (plusieurs prisons et camps), morte au camp de Bergen-Belsen début avril 1945. Voir la notice de la Fondation de la France Libre.

4. Instances et acteurs de la répression dans le IIIeReich

  • L’empire SS
    • L’origine de la SS (Schutzstaffel, escadron de protection) : pour faire contrepoids à la SA (Sturmabteilung, section d’assaut), organisation paramilitaire nazie créée en 1920 et dirigée par Ernst Röhm, en avril 1925 à la sortie de prison de Hitler, son chauffeur Julius Schreck crée au sein du parti nazi, le NSDAP, la SS, une garde personnelle destinée à protéger Hitler. Voir « Schutzstaffel » (article Wikipédia).

    • Himmler, qui est membre de la SS depuis août 1925, devient le 6 janvier 1929 (jusqu’en 1945) Reichsführer de la SS, qui avec moins de 300 hommes et joue le rôle de service d’ordre des meetings nazis. Himmler veut alors en faire une élite raciale promouvant l’idéologie nazie et obéissant à Hitler.

    • En 1934, dans le conflit entre la SA de Röhm (plus de quatre millions d’hommes, dont 25 % seulement membres du parti nazi, le NSDAP) et l’armée officielle, la Reichswehr, Hitler choisit les généraux de la Reichswehr (qui devient la Wehrmacht en 1935) pour favoriser ses plans d’expansion territoriale – d’où la Nuit des longs couteaux du 30 juin au 2 juillet 1934 : 1 000 chefs SA (arrêtés par la garde SS personnelle d’Hitler et les gardiens SS du camp de concentration de Dachau), près d’un cinquième d’entre eux est exécuté, dont Röhm.

    • Les SS deviennent sans tarder le pilier répressif du régime nazi, un État dans l’État, avec le rôle clé de Himmler à sa tête – le 17 juin 1936, il accède à la tête de toute les polices du Reich et prend le titre de „Reichsführer-SS–Chef der Deutschen Polizei(Reichsführer de la SS–chef de la police allemande »). Et alors que la SS, bras armé du parti nazi, relève du secteur privé, Himmler va faire payer les soldes par l’État.

    • Branches principales de la SS en 1939, sous l’autorité d’Himmler (voir « Structure de la SS », article Wikipédia) :
      §  la Waffen-SS (nom officialisé en mars 1940), composante militaire de la SS : unités combattantes uniquement terrestres (de 23 000 hommes fin 1938 à 36 divisions sur 272 début 1945 soit environ 900 000 hommes) ; voir « Liste des unités de la Waffen-SS » (article Wikipédia) ;
      §  les SS-Totenkopfverbände (SS-TV, formations à tête de mort, article Wikipédia), pour l’encadrement des camps de concentration et d’extermination ;
      §  l’Allgemeine-SS (SS générale, article Wikipédia), services administratifs, économiques, raciaux (pouponnières du Lebensborn) et de communication (meetings ; réunions sportives ; hebdomadaire Das Schwarze Korps, L’ordre noir [article Wikipédia]) : 250 000 hommes en 1939 ;
      §  le Reichssicherheitshauptamt ou RSHA, Office central de la sécurité du Reich (article Wikipédia), créé le 17 septembre 1939, dirigé par Reinhard Heydrich jusqu’à sa mort le 4 juin 1942, puis par Ernst Kaltenbrunner à partir de janvier 1943, et qui regroupe : > le Sicherheitsdienst ou SD, le service de renseignements de la SS (article Wikipédia), qui s'occupe du renseignement politique et de la surveillance à l'intérieur du Reich (Otto Ohlendorf, de 1939 à 1945), et du renseignement politique à l'étranger (Heinz Jost de 1939 à mars 1942, puis Walter Schellenberg jusqu’en 1945) ; > la Sicherheitspolizei ou Sipo (« police de sécurité » ou « la Sûreté », article Wikipédia), qui regroupe depuis 1936 d’une part la Geheime Staatspolizei ou Gestapo, la police secrète d’État (article Wikipédia), chargée de traquer, interner et éliminer les opposants, dirigée par Heinrich Müller de 1934 à 1945, et d’autre part la Kriminalpolizei ou Kripo, la police criminelle, dirigée par Arthur Nebe de 1937 jusqu’à l’attentat du 20 juillet 1944 contre Hitler.

  • L’Abwehr, service de contre-espionnage de l’état-major, dirigé par l’amiral Wilhelm Canaris de janvier 1935 à février 1944, puis absorbé par le RSHA (articles Wikipédia en fr., en angl., en all.).

5. Diversité des régimes d’occupation de la France et donc des pratiques répressives

  • Alsace-Moselle, Eupen et Malmédy en Belgique, Luxembourg :

  • France occupée (hors Alsace-Moselle, Nord-Pas-de-Calais et zone d’occupation italienne) :zone d’occupation à des fins militaires, donc sous l’autorité de la Wehrmacht – voir « L’occupation de la Belgique et de la France (1940–1944) et les archives de l’Administration militaire allemande », d’Andreas Nielen (2002).

    • Acteur principal jusqu’au printemps 1942 : le Militärbefehlshaber in Frankreich (MBF), haut commandement militaire en France, qui est l’administration militaire d’occupation ; il est installé à l’hôtel Majestic à Paris (19 avenue Kléber, actuel hôtel The Peninsula Paris) et a été créé le 16 octobre 1940 ;

    • du 25 octobre 1940 au 31 janvier 1942, le MBF eut pour chef le général Otto von Stülpnagel, remplacé par son cousin le général Carl-Heinrich von Stülpnagel ; voir « Maintenir l'ordre en France occupée. Combien de divisions ? », article de Peter Lieb et Robert O. Paxton (2011) ; « Le Militärbefehlshaber in Frankreich : les transformations de la mémoire savante », article de Gaël Eismann, (2009) ; « Le Militärbefehlshaber in Frankreich et la genèse de la “solution finale” en France (1941-1942) », article payant de Gaël Eismann, (2016) ; voir l’ouvrage de Gaël Eismann Hôtel Majestic. Ordre et sécurité en France occupée (1940-1944), Tallandier, 2010 (tiré de sa thèse de 2005) ; « Le maintien de l’ordre et de la sécurité au temps de la pax germanica (été 1940-printemps 1941) », section d'un article de Gaël Eismann (2008) ;

    • le MBF était organisé autour de deux états-majors : le Kommandostab militaire (dirigé par le général Hans Speidel d’août 1940 à début 1942 et chargé de l’entretien et de la sécurité des forces terrestres d’occupation, de la surveillance des voies de communication, de la garde des forteresses et de la ligne de démarcation, de la justice militaire) et le Verwaltungsstab civil (chargé de l’administration, du contrôle des forces de l’ordre françaises, du commerce, des prix et de la main-d’œuvre) ;

    • au niveau départemental, le MBF est relayé par les Feldkommandanturen (FK) et au niveau local par les Kreiskommandanturen (KK), interlocuteurs des administrations préfectorales et municipales ; à Paris, le siège du gouverneur militaire commandant le Groß Paris occupe l’hôtel Meurice (228 rue de Rivoli) et la Platz-Kommandantur de Paris est installée à l’angle de l’avenue de l’Opéra et de la rue du 4-Septembre – voir « Paris sous l’occupation allemande/Installation des troupes allemandes » (article Wikipédia) ;

    • pour le maintien de l’ordre, le MBF dispose des 6 000 hommes (fin 1941) de la Feldgendarmerie (article Wikipédia), qui patrouille, surveille les civils, contrôle la circulation, les ports et les aérodromes, garde les prisons, procède aux exécutions, contrôle les identités des militaires allemands en transit, traque les déserteurs… ;

    • pour la sécurité, le MBF dispose officiellement du millier d’hommes de la Geheime Feldpolizei (GFP, article Wikipédia), la police secrète aux armées, qui protège la Wehrmacht en luttant contre la résistance intérieure et extérieure (espions alliés) ; en réalité, le chef de la GFP, Philip Greiner, est installé avec les services de l’Abwehr et non à l’hôtel Majestic… ;

    • de l’été 1940 à mars 1942, trois services luttent donc en France occupée contre les mouvements et réseaux de résistance : outre la GFP, l’Abwehr et la Sipo-SD – voir « Les services répressifs allemands en France occupée », article de Thomas Fontaine (Chemins de mémoire), « Chronologie : Répression et persécution en France occupée 1940-1944 » (Thomas Fontaine, Sciences Po) et « Les organes de répression de l’occupant allemand » (Réseau Canopé) ;

    • l’Abwehr est installé à Paris à l’hôtel Lutetia, dirigé par Friedrich Rudolf de juin 1940 à juin 1944, avec des antennes principales à Saint-Germain, à Dijon, à Angers, secondaires à Bordeaux, Nantes, Besançon, Tours… (et à Lyon, Marseille et Toulouse après l’invasion de la zone libre en juillet 1942) ; jusqu’en mars 1942, c’est l’acteur principal dans la répression des premiers groupes de résistance (ainsi l’infiltration du réseau Nemrod d’Honoré d’Estienne d’Orves, arrêté par l’antenne d’Angers), avec la GFP comme auxiliaire et plusieurs centaines de Français comme informateurs (les V-Männer ou Vertrauensmänner, « hommes de confiance : voir article de Chemins de mémoire) ;

    • alors que l’armistice du 22 juin 1940 ne prévoyait que des forces militaires d’occupation, une antenne de la Sipo-SD, police politique chargée de lutter contre les « ennemis du Reich », s’installe à Paris dès l’été 1940 (avenue Foch), dépendant directement du RSHA à Berlin ; au départ c’est un commando d’une vingtaine d’hommes, choisis par Heydrich et dirigés par Helmut Knochen, portant de faux uniformes de la GFP et opérant en cachette de la Wehrmacht ; un accord entre la GFP et la SS donne ensuite à Knochen la responsabilité de lutter à Paris contre les adversaires idéologiques du Reich (communistes, francs-maçons, juifs, réfugiés politiques antinazis…) ; en fait, Knochen ne cessera d’empiéter sur l’Abwehr et la GFP et d’étendre son action sur la France occupée, jusqu’à la réorganisation de la répression au printemps 1942 au profit des SS, qui contrôleront l’ensemble des forces de répression en France occupée, la Sipo-SD absorbant alors la GFP ;

    • le MBF s’occupe également des tribunaux militaires allemands, piliers de la répression judiciaire : internements, exécutions (plus de 160 condamnations à mort entre juin 1940 et juillet 1941, dont une quarantaine exécutées, comme Auguste Gras le 5 juin 1940 dans l’Aisne, Étienne Achavanne à Rouen le 4 juillet 1940, Jacques Bonsergent à Paris le 23 décembre 1940), déportation d’une centaine de détenus (jugés par mesure de répression) vers des prisons du Reich (premier cas : deux habitants de la Manche jugés à Saint-Lô et déportés le 6 août 1940 à la prison de Cologne) – voir « Juin 1940 – été 1941 : répression judiciaire et premières mesures anti-juives » (Thomas Fontaine, Sciences Po) et « La justice des vainqueurs », section d'un article de Gaël Eismann (2008) ; depuis le 4 juillet 1940, le droit pénal allemand s’applique dans la France occupée pour les actes contre la sécurité des troupes d’occupation.

  • Belgique et Nord-Pas-de-Calais (zone « rattachée ») : Militärbefehlshaber in Belgien und Nordfrankreich (MBB), général Alexander von Falkenhausen, du 22 mai 1940 à juillet 1944. Voir « L’occupation de la Belgique et de la France (1940–1944) et les archives de l’Administration militaire allemande », d’Andreas Nielen (2002) ; « La Sipo-SD en Belgique. Une police faible ? », article de Benoît Majerus (2013).

    • Du MBB dépend un commandement militaire spécifique au Nord et au Pas-de-Calais, implanté à Lille, l’OFK 670 (Oberfeldkommandantur 670), avec une grande autonomie et chargé de mener la répression et les persécutions dans les deux départements français, sous les ordres du général Karl Niehoff, de juillet 1940 à novembre 1942 (il sera alors nommé responsable de la zone sud après l’invasion allemande) ; voir « Aperçus sur la zone réservée », article d’Étienne Dejonghe (1978) ; « Les politiques de répression conduites par le Militärbefehlshaber in Belgien und Nordfrankreich dans le Nord-Pas-de-Calais (1940-1944) », article de Laurent Thiery (2007) ; compte rendu du livre Crimes et criminels de guerre allemands, de 1940 à nos jours, dans le Nord-Pas-de Calais, de Jacqueline Duhem (2016) ;

    • contrairement au reste de la France occupée, où les structures dépendant du RSHA prennent le contrôle de la répression au printemps 1942, le MBN garde ses groupes de GFP et est responsable de 80 % des déportations dans le Nord-Pas-de-Calais ; les SS ne prendront le dessus que le 19 juillet 1944.

  • La zone italienne de la France occupée :

    • 22 juin 1940 : la France, deux jours après l’armistice avec l’Allemagne, signe un 2e armistice avec l’Italie, qui a déclaré la guerre à la France seulement le 10 juin – les deux armistices entrent en vigueur simultanément le 25 juin : alors que les combats ont tourné à l’avantage de la France contre l’armée italienne (voir « La campagne italienne de juin 1940 dans les Alpes occidentales », article de Giorgio Rochat [2008]), l’Italie obtient une zone discontinue frontalière de « maintien des troupes d’opérations » (800 km2, 28 000 habitants), de la Méditerranée (ville de Menton) au lac Léman, et devient ainsi la deuxième puissance occupante (jusqu’en 1943) de la France – voir « Armistice du 24 juin 1940 » et « Zone d’occupation italienne en France » (articles Wikipédia) ;

    • en fait, il s’agit bien d’une occupation, voire d’une annexion de fait : fin juin 1940 estr créée la CIAF (Commissione Italiana d’Armistizio con la Francia), puis en novembre 1940, à l’intérieur de la CIAF, une administration autonome des territoires français occupés (ATFO) – voir « L’occupation italienne en France de 1940 à 1943. Administration, souveraineté, rivalités », article de Diane Grillère (2010, avec cartes des lieux occupés) ; « L’occupation italienne et ses ambiguïtés : l’exemple des Alpes-Maritimes », texte de Jean-Louis Panicacci ;

    • le service secret de police politique de l’Italie fasciste, l’OVRA (Organizazione di vigilanza e repressione dell’antifascismo, Organisation de vigilance et de répression de l’antifascisme), qui, associé à la Cagoule, était déjà intervenu dans la France du Front populaire (voir article Wikipédia), agit dans la zone d’occupation italienne contre les antifascistes italiens et les résistants, mais surtout en 1942-1943 après l’invasion allemande de la zone sud et l’extension de la zone italienne au Sud-Est (Grenoble, Toulon, Nice, la Corse…).

  • France occupée et France non occupée (zone sud de la métropole, Afrique du Nord) : Vichy, un régime vassalisé et auxiliaire de la répression (1940-1941)

    • « Les organes de répression de l’État français » et « La police en 1942 – organigramme » (Réseau Canopé) ; présentation de la publication du Cercle d’étude de la Déportation et de la Shoah Forces de répression françaises et allemandes dans les politiques de répression, de fusillades et de déportations des Juifs, Tsiganes, résistants (2018)

      > Organes existant avant Vichy :
                • la gendarmerie nationale :
                          > dès juillet 1940, l’autorité allemande impose aux gendarmes de la zone occupée de veiller au respect des contraintes de l’occupation (couvre-feu, conditions de circulation…), d’informer l’occupant des activités ennemies (parachutages, découvertes d’armes, sabotages, attentats) ou des désordres (accidents, grèves), de retrouver les pilotes alliés dont les avions ont été abattus ; voir « La gendarmerie sous Vichy, arme de la collaboration », texte d’Erick Labrousse (2016) ;
                          > décret de Vichy du 17 novembre 1940 : la Garde républicaine mobile n’est plus rattachée à la gendarmerie, mais à la direction de la cavalerie et du train ; elle s’appelle la Garde le 31 janvier 1941 ;
                • la Sûreté (nationale) : elle devient la Police nationale en 1941 (cf. ci-dessous) ; elle dispose des brigades régionales mobiles de police judiciaire (BRMPJ), sur le modèle des brigades régionales de police mobile créées par Clemenceau en 1907 (« brigades du Tigre ») ;
                • les Renseignements généraux : chargés d’observer l’état de l’opinion publique et d’analyser les mouvements politiques et syndicaux, ils vont devenir une forme de police politique ;
                • la Préfecture de police de Paris (PP, départements de la Seine, de la Seine-et-Oise et dʼune partie de la Seine-et-Marne) est un cas à part et échappe à la réforme de 1941, avec une police autonome aux pouvoirs étendus :
                          > trois directions : Police judiciaire, Police municipale et Renseignements généraux (où a été créée en mars 1940 une brigade spéciale anticommuniste, réactivée par Vichy à l’automne 1940) ;
                          > la Garde républicaine : elle a été rattachée au préfet de police le 16 août 1940, avant de se dénommer la Garde de Paris ;
                • de fin août 1940 à août 1942, héritier du Deuxième bureau, fonctionne aussi le Service des menées antinationales (article Wikipédia ; document de lʼAmicale des anciens des services spéciaux de la défense nationale ; « Armée et secrets, 1940-1942. Le contre-espionnage de l'armée de Vichy », article de Claude d’Abzac-Epezy [2012]), service secret de lʼarmée disposant dʼun BMA dans chacune des huit régions militaires ; chargé officiellement de protéger lʼArmée dʼarmistice, il lutte surtout en zone sud contre lʼespionnage allemand et italien et contre les menées gaullistes et communistes ; bilan : en deux ans, 264 personnes condamnées pour espionnage dont 194 travaillant pour lʼAbwehr (dont 30 exécutions), et, de janvier 1941 à juin 1942, 173 gaullistes et 443 communistes condamnés (une dizaine de condamnés à mort) ;

      > Réforme de Vichy mi-1941 :
                • du 19 avril au 17 juillet 1941, onze lois et décrets réforment l’organisation policière, dans le but de créer une police nationale : depuis la loi municipale de 1884, le pouvoir de police en France appartenait aux maires ; sur le modèle antérieur de Lyon, Toulouse, Marseille ou Nice, ces polices municipales sont réunies en 1941 en polices régionales d’État ;
                • texte fondamental de cette réforme : la loi du 23 avril 1941 « portant organisation générale des services de police en France », promulguée le 6 mai 1941 (texte de la loi ; voir « La loi du 23 avril 1941 portant organisation générale des services de police en France », article de Jean-Marc Berlière [2008]) ; un décret d’application de cette loi, le 14 août 1941, institue la Police nationale, avec à sa tête un Secrétaire général pour la police siégeant au conseil des ministres de Vichy ; elle est organisée en trois grandes directions :
                          > la Police judiciaire (PJ ; un décret du 13 mai 1941 regroupe les brigades régionales mobiles et les sûretés ; un décret du 10 novembre 1941 donnera aux brigades mobiles leur appellation actuelle de SRPJ, services régionaux de police judiciaire) : chargée initialement de la poursuite des auteurs de crimes et délits de droit commun, elle est engagée à partir de 1941 dans des missions à caractère politique et prend en octobre 1942 le nom de Police de sûreté,
                          > les Renseignements généraux (RG),
                          > et la Sécurité publique, regroupant les commissatiats des villes, les gardiens des polices municipales étatisées et les GMR ;
                • les groupes mobiles de réserve (GMR, article Wikipédia), créés par une loi du 23 avril 1941, constitués en zone sud à l’automne 1941, puis dans la zone nord à partir de fin 1942 : une force civile équipée et encadrée militairement, pour le maintien de l’ordre et la garde de bâtiments officiels et de camps d’internement ;

      > Instruments de répression ensuite créés par Vichy (voir infra) :
                • les sections spéciales (tribunaux d’exception, août 1941) ;
                • le service de police anti-communiste (SPAC, automne 1941), ensuite dénommé à l’été 1942 service de répression des menées antinationales (SRMAN) ;
                • la police aux questions juives (PQJ, octobre 1941), devenant la section d’enquête et de contrôle (SEC) le 5 juillet 1942 ;
                • la milice française (janvier 1943) et les cours martiales (janvier 1944) ;

    • les camps d’internement sous le régime de Vichy : voir « 1940-1942 : Une politique de contrôle et d’exclusion », Les camps français d’internement 1938-1946, de Denis Peschanski, (2000, p. 251-445) ; « Les camps de Vichy en Afrique du Nord (1940-1944) », article de Jacob Oliel (2013) ; « Carte des camps d’internement en France métropolitaine, décembre 1940 » et « Carte des camps en France métropolitaine et en Afrique du Nord, août 1942 » (Denis Peschanski) ; Carte des camps d’internement sous Vichy en métropole et en Afrique du Nord (Archives nationales) ; Photographies des camps et centres d’internement (1941-1944) ; Archives numérisées de l’Inspection générale des camps et centres d’internement du ministère de l’intérieur (1940-1944) (Archives nationales/« Archives numérisées ») ; Carte interactive des camps d’internement sous Vichy en métropole et en Afrique du Nord ;

    • les boucs émissaires du régime de Vichy : « Vichy et ses ennemis », analyse par Alexandre Sumpf de l’affiche de Vichy « Laissez-nous tranquilles ! 1941 » (2012) ; « Le Front populaire comme bouc émissaire », réseau Canopé ; « L’instituteur, voilà l’ennemi »Le Monde, 2010 (article en grande partie payant ; compléments sur Clioweb) ;

    • les premiers procès politiques de Vichy :

      > 30 juillet 1940 : création de la Cour suprême de justice, chargée d’instruire ce qui sera le procès de Riom (19 février-15 avril 1942, article Wikipédia) pour juger les responsables de la défaite, c’est-à-dire le Front Populaire et la démocratie parlementaire de la IIIe République – voir « Le procès de Riom, une parodie de justice » in Les Chemins de la mémoire (2012) ; « Discours du général de Gaulle : ouverture du “procès” de Riom », BBC, émission Honneur et Patrie, 9 septembre 1940, INA (document audio, 4 min 30 s) ; « La République “embastillée” et “déportée” au fort du Portalet. Errances d’une justice politique ordinaire en temps d’exception (1940-1942) », de Christophe Lastécouères (2014) ;

      > 4 octobre 1940 : Jean Zay, ministre de l’éducation nationale et des beaux-arts du Front populaire, condamné à la dégradation et à la déportation – voir « Jugement et condamnation de Jean Zay » (musée de la Résistance en ligne) ; « Quel prisonnier au fond de la cour… Le procès Jean Zay », article d’Anne Simonin ; « Jean Zay, Vichy et la Résistance : une mise en abîme de l'éclipse », article d’Olivier Loubes (1996) ; « Lettre de Jean Cassou à Jean Zay [fin juillet 1941] » ; « Jean Zay ou le destin brisé du Front populaire » et « Jean Zay : le premier procès politique de Vichy », d’Olivier Loubes, L’Histoire n° 309, mai 2006, et n° 359, décembre 2010 (articles payants) ;

      > 9 mai 1941 : Pierre Mendès France condamné par le tribunal militaire de Clermont-Ferrand à 6 ans de prison – voir « Le procès de 1941 : Pierre Mendès France forcément coupable… » (2001) ; compte rendu par Dominique Veillon de l’ouvrage de Christiane Rimbaud Le procès Mendès France (1986) ;

    • les mesures contre les francs-maçons (1940-1942) :

      > 13 août 1940 : loi de dissolution des sociétés secrètes, qui vise surtout les fonctionnaires et ne cite pas explicitement les organisations maçonniques, contrairement aux décrets qui suivent du 19 août 1940 et du 27 février 1941 ; mais l’expression « sociétés secrètes » est clairement un synonyme de la franc-maçonnerie dans la rhétorique de l’extrême droite de l’époque, qui entremêle Juifs et francs-maçons – voir « Les réseaux antijuifs et antimaçonniques autour de la Revue internationale des sociétés secrètes (RISS) de l’entre-deux-guerres à la période de l’Occupation », article d’Emmanuel Kreis (2013) ; de fait, des perquisitions de loges maçonniques et des saisies de documents sont menées en zones nord et sud à l’automne 1940 ;

      > octobre-novembre 1940 : « La franc-maçonnerie dévoilée », exposition antimaçonnique au Petit-Palais de Paris, puis en province, et qui fut montrée à Berlin en 1942 ;

      > 22 novembre 1940 : immeuble du Grand Orient de France, rue Cadet à Paris, mis à disposition de Bernard Faÿ, professeur au Collège de France, nommé le 6 août 1940 administrateur général de la Bibliothèque nationale et chargé le 27 août par Pétain d’établir un fichier des francs-maçons et des loges et de rassembler les archives maçonniques (documents et objets) au sein d’un Service des sociétés secrètes (SSS) dans la zone nord ;

      > 1er avril 1941 : le SSS est étendu à la zone sud ;

      > 11 août 1941 : 2e loi antimaçonnique, permettant de publier au Journal officiel des noms des dignitaires francs-maçons identifiés par le SSS (14 000 noms seront publiés) ;

      > 15 décembre 1941 : création dans les deux zones d’un Service de police des sociétés secrètes (SPSS) ;

      > 7 avril 1942 : création d’une commission antijudéo-maçonnique ; autres services français concurrents du SSS : Commission spéciale des sociétés secrètes, Service des associations dissoutes, Service des recherches, Centre d’action et de documentation ;

      > octobre 1942 : décret qui réorganise le SSS, avec notamment un bureau chargé de la répression ;

      > voir un résumé (1re et 2e partie) de l’ouvrage Vichy et les francs-maçons. La liquidation des sociétés secrètes, 1940-1944 de Dominique Rossignol (1981) ; « Juifs et francs-maçons dans le Calvados : 1940-1944 », article d’Yves Lecouturier (1991) ;

    • Vichy et les Juifs : l’obsession antisémite de l’État français

      > voir « Lois sur le statut des Juifs du régime de Vichy » (article Wikipédia) – plus d’une centaine de textes juridiques visent les Juifs de juillet 1940 à fin 1942 ;

      > juillet 1940 : interdiction aux Juifs d’habiter dans le département de l’Allier (Vichy) ;

      > 22 juillet 1940 : loi lançant la révision des naturalisations depuis 1927 (fac-similé, article Wikipédia) – 15 000 personnes, dont 6 307 Juifs, seront déchues de la nationalité française et rendues apatrides sur 195 000 naturalisations) ; voir « Histoire et mémoire des discriminations en matière de nationalité française », article de Patrick Weil (2004) ; « Déchéance de nationalité : le précédent de Vichy », article du blog de Franck Johannès (2015) ;

      > 27 août 1940 : loi d’abrogation du décret-loi Marchandeau du 21 avril 1939, premier texte juridique antiraciste français et arme contre l’antisémitisme, faisant de l’injure et de la diffamation raciale ou religieuse un délit ; voir « Vichy : l’antisémitisme légalisé », blog de Gilles Devers (2010) ;

      > 3 octobre 1940 : signature par Pétain de la loi promulguée le 18 octobre 1940, dite premier statut des Juifs (article Wikipédia), applicable en France métropolitaine, en Algérie, « aux colonies, pays de protectorat et territoires sous mandat » : définition fondée sur la notion de « race juive », professions interdites aux Juifs (dont la fonction poblique) ; « Statut des Juifs de 1940. Découverte du texte original annoté et durci par Pétain », Le Télégramme, 3 octobre 2010 ;

      > 4 octobre 1940 : loi promulguée le 18 octobre 1940 : autorise en zone sud l’internement des Juifs étrangers (texte dans l’article Wikipédia) ;

      > décret du 7 octobre 1940 : abolition du décret Crémieux de 1870 (article Wikipédia) accordant la nationalité française aux Juifs d’Algérie ; voir « Les Juifs d’Algérie. De l’abrogation du décret Crémieux à son rétablissement (7 octobre 1940-20 octobre 1943) », texte de Charles-Robert Ageron (2005, chapitre payant) ;

      > décret du 21 novembre 1940 : dissolution des organisations juives, sauf les consistoires israélites ;

      > décret du 26 décembre 1940 : application du statut des Juifs à la fonction publique – en 1941, 3 422 fonctionnaires seront révoqués en métropole et 2 671 en Algérie ;

      > 1er janvier 1941 : entrée en vigueur de l’application du statut des Juifs au Maroc, mais aucun des 250 000 Juifs marocains ne sera déporté ni même interné ;

      > loi du 29 mars 1941 promulguée le 31 mars 1940 : création du Commissariat général aux questions juives (CGQJ, parution au JOEF, article Wikipédia, recension de l’ouvrage de Laurent Joly de 2006 sur le CGQJ), d’abord dirigé par Xavier Vallat, disposant notamment, à partir de juillet 1941, d’une direction de l’aryanisation économique (DAE) et, à partir d’octobre 1941, d’une police des questions juives (PQJ), et chargé également des Tsiganes ;

      > rafle dite du billet vert en mai 1941 à Paris, opérée par la police française sur ordre de l’occupant : la loi du 4 octobre 1940 est étendue début mai 1941 à la zone nord, à la demande de l’occupant ; puis, le 13 mai, des agents de police frappent aux portes de 6 500 appartements juifs de la région parisienne et remettent un papier de couleur verte convoquant les hommers à une vérification administrative le lendemain à la caserne Napoléon (4e), à la caserne des Minimes (3e) ou au gymnase Japy (11e) ; le 14 mai a donc lieu la première arrestation massive de 3 700 hommes juifs étrangers, aussitôt transférés par autobus, puis par train dans le Loiret et internés dans les camps de Pithiviers et Beaune-la-Rolande, gardés par les forces de l’ordre françaises ; voir l’article Wikipédia et « Le rôle des camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande dans l’internement et la déportation des Juifs de France » (Cercil, 2016), article qui rappelle que les hommes raflés le 14 mai 1941 seront en 1942 « massivement déportés par les convois 2, 4, 5, et 6 partis respectivement le 5 juin de Compiègne, le 25 juin de Pithiviers, le 28 juin de Beaune-la-Rolande, et le 17 juillet de Pithiviers », cela afin de vider les camps du Loiret pour y interner les familles juives étrangères arrêtées lors de la rafle du Vélʼ dʼHivʼ les 16 et 17 juillet 1942 ;

      > loi du 2 juin 1941 : recensement des Juifs et de leurs biens dans les deux zones nord et sud, qui, joint au recensement dans les sous-préfectures imposé aux Juifs de la zone nord par le MBF le 27 septembre 1940 (déjà environ 173 000 Juifs recensés), servira de base aux futures rafles ; voir « Recensement des Juifs : loi du 2 juin 1941 », blog de Gilles Devers (2010) ; « Le fichage des juifs de France pendant la Seconde Guerre mondiale et l'affaire du fichier des juifs », article de René Poznanski (1997) ;

      > autre loi du 2 juin 1941 promulguée le 14 juin 1941, dite second statut des Juifs (article Wikipédia), pour la France métropolitaine (zones nord et sud) et l’Algérie : augmentation du nombre de professions interdites aux Juifs, numerus clausus de 2 % de Juifs pour les professions libérales et de 3 % pour les universitaires, préfets autorisés à interner administrativement les Juifs français ; voir « L'administration de l'État français et le statut des Juifs du 2 juin 1941 », article de Laurent Joly (2008) ;

      > voir aussi« Été 1940-printemps 1941 : l’ambivalence des premiers passages », extrait de l’article « Les Juifs et la ligne de démarcation » d’Éric Alary (2001) ; « Les effets des lois antijuives en Afrique du Nord » in « Les camps de Vichy en Afrique du Nord (1940-1944) », article de Jacob Oliel (2013) ; « Les politiques antisémites dans les Alpes-Maritimes de 1938 à 1944 », article de Jean Kleinmann (2007) ; « Les étrangers et le problème des cartes d’identité dans l’arrondissement de Nice (1940-1944) : le cas d’une juive allemande », article de Riadh Ben Khalifa (2004) ;

    • Vichy et les communistes :

      > depuis la signature du pacte germano-soviétique le 23 août 1939, approuvée par le PCF et la dissolution de ce dernier le 27 septembre suivant, la surveillance du PCF et des arrestations de communistes correspondent à un anticommunisme de circonstance ;

      > avec l’installation du régime de Vichy, cet anticommunisme devient structurel et militant et évolue vers une répression multipliant arrestations et internements de responsables ou de militants communistes distribuant tracts et journaux clandestins, répression qui augmente fortement à lʼautomne 1940 (voir « La Brigade spéciale des Renseignements généraux », article de Claudine Cardon-Hamet [2012]) – si de fin septembre 1939 à juin 1941 environ 5 000 communistes sont arrêtés et internés, début octobre 1940 en région parisienne 300 communistes et syndicalistes sont arrêtés en quelques jours par la police de Vichy et emmenés au sanatorium d’Aincourt (Seine-et-Oise), réquisitionné et transformé en premier camp d’internement administratif de la zone nord pour la région parisienne (voir le site de l’Association des amis de la Fondation pour la mémoire de la Déportation), gardé par des gendarmes français et qui est vite plein (670 internés fin décembre 1940) ;

      > d’où de nouveaux centres d’internement, qui deviendront des réservoirs d’otages pour les autorités allemandes ; ainsi, le 4 décembre 1940, 100 internés sont dirigés d’Aincourt sur la centrale de Fontevraud, via celle de Clairvaux, puis le camp de Choisel à Châteaubriant (Loire-Inférieure) ; le 7 avril 1941, 54 internés sont transférés vers la centrale de Poissy, puis le camp de Choisel (qui reçoit aussi150 communistes des centrales de Poissy et de Clairvaux) ; le 5 juin 1941, 31 internés sont dirigés d’Aincourt sur les prisons de Gaillon et Rambouillet ; le 6 septembre 1941, 149 internés et le 6 octobre 150 autres sont envoyés au camp de Rouillé ; le 27 juin 1941, 88 internés et  21 le 9 février 1942 sont transférés à Compiègne ;

      > Aincourt ferme en février 1942 (hommes) et en septembre 1942 (femmes), ayant servi de lieu d’internement à 1 500 communistes depuis octobre 1940 ;

      > après l’invasion de l’URSS par le Reich le 22 juin 1941, la répression anticommuniste de Vichy franchit encore un nouveau cap (sections spéciales instituées en août 1941) ;

    • Vichy et les Tsiganes :

      > 4 octobre 1940 : ordonnance allemande du MBF qui décrète l’internement de tous les Tsiganes en zone nord, que les autorités françaises sont chargées d’exécuter (arrestations, internement, gestion des camps), alors qu’en zone sud Vichy a les mains libres et y créera néanmoins des camps d’internement des nomades (Lannemezan, Rivesaltes, Le Barcarès, Argelès-sur-Mer, puis Saliers en 1942) – en tout, en métropole, environ 6 000 Tsiganes ont été internés dans 30 camps, dont 25 en zone occupée ;

      > voir le site Mémorial des Nomades de France, dont la section sur les camps d’internement ; Une mémoire française : l’internement des nomades en France 1940-1946, brochure officielle (2016) ; carte des camps d’internement des Tsiganes en métropole (Chemins de mémoire) ; exposition « L’internement des Nomades, une histoire française (1940-1946) », du 14 novembre 2018 au 17 mars 2019 (Mémorial de la Shoah) ; « Instructions du sous-préfet d’Avranches au maire de Barenton pour la création d’un camp de cantonnement de nomades (4 avril 1941) » (Archives de la Manche) ; « Question de mémoire : deux témoignages sur l’internement des Tsiganes au camp d’Arc-et-Senans », article d’Emmanuel Filhol (1999) ; « Témoignages recueillis par Jacques Sigot : Madame Tannou, institutrice au camp de Moisdon-la-Rivière – Un ancien interné » (1995).

6. L’extension de la logique concentrationnaire interne au IIIe Reich : premières déportations de répression depuis les territoires occupés

Été 1941-fin 1943, guerre mondiale, guerre d’anéantissement, « guerre totale »

Été 1941-fin 1943, guerre mondiale, guerre d’anéantissement, « guerre totale »

1. Le contexte : le tournant de la guerre qui, en 1941, devient mondiale

L’attaque surprise de l’URSS par l’Allemagne, le 22 juin 1941 : l’opération Barbarossa
L’attaque surprise de la base militaire américaine de Pearl Harbor dans le Pacifique (État américain d’Hawaï) par l’aviation japonaise, le 7 décembre 1941 : l’opération Hawaï (ou AI ou Z)
  • Voir l’article Wikipédia ; « 7 décembre 1941 : l’attaque de Pearl Harbor » (france•tvéducation, extrait d’Apocalypse : la Deuxième Guerre mondiale, vidéo, 2 min 25 s) ; carte du port de Pearl Harbor le jour de l’attaque ; « Pearl Harbor », analyse de deux photographies par Alexandre Sumpf (L’Histoire par l’image, 2018).

  • Un désastre américain ? Une victoire stratégique ou seulement tactique pour le Japon ? Voir, sur le mythe de « Pearl Harbor, une victoire japonaise », le texte accessible en ligne de Pierre Grumberg (in Les mythes de la Seconde Guerre mondiale, Perrin, 2015, rééd. en poche, coll. Tempus, 2018).

  • Le 8 décembre, le Congrès américain vote à la quasi-unanimité la guerre contre le Japon – voir le discours de F. D. Roosevelt devant le Congrès (British Pathé, 4 min 47 s). Le 9, le Royaume-Uni (et donc l’Empire britannique, dont le Canada, l’Australie, l’Afrique du Sud) déclare la guerre au Japon. Hitler et Mussolini déclarent la guerre aux États-Unis le 11 décembre (cf. le « Pacte tripartite », signé le 27 septembre 1940 par l’Allemagne, l’Italie et le Japon, élargissant l’Axe-Rome-Berlin du 1er novembre 1936 en « Axe Rome-Berlin-Tokyo », et le « Pacte anti-Komintern », signé par le Japon et l’Allemagne le 25 novembre 1936 – articles Wikipédia) ; aussitôt, de janvier à août 1942, plusieurs vagues de sous-marins allemands mènent une attaque concertée contre les navires américains de la côte Est des États-Unis, l’opération Paukenschlag (Drumbeat en angl., article Wikipédia).

Aspects géopolitiques de la double extension de la guerre
  • La vision géostratégique de De Gaulle

    • dès son allocution du 18 juin 1940 à la BBC : « Cette guerre n’est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n’est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances, n’empêchent pas qu’il y a dans l’univers tous les moyens nécessaires pour écraser un jour nos ennemis. Foudroyés aujourd’hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l’avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là. » ;

    • dans son allocution à Londres le 15 décembre 1941 : « Il nous paraît évident, à nous, que l’entrée dans la guerre de notre alliée, l’Amérique, aux côtés de l’Angleterre, de la Russie et de la France, équivaut, tout simplement, à la certitude de vaincre. En effet, dans cette guerre de machines, l’Amérique possède, à elle seule, un potentiel égal au potentiel de tous les autres belligérants. Grâce à l’appoint qu’elle a déjà commencé à fournir, il sortira, l’an prochain, des usines ou chantiers alliés, trois fois plus d’avions, deux fois plus de chars, six fois plus de navires que des usines ou chantiers ennemis. A mesure que les mois passeront, ces rapports de production deviendront bien meilleurs encore. Quant aux effectifs, résumons la question en disant que de cinq hommes sur la Terre, quatre sont dans notre camp. »

  • Allemagne

    • « Au rebours d’une image convenue l’Allemagne fut une puissance industrielle relativement faible tandis que l’Union soviétique, à l’inverse, sut développer un impressionnant outil productif à vocation militaire. […] À la veille de la Seconde Guerre mondiale, le Reich n’était en aucun cas prêt à affronter une guerre longue. […] À l’heure où les panzers s’élançaient à l’assaut de la steppe russe, aucun camp, au total, n’était assuré de vaincre. […] Le régime stalinien parvint à doter ses troupes d’un outil industriel militaire adéquat, en procédant à un transfert brutal mais efficace des ressources allouées au secteur civil vers les industries de la défense. » (Olivier Wieviorka, in Les mythes de la Seconde Guerre mondiale, Perrin, 2015, rééd. 2018).

  • Japon

    • Comme pour l’opération Barbarossa, l’attaque de Pearl Harbor n’est pas précédée par une déclaration de guerre, suite à un contretemps de la diplomatie nippone. « En attaquant sans déclaration de guerre, acte impardonnable par une opinion américaine dont le sentiment d’humiliation est amplifié par le racisme, Tokyo se condamne à une lutte sans merci. “Quel que soit le délai nécessaire pour surmonter cette invasion préméditée, le peuple américain dans sa juste puissance combattra jusqu’à la victoire absolue”, jure ainsi Roosevelt le lendemain de l’agression […]. » (Pierre Grumberg, in Les mythes de la Seconde Guerre mondiale, Perrin, 2015, rééd. 2018) ;

    • or, le « Sōryokusen Kenkyūjo »(« Institut d'études sur la guerre totale », article Wikipédia), groupe de travail gouvernemental japonais constitué pour réfléchir aux chances du Japon de gagner une guerre contre les États-Unis, avait conclu dès la fin août 1941 qu’elle était perdue d’avance… Le Japon devait en effet à la fois vaincre la Chine (première puissance démographique mondiale), qu’il avait envahie depuis le 7 juillet 1937, les États-Unis (première puissance économique et industrielle), l’Empire britannique (première puissance coloniale), le tout sous l’œil de Moscou (première puissance militaire), qui attendait son heure – elle sonna entre les deux bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki ;

    • voir, sur l’économie japonaise, « 1942-1946 : Du triomphe à la faillite de l’économie de guerre » (Jean-Louis Margolin, 2015) ;

    • voir, sur les enjeux de la guerre du Pacifique, « La Seconde Guerre mondiale dans le Pacifique » et la carte de l’expansion japonaise dans le Pacifique (USHMM) ; carte de l’expansion japonaise jusqu’en 1942 (Wikipédia) ; analyse historique et géopolitique de Benoist Bihan, in Les mythes de la Seconde Guerre mondiale, Perrin, 2015, rééd. 2018 ; compte rendu (site des Clionautes, 2017) de l’ouvrage de Nicolas Bernard La guerre du Pacifique (1941-1945) ;

    • voir « Les victimes de la bataille de Hong-Kong (18-25 décembre 1941) » (deux régiments canadiens, dont des Canadiens francophones de Gaspésie, envoyés dans l’enclave britannique de Hong-Kong, et qui furent les premiers soldats canadiens à combattre, défaits et capturés par les Japonais – exemple de la mondialisation de la guerre), article de Pierre Vennat (2010) ; « Les violences de masse japonaises et leurs victimes » pendant la guerre du Pacifique (Arnaud Doglia, Sciences Po, 2011).

  • URSS

    • Staline avait en partie signé le « Pacte germano-soviétique » (article Wikipédia) le 23 août 1939 pour faire face en Extrême-Orient aux menaces japonaises, fortes depuis 1936 (incidents répétés), et qui avaient dégénéré en guerre frontalière non déclarée (voir « Conflits frontaliers soviéto-japonais » en 1938 et 1939 – article Wikipédia). De fait, Molotov signe le pacte germano-soviétique à Berlin avec von Ribbentrop en pleine bataille de Khalkhin Gol (Mongolie), que gagne le général Joukov entre le 20 et le 31 août 1939, à la tête des meilleures divisions de l’armée Rouge ;

    • à l’inverse, le « Pacte de neutralité nippo-soviétique » (article Wikipédia), signé le 13 avril 1941 à Moscou par l’URSS et le Japon, permettra à Staline de privilégier le front Ouest face à l’invasion de l’armée allemande. Ce n’est que le 2 avril 1945 que ce pacte sera abrogé (suite à un engagement de Staline à la conférence de Yalta) et le 8 août 1945 que l’URSS déclarera la guerre au Japon, puis envahira aussitôt la Mandchourie dont elle fera la conquête en écrasant les forces japonaises – voir « Conflits frontaliers soviéto-japonais » (article Wikipédia) ;

    • la politique étrangère soviétique dès la fin des années 1930 avait ainsi pour but essentiel d’éviter une guerre sur deux fronts, qui serait menée simultanément contre l’Allemagne et le Japon – pays qui, eux, menèrent au contraire la guerre en même temps sur plusieurs fronts.

2. À l’ouest de l’Europe, amplification de la Résistance et de la répression (exemple de la France)

La montée en puissance et en cohérence de la Résistance
  • Les communistes, clandestins depuis l’automne 1939, rejoignent massivement et clairement la Résistance après l’invasion de l’URSS par les troupes allemandes

    • le « Parti communiste français pendant la drôle de guerre » (article Wikipédia) ;

    • les ambiguïtés initiales du PCF vis-à-vis de l’occupant, de l’été 1940 au printemps 1941 :

      > tract communiste clandestin du 18 juin 1940, « Il y a des comptes à régler », rédigé par Jacques Duclos : célèbre le pacifisme du PCF, attaque les impérialismes français et britannique, pas l’occupant allemand ;

      > des pourparlers sont menés du 18 juin à juillet 1940, sur instruction de Maurice Tréand, responsable des cadres communistes, avec l’ambassade allemande à Paris, pour légaliser L’Humanité, suspendue depuis la fin août 1939 et paraissant clandestinement – « c’est seulement dans les années 1980 que l’historiographie communiste officielle a admis que des négociations avaient été menées, sur consigne de la direction du parti, par des responsables de haut niveau. » (Le Monde, 09/12/2006) ; Tréand agissait avec l’aval de Jacques Duclos et de Moscou avant d’être désavoué et mis à l’écart ; voir les mémoires de Mounette Dutilleul, agente de liaison de la direction du PCF (chap. XVIII juillet-août 1940 à chap. XX août 1940) ;

      > 1er juillet 1940, au verso de L’Humanité clandestine : « Le Général de Gaulle et autres agents de la finance anglaise voudraient faire battre les Français pour la City et ils s’efforcent d’entraîner les peuples coloniaux dans la guerre. Les Français répondent le mot de Cambronne à ces Messieurs [...]. » ;

      > 13 juillet 1940, au verso de L’Humanité clandestine : « Fraternité franco-allemande. Les conversations amicales entre travailleurs parisiens et soldats allemands se multiplient. Nous en sommes heureux. Apprenons à nous connaître, et quand on dit aux soldats allemands que les députés communistes ont été jetés en prison pour avoir défendu la paix, quand on dit qu’en 1923, les communistes se dressèrent contre l’occupation de la Ruhr, on travaille pour la fraternité franco-allemande. » ;

      > octobre 1940 : vague d’arrestations, en zone occupée, de dirigeants et militants communistes par la police française (voir « La Brigade spéciale des Renseignements généraux », article de Claudine Cardon-Hamet [2012]) ; sur les quelque 5 000 communistes arrêtés et internés de fin septembre 1939 à juin 1941, 300 communistes sont arrêtés en quelques jours par la police de Vichy début octobre 1940 en région parisienne (dont Guy Môquet) ; c’est dans ce contexte que sont créés en région parisienne au mois d’octobre – à Rennes, par exemple, ce sera en janvier 1941 – les premiers groupes de l’Organisation spéciale (OS, article Wikipédia), dans la « perspective de la lutte armée quil faudrait bien engager » (Mounette Dutilleul) ; mais ces groupes sont d’abord employés comme service d’ordre protégeant les militants dans l’espace public (collages d’affiches, distribution de tracts, prises de parole sur des marchés, devant des usines ou des queues devant les magasins), pour commettre des sabotages matériels ou pour récupérer et cacher des armes ; l’OS ne passera à la lutte armée qu’en août 1941 ;

      > 30 octobre 1940 : arrestation par la Gestapo et incarcération à la prison de la Santé de Paul Langevin, intellectuel antifasciste et professeur de physique au collège de France ; les protestations des milieux universitaires se traduisent notamment par des pétitions de lycéens et d’étudiants, une manifestation de quelques dizaines d’étudiants le 8 novembre à proximité du collège de France, la participation d’étudiants des jeunesses communistes à la manifestation réprimée de lycéens et d’étudiants le 11 novembre, place de l’Étoile (voir « La manifestation à l’Étoile du 11 novembre 1940. Histoire et mémoires », article d’Alain Monchablon [2011]) ; à ces réactions s’ajoute la création, par Georges Politzer, Jacques Decour et Jacques Solomon (gendre de Paul Langevin), tous trois communistes, d’un groupe d’universitaires et de son journal clandestin, LUniversité libre (n° 1 de novembre 1940), qui dénonce à parts égales Vichy et les autorités allemandes, contraintes de « démasquer leur volonté de mettre au pas lintelligence française : lUniversité de Paris a été fermée par lautorité militaire allemande. », et qui va devenir l’« organe des comités universitaires du Front national », prônant « la bataille dure, mais efficace et glorieuse, la résistance » contre la collaboration et « limpérialisme allemand » (n° 16 d’avril 1941) ;

      > janvier 1941, brochure communiste « Nous accusons », où le discours évolue par rapport à l’Allemagne, un discours de plus en plus hostile – à la non-libération des élus et militants communistes déjà emprisonnés ou internés administrativement, s’ajoutent les nouvelles arrestations qui se multiplient : « Les ennemis des fauteurs de guerre sont emprisonnés sur les ordres des Autorités allemandes. Dans ces persécutions qui servent si bien les oligarchies capitalistes, la responsabilité des Autorités occupantes est totale. […] Et ce sont les Autorités occupantes qui ont délibéré de maintenir en prison les défenseurs de la Paix, dans les deux zones. » ;

      > janvier 1941 : dans la banlieue parisienne Nord, est diffusé un papillon communiste manifestant le double refus de Pétain et de De Gaulle – « Nous ne voulons ni la peste, ni le choléra, ni Pétain, ni de Gaulle. Nous voulons un gouvernement du peuple. Thorez au pouvoir ! La Région Paris-Nord du PCF » ;

      > février 1941 : lancement de La Pensée libre, revue intellectuelle clandestine créée notamment par Jacques Decour, Jacques Solomon et Georges Politzer, auteur de l’éditorial du n° 1 (couverture ; à la une : « Dans la résistance et le combat nous seront unis comme les soldats alliés sont unis. ») et d’un article du même numéro, « L’obscurantisme au XXe siècle », une réponse philosophique à l’idéologue du parti nazi, Alfred Rosenberg, venu le 28 novembre 1940 donner une conférence à Paris (Palais-Bourbon), « L’or et le sang » (contre la démocratie, la finance et le capitalisme, 1789 et les Lumières, le marxisme, le judaïsme) ; le mois suivant, paraît sur le même thème une brochure clandestine de Georges Politzer, Révolution et contre-révolution au XXe siècle, réponse à “Sang et or” de A. Rosenberg (transcription, p. 17-49) ;

      > 18 mars 1941, hommage de L’Humanité clandestine (page une, 2e colonne) à la Commune de Paris, où Hitler et de Gaulle sont encore renvoyés dos à dos : « Si l’occupation de la France par l’Allemagne suffit à fournir la preuve que le nouvel ordre européen de M. Hitler signifierait pour la France un scandaleux asservissement, il n’est pas moins certain que le mouvement des de Gaulle et de Larminat, foncièrement réactionnaire et antidémocratique, ne vise à rien d’autre, lui aussi, qu’à priver notre pays de toute liberté au cas d’une victoire anglaise. Des deux côtés on nous offre donc la servitude, la soumission de notre pays à la dictature du capital [...]. » ;

      > mars 1941 : parution clandestine des Cahiers du Bolchévisme du 1er trimestre 1941, avec un article rédigé par Gabriel Péri en janvier 1941, « Au seuil de 1941 », qui défend l’idée d’un « gouvernement du Peuple » et revendique qu’« une politique d’indépendance nationale, une politique française même après la défaite et sans recours aux armes est à la fois possible et souhaitable » ;

      > 15 mai 1941 : tract communiste « Pour la formation d’un Front national de lutte pour l’indépendance de la France », repris dans les Cahiers du Bolchévisme et appelant à ce que la France reste à l’écart du conflit anglo-allemand (« indépendance »), grâce à un gouvernement communiste qui négocierait la paix avec Hitler et mettrait fin à l’occupation allemande (« Il ne faut pas permettre que le peuple de France, les ressources de notre pays et notre territoire soient utilisés dans la guerre entre l’Allemagne et l’Angleterre. […] Notre pays se trouve placé devant le double danger de devenir une sorte de colonie nazie et d’être entraîné à nouveau dans la guerre impérialiste. ») ;

      > 25 mai 1941 : « À bas la Guerre impérialiste ! Vive le front national de lutte pour l’indépendance de la France ! » (titre à la une de L’Humanité clandestine) ;

      > la grève des mineurs du bassin du Pas-de-Calais du 27 mai au 9 juin 1941, durement réprimée (voir ci-dessus), a été organisée par des militants et syndicalistes communistes ; depuis janvier 1941, des femmes communistes manifestaient dans la zone interdite contre la vie chère et les pénuries et des conflits sociaux s’étendaient de manière concertée dans les mines depuis octobre 1940 ; voir « Les communistes dans le Nord/Pas-de-Calais de juin 1940 à la veille de la grève des mineurs », article d’ Étienne Dejonghe (1986) ;

      > ainsi la ligne officielle du parti communiste est de septembre 1939 à juin 1941 pacifiste, anglophobe et antigaulliste : il s’agit de lutter pour la paix, la guerre déclarée à l’Allemagne par la France et le Royaume-Uni étant critiquée comme une « guerre impérialiste », soumise au capitalisme britannique ; mais l’occupation allemande devient de plus en plus à partir de fin 1940 un objet de dénonciation – et encore plus à partir de mars-avril 1941 (en mars, adhésion de la Bulgarie au pacte tripartite Rome-Berlin-Tokyo, l’armée allemande traversant la Bulgarie et se positionnant face à la Grèce ; invasion de la Yougoslavie et de la Grèce par l’Allemagne, l’Italie et la Hongrie début avril ; pacte de neutralité nippo-soviétique le 13 avril 1941), sans encore passer à la lutte armée contre l’occupant tout en la préparant – cependant que le PCF se reconstruit et se renforce après la grande désorganisation de mai-juin 1940 ; certains intellectuels communistes, eux, se sont positionnés plus tôt en résistance à Hitler et au nazisme, faisant d’eux leur adversaire principal ;

      > voir les numéros de L’Humanité clandestine numérisés sur Gallica pour 1940 et pour 1941 ; « L’attitude communiste à travers LHumanité clandestine pendant l’occupation allemande : juin 1940-juin 1941 », article de Claudy Delattre (1971, payant) ; les numéros numérisés de La Vie du parti (journal destiné aux cadres du PCF) parus en 1941 ;

    • les communistes victimes de la répression allemande en 1941 : il s’agit avant tout d’arrestations par la police française d’élus et de militants communistes, internés pour avoir distribué des tracts ou journaux de propagande du PCF, non condamnés à mort, et qui, des mois plus tard, seront choisis par les autorités allemandes (avec « l’aide » parfois de Vichy : ministre de l’intérieur, Préfecture de police de Paris) comme otages et exécutés au titre de représailles collectives pour des actes qu’ils n’avaient pas commis, mais perpétrés après le 22 juin 1941 – deux exemples :

      > le député Charles Michels, arrêté le 5 octobre 1940, le jeune Guy Môquet, arrêté le 13 octobre 1940, le responsable syndical Jean-Pierre Timbaud, arrêté le 18 octobre 1940, sont fusillés avec 24 autres communistes (dont deux ayant rompu avec le PCF) à la carrière de la Sablière (article Wikipédia), à Châteaubriant en Loire-Inférieure, le 23 octobre 1941 en « représailles après la mort de Karl Holtz » (article Wikipédia), un officier allemand tué à Nantes, le 20 octobre, par deux jeunes communistes parisiens de l’Organisation spéciale ;

      > le député et journaliste communiste Gabriel Péri, arrêté le 18 mai 1941, et le journaliste communiste Lucien Sampaix, secrétaire général de LHumanité, arrêté le 27mars 1941, condamné aux travaux forcés à perpétuité le 27 août 1941, sont fusillés en tant qu’otages le 15 décembre 1941 au Mont-Valérien en même temps que 67 autres otages, juifs et/ou communistes, ainsi que 13 otages à Caen, 9 à Châteaubriant et 4 à Fontevrault ;

    • les nouvelles prises de position de la direction et des journaux du PCF après l'invasion de l'URSS du 22 juin 1941 :

      > le PCF reçoit des instructions de Moscou dans un télégramme du 25 juin 1941, cosigné par son secrétaire général, Maurice Thorez, qui, sur ordre de l’Internationale communiste, avait déserté son régiment fin septembre 1939 après l’interdiction du PCF et gagné Moscou : « Le moment est venu rechercher et organiser contacts directs avec mouvement gaulliste, dont partisans comprennent que lutte héroïque peuple soviétique contre agression hitlérienne répond intérêts peuple français et que libération France est liée à victoire Union soviétique. Collaboration doit s’établir sur la base suivante. Lutte commune pour libération nationale. Efforts communs contre ennemi commun, le fascisme allemand. » D’où une nouvelle ligne officielle du PCF, antinazie, contre l’occupant allemand, en cherchant un rapprochement avec la France libre pour mener une guerre patriotique et antifasciste ;

      > 2 juillet 1941 : « Le fascisme, c’est l’ennemi à abattre » au centre des cinq lignes de titre barrant la une de L’Humanité clandestine, avec au bas de la 2e colonne du verso, l’appel « Français, unissez-vous ! »« tous unis, Ouvriers, Paysans, Intellectuels, Petites Gens, Communistes, Anciens Militants du Parti Socialiste et du Parti Radical, Libres-penseurs et Chrétiens, […] doivent former le FRONT NATIONAL DE LUTTE POUR L’INDEPENDANCE DE LA FRANCE », qui change de nature et d’objectif et devient un mouvement de résistance visant la défaite d’Hitler et du nazisme et cherchant à fédérer les Français autour du PCF, engagé désormais collectivement dans la Résistance ;

      > juillet 1941 : « Qui est Hitler ? », premier tract communiste clandestin dénonçant Hitler ;

    • le passage du PCF à la lutte armée contre l’occupant allemand, désormais considérée comme un moyen nécessaire à la libération nationale ; les sabotages jusque-là sporadiques se multiplient, une vague d’attentats urbains contre des occupants allemands a lieu d’août à novembre 1941, commis par les membres de l’ « Organisation spéciale » de combat ou des « Bataillons de la jeunesse » (articles Wikipédia), recrutés notamment parmi les membres des Jeunesses communistes :

      > au début de la nuit du 12 au 13 août 1941, porte d’Orléans à Paris, un officier allemand au hasard est tué avec une matraque et un couteau par deux jeunes communistes passés à la clandestinité et qui venaient d’être recrutés dans les Bataillons de la jeunesse, Maurice Le Berre (« Noël », « Le Tondu ») et Albert Manuel – Marcel Bourdarias les accompagnait mais était reparti à Saint-Ouen, en raison du couvre-feu proche ; ils faisaient partie du groupe dirigé par Pierre Georges (« Frédo », futur « Fabien ») et entendaient venger (suivant le principe : « Pour un patriote fusillé, dix officiers allemands paieront ») le jeune ouvrier André Masseron, fusillé le 24 juillet 1941 pour avoir participé en chantant « La Marseillaise » à la manifestation du 14 Juillet, à laquelle Maurice Le Berre avait aussi pris part : voir le témoignage de Roger Payen (2004), qui partageait en août 1941 la planque de Maurice Le Berre au square Jules-Ferry de Montrouge, et un texte de Martine Garcin (2004) , aucun journal ne mentionna cet attentat qui passa donc inaperçu – l’officier allemand tué venait de quitter une prostituée... ; le 14 août, Maurice Le Berre jette deux bouteilles incendiaires dans un entrepôt d’une usine de Vitry qui produit des éléments de batterie pour les sous-marins allemands ; du 15 au 17 août, Albert Ouzoulias (« colonel André », 26 ans), qui commande les Bataillons de la jeunesse depuis le 2 août, et son adjoint Pierre Georges (22 ans, article Wikipédia) organisent un « stage » à la campagne, sous couvert de journées de camping, pour former leurs jeunes chefs de groupes : Maurice Le Berre (20 ans), Gilbert Brustlein (22ans), André Kirschen (15 ans), Tony Bloncourt (20 ans), Marcel Bourdarias (17 ans)… ; sur la vingtaine de francs-tireurs alors réunis, cinq seulement survivront à la guerre, dont Maurice Le Berre, rentré du camp de Mauthausen ; cette formation est suivie des attentats connus :

      > 19 août 1941 : Samuel Tyszelman (« Titi ») et Henri Gautherot, deux jeunes de 20 ans, sont fusillés (le second attaché à une civière) pour avoir manifesté le 13 août avec une centaine de camarades sur les Grands Boulevards, près de la station Strasbourg-Saint-Denis, à l’appel des Jeunesses communistes (voir la dernière lettre de Samuel Tyzelman et la plaque mémorielle devant le domicile d’Henri Gautherot) ; le MBF appose le même jour sur les murs une affiche bilingue sur cette double exécution ; une contre-affiche communiste apparaît dans les jours qui suivent à Paris et en banlieue : « Avis au général Stülpnagel. À partir de ce jour, conformément au décret de la Justice Populaire, dix officiers allemands répondront de la vie d’un jeune patriote français. Vingt officiers allemands seront exécutés dans la semaine du 19 au 26 août pour venger la mort de Gautherot et Tyszelman » ; L’Humanité clandestine, au verso de son numéro du 21 août (2e colonne, 3e §), écrit : « le sang de ces deux martyrs crie VENGEANCE et appelle la mort de 20 Allemands. » ; 

      > le matin du 21 août 1941, précisément, pour venger « Titi » et Gautherot, Pierre Georges (en tête de cortège le 13 août), accompagné de Gilbert Brustlein et Robert Guesquin, tue à la station de métro Barbès à Paris un officier allemand pris au hasard, l’aspirant de marine Alfons Moser (voir article Wikipédia) ; c’est la première exécution d’un officier allemand en plein jour à Paris et avec une arme à feu – et cette fois l’affaire est médiatisée, le MBF éditant dès le lendemain une affiche bilingue (à la traduction en français approximative), proclamant que, « à partir du 23 août, tous les Français mis en état d’arrestation, que ce soit par les autorités allemandes en France, ou qui sont arrêtés par les Français pour les Allemands, sont considérés comme otages. En cas d’un nouvel acte, un nombre d’otages correspondant à la gravité de l’acte commis sera fusillé » ;

      > nuits du 24 au 25 et du 25 au 26 août 1941, quatre militaires allemands tués à Lille et sa banlieue ; l’affiche « Appel à la population » des préfets du Nord et du Pas-de-Calais, datée du 28 août 1941, commence en effet par ce rappel : « Deux soldats de l’armée allemande ont été, dans la nuit du 24 au 25 août, trouvés blessés mortellement par arme à feu, dans la région de Marquette. Dans celle du 25 au 26 août, deux officiers ont été lâchement abattus dans une rue de Lille. » – la première action est due au jeune communiste Eusebio Ferrari, l’un des fondateurs de l’OSC pour le Nord début juillet 1941, et à deux de ses camarades (source) ; une exécution d’otages s’ensuit le 5 septembre 1941 à la citadelle de Lille, la première du genre dans la zone rattachée ;

      > les nuits du 7 au 8 et du 11 au 12 septembre 1941, nouveaux attentats contre des militaires allemands dans la zone rattachée ; 5 otages communistes fusillés le 15 septembre 1941 (affiche bilingue allemande) ; 

      > 10 septembre 1941 : à la station de métro de la porte Dauphine, André Kirschen, du groupe de Pierre Georges, tire tout seul, à 15 ans, sur un sous-officier de la marine allemande, René Dennecke, qu’il a en fait seulement blessé (voir extrait du DVD La Résistrance en Ile-de-France) ;

      > pour l’instant, les attentats communistes individuels sont limités à la région parisienne et au Nord : à la mi-octobre 1941, l’OSC décide de les étendre à d’autres régions en envoyant à Rouen, Nantes et Bordeaux des commandos restreints très mobiles, se déplaçant d’une région à l’autre, pour faire dérailler des trains militaires et exécuter des officiers allemands ;

      > 19 octobre 1941 : Maurice Le Berre à la tête de membres des Bataillons de la jeunesse fait dérailler un train sur la ligne Rouen-Le Havre et sauter une permanence de la Légion des volontaires français contre le bolchévisme (la LVF, créée en juillet 1941) ;

      > 20 octobre 1941 : le groupe de Nantes est constitué de Spartaco Guisco (ancien des Brigades internationales en Espagne, l’aîné et le chef de groupe), Marcel Bourdarias et Gilbert Brustlein, qui tue au hasard le lieutenant-colonel Karl Hotz, commandant des troupes allemandes occupant le département de la Loire-Inférieure (article Wikipédia) ;

      > 21 octobre 1941 : le groupe de Bordeaux inclut deux communistes espagnols et est dirigé par Pierre Rebière, ancien des Brigades internationales, et qui abat Hans Reimers, un officier d’état-major de la Wehrmacht ;

      > fin 1941-début 1942 : mise en place des Francs-tireurs et partisans français (FTPF ou FTP, article Wikipédia), qui absorbent les survivants de l’OS/Bataillons de jeunesse (qui avaient fonctionné avec une poignée de vétérans des Brigades internationales et de jeunes communistes parisiens) et s’ouvrent à de nouveaux militants pour former une organisation communiste renouvelée de lutte armée, sous le commandement d’un comité militaire national constitué notamment par Charles Tillon et Albert Ouzoulias ; voir les journaux clandestins d’obédience FTP (Gallica) ; la branche des FTP-MOI (Main-d’œuvre immigrée) mènera à son tour une campagne d’attentats et de guérilla urbaine d’avril 1942 à novembre 1943.

  • L’ensemble des mouvements et réseaux de résistance de mi-1941 à fin 1943
    • Après les débuts dispersés et difficiles de groupes émiettés de résistants jusqu’à l’été 1941, la phase suivante (automne 1941-novembre 1942) est celle du développement et de la structuration des grands mouvements et des réseaux opérationnels (voir le Dictionnaire historique de la Résistance, dir. François Marcot, Robert Laffont, coll. Bouquins, 2006, p. 5 sq.), mais aussi du rapprochement entre la France libre et la résistance intérieure, qui est surtout urbaine :

      > juillet 1941 : premier numéro en zone sud du journal clandestin Libération, lié au mouvement Libération-Sud, et avec un tirage de 10 000 exemplaires ;

      > août 1941 : premier numéro en zone nord du journal clandestin Défense de la France, publié par le mouvement éponyme ;

      > 12 août-21 octobre 1941 : campagne d’attentats par l’Organisation spéciale et les Bataillons de jeunesse du PCF (voir ci-dessus) ;

      > novembre 1941 : fusion en zone sud des groupes Liberté et Libération nationale, sous le nom de Mouvement de Libération française, plus connu rapidement sous le nom de son journal clandestin Combat, dont le premier numéro paraît en décembre 1941 à 20 000 exemplaires ; en zone nord, le journal Libération, créé et rédigé par Christian Pineau depuis décembre 1940 (voir le n° 30 du 29 juin 1941, sur l’attaque allemande de l’URSS), donne naissance au mouvement de résistance Libération-Nord, qui, en avril 1942, débouche sur deux réseaux : Cohors-Asturies (dirigé par Jean Cavaillès) en zone nord et Phalanx (dirigé par Christian Pineau) en zone sud ;

      > décembre 1941 : premier numéro du journal clandestin Le Franc-Tireur, publié à 6 000 exemplaires par le mouvement de résistance Franc-Tireur qui se développe en zone sud ;

      > fin 1941-début 1942 : mise en place par le PCF des Francs-tireurs et partisans français (FTPF ou FTP, voir ci-dessus) ;

      > début janvier 1942, commence la première mission en zone sud de Jean Moulin (parachuté en revenant de Londres), avec deux ordres signés par le général de Gaulle : l’ordre d’organisation militaire du 4 novembre 1941 (voir ci-dessous l’Armée secrète à l’automne 1942) et l’ordre de « mission de réaliser dans cette zone l’unité d’action de tous les éléments qui résistent à l’ennemi et à ses collaborateurs » signé le 24 décembre 1941 (voir le texte en bas de cet article), c’est-à-dire en pratique les trois grands mouvements de zone sud, Combat, Franc-Tireur et Libération-Sud, à coordonner sous l’autorité de De Gaulle ;

      > 3 juin 1942 : le n° 13 du journal clandestin de Libération (édition de zone sud), publie, sous le titre « Notre tâche définie par notre chef », la « Déclaration aux mouvements de Résistance » signée par le général de Gaulle en avril et rapportée de Londres par Christian Pineau, créateur du mouvement Libération-Nord ; dans les jours qui suivent, Combat et Franc-Tireur (zone sud), La Voix du Nord, Le Populaire, Résistance et Libération (zone nord) font de même ; la déclaration, qui fonde un lien symbolique fort entre la France libre et les mouvements de la résistance intérieure, est aussi diffusée à la BBC, le 24 juin 1942, ainsi résumée par Maurice Schumann : « Voici qu'entre la France Combattante du dedans et la France Combattante du dehors, un grand pacte vient d'être conclu, un pacte d'avenir. » ;

      > juillet-août 1942 : la France libre devient la « France combattante » (voir textes officiels), réunissant la France libre et « la France Captive », et reconnue par le gouvernement britannique le 13 juillet, puis par l’URSS le 28 septembre – voir un article de la Fondation de la France libre et un article de Chemins de mémoire ;

    • Viennent ensuite la maturation et l’unification interne de la Résistance, d’abord dans chaque zone, puis à l’échelle de la France occupée (novembre 1942-fin 1943) :

      > septembre-novembre 1942 : création de l’Armée secrète (article Wikipédia) regroupant les formations paramilitaires des trois mouvements de zone sud, Combat, Franc-Tireur et Libération-Sud, sous les ordres directs du général Delestraint et sous l’autorité de De Gaulle (voir un article de François-Yves Guillin et un extrait de sa thèse sur la naissance de l’AS) ;

      > 27 novembre 1942 : à Collonges-au-Mont-d’Or, près de Lyon, Combat (Henri Frenay), Franc-Tireur (Jean-Pierre Levy) et Libération-Sud (Emmanuel d’Astier de la Vigerie) acceptent de constituer un comité de coordination des mouvements de résistance de la zone sud, au cours d’une réunion où le général Delestraint est présenté par Jean Moulin, qui préside ce comité selon les instructions de De Gaulle du 22 octobre 1942 ;

      > janvier 1943 : création des Mouvements unis de la Résistance (MUR, article Wikipédia), par fusion des trois mouvements de zone sud, Combat, Franc-Tireur et Libération-Sud ; voir la thèse de Cécile Vast en ligne, « Une histoire des Mouvements Unis de Résistance (de 1941 à l'après-guerre). Essai sur l'expérience de la Résistance et l'identité résistante » (2008) ;

      > 26-27 janvier 1943 : Pierre Brossolette est parachuté en métropole, chargé d’unifier les mouvements de résistance de la zone nord (mission Arquebuse-Brumaire) ; voir le texte de Pierre Brossolette et l’article de Guillaume Piketty (2003) ;

      > 16 février 1943 : loi de Vichy instituant le Service du travail obligatoire (STO, article Wikipédia), qui impose aux jeunes des classes 1940 à 1942 de partir travailler en Allemagne ; c’est un tournant pour la Résistance, qui, durement réprimée en villes, va devenir plus rurale et voir se développer très vite les maquis rejoints par de jeunes réfractaires au STO – voir Résistance et monde rural, brochure nationale du CNRD 2005-2006, « Les maquis », dossier du musée de la Résistance en ligne (2013), « Les maquis dans la Résistance », dossier de La Lettre de la Fondation de la Résistance (n° 72, mars 2013) ;

      > 21 février 1943 : de Gaulle signe de nouvelles instructions (transcription), alors que Jean Moulin est à Londres, visant à créer « dans les plus courts délais possibles, un Conseil de la Résistance unique pour l'ensemble du territoire métropolitain et présidé par Rex, représentant du général de Gaulle » ;

      > 20 mars 1943 : accompagné du général Delestraint, chef de l’Armée secrète, et de Christian Pineau, Jean Moulin revient de Londres en France occupée par Lysander (voir les pièces de l’enquête policière locale sur cet atterrissage nocturne secret) pour sa deuxième mission, investi depuis le 21 février comme « le seul représentant permanent du général de Gaulle et du Comité national pour l’ensemble du territoire métropolitain », avec pour objectif de créer rapidement le Conseil de la Résistance ;

      > 17 avril 1943 : réunification de la CGT clandestine, avec unité d’action dans la Résistance, lors de l’accord (verbal) du Perreux (article Wikipédia) entre Robert Bothereau et Louis Saillant (ex-confédérés de la CGT réformiste), Henri Raynaud et André Tollet (ex-unitaires de la CGTU communiste) – ce qui permettra à la CGT d’être représentée au Conseil de la Résistance le 27 mai suivant ; voir « Syndicalisme et Résistance », texte de Jean-Pierre Le Crom (1995) ;
      > 27 mai 1943 : 48 rue du Four (6e), en plein Paris occupé, première réunion plénière du Conseil de la Résistance (article Wikipédia), présidée par Jean Moulin, un mois avant son arrestation à Caluire ; cette réunion, qui associe mouvements de résistance, partis et syndicats, symbolise à la fois l’arrivée d’un embryon de l’État clandestin dans la capitale française, l’unification de la Résistance et la légitimité politique de De Gaulle vis-à-vis des Alliés ; voir un article de la Fondation de la France libre, un dossier du musée de la Résistance en ligne, un article de Claire Andirue (2013) ;
      > 3 juin 1943 : de Gaulle et Giraud forment à Alger le Comité français de la Libération nationale (CFLN) qu’ils coprésident (voir textes officiels) ; mais Giraud, favori du gouvernement américain, sera peu à peu marginalisé jusqu’à être mis à l’écart en octobre-novembre 1943 ; voir « Weygand, Darlan, Giraud, De Gaulle : Les quatre cavaliers de l’Afrique du Nord », article d’Emmanuel Le Roy Ladurie (1998) ;

      > 9 septembre-5 octobre 1943 : après l’armistice de l’Italie et des Alliés le 8 septembre, insurrection victorieuse des résistants corses (en grande partie communistes), épaulés par des troupes de l’armée d’Afrique débarquées de la mi- à la fin septembre et par les forces italiennes s’étant retournées contre l’Allemagne – la Corse est ainsi le premier département de métropole libéré (article Wikipédia) ; voir un article de Chemins de la mémoire, l’émission de Jean Lebrun sur France Inter le 5 février 2018, un film de l’ECPAD,

      > automne 1943 : l’Armée secrète se développe en zone nord grâce aux efforts du colonel Pierre Dejussieu (« Pontcarral » ; voir la notice de l’Ordre de la Libération), successeur de Delestraint, et qui unifie l’AS sur l’ensemble du territoire métropolitain, constituant une force d’environ 150 000 hommes ;

      > 3 novembre 1943 : séance inaugurale à Alger de l’Assemblée consultative provisoire, créée par ordonnance le 17 septembre ; voir l’analyse de la photo officielle de cette séance par Alexandre Sumpf (2014), un dossier de la Fondation Charles de Gaulle ;

      > 29 décembre 1943 : décision de réunir sous le nom de Forces françaises de l'intérieur (FFI, article Wikipédia) l’Armée secrète (AS) et les Francs-tireurs et Partisans communistes (FTP), puis le 26 février 1944 l’Organisation de Résistance de l’Armée giraudiste (ORA) ; voir, sur les difficultés de mise en œuvre progressive à partir du 1er février 1944 de cette fusion, un document du musée de la Résistance en ligne et un autre.

La répression de l’occupant allemand se radicalise
  • Sur l’intensification de la répression de 1940 à 1944, avec un tournant quantitatif en 1941
    • l'exemple du département du Cher, concernant les déportations : « Dans le Cher la déportation de répression va concerner 500 personnes. 4 en 1940, 42 en 1941 ; pour ces deux années il s’agit le plus souvent de passeurs de la ligne de démarcation ou de membres de réseaux. […] En 1942, 74 personnes arrêtées dans le Cher sont déportées par mesure de répression. Dans le premier convoi de déportés politiques, parti de France le 6 juillet 1942 pour Auschwitz, se trouvent 12 militants communistes. Il n’y aura que deux survivants. 166 déportés par mesure de répression en 1943, 214 en 1944. » (musée de la Résistance et de la Déportation du Cher, 2010).

  • Une intensification qui intervient dès l’invasion de l’URSS par les troupes allemandes
    • suite de l’exemple du Cher : « Dans la nuit du 22 au 23 juin 1941 des dizaines de militants communistes sont arrêtés principalement à Bourges et Vierzon. La prison du Bordiot se révèle trop petite et certains sont regroupés dans un camp aux Bigarelles (à Bourges). Les listes de militants ont forcément été fournies par les autorités françaises. Tous ces prisonniers ne connaîtront pas le même sort : certains seront libérés, d’autres déportés ou fusillés comme otages. À Vierzon, un groupe clandestin de militants communistes diffuse le journal L’Émancipateur ainsi que des tracts ce qui irrite le commandement allemand. Le 15 août 1941 la ville de Vierzon est obligée par l’autorité occupante de payer une amende de 100 000 francs alors que la Convention d’armistice proscrit les punitions collectives. En même temps le couvre-feu est avancé. » (musée de la Résistance et de la Déportation du Cher, 2010).

 

À suivre.

Généralités (ressources publiques)

Généralités (ressources publiques)

Présidence de la République

Présidence de la République

  • Cérémonie à Oradour-sur-Glane (10 juin 2017) : allocution d'Emmanuel Macron, président de la République (vidéo, 23 min).

  • Cérémonie de l'entrée au Panthéon de Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle Anthonioz, Germaine Tillion et Jean Zay (27 mai 2015) :

    • Un court reportage sur des moments forts ainsi que « La cérémonie autrement ».

    • Reportage sur les préparatifs de la panthéonisation.

Éducation nationale

Éducation nationale

Ressources Réseau Canopé

Ressources Réseau Canopé

Défense

Défense

Archives nationales

Archives nationales

Institut national de l'audiovisuel

Institut national de l'audiovisuel

Généralités sur la Résistance : France libre/France combattante et résistance intérieure

Généralités sur la Résistance : France libre/France combattante et résistance intérieure

Fondations et associations

Fondations et associations

Musées et lieux de mémoire

Musées et lieux de mémoire

Travaux universitaires, formations

Travaux universitaires, formations

Autres sites sur la Résistance

Autres sites sur la Résistance

Généralités sur la Déportation

Généralités sur la Déportation

Fondations, associations, lieux de mémoire

Fondations, associations, lieux de mémoire

Travaux universitaires, formations

Travaux universitaires, formations

Textes officiels français sur la déportation et les déportés

Textes officiels français sur la déportation et les déportés

  • 9 novembre 1943 : Henri Frenay nommé à Alger (CFLN) commissaire aux Prisonniers, Déportés et (à partir du 18 novembre) aux Rapatriés. Il deviendra ministre en titre avec les mêmes responsabilités en septembre 1944 (GPRF) et le restera jusqu'en octobre 1945. Les attributions de ce commissariat seront définies par deux décrets du 8 décembre 1943 et du 2 avril 1944.

  • Arrêté du 7 novembre 1944 portant création d'une commission consultative pour l'étude des questions familiales et de la protection des enfants des prisonniers, déportés et réfugiés

  • Ordonnance du 22 novembre 1944 permettant l'inscription sur les listes électorales des militaires (sauf de carrière), réfugiés et déportés

  • Arrêtés du 30 novembre 1944 créant : une commission de reclassement des prisonniers de guerre, déportés et réfugiés appartenant aux professions libérales ; des commissions patronales interprofessionnelles nationale, régionales et départementales du commerce, de l'industrie et de l'artisanat pour la sauvegarde des intérêts des prisonniers de guerre, détenus ou déportés politiques et travailleurs déportés ou déplacés ; une commission agricole de reclassement des prisonniers, déportés et réfugiés (+ arrêté du 3 mai 1945) ; un comité permanent de la réintégration et de la réadaptation des prisonniers de guerre, déportés et réfugiés (+ arrêté du 3 mai 1945) ; une commission universitaire consultative des étudiants et des membres de l'enseignement prisonniers de guerre, déportés ou internés politiques, travailleurs en Allemagne ; une commission de reclassement des salariés prisonniers de guerre et déportés appartenant aux professions commerciales, industrielles et artisanales

  • Arrêté du 16 décembre 1944 définissant le statut des « Maisons du prisonnier et du déporté », qui ont pour mission d'assister moralement, socialement et matériellement les prisonniers et leur famille

  • Arrêté du 12 février 1945 organisant une commission d'Alsace et de Lorraine de la réintégration et de la réadaptation des prisonniers, déportés et réfugiés des départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle

  • Ordonnance n° 45-763 du 20 avril 1945 relative à la tutelle des enfants mineurs, confiée en cas de besoin aux services de l'État, quelle que soit leur leur nationalité – enfants dont le tuteur ou l'un des parents avait été déporté de France

  • Ordonnance n° 45-802 du 20 avril 1945 instituant le contrôle médical des prisonniers, travailleurs et déportés rapatriés

  • Arrêté du 30 avril 1945 prescrivant la vaccination obligatoire pour les personnes en contact avec les prisonniers, déportés et réfugiés

  • Ordonnance n° 45-875 du 1er mai 1945 relative à la réintégration, au réemploi et à la réadaptation des démobilisés, des prisonniers, déportéset assimilés (encore en vigueur)

  • Arrêté du 5 mai 1945 sur les attributions et le statut des médecins départementaux des prisonniers et déportés rapatriés

  • Ordonnance n° 45-948 du 11 mai 1945 réglant la situation des prisonniers de guerre, déportés politiques et travailleurs non volontaires rapatriés (encore en vigueur)

  • Ordonnance n° 45-1069 du 26 mai 1945 instituant une aide médicale temporaire en faveur des prisonniers et déportés (prolongée à 12 mois au lieu de 9, pour les déportés, par la loi n° 46-327 du 1er mars 1946)

  • Décret n° 45-1105 du 30 mai 1945 en application des art. 3 et 10 de l'ordonnance du 11 mai 1945 (indemnités de « congé de libération » et de « déportation »)

  • Décret n° 45-1217 du 7 juin 1945 sur la validation des examens subis et des études accomplies dans les camps de prisonniers de guerre et de déportés

  • Arrêté du 7 juin 1945 fixant les conditions générales des concours d'entrée dans les grandes écoles pour les anciens prisonniers, déportés et mobilisés

  • Décret n° 45-1832 du 14 août 1945 chargeant le ministre des prisonniers, déportés et réfugiés de la publication de l'historique de la captivité et de la déportation

  • Arrêté du 7 octobre 1945 nommant les membres de la commission des déportés et internés politiques et raciaux (historique de la captivité et de la déportation) – deux membres sont ajoutés par des arrêtés ultérieurs [un arrêté du 17 novembre 1945 nomme les membres de la commission analogue pour les prisonniers de guerre]

  • Ordonnance n° 45-2513 du 25 octobre 1945 sur la protection des intérêts des avocats démobilisés, prisonniers de guerre, déportés et assimilés

  • Arrêté du 20 novembre 1945 nommant les membres du secrétariat de la commission d'histoire de l'internement et de la déportation (deux membres sont ajoutés par des arrêtés du 10 décembre 1945 et du 28 février 1946)

  • Loi n° 46-445 du 18 mars 1946 accordant l'assistance judiciaire provisoire d'urgence aux prisonniers de la guerre 1939-1945, aux déportés et internés politiques, aux travailleurs requis et aux réfractaires au service du travail obligatoire, et, s'ils sont décédés ou disparus, à leurs conjoints, ascendants et descendants à charge 

  • Circulaire du 18 mars 1946 relative à la régularisation de l'état civil des prisonniers, déportés, travailleurs non rentrés 

  • Loi n°47-1650 du 28 août 1947 accordant aux déportés politiques de pouvoir être considérés comme des blessés de guerre et de relever des pensions militaires fondées sur le décès ou l'invalidité, comme c'était déjà le cas des membres de la Résistance depuis l'ordonnance n° 45-322 du 3 mars 1945

  • Décret n° 48-8 du 3 janvier 1948 (application d'une loi du 5 septembre 1947) sur la qualité de déporté politique, reconnue par les préfets 

  • Loi n° 48-1251 du 6 août 1948 établissant le statut définitif des déportés et internés de la Résistance, avec son décret d'application n° 49-427du 23 mars 1949 et l'instruction du 3 février 1950 pour l'application des articles 7 et 8 de la loi n° 48-1251, elle-même modifiée pour son article 8 par la loi n° 50-729 du 24 juin 1950

  • Loi n° 48-1404 du 9 septembre 1948 portant définition du statut et des droits des déportés et internés politiques

  • Arrêté du 15 décembre 1949 fixant la liste des camps de concentration, considérés comme « situés en territoire exclusivement administré par l'ennemi »

  • Arrêté du 22 janvier 1951 listant les camps et prisons établis par les Japonais en Indochine, durant la guerre, et considérés comme lieux de déportation

  • Arrêté du 5 mai 1952 définissant la médaille de la déportation et de l'internement pour faits de résistance

  • Décret n° 53-103 du 14 février 1953 attribuant un pécule aux déportés et internés politiques

  • Décret n° 53-438 du 16 mai 1953 déterminant les règles et barêmes pour la classification et l'évaluation des invalidités résultant des infirmités et maladies contractées pendant l'internement ou la déportation (modifié par le décret n° 74-1198 du 31 décembre 1974, le décret n° 81-314du 6 avril 1981)

  • Décret du 13 octobre 1953 relatif à l'édification d'un mémorial de la déportation au Struthof (modifié par un décret du 2 décembre 1954, le décret n° 61-69 du 14 janvier 1961, un décret du 13 juin 1962)

  • Loi n° 54-415 du 14 avril 1954 consacrant le dernier dimanche d'avril au souvenir des victimes de la déportation et morts dans les camps de concentration du IIIe Reich au cours de la guerre 1939-1945 : « Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la déportation »

  • Arrêté du 10 mai 1954 supprimant les commissions départementales de contrôle des prisonniers, déportés et internés

  • Loi n° 54-751 du 19 août 1954 faisant bénéficier les Alsaciens, les Lorrains réfractaires à l'incorporation dans les formations militaires ou paramilitaires allemandes ou déserteurs de ces formations ainsi que leur famille, des dispositions de la loi n° 48-1251 du 6 août 1948 établissant le statut définitif des internés et déportés de la Résistance

  • Décret n° 60-1329 du 13 décembre 1960 autorisant une souscription nationale pour l'érection à Paris d'un monument à la mémoire des martyrs de la déportation

  • Décret n° 61-971 du 29 août 1961 portant répartition de l'indemnisation prévue en application de l'accord conclu le 15 juillet 1960 entre la République française et la République fédérale d'Allemagne, en faveur des ressortissants français ayant été l'objet de mesures de persécutions national-socialistes (avec un arrêté du 26 novembre 1963 pour l'application de l'article 10 du décret n° 61-971 en faveur des déportés victimes d'expériences pseudo-médicales)

  • Loi n° 70-594 du 9 juillet 1970 relative à la mise à parité des pensions des déportés politiques et des déportés résistants

  • Loi n° 85-528 du 15 mai 1985 sur les actes et jugements déclaratifs de décès des personnes mortes en déportation (version consolidée au 19 mai 2011) et la mention « Mort en déportation » (voir le décret d'application n° 88-66 du 7 janvier 1986, modifié par le décret n° 2009-1756 du 30 décembre 2009, et les centaines d'arrêtés qui en découlent : 29 janvier 201424 décembre 201320 décembre 20133 décembre 20135 novembre 20134 octobre 201313 septembre 2013, etc., depuis le premier arrêté du 28 avril 1986).