Concours National
de la résistance et de la déportation

Des ressources pour participer
MENU

Sitographie 2017

La sitographie pour aborder le thème du concours 2017 est organisée en dix-huit catégories.
 
Utilisation recommandée du menu accessible sur le bord droit de la page pour se déplacer confortablement parmi les deux-mille liens proposés.

Généralités

Généralités

Présidence de la République

Présidence de la République

Textes officiels de l'Éducation nationale

Textes officiels de l'Éducation nationale

Ressources Réseau Canopé

Ressources Réseau Canopé

Défense

Défense

Institut national de l'audiovisuel

Institut national de l'audiovisuel

Déportation

Déportation

Fondations et associations

Fondations et associations

Homme, humain, humanisme, civilisation vs inhumanité, sous-hommes, déshumanisation, esclaves, barbarie

L'Homme et sa négation

Homme, humanité, humain, nature humaine, espèce humaine

Humanisme, humanitaire

Inhumanité, sous-hommes

Déshumanisation, animalisation, réification

  • « Déshumanisation et bestialisation : le racisme », 3e partie de « Humains et animaux : la construction de la nature et de la culture, de l'identité et de l'alterité », article d'Annamaria Rivera (2009)
  • « Homme ou bête : les réflexions sur le statut de déporté dans le récit concentrationnaire », intervention de Peter Kuon au colloque « Le déporté, travailleur esclave ? », de l'Amicale de Mauthausen (2006)
  • Transcription de Logiques de l'abattoir, une émission de France Culture (8 février 2008) consacrée à Un éternel Treblinka de Charles Patterson, historien spécialiste de la Shoah, qui retrace le rapport entre les humains et les animaux, avec la thèse selon laquelle l'oppression des animaux sert de modèle à toute forme d'oppression ; voir les textes ou propos nazis où les Juifs sont vus comme « parasites », « bacille », « poux » – le Zyklon B était à l'origine un pesticide
  • Déportés vus et traités comme des déchets humains : « Les détenus sont des excréments. » (David Rousset, L'Univers concentrationnaire – cf. Robert Antelme) ; voir aussi ci-dessous « Expériences médicales et cobayes humains »
  • « Il ne s'agit plus seulement de mort, mais d'une foule de détails maniaques et symboliques, visant tous à prouver que les juifs, les Tziganes et les Slaves ne sont que bétail, boue, ordure. » (Primo Levi, Si c'était un homme, cité par Jean-Claude Guillebaud, Le Principe d'humanité, 2011) – en allemand, der Dreck signifie à la fois boue, crasse, merde ; die Scheiße, merde, bordel
  • « L'entre-deux-morts : la mort à Buchenwald », article de Corinne Benestroff (2010), sur Jorge Semprun et sur l'animalisation, puis la réification des déportés ; déportés dénommés « Stücke » (morceaux, objets, pièces, unités), notamment lors des appels, voire « Arbeitsstücke » (instruments de travail) – voir « Le langage des camps de concentration » (Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah-Amicale d'Auschwitz)

Les déportés étaient-ils des esclaves ?

Barbarie, monstruosité vs civilisation

La négation de l'Homme au cœur de l'idéologie nazie

La négation de l'Homme au cœur de l'idéologie nazie

Qu'est-ce qu'une idéologie ?

  • Article « idéologie » du TLFI (CNRTL)
  • « Les idéologies », notes du sociologue québécois Jean-Marie Tremblay opposant discours scientifique/théorique et discours idéologique et présentant succinctement plusieurs idéologies du XXe siècle
  • « Idéologies, le retour de flamme », revue Sciences Humaines n° 14, mars-avril-mai juin 2009, sur les idéologies politiques contemporaines, avec plusieurs articles en accès libre en ligne

Racines de l'idéologie nazie

  • En dehors de l'Allemagne : théories racialistes, eugénistes, antisémites du XIXe siècle, notamment en France – thèmes de la lutte et de la hiérarchie des races, de la dégénérescence, de l'hygiène raciale
  • En Allemagne
    • Mouvements nationalistes, « völkisch » depuis le milieu du XIXe siècle, populisme de droite imprégné de racisme, identité germanique fondée sur le triptyque Volk, Blut, Boden (peuple, sang, terre) :
      1. 1842-1882, principaux opéras de Richard Wagner (1813-1883) inspirés des mythologies germanique, nordique, médiévale – voir « Richard Wagner, un antisémite, maître spirituel de Hitler ? », article de Maurice-Ruben Hayoun (2012) et « Wagner et le nazisme », table ronde vidéo (52 min), avec Gottfried Wagner, arrière petit-fils de Richard Wagner, Ulrich Drüner, musicologue, Édouard Husson, Paris IV (2009) ; écrits antisémites de Wagner à partir de Das Judenthum in der Musik (en all., 1850 sous pseudonyme, rééd. augmentée 1869 sous le nom de Richard Wagner), qui présente les Juifs comme des « parasites », des « anomalies de la nature » (cf. aussi l'article Wikipédia « Das Judenthum in der Musik » en fr.)
      2. 1878, Deutsche Schriften (Écrits allemands), t. 1 et t. 2 en all., de Paul de Lagarde (1827-1891), texte fondateur de la pensée völkisch : pour une regénération de la nation allemande (assimilation complète ou émigration des Juifs), pour une expansion territoriale vers l'Europe centrale pour passer à une Grande Allemagne  (Großdeutschland), ce qui est à l'origine du futur concept du Lebensraum (espace vital). Dans Juden und Indogermanen (Les Juifs et les Indo-européens, 1887), ses propos contre les Juifs, stigmatisés comme "wucherndes Ungeziefer" (« vermine proliférante »), deviennent radicaux, par le biais de la métaphore de la maladie et de l'animalisation : "Mit Trichinen und Bazillen wird nicht verhandelt, Trichinen und Bazillen werden auch nicht erzogen, sie werden so rasch und so gründlich wie möglich vernichtet." (source, « On ne négocie pas avec les trichines [= vers] et les bacilles, on n'éduque pas non plus les trichines et les bacilles, on les détruit aussi vite et aussi rigoureusement que possible. »)
      3. 1884-1919, empire colonial allemand en Afrique – après la Realpolitik de Bismarck, Guillaume II, empereur depuis 1888, mène une Weltpolitik (« politique mondiale », basée sur l'expansion territoriale et coloniale) ; voir « Colonies allemandes » (IFÉ) ; « Le "péché colonial" allemand vu à travers une plaque commémorative de la cathédrale de Metz », article de Jean-Claude Laparra (2009) ; « Carl Peters et l'Afrique orientale allemande. Entre mythe, littérature coloniale et prussianisme », article de Constant Kpao Sarè (2007)
      4. 1890, Rembrandt als Erzieher (en all., Rembrandt éducateur), publié anonymement par l'historien d'art Julius Langbehn (1851-1907) : portrait d'un Allemand parfait, exaltation esthétique du lien entre les hommes germaniques (le Volk) et le cosmos (la nature), lien qui est une source d'énergie créatrice, de rénovation disciplinée par un chef, un Führer à suivre (« folgen » en all., peut-être lié étymologiquement à Volk) et à qui obéir ; rejet de la modernité, des élites scientistes, libérales et matérialistes, dont les Juifs seraient les représentants
      5. « Pangermanisme » (article Wikipédia) : exaltation de la « race » blanche germanique, abîmée par le christianisme venu de l'Orient en prônant la honte du corps, l'aide aux faibles et aux malades
      6. 1891Der Allgemeine Deutsche Verband (Ligue pangermaniste) est créé en 1891, devenu ensuite le Alldeutscher Verband (Wikipédia en fr.) jusqu'à sa dissolution en 1939 ; il est présidé par Ernst Hasse (1846-1908), qui demande l'arrêt de l'immigration juive, puis par Heinrich Claß (1868-1953), publiant en 1912 sous le pseudonyme de Daniel Frymann Wenn ich der Kaiser wär (en all., Si j'étais le Kaiser, extraits en angl.), manifeste völkisch en faveur d'une expansion territoriale vers l'Europe de l'Est (voir la carte Wikipédia des zones de peuplement germanophones en 1910)
      7. 1923, Das dritte Reich (en all., Le Troisième Reich, traduction en angl.) d'Arthur Moeller van den Bruck (1876-1925) : troisième empire après le Saint-Empire romain germanique et l'Empire de 1871-1918, l'Allemagne doit incarner un troisième pôle en Europe entre l'Ouest et l'Est, une troisième voie entre réaction conservatrice et révolution
      8. 1893, commencent à se former des communautés rurales utopiques, célébrant une nature idéalisée, la vie en commmun, pour  revitaliser la « race », le « sang allemand » : « 'Revenons à la glèbe !' ? Le culte de la terre comme réaction aux crises économiques et culturelles dans l'Allemagne des années 1880 au début du Troisième Reich », article d'Anne Quinchon-Caudal (2011) [extrait : « La Kultur allemande a été étroitement associée à la terre allemande, à la "glèbe" (Scholle), au "terroir" ? à la "Heimat", mot impossible à traduire en français, et qui exprime un attachement physique à un sol d'où l'on tire son origine. »], article qui évoque les Wandervögel (oiseaux migrateurs), mouvement de jeunesse nationaliste lancé en 1896 par des jeunes berlinois (groupes de marcheurs, traditions germaniques, chants folkloriques, gymnastique)
      9. 1894, création par le journaliste Friedrich Lange (1852-1917) du Deutschbund (Ligue allemande) , un mouvement nationaliste de la pureté germanique, interdit aux Juifs (un serment de filiation aryenne est nécessaire pour adhérer) ; se rapproche des nazis après la Première Guerre mondiale – voir « Deutschbund » (article Wikipédia en fr.) ou "Deutschbund" (article en all.)
      10. 1898, Hermann Lietz (1868-1919) commence à créer des écoles Heimat, fondées sur le Volk, le retour à la nature, aux valeurs et coutumes paysannes, l'artisanat, les héros germaniques légendaires, l'exaltation du corps : « L'éducation nouvelle dans les sociétés européennes à la fin du XIXe siècle », article de Nathalie Duval (2002, voir surtout les pages 77-78, 82-83)
      11. 1899, Die Grundlagen des Neunzehnten Jahrhunderts (Les Fondements du XIXe siècle) de Houston Stewart Chamberlain (1855-1927), gendre anglais de Wagner, devenu Allemand en 1916, ami du Kaiser : « L'élite raciale chez Houston Stewart Chamberlain », article de Christophe Boutin (2005)
      12. 1900-1938Rudolf Herzog (1869-1943) est l'auteur à succès de romans feuilletons populaires : « Aux sources du national-socialisme : les romans de Rudolf Herzog et la culture politique allemande », article de Pascal Jardin (1994)
      13. 1903, dans les montagnes du Harz, Ernst Wachler (1871-1945) crée un théâtre en plein air néo-païen, le Harzer Bergtheater (Grüne Bühne ou Scène verte), reconstituant cultes et rites des anciens dieux païens nordiques, sur fond de décors de runes et de croix gammées, avec retraites aux flambeaux et prestations de serments ; en 1911 il écrit Germanisierung der Religion (La germanisation de la religion) et fonde Wodan, une société néo-païenne germanique – voir "Ernst Wachler" (article Wikipédia en all.)
      14. 1912, Eugen Diederichs (1867-1930) devient rédacteur en chef, puis éditeur du mensuel Die Tat (L'acte), fondé en 1909, qu'il oriente vers un nationalisme mystique empreint de sciences occultes et s'opposant au positivisme scientifique et industriel et au libéralisme politique – voir "Eugen Diederichs" et "Die Tat" (articles Wikipédia en all.) et « Die Tat » (en fr.)
    • L'antisémitisme à la fin des années 1870, les Juifs sont identifiés au matérialisme, au capitalisme et à la modernité cosmopolites, dans le contexte du krach boursier de mai 1873 et de l'immigration de Juifs d'Europe orientale – voir « L'antisémitisme comme code culturel », article d'Enzo Traverso (1997) – "Judenemanzipation und Antisemitismus im 19. Jahrhundert", article en all. de Tobias Jaecker (2002) : 
      1. 1543, le précédent de Luther : Von den Juden und ihren Lügen (Des juifs et de leurs mensonges) (1543, extraits en anglais), pamphlet antisémite de Martin Luther (1483-1546) : « Il faut les brûler. Il faut les exterminer. Jusqu'au dernier. » – voir l'article Wikipédia en fr. consacré à cet essai (notamment la rubrique concernant l'influence de Luther sur les nazis : ainsi la Nuit de Cristal eut lieu le 10 novembre 1938, jour anniversaire de la naissance de Luther) et l'article plus détaillé en all. "Martin Luther und die Jude" (en particulier la rubrique "Zeit des Nationalsozialismus")
      2. 1879, création de la Antisemitenliga (Ligue des antisémites) par Wilhelm Marr (1819-1904), qui publie le même année un ouvrage polémique antisémite, Der Sieg des Judenthums über das Germanenthum... (en all., La victoire de la judéité sur la germanité...) ; il lance aussi fin 1879 dans le vocabulaire politique allemand le mot "Antisemitismus" (qu'il n'a pas créé mais utilise le premier dans le sens moderne) – voir « L'"antisémitisme" : une hostilité contre les Juifs – Genèse du terme et signification commune », article de Gilles Karmasyn (2002) ; "Antisemitische Parteien", article de Johannes Leicht (en all., 2015) ; "Antisemitenliga" (article Wikipédia en all.)
      3. 1879Heinrich von Treitschke (1834-1896) écrit dans Unsere Aussichten (en all., Nos perspectives, milieu de la page 575) : "Die Juden sind unser Unglück" (« Les Juifs sont notre malheur »), que les nazis reprendront comme slogan en bas de chaque une de leur hebdomadaire Der Stürmer (L'Attaquant), violemment antisémite (exemple un n° de mai 1934) ; en 1897, après sa mort, paraît le tome I de Politik (en all.), où il célèbre la Machtpolitik, la politique de puissance de l'État, qui se révèle dans la confrontation avec d'autres États, voire la guerre : la page 1 s'ouvre sur la formule "Alle Politik ist Kunst" (« Toute politique est un art »), avant d'affirmer : "Nur im Kriege tritt die Politik unmittelbar an uns heran" (« Ce n'est que dans la guerre que la politique s'est adressée à nous, immédiate »)
      4. 1880-1881, succès limité (225 000 signatures) d'une « pétition antisémite » (article Wikipédia), adressée au chancelier Bismarck et demandant l'abolition des lois d'émancipation des Juifs et leur éviction de la fonction publique et de l'armée, de la magistrature, de l'enseignement primaire
      5. 1893, élection d'Otto Böckel (1859-1923) au Reichstag, premier député ouvertement antisémite ; son slogan : "Gegen Junker und Juden" (« Contre les barons et les Juifs ») – voir "Otto Böckel" (article Wikipédia en angl.) ou "Otto Böckel" (article Wikipédia en all.)
    • L'eugénisme et l'hygiène raciale en Allemagne au XXe siècle
      1. 1895, Alfred Ploetz (1860-1940) publie Die Tüchtigkeit unserer Rasse und der Schutz der Schwachen (L'efficacité de notre race et la protection des faibles) où il crée le terme de "Hygienrasse" (hygiène raciale) comme synonyme allemand de l'anglais eugenics (eugénique), et qu'il définit comme « la tentative de maintenir l'espèce en bonne santé et de perfectionner ses dispositions héréditaires ». En effet, seule action alors possible de la science pour ceux qui décident de gérer biologiquement l'évolution de la société : la sélection, en contrôlant la reproduction avec l'obsession de l'hérédité – voir "Alfred Ploetz" (article Wikipédia en all.) ; La question eugénique dans les divers pays, t. 2 (34 pays dont l'Allemagne, avec pages 7-68 un état des lieux très détaillé des institutions et publications eugéniques allemandes et des moyens préconisés dans les années 1920 en Allemagne), de Marie-Thérèse Nisot (1929)
      2. 1904, Ploetz lance la revue Archiv für Rassen- und Gesellschafts-Biologie, einschließlich Rassen- und Gesellschafts-Hygiene (Archives de biologie raciale et sociale, incluant l'hygiène raciale et sociale), qui paraîtra jusqu'en 1944 et que Ploetz dirigera jusqu'en 1939 – quatre années sont accessibles en ligne :  1905190619071908 
      3. 1905, Ploetz est l'instigateur et le cofondateur, notamment avec son beau-frère le psychiatre Ernst Rüdin (1874-1952), de la Gesellschaft für Rassenhygiene (Société d'hygiène raciale, renommée en 1916 Deutsche Gesellschaft für Rassenhygiene), et que Rüdin dirigera seul à partir de 1933 (le même Rüdin sera co-auteur de la loi sur la stérilisation forcée du 14 juillet 1933) – voir le compte rendu par Régis Meyran (1999) de L'hygiène de la Race. I : Hygiène raciale et eugénisme médical en Allemagne, 1870-1933, ouvrage de Paul Weindling (1998)
      4. 1909Emil Kraepelin (1856-1926), l'un des plus grands psychiatres allemands de l'époque, qui a adhéré à la Gesellschaft für Rassenhygiene et s'est rallié à l'eugénisme – ce sera le cas de la plupart des psychiatres allemands avant 1933 –, introduit dans la 8e édition de son manuel pour les étudiants (en all.) un ajout sur la société qui « maintient en vie les inférieurs mentaux et les malades et leur permet le cas échéant de se reproduire » ; son assistant, Alois Alzheimer (1864-1915), qui découvrit la maladie de dégénérescence sénile à laquelle Kraepelin donna le nom de son élève après sa mort, fut aussi membre de la Gesellschaft für Rassenhygiene ; trois spécialités contribuèrent ainsi à l'eugénisme et à l'hygiène raciale, qui se généralise dans toutes les facultés de médecine dans les années 1920 : les psychiatres, les hygiénistes, les anatomistes – voir « Hygiène raciale », documentaire vidéo de Guillaume Dreyfus (2012, 54 min)
    • La défaite de 1918 et les désordres politiques et économiques des années 1920 : la naissance du nazisme
      1. « Première Guerre mondiale : les traités et les réparations », « Le traité de Versailles, juin 1919 » (signé par le gouvernement allemand contre l'avis de l'état-major car le traité-Diktat rend l'Allemagne responsable de la guerre, ampute son territoire et la prive de son empire colonial) et « Première Guerre mondiale : les conséquences » (Encyclopédie multimédia de la Shoah)
      2. La recherche des coupables de la défaite militaire, de l'humiliation nationale et de la fin de l'Empire : thèse de l'armée invaincue, trahie par le « coup de poignard dans le dos » des civils, de l'arrière, du nouveau pouvoir politique, thèse soutenue par l'état-major allemand (Luddendorff et Hindenburg) – voir « Dolchstoßlegende » (article Wikipédia en fr.) ; "Dolchstoßlegende", article de Rainer Sammet en all. ; en 1924, le Parlement allemand crée une commission d'enquête sur les causes de la défaite et l'hypothèse d'une trahison, d'un sabotage : la polémique reprend sur le Judenzählung (Comptage des Juifs) de 1916 et une théorie du complot juif prend forme, Luddendorff écrivant par exemple que « les profiteurs de guerre étaient avant tout principalement des Juifs » – voir « Judenzählung » (article Wikipédia en fr.)
      3. Fin 1918 : l'écrivain nationaliste et antisémite Dietrich Eckart (1868-1923), épris d'occultisme, rachète et dirige le journal Auf gut Deutsch (En bon allemand), où il dénonce, ainsi qu'Alfred Rosenberg et Ernst Wachler, le traité de Versailles, la République de Weimar, le pouvoir économique des Juifs ; la destruction de ces derniers est présentée comme la condition nécessaire pour restaurer la grandeur du Volk – voir "Dietrich Eckart" (article Wikipédia en angl.) ou "Dietrich Eckart" (article en all.). À l'automne 1919, dans une brasserie de Munich, Hitler participe pour le 2e fois à un meeting du Deutsche Arbeiterpartei (DAP, Parti ouvrier allemand), fondé notamment notamment en janvier 1919 par Dietrich Eckart ; les deux hommes se rencontrent, Eckart se découvre son guide, son Führer, Hitler se trouve un mentor et va articuler à son contact ultranationalisme et antisémitisme, qui devient désormais pour lui une question centrale. En janvier 1920, six mois après avoir adhéré au Deutsche Arbeiterpartei, Hitler écarte ses rivaux avec l'aide d'Eckart, renomme le 24 février 1920 le DAP en National-sozialistische Deutsche Arbeiterpartei (NSDAP, Parti national-socialiste des travailleurs allemands) et il en prendra la tête le 29 juillet 1921 ; Eckart met Hitler en scène (travail sur le regard et les gestes, cours d'art dramatique, écriture de discours), lui présente Alfred Rosenberg ; il contribue financièrement au rachat du Münchner Beobachter, qui devient en décembre 1920 le Völkischer Beobachter (L'Observateur populaire), le journal du NSDAP, dont Eckart devient le rédacteur en chef ; sur une commande de Hitler, Eckart écrit les paroles de Deutschland erwache (Allemagne, réveille-toi !), l'hymne du parti nazi  ; son dernier texte antisémite inachevé, paru de manière posthume en 1925, est Der Bolschewismus von Moses bis Lenin: Zwiegespräch zwischen Adolf Hitler und mir (Le bolchevisme de Moïse à Lénine : Dialogue entre Hitler et moi, trad. angl., 22 p.), en fait un faux dialogue inventé par Eckart

Étapes et ressources de l'idéologie nazie

Composantes de l'idéologie nazie

Sept exemples d'idéologues nazis

La négation de l'Homme dans les premiers camps de concentration

Dénonciations de l'idéologie nazie et réactions contre le nazisme

Le système de la négation de l'Homme dans les camps de concentration nazis (1940-1945)

Le système de la négation de l'Homme dans les camps de concentration nazis (1940-1945)

Sur les camps de concentration

Sur les déportés

La négation de l'Homme dans les processus et lieux d'extermination nazis : « die Endlösung ou solution finale » (1941-1945)

La négation de l'Homme dans les processus et lieux d'extermination nazis : « die Endlösung ou solution finale » (1941-1945)

Prologue : Aktion T4, l'opération T4 d'euthanasie

  • L'eugénisme à l'œuvre : « Le programme d'euthanasie » (Encyclopédie multimédia de la Shoah) ; « Stigmatisation en Allemagne à l'époque du national-socialisme : les malades mentaux et les handicapés », article de Horst Dilling (2007) ; « L'Opération T4 ou l'implication des chirurgiens-dentistes allemands dans l'idéologie d'eugénisme et dans l'euthanasie des aliénés mentaux », article de Xavier Riaud ; "Die Vernichtung von psychisch kranken und geistig behinderten Menschen unter nationalsozialistischer Herrschaft" (« La destruction d'êtres humains souffrant de maladies psychiatriques ou handicapés mentaux sous la domination nazie »), article en all. de Gerrit Hohendorf (2016) 
  • Les étapes d'un crime contre l'humanité
    • Première étape : « Loi allemande sur la stérilisation forcée du 14 juillet 1933 » (article Wikipédia en fr.), dénommée officiellement "Gesetz zur Verhütung erbkranken Nachwuchses" (« loi sur la prévention de la transmission des maladies héréditaires », article Wikipédia en all.) (voir ci-dessus)
    • Deuxième étape  : l'élimination physique des enfants difformes, très malades, chétifs, des handicapés physiques ou mentaux, des patients atteints de maladies héréditaires ou congénitales – à l'approche de la guerre, il faut libérer le maximum de lits dans les structures hospitalières et asilaires : voir « La période de guerre », dans « Les médecins nazis »,  article d'Yves Ternon (2007, § 37-42)
      1. D'abord les enfants, mai 1939 : « Comité du Reich pour le recensement scientifique des souffrances héréditaires et congénitales graves de tous les nouveaux-nés malformés », formé par Karl Brandt et Philipp Bouhler qui enquêtent auprès des maternités – 5 000 enfants déficients de 0 à 3 ans sont ainsi listés, destinés à être éliminés par euthanasie ; voir La psychiatrie allemande sous le IIIe Reich : à propos de l'eugénisme en psychiatrie, thèse d'Elsa Roulette-Guittard (2015, p. 48-50)
      2. Extension aux adultes : ordre secret de Hitler à Bouhler et Brandt, signé le 1er octobre 1939, mais antidaté au 1er septembre (voir fac-similé), pour coïncider avec la déclaration de guerre – la mort d'« aryens » sur le front doit être compensée par la mort de « sous-hommes » pour maintenir quantitativement la « pureté » aryenne (« Le dirigeant du Reich Bouhler et le docteur Brandt sont chargés d'étendre les pouvoirs des médecins [...] à accorder une mort miséricordieuse [Gnadentod] aux malades qui, selon les critères humains, auront été déclarés incurables. ») ; voir La psychiatrie allemande sous le IIIe Reich : à propos de l'eugénisme en psychiatrie (p. 50-51)
      3. T4 comme Tiergartenstrasse 4 : c'est l'adresse à Berlin de la « Communauté de travail des établissements de soins et de cure du Reich » ("Reichsarbeitsgemeinschaft Heil und Pflegeanstalten"), le service administratif créé et dirigé par Viktor Brack pour organiser la mise en œuvre d'une euthanasie de masse – voir La psychiatrie allemande sous le IIIe Reich : à propos de l'eugénisme en psychiatrie (p. 51-55) ; le choix est fait, proposé par Albert Widmann, chimiste de l'Institut technique de criminologie, d'un gaz mortel fourni par IG Farben plutôt que d'une injection mortelle ; le Gekrat (Compagnie caritative de transport de patients) transfère les malades en car jusqu'à l'un des six centres d'extermination, qui déclare le décès et envoie une urne de cendres aux proches des défunts, avec une lettre de condoléances type donnant des motifs de décès plausibles – mais il arrive que ces motifs soient invraisemblables ou incohérents avec le passé médical des personnes décédées
      4. Des oppositions se font jour : des malades, des familles, une partie de l'opinion publique, des étudiants, des hommes des Églises protestante et catholique réagissent au meurtre des malades mentaux adultes (alors qu'il n'y eut guère d'indignation pour celui des enfants déficients) – voir La psychiatrie allemande sous le IIIe Reich : à propos de l'eugénisme en psychiatrie (p. 55-58) ; l'évêque de Münster, Clemens August Graf von Galen, dépose le 28 juillet 1941 une plainte contre X pour assassinat, puis dans son sermon du 3 août 1941, explique aux fidèles et condamne cette entreprise d'euthanasie
      5. Hitler met fin au programme officiel de l'Aktion T4 le 24 août 1941, pour les seuls adultes, alors que 70 273 malades ont déjà été tués, mais s'ensuit une euthanasie sauvage ("wilde Euthanasie"), décentralisée ("dezentrale Euthanasie"), avec d'autres procédés comme la privation de nourriture (Hungerkost), l'injection ou la voie médicamenteuse, voire le transfert des euthanasies à l'Est, hors d'Allemagne – voir "Von der "Aktion T4" zur "dezentralen Euthanasie" in Niederösterreich: Die Heil- und Pflegeanstalten Gugging, Mauer-Öhling und Ybbs" (« De l'"opération T4" à l'"euthanasie décentralisée" en Basse-Autriche : les établissements de santé et de repos de Gugging, de Mauer-Öhling et d'Ybbs »), article en all. de Herwig Czech (2016, en particulier p. 13), "Die Heil- und Pflegeanstalt Gugging während der NS-Zeit" (La maison de santé et de repos de Gugging sous le nazisme), thèse en all. d'Angela Danbauer (2012) et "Wilde Euthanasie", article en all. du Dr Anton Blaha (2011) ; par exemple, 36 % des personnes dans les asiles bavarois meurent en 1940-1941 – voir La psychiatrie allemande sous le IIIe Reich : à propos de l'eugénisme en psychiatrie (p. 58-64 et 66-69) : « Le tribunal de Nuremberg a estimé à 275 000 victimes minimum le nombre de malades exterminés en globalité .De nos jours, avec le recul, on estime que le nombre est plus proche de plusieurs centaines de milliers de victimes. » (ibid., p. 64)
      6. Un double précédent : d'une part, opérer des meurtres de masse hors d'Allemagne, à l'Est, permet de préserver le secret, d'autre part un savoir-faire meurtrier a été acquis, il n'y a plus qu'à transférer les « compétences » à d'autres populations (« La procédure pseudo-médicale, les chambres à gaz, leur camouflage en salles de douche, le dépouillement des corps... L'extermination en séries d'êtres humains a été inventée par la T4 » (Herwig Czech) ; fin 1941, de fait, les techniciens et bureaucrates de T4 sont envoyés en Pologne pour l'Aktion Reinhard, tandis que le château de Hartheim, en Autriche, servira de lieu de mise à mort pour le camp de Dachau – voir le site du château de Hartheim, lieu de mémoire du centre de mise à mort de 1940 à 1944 (seulement en all. et en angl.)

À l'Est, une guerre d'asservissement et d'anéantissement (Vernichtungskrieg)

De l'exclusion à l'extermination des Juifs et des Tziganes

Prise de conscience et révélation des crimes nazis, réactions et actions (1939-1945)

Prise de conscience et révélation des crimes nazis, réactions et actions (1939-1945)

Synthèses

Dans le Reich et les pays occupés

Dans les pays échappant aux puissances de l'Axe Rome-Berlin

  • « Les informations sur l'Aktion Reinhard parvenues aux Alliés », article de Willy Coutin (2012)
  • Déclarations de Churchill
    • Discours radiodiffusé du 24 août 1941, qui vient de rencontrer Roosevelt et dénonce les meurtres de masse des civils commis à l'Est par les troupes allemandes (civils = à la fois partisans, Juifs ou communistes politiques massacrés par les Einsatzgruppen), deux mois après l'invasion de l'URSS : "The aggressor [...] retaliates by the most frightful cruelties. As his Armies advance, whole districts are being exterminated. Scores of thousands - literally scores of thousands - of executions in cold blood are being perpetrated by the German Police-troops upon the Russian patriots who defend their native soil. Since the Mongol invasions of Europe in the Sixteenth Century, there has never been methodical, merciless butchery on such a scale, or approaching such a scale. And this is but the beginning. Famine and pestilence have yet to follow in the bloody ruts of Hitler's tanks. We are in the presence of a crime without a name." (cité en angl., note 4) – « L'agresseur [...] se comporte avec une cruauté extraordinaire. Au fur et à mesure que les armées avancent, des districts entiers sont exterminés. Des dizaines de milliers d'exécutions – littéralement des dizaines de milliers – sont perpétrées de sang-froid par les unités de police allemande sur les patriotes russes qui défendent leur terre natale. Depuis les invasions mongoles du XVIe siècle, il n'y a jamais eu de boucherie méthodique, impitoyable, à une pareille échelle, ou proche d'une pareille échelle. Et ce n'est que le commencement. La famine et la peste doivent encore suivre dans les ornières sanglantes des chars de Hitler. Nous sommes en présence d'un crime sans nom. [...] Quand sonnera l'heure de la libération de l'Europe, l'heure sonnera aussi du châtiment. »
    • 25 octobre 1941, Churchill s'associe à une déclaration de Roosevelt condamnant les fusillades d'une centaine d'otages par les Allemands les 22 et 24 octobre à Châteaubriant et près de Bordeaux (document original en fr. : tract largué au-dessus de la France entre fin octobre et début novembre 1941, avec d'un côté la déclaration de Roosevelt, et de l'autre celle de Churchill) et affirme que « le gouvernement de Sa Majesté s'associe pleinement aux sentiments d'horreur et de réprobation exprimés par le président des États-Unis au sujet des massacres nazis en France. Ces exécutions d'innocents, faites de sang-froid, ne pourront que retomber sur les sauvages qui les ordonnent et sur les exécutants. Les massacres en France sont un exemple de ce que les nazis font dans beaucoup d'autres pays sous leur joug. [...] Le châtiment de ces crimes doit à présent compter parmi les buts majeurs de la guerre. »
  • Réunions publiques
    • Par exemple à New York, le 21 juillet 1942, des organisations juives rassemblent 20 000 personnes contre les massacres des Juifs d'Europe, avec des messages de Roosevelt et de Churchill (source)
    • À  l'Albert Hall de Londres le 22 octobre 1942, un meeting dénonce « le plan d'extermination décrété par Hitler de tous les juifs, et même de ceux d'Occident » et est présidé par l'archevêque de Canterbury, avec René Cassin, représentant la France libre, et le général Sikorski, qui présidait le gouvernement polonais en exil (source)
  • Publications officielles
    • Ainsi "The Mass Extermination of Jews in German Occupied Poland. Note addressed to the Governments of the United Nations on December 10th, 1942, and other documents" (« L'extermination de masse des Juifs dans la Pologne sous occupation allemande. Note adressée aux gouvernements des Nations unies le 10 décembre 1942 »), République de Pologne, ministère des Affaires étrangères, Londres, 1942, 16 p., et commentaire pédagogique de ce document, qui, après une première note d'alerte du 6 juin 1942, est la première confirmation par une instance gouvernementale de l'extermination systématique des Juifs à l'Est
    • « Déclaration conjointe des Membres des Nations unies » (article Wikipédia en fr. avec le texte de la déclaration), publiée simultanément le 17 décembre 1942 par les gouvernements américain, britannique et soviétique au nom des 11 gouvernements alliés en exercice ou en exil (dont le Comité national français), dénonçant les nazis « en train de rendre effective l'intention maintes fois répétée d'Hitler d'exterminer les personnes juives en Europe » et « cette politique bestiale d'extermination de sang-froid » ; en hommage aux victimes juives, une minute de silence s'ensuivit à la Chambre des communes à Londres, relayée par la presse britannique
  • Informations de la presse écrite et des radios
    • Émissions radio de la BBC
      1. Ainsi en juin 1942 et le 9 juillet 1942, la BBC diffuse une protestation du cardinal catholique Arthur Hinsley, archevêque de Westminster, antinazi dès avant la guerre, contre les massacres de Juifs en Pologne : « J'ai sous les yeux des documents qui établissent que 700 000 Juifs ont été massacrés en Pologne depuis le début des hostilités, de la manière la plus barbare et la plus féroce. Nous ne pensions pas que l'humanité puisse se dégrader à un tel point. Je prie Dieu pour que les chrétiens de partout refusent de s'associer à de tels actes de bestialité. L'histoire approuvera toute mesure de justice contre les bourreaux responsables de crimes aussi inhumains. » (source)
      2. Le 4 août 1942, Maurice Schumann à la BBC, dans Honneur et Patrie, lance une campagne radiophonique d'indignation contre les déportations de Juifs et d'appel à l'entraide qui dure tout l'été 1942 (33 000 Juifs sont de fait déportés de France entre le 17 juillet et le 30 septembre 1942, sur un total de 75 000 Juifs déportés de France de mars 1942 à novembre 1944)
      3. Le 8 août 1942, dans l'émission Les Français parlent aux Français, André Labarthe demande ainsi aux Français de « faire la chaîne des braves gens » pour aider les persécutés, sinon « cette boue flétrirait pour toujours le visage de la France » : « Alors la France devient terre de pogrom, terre de honte ? Alors, en France, on martyrise les Juifs, on détruit les familles, on arrête, on déporte, on écrase, on piétine les innocents. Lavai livre du Juif aux Allemands, du Juif mort ou vif. Laval le traître, le goujat, jette chaque jour aux nazis sa cargaison de martyrs qu'il a prélevée sur la terre de France, dans vos rangs. Notre patrie devient un coupe-gorge, une ruelle d'Europe où, par désespoir, les parents se tuent après avoir assassiné leurs enfants. La France est une chambre de torture, la France serait la fosse aux Juifs ! Français, vous ne laisserez pas faire ça ! [...] La terre de France ne sera jamais un piège, un guêpier ! Devant le camp de torture, devant la déportation, le Juif doit trouver un refuge, une cachette partout en France. Les Juifs de France sont placés sous la sauvegarde des Français. » (source, p. 661)
      4. Le 23 août 1942, Louis Roché évoque le ghetto de Varsovie sous le titre « Images de Varsovie – Le suicide »
      5. Le 31 août 1942, Roger Chevrier consacre une émission aux « Juifs persécutés »
      6. Le 15 septembre 1942, Jean Marin parle de « L'épiscopat et l'antisémitisme » – voir aussi en 1942 sa chronique « Le monstrueux Ordre nouveau », le 9 septembre 1942 « Les Français et les persécutions raciales »
      7. Le 8 juillet 1943, Paul Bouchon et Jacques Duquesne diffusent en français « Un témoignage sur le massacre des Juifs », en fait celui de Jan Karski, qui n'est pas nommé à l'antenne
      8. Le 13 octobre 1943, Roger Chevrier s'indigne du camp de Drancy
      9. Le 29 novembre 1943, récit du massacre de dizaines de milliers de Juifs à Babi Yar, près de Kiev en Ukraine
      10.  Le 16 juillet 1944, André Gillois développe « Les responsabilités françaises dans l'extermination des juifs »
    • Émissions en français de Radio-Vatican, confiées au jésuite belge Emmanuel Mistiaen, et leur transcription dans La Voix du Vatican, une feuille clandestine circulant dans le Midi de la France de l'été 1940 à l'automne 1942 : voir « La Voix du Vatican (1940-1942). Bataille des ondes et résistance spirituelle », article de Renée Bédarida (1978)
    • Messages du philosophe catholique Jacques Maritain sur les ondes alliées (1941-1944), concernant cette « guerre de civilisation » et les massacres de juifs : par exemple le message du 8 septembre 1942 sur « la persécution raciste en France » ou le texte lu à la BBC le 12 septembre 1942 « Mes amis juifs, mes frères, permettez qu'un chrétien vous dise non seulement la compassion, mais le respect sacré que lui inspirent vos douleurs... » – voir « La "Voix de l'Amérique". Un outil de la propagande radiophonique américaine aux mains d'intellectuels français », article d'Emmanuelle Loyer (2002)
    • Presse écrite anglo-saxonne : voir préface de Willy Coutin pour l'édition française (2013) du Livre noir des Juifs de Pologne/The Black Book of Polish Jewry publié à New York en octobre 1943 par des politiques et des intellectuels polonais en exil, sous la direction de Jacob Apenszlak
      1. 26 octobre 1941, pour la première fois, le New York Times relaie des informations sur l'exécution en août 1941 de 15 000 Juifs galiciens et hongrois par les Allemands et les Ukrainiens. (3) Le New York Journal American reprenait un communiqué de l'Agence télégraphique juive du 25 novembre 1941 qui annonçait l'exécution de 52 000 hommes, femmes et enfants à Kiev
      2. Quelques informations paraissent fin juillet 1942 dans la presse britannique sur la grande déportation du ghetto de Varsovie qui a débuté le 22 juillet, vers le centre de mise à mort de Treblinka
      3. Le magazine américain Newsweek du 10 août 1942 annonce que des trains entiers de Juifs de Varsovie ont disparu
      4. Le 25 novembre 1942, le New York Times publie un article sur les camps de Belzec, Sobibor et Treblinka, évoquant aussi chambres à gaz et fours crématoires d'Auschwitz et le nombre de 2 millions de Juifs exterminés
      5. "The Massacre of the Jews" (numérisation du document original en angl., p. 816-819), article de Varian Fry publié le 21 décembre 1942 dans le magazine progressiste nord-américain The New Republic (extraits traduits en fr.)
    • Presse écrite suisse et Sottens (Radio suisse romande) : voir « La Suisse, les Suisses et la Shoah », article de Daniel Bourgeois (1998) ; « Ce que savaient vraiment les Suisses », article de la Coordination intercommunautaire contre l'antisémitisme et la diffamation (2011)
      1. Ainsi le 13 août 1942, Paul Graber, rédacteur en chef du journal romand socialiste La Sentinelle, décrit la rafle du Vél' d'Hiv' des 16-17 juillet à Paris sous le titre « Une Saint-Barthélémy moderne à Paris » (voir photo de la une, p. 3)
      2. Toujours le 13 août 1942, le journal Die Nation-La Nation évoque la situation des Juifs de Pologne et l'extermination de 700 000 personnes depuis septembre 1939
  • Du côté de la France libre
    • Voir « De Gaulle, la France Libre et les Juifs », contribution de Jean-Louis Crémieux-Brilhac (2011), développée dans l'annexe « La France Libre et le "problème juif" » de son ultime ouvrage posthume L'étrange défaite (Gallimard, 2016, p. 155-185)
    • Le 20 octobre 1943, le Comité de libération nationale rétablit le décret Crémieux de 1870, abrogé par une ordonnance de Pétain du 7 octobre 1940 qui avait retiré la nationalité française aux 140 000 Juifs d'Algérie

En France

  • Dans la presse avant l'Occupation
  • Aide aux persécutés
  • Les protestations contre les persécutions antisémites
    • 2 juin 1941, Vichy promulgue le 2e statut des juifs et une loi sur le recensement de tous les Juifs de France (= 2 des 143 textes législatifs et réglementaires de Vichy concernant les Juifs, entre le 17 juillet 1940 et août 1944) : le 2e statut élargit la définition de la judéité et les interdictions professionnelles, et inclut pour la première fois le « droit pour le préfet de prononcer l'internement dans un camp spécial, même si l'intéressé est français » ;  – voir Loi du 3 octobre 1940 portant statut des Juifs, Loi du 4  octobre 1940 sur les ressortissants étrangers de race juiveLoi du 2 juin 1941 remplaçant la loi du 3 octobre 1940 portant statut des JuifsLoi du 2 juin 1941 prescrivant le recensement des juifs, Loi du 17 novembre 1941, modifiant l'article 5 de la loi du 2 juin 1941 portant statut des Juifs ; « Vers le port de l'étoile jaune », sur les premières mesures discriminatoires prises par les autorités allemandes et appliquées par l'administration française, extrait de Opération étoile jaune de Maurice Rajsfus (2012) (complété en 2015 de documents originaux et d'un extrait vidéo de 3 min 50 s)
      1. Consistoire central israélite de France, présidé depuis mars 1941 par Jacques Heilbronner, qui visait jusque-là à s'entendre avec Vichy et à favoriser les Juifs français ; il remit à Pétain le 30 juin 1941 un texte de protestation signé par les membres du Consistoire central, puis lui écrivit le 1er juillet à propos de ce statut qui « ne vise pas les israélites en tant que Français ou étrangers, mais, à l'imitation servile de l'autorité occupante, ne connaît ou ne reconnaît plus qu'un troupeau juif où la nationalité, même française, n'est plus qu'un accessoire sans valeur ni portée » ; il multipliera courriers et démarches en 1942 et 1943 (sauf au moment de l'instauration de l'étoile jaune en zone occupée), jusqu'à son arrestation avec son épouse le 23 octobre 1943 à Lyon ; transférés à Drancy le 11 novembre, ils seront déportés à Auschwitz dès le 20 novembre et gazés à leur arrivée
      2. Autres autorités religieuses
        • Protestants : ce sont les autorités protestantes qui ont manifesté leur opposition en 1941 – le pasteur Boegner, président de la Fédération protestante de France, installé en zone non occupée, écrivit en mars 1941 à l'amiral Darlan, vice-président du Conseil à Vichy (lettre non publique à l'époque), mais aussi au grand rabbin de France, Isaï Schwarz, lettre dont l'existence fut connue par... la dénonciation qu'en fit la presse antisémite (ainsi Au Pilori, 21 août 1941), puis reproduite par la presse clandestine protestante : « Notre Église, qui a jadis connu les souffrances de la persécution, ressent une ardente sympathie pour vos communautés dont en certains endroits la liberté du culte est déjà compromise et dont les fidèles viennent d'être si brusquement jetés dans le malheur. Elle a déjà entrepris et ne cessera pas de poursuivre des démarches en vue d'une refonte indispensable de la loi. » ; le pasteur Boegner rédige aussi une lettre à Pétain, fin août, remise par le protestant René Gillouin, fils de pasteur, proche de l'Action française et antisémite, conseiller de Pétain ; Gillouin lui-même écrit à Pétain les 23 et 29 août 1941 : « J'ai honte pour mon pays de la politique juive qu'il a empruntée à l'Allemagne en l'aggravant encore, et je ne connais pas un Français digne de ce nom qui ne la condamne pas dans le secret de son cœur comme n'étant ni chrétienne, ni humaine, ni française [… – pour la France, c'est] un reniement de sa foi spirituelle et de sa personne morale. »
        • Catholiques : pour l'instant, la hiérarchie catholique gardait peu ou prou le silence, mais, suite à quelques protestations catholiques isolées, Pétain, par l'entremise de son ambassadeur au Vatican, Léon Bérard, sonda en août 1941 le Saint-Siège et en retira la conviction que l'Église ne condamnerait pas publiquement la législation antijuive française ; dans son long rapport du 2 septembre 1941, Bérard expliquait en effet : « L'Église n'a jamais professé l'idée que les mêmes droits devaient être accordés ou reconnus à tous les citoyens. […] Comme quelqu'un d'autorisé me l'a dit au Vatican, il ne nous sera intenté nulle querelle pour le statut des juifs. » – voir l'aperçu Google de la section « Le Saint-Siège et les lois spéciales : les limites d'une opposition » (p. 378-388), extrait de Les dilemmes et les silences de Pie XII : Vatican, Seconde Guerre mondiale et Shoah, ouvrage de Giovanni Miccoli (2005)
    • 29 mai 1942, signature de la 8e ordonnance allemande « concernant les mesures contres les Juifs », "Achte Verordnung über Maßnahmen gegen Juden. Vom 29. Mai 1942", rendant obligatoire en zone occupée le port dans l'espace public de « l'étoile juive » à partir du 7 juin 1942 (texte paru dans le Verordnungsblatt des Militärbefehlshabers in Frankreich (VOBIF)/Journal officiel contenant les ordonnances du Militärbefehlshaber in Frankreich n° 63, 1er juin 1942) – voir « Militärbefehlshaber in Frankreich : les transformations de la mémoire savante », article de Gaël Eismann (2009) ; « Souvenirs : l'étoile jaune », témoignage de Henri Szwarc (1993) ;
      1. Le Consistoire central israélite de France ne réagit pas à l'obligation du port de l'étoile jaune, pour trois raisons : il était affaibli depuis la création de l'Union générale des israélites de France (UGIF) par Vichy (loi du 29 novembre 1941) – or, les dirigeants de l'UGIF invitaient les juifs à « porter l'insigne dignement et ostensiblement » – ; il se trouvait à Lyon, en zone non occupée et n'a donc pas vécu de plain-pied l'humiliation du port de l'étoile ; il s'agissait d'une ordonnance allemande et le Consistoire n'intervenait guère dans ce cas de figure, craignant des représailles pour les juifs de la zone occupée ; c'est seulement le 30 juin que le Consistoire central évoqua en interne, dans un courrier à ses représentants régionaux, « le dessein de préserver les israélites de la zone occupée des persécutions que constituent le port de l'étoile et ses répercussions » – voir « Pourquoi le Consistoire n'a pas réagi contre l'étoile jaune », article de Thierry Noël-Guitelman (2013)
      2. Décision de certains Juifs de ne pas porter l'étoile : le poète Max Jacob, le professeur Robert Debré, Françoise Giroud (de même que sa mère et sa sœur), ou des anonymes comme la famille maternelle de la future philosophe Élisabeth de Fontenay, la famille de Robert Burac (futur éditeur de Péguy dans « La Pléiade »)…, alors qu'être contrôlé sans port de l'étoile valait arrestation, voire déportation, comme ce fut le cas pour Berthe Steinberg (8 juin 1942), Albert Morhaim, 18 ans (8 décembre 1942), Simone Lackenbacher (26 octobre 1943)…
      3. Gestes anonymes de solidarité, anticipés le 5 juin par une circulaire d'Émile Hennequin, directeur de la police municipale de Paris à ses services : « S'il vous est signalé que des jeunes gens aryens porteurs de l'étoile jaune font une démonstration sur la voie publique en se formant en monômes, intervenez immédiatement. Vous procéderez à leur arrestation, établirez s'ils sont juifs ou non, les garderez à la disposition de la gendarmerie. » ; de fait, des personnes non juives arborèrent en public l'étoile jaune, en signe de solidarité avec les juifs stigmatisés ; certain-e-s pratiquèrent même des détournements : jeunes arborant l'étoile à Rouen avec les mots « catholique » ou « protestant », les « zazous », volontiers provocateurs par leurs goûts musicaux et vestimentaires, ou encore Françoise Siefridt, une étudiante en classe préparatoire, membre de la Jeunesse étudiante chrétienne féminine (JECF), qui le 7 juin 1942 avait remplacé sur une étoile jaune « Juif » par « Papou », arrêtée par un policier, placée en garde à vue, elle fut enfermée au centre d'internement de la caserne des Tourelles, boulevard Mortier, à la porte des Lilas, puis transférée avec les autres « Amis des juifs » au camp de Drancy jusqu'au 31 août 1942 ; 35 personnes furent ainsi arrêtées à Paris entre le 6 et le 10 juin
      4. Protestations contre une mesure discriminatoire isolant et humiliant les Juifs
        • Le pasteur André-Numa Bertrand, vice-président du Conseil de la Fédération protestante de France, écrivit au nom de la Fédération à Pétain le 12 juin 1942, « afin de lui exprimer la douloureuse impression éprouvée […] devant les nouvelles mesures prises par les autorités d'occupation à l'égard des israélites » – c'est l'une des rares protestations officielles d'un haut responsable d'une Église contre le port de l'étoile jaune – ; il affirma dans son sermon du 7 juin au temple de l'Oratoire du Louvre, « Notre parole », qu'« il convient de parler des événements du jour, sur lesquels l'Église de Jésus-Christ ne saurait garder le silence. Depuis ce matin, nos compatriotes israélites sont assujettis à une législation qui froisse dans leur personne et dans celle de leurs enfants, les principes les plus élémentaires de la dignité humaine. Nous ne sommes pas ici pour protester ou pour récriminer, encore bien moins pour condamner et pour maudire; nous sommes ici pour aimer, pour prier et pour bénir. Ce sont des droits que personne sans doute ne nous contestera, et dont personne, dans tous les cas, ne peut nous dépouiller sans notre propre consentement. Nous sommes ici pour demander à Dieu qu'il fortifie le cœur de ces hommes et de ces femmes, afin que ce dont on a voulu faire pour eux un signe d'humiliation, ils soient rendus capables d'en faire un signe d'honneur. » ; le 11 juin, le pasteur Bertrand, dans une lettre à tous les pasteurs de France, occupée ou non, leur rappela la conférence œcuménique de 1937 : « Il ne saurait donc y avoir, chez le chrétien, de mépris pour une race différente ou pour un membre de cette race ; les races sont toutes l'objet de la même sollicitude de Dieu. Le péché de l'homme se manifeste en orgueil de race, en haine de race, en persécutions et en exploitations d'autres races. L'Église est appelée par Dieu à s'exprimer sur ce sujet sans équivoque. » – une démarche à la fois collective et nationale – voir « L'Oratoire du Louvre dans les années 1940, la tentation d'une Église confessante ? », article de Patrick Cabanel
        • Du côté de l'Église catholique, citons entre autres initiatives : à la Sainte-Chapelle le 7 juin, à Sainte-Clotilde le 14 juin, à Saint-Germain-des-Prés, à Saint-Sulpice… –  et même à l'église Saint-Louis de Vichy : à la messe de minuit de Noël 1942, Jean Flory, curé de Montbéliard, dota l'enfant Jésus, Marie et Joseph d'une étoile jaune, en présence d'Allemands, il ne fut pas poursuivi
    • Rafles de Juifs de l'été 1942 
      1. Réactions de responsables catholiques
        • « Adresse des Cardinaux et Archevêques de zone occupée à M. le Maréchal Pétain » (fin juillet 1942) : « Profondément émus par ce qu'on nous rapporte des arrestations massives d'israélites opérées la semaine dernière et des durs traitements qui leur ont été infligés, notamment au Vélodrome d'Hiver, nous ne pouvons étouffer ce cri de notre conscience. C'est au nom de l'humanité et des principes chrétiens que notre voix s'élève pour une protestation en faveur des droits imprescriptibles de la personne humaine. C'est aussi un appel angoissé à la pitié pour ces immenses souffrances, pour celles surtout qui atteignent tant de mères et d'enfants. » (source)
        • Mgr Jules Géraud Saliège, archevêque de Toulouse, faire lire le 23 août 1942 une lettre pastorale dans toutes les églises de son diocèse : « Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes. Les étrangers sont des hommes, les étrangères sont des femmes. Tout n'est pas permis contre eux, contre ces hommes, contre ces femmes, contre ces pères et mères de famille. Ils font partie du genre humain. Ils sont nos frères comme tant d'autres. », lettre reprise et lue à la BBC (par Maurice Schumann le 31 août), à Radio-Vatican, diffusée clandestinement en France sous forme de tracts dactylographiés – voir « Jules Saliège » (article Wikipédia en fr., avec le texte de la lettre) ; hommage à Mgr Saliège (2004) ; « Le cardinal Saliège », article d'hommage (avec les attaques de Robert Brasillach contre Mgr Saliège, dans Je suis partout du 25 septembre 1942, et des extraits d'autres collaborationnistes)
        • Mgr Pierre-Marie Théas, évêque de Montauban, ville atteinte par les rafles de Juifs le 26 août, fait lire le 30 août 1942 dans les églises de son diocèse une lettre « sur le respect de la personne humaine » : « Des scènes douloureuses et parfois horribles se déroulent en France, sans que la France en soit responsable. [...] Je fais entendre la protestation indignée de la conscience chrétienne et je proclame que tous les hommes, aryens ou non aryens, sont frères parce que créés par le même Dieu. [...] Les mesures antisémitiques actuelles sont un mépris de la dignité humaine, une violation des droits les plus sacrés de la personne et de la famille », texte lu à la BBC le 15 septembre 1942 – voir le document original de la lettre  ; « Pierre-Marie Théas » (article Wikipédia en fr., avec la transcription de la lettre) ; « La Lettre pastorale de Mgr Théas, 26 août 1942 », article de Pascal Caïla (2002) ; « Un prélat hors du commun : Pierre-Marie Théas, évêque de Montauban (1940-45) », article de Max Lagarrigue (2002)
        • Le cardinal Pierre Gerlier, archevêque de Lyon et donc primat des Gaules, fait lire le 6 septembre 1942 une lettre dans toutes les paroisses de son diocèse et de nombreuses paroisses françaises, et qui place le devoir de conscience au-dessus des lois humaines (« Les droits de l'État ont des limites ») : « Nous ne pouvons, comme Évêque et comme Français, songer sans un serrement de cœur à tout ce qui, dans la nature des traitements subis ou de ceux à prévoir, comme dans l'organisation matérielle des convois, méconnait les droits essentiels de tout être humain et les règles fondamentales de la charité... » – voir « Gerlier Pierre-Marie », notice du Yad Vashem
        • Mgr Delay, évêque de Marseille, fait aussi lire une lettre le 6 septembre 1942 : « Arrêter en masse, uniquement parce qu'ils sont juifs et étrangers, des hommes, des femmes et des enfants qui n'ont commis aucune faute personnelle, dissocier les membres d'une même famille et les envoyer peut-être à la mort, n'est-ce pas violer les lois sacrées de la morale et les droits essentiels de la personne humaine et de la famille, droits qui viennent de Dieu ? » – voir « Jean Delay (évêque) » (article Wikipédia en fr.)
        • Mgr Jean-Joseph Moussaron, archevêque d'Albi, déçu de l'absence de déclaration commune des évêques malgré sa démarche auprès du cardinal Gerlier le 30 août 1942, fait lire après le 20 septembre 1942 une letttre dans les églises de son diocèse : « la religion et l'humanité ne peuvent que protester contre cette violation des droits sacrés de la personne humaine et de la famille et cette méconnaissance de la loi divine de la charité » – voir « Mgr Jean-Joseph Moussaron », article (2010) ;  « L'assemblée des archevêques et la déportation des juifs: commentaire d'une lettre de Mgr Jean-Joseph Moussaron au cardinal Gerlier (31 août 1942) », article de Jean-Louis Clément (1992), avec la transcription de la lettre
        • Mgr Edmond Vansteenberghe, évêque de Bayonne, donc en zone occupée, laisse publier un article anonyme « Fraternité », qui critique implicitement l'idéologie nazie comme « antichrétienne », dans le Bulletin diocésain de Bayonne, le 20 septembre 1942 – l'hebdomadaire est interdit par l'occupant une semaine plus tard : « Sous prétexte d'ordre nouveau et de révolution, les pires entreprises de la haine et de la passion sont admises, justifiées, exaltées. […] La personne humaine est inviolable et sacrée. […] Aucun homme d'aucune race ni d'aucune religion n'échappe à cette disposition de la bonté divine.
      2. Autres réactions : voir par exemple
  • Dans la Résistance intérieure
    • La presse clandestine et la défense de l'Homme : quelques exemples
      1. Défense de la France, n° 39 du 30 septembre 1943, tiré à environ 150 000 exemplaires et consacré aux mauvais traitements de la Gestapo et de la police de Vichy dans les prisons et les camps de concentration : article de la Fondation de la Résistance et article du Musée de la Résistance en ligne (reproduction du document original de meilleure qualité) ; « "Résister" : un refus qui affirme », article de Nicole Arnold (1995) sur les refus du journal résistant clandestin Défense de la France de juillet 1941 à juillet 1943
      2. Les cahiers du Témoignage chrétien : voir ci-dessus « Exemples de réactions contre le nazisme en France et ailleurs »
      3. Combat : « Le sort des juifs dans les discours et les pratiques du mouvement Combat », article de Robert Belot (2005)
      4. Presse juive : informations publiées dans J'accuse, « organe du Mouvement national contre la barbarie raciste » (n° 2, octobre 1942 et n° 3, décembre 1942) sur le massacre de 11 000 Juifs en Pologne par gaz toxique, puis article à la une du n° 8 de janvier 1943 (« Contre les 4 millions de Juifs amenés de tous les pays de l'Europe occupée et "encerclés" dans les ghettos de Pologne, une gigantesque "bataille d'anéantissement" est menée d'après un plan minutieusement établi. Plus d'un million d'hommes, de femmes et d'enfants exterminés au cours de l'année 1942. ») ; le n° du 1er août 1943 de Notre Voix, « organe de Rassemblement des Juifs contre le fascisme oppresseur » (journal clandestin des communistes juifs de la MOI), annonce à la une : « Dans ce numéro, deux témoins racontent les massacres de juifs dans les camps de Pologne », le 2e témoignage concernant le massacre de 6 000 Juifs au camp de Belzec ; journaux et les tracts clandestins des organisations juives comme l'Union des Juifs pour la résistance et l'entraide (UJRE) ou le Mouvement national contre le racisme (MNCR)

    • Les Allemands et Autrichiens résistants : « L'histoire et la mémoire des Allemands communistes dans la Résistance en France », article de Guilhem Zumbaum-Tomasi (2010) ; sur le réseau « Travail allemand » (TA), organisation mise en place en 1941 par la MOI (« Main-d'œuvre immigrée »), structure liée au Parti communiste français pour intégrer les militants d'origine étrangère (objectif : pénétrer l'appareil militaire allemand pour renseigner la Résistance et tenter d'organiser les antinazis), voir « Le "travail allemand" : origines et filiations », article de Claude Collin (2008) ; « L'audacieux défi du "Travail anti-allemand" », article de Félix Kreissler (2003) ; par exemple, sur Peter Gingold, résistant allemand en France et auteur de Jamais résignés !, voir un article du Cercle d'étude de la Déportation et de la Shoah-Amicale d'Auschwitz (2013)

Le choc de la libération des camps

Le jugement des crimes et responsables nazis (1944-1948)

Le jugement des crimes et responsables nazis (1944-1948)

Généralités

    • Rappel : Churchill le 24 août 1941, dénonçant à la BBC l'extermination de dizaines de milliers de civils à l'Est par les troupes allemandes, annonce déjà : « Quand sonnera l'heure de la libération de l'Europe, l'heure sonnera aussi du châtiment. » ; le 9 juillet 1942, le cardinal Hinsley proteste à la BBC contre les massacres de Juifs en Pologne et ajoute que « l'histoire approuvera toute mesure de justice contre les bourreaux responsables de crimes aussi inhumains. » (source)
    • « Les procès des criminels de guerre » (Encyclopédie multimédia de la Shoah) ; « Après 1945, Nuremberg et les autres procès : la justice en marche », dans 1945 : Libération des camps et découverte de l'univers concentrationnaire ; crime contre l'humanité et génocide, brochure de la Fondation pour la mémoire de la Déportation  (2004, p. 14-23)

Le(s) procès de Nuremberg

    • "The Nuremberg Trials: Chronology" (Chronologie des procès de Nuremberg, en angl.), 2009 (Université du Missouri)
    • Accord de Londres du 8 août 1945
      • Intitulé « Accord concernant la poursuite et le châtiment des grands criminels de guerre des Puissances européennes de l'Axe et statut du tribunal international militaire » et signé par « le Gouvernement Provisoire de la République Française et les Gouvernements des Etats-Unis d'Amérique, du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et de l'Irlande du Nord, et de l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques » – voir « Accord de Londres » (article Wikipédia en fr.) –, l'Accord se compose de 7 articles et d'une annexe de 30 articles faisant partie intégrante de l'Accord – texte intégral de l'Accord
      • Cette Annexe est appelée le Statut du Tribunal militaire international, ou le Statut de Nuremberg ou la Charte de Londres ou la Charte [du tribunal] de Nuremberg et fixe « la constitution, la juridiction et les fonctions du Tribunal » – voir « Charte de Londres Londres du Tribunal militaire international » (article Wikipédia en fr.) ; l'article 6 du Statut définit les crimes contre la paix, les crimes de guerre, les crimes contre l'humanité :
        « Les crimes contre la paix, c'est-à-dire la direction, la préparation, le déclenchement ou la poursuite d'une guerre d'agression, ou d'une guerre en violation des traités, assurances ou accords internationaux, ou la participation à un plan concerté ou à un complot pour l'accomplissement de l'un quelconque des actes qui précèdent
        Les crimes de guerre, c'est-à-dire les violations des lois et coutumes de la guerre. Ces violations comprennent, sans y être limitées, l'assassinat, les mauvais traitements et la déportation pour des travaux forcés ou pour tout autre but, des populations civiles dans les territoires occupés, l'assassinat ou les mauvais traitements des prisonniers de guerre ou des personnes en mer, l'exécution des otages, le pillage des biens publics ou privés, la destruction sans motif des villes et des villages ou la dévastation que ne justifient pas les exigences militaires
        Les crimes contre l'humanité, c'est-à-dire l'assassinat, l'extermination, la réduction en esclavage, la déportation, et tout autre acte inhumain commis contre toutes populations civiles, avant ou pendant la guerre, ou bien les persécutions pour des motifs politiques, raciaux ou religieux, lorsque ces actes ou persécutions, qu'ils aient constitué ou non une violation du droit interne du pays où ils ont été perpétrés, ont été commis à la suite de tout crime rentrant dans la compétence du Tribunal, ou en liaison avec ce crime » – voir « Crime contre l'humanité » (article Wikipédia en fr.) ; « Le crime contre l'humanité », article de Pierre Truche (1994)
    • « Le » procès de Nuremberg, du 14 novembre 1945 au 1er octobre 1946 (le principal procès de Nuremberg)
    • Les autres procès menés par les Alliés
      • Les douze « procès successeurs » ou « procès des professionnels » (les "Nachfolgeprozesse" ou "Subsequent Nuremberg Proceedings"), c'est-à-dire qui ont suivi le procès des principaux criminels de guerre  ils ont été conduits à Nuremberg par le Tribunal militaire américain de 1945 à 1947 – voir leur liste en angl., avec lien vers les textes d'accusation originaux des 12 procès (1946)
        1. Procès des médecins (article Wikipédia en angl.), contre Karl Brandt et alii, du 9 décembre 1946 au 21 août 1947 – voir « Discussion philosophique et éthique autour du procès des médecins nazis de Nuremberg » et « Dentistes pendant la Seconde Guerre mondiale et crimes contre l'Humanité », textes de Xavier Riaud  ; La psychiatrie allemande sous le IIIe Reich : à propos de l'eugénisme en psychiatrie, thèse d'Elsa Roulette-Guittard (2015, p. 72-73) ; l'action T4 (victimes surtout allemandes)fut éclipsée lors de ce procès par les expérimentations médicales dans les camps de concentration (victimes surtout des pays alliés)
        2. Procès Milch (article Wikipédia en angl.), du 2 janvier au 17 avril 1947 – voir extrait en all. des actualités allemandes Welt im Film (de 5 min à 6 min 20 s, images taguées)
        3. Procès des juges (article Wikipédia en angl.), contre Josef Altstötter et al., du 17 février au 14 décembre 1947 ; à noter que Carl Schmitt a été interrogé au nom de l'accusation américaine par Robert Kempner, un juriste juif allemand réfugié aux États-Unis – ce fut le seul procureur des procès de Nuremberg d'origine allemande) « Carl Schmitt à Nuremberg. Une théorie en accusation », article de Céline Jouin (2009)
        4. Procès Pohl ou procès du WVHA (Office principal d'administration et d'économie de la SS, en charge notamment des camps de concentration – voir ci-dessus) (article Wikipédia en angl.), contre Oswald Pohl et al., du 13 janvier au 3 novembre 1947 (voir actes en angl. de ce procès)
        5. Procès Flick (article Wikipédia en angl.), contre Friedrich Flick et al., du 19 avril au 22 décembre 1947 (1er des 3 procès industriels)
        6. Procès IG Farben (article Wikipédia en angl.), contre Carl Krauch et al., du 27 août 1947 au 30 juillet 1948
        7. Procès des otages, concernant des généraux ayant commandé dans les Balkans (article Wikipédia en angl.), contre Wilhelm List et al., du 8 juillet 1947 au 19 février 1948
        8. Procès du RuSHA (Rasse- und Siedlungshauptamt, Bureau pour la race et les colonies de peuplement) (article Wikipédia en angl.), contre Ulrich Greifelt et al., du 20 octobre 1947 au 10 mars 1948
        9. Procès des Einsatzgruppen (article Wikipédia en angl. – article en all., labellisé), contre Otto Ohlendorf et al., du 15 septembre 1947 au 10 avril 1948 ; un autre procès, mené par la justice allemande cette fois, se tiendra à Ulm en 1958 – voir l'énoncé en all. du verdict le 20 août 1958 (document sonore original, 9 min 18 s)
        10. Procès d'Alfried Krupp (article Wikipédia en angl.), contre Alfried Krupp et al., du 2 janvier 1947 à avril 1947 (dernier des 3 procès industriels)
        11. Procès des ministères (article Wikipédia en angl.), contre Ernst von Weizsäcker et al., du 16 janvier 1948 au 11 avril 1949
        12. Procès du Haut Commandement militaire, concernant les généraux ayant attaqué l'URSS (article Wikipédia en angl.), contre Wilhelm von Leeb et al., du 30 décembre 1947 au 28 octobre 1948
      • Les principaux procès des camps
        1. Procès de Majdanek : 1er procès à Lublin (Pologne) du 27 novembre au 2 décembre 1944 ; puis série de procès en Pologne de 1946 à 1948 ; enfin le procès de Düsseldorf en Allemagne du 26 novembre 1975 au 30 juin 1981 (le procès le plus long des procès des camps, avec 474 audiences) – voir "Majdanek Trials" (article Wikipédia en angl.)
        2. Procès de Bergen-Belsen : le 1er fut mené par un tribunal britannique à Lüneburg, du 17 septembre au 17 novembre 1945 – voir dépositions de témoins transférés d'Auschwitz à Bergen-Belsen, liste des accusés et verdict (site Sonderkommando.info, 2007), site détaillé en angl. sur le procès ; un 2e procès, mené à nouveau par un tribunal militaire britannique, eut lieu à Celle du 16 au 30 mai 1946 ; un 3e à Hambourg, du 14 au 16 avril 1948 – voir "Bergen-Belsen-Prozess" (article Wikipédia en all.)
        3. Procès de Dachau : dans l'enceinte même du camp du 15 novembre au 13 décembre 1945 – voir article du site Sonderkommando.info (2013) ; "Dachau Trials" (article Wikipédia en angl.) ; "Dachauer Prozesse"/"Dachau Trials", texte en all. et en angl. de l'exposition permanente du Mémorial de Dachau ; ce tribunal militaire américain continua à fonctionner pour des crimes ne relevant pas du tribunal militaire américain de Nuremberg (en tout 1 672 Allemands accusés de crimes de guerre dans 489 procès distincts), notamment certains procès liés aux camps de concentration ou le procès du massacre de Malmedy (en Belgique en décembre 1944 pendant la bataille des Ardennes – voir article Wikipédia en fr. et photo légendée des accusés)
        4. Procès de Chelmno : en 1945 à Lódz (Pologne), puis 4 procès en Allemagne de 1962 à 1965, à Bonn, puis à Cologne (voir article Wikipédia en angl.)
        5. Procès de Neuengamme : principal procès à Hambourg, devant un tribunal militaire britannique, du 18 mars au 13 mai 1946 – voir "KZ Neuengamme" (article Wikipédia en all.)
        6. Procès de Mauthausen-Gusen : 1er procès à Dachau du 29 mars au 13 mai 1946 ; puis série de procès à Dachau de mars à octobre 1947 – voir "Mauthausen-Gusen camp trials" (article Wikipédia en angl.)
        7. Procès du Stutthof : 4 procès menés en Pologne par des tribunaux soviéto-polonais ou polonais, entre le 25 avril 1946 et le 29 novembre 1947 – voir article Wikipédia en fr.
        8. Procès de Flossenbürg : en 1946-1947 à Dachau – voir document original en angl. de 1947 ; liste des accusés en angl.
        9. Procès de Ravensbrück : 7 procès menés à Hambourg par les Britanniques, entre le 5 décembre 1946 et le 21 juillet 1948 (article Wikipédia en angl.)
        10. Procès de Buchenwald : à Dachau, du 11 avril au 14 août 1947  http://de.wikipedia.org/wiki/Buchenwald-Hauptprozess – voir extrait en all. des actualités allemandes Welt im Film (jusqu'à 1 min 37 s et de 2 min 52 s à 5 min, images taguées)
        11. Procès de Gross Rosen : du 12 août au 7 octobre 1947
        12. Procès de Mittelbau-Dora : à Dachau en 1947 – voir la liste des accusés
        13. Procès d'Oranienburg-Sachsenhausen : procès mené à Berlin par un tribunal militaire soviétique de fin octobre à novembre 1947 – voir « Sachsenhausen » (Encyclopédie multimédia de la Shoah)
        14. Procès d'Auschwitz : 1er procès du 24 novembre au 22 décembre 1947 à Cracovie, en Pologne (voir détail des 40 accusés et dépositions de trois témoins sur le site Sonderkommando.info, 2014 ; « Procès d'Auschwitz [1947] », article Wikipédia en fr.) ; 2e procès à Francfort du 20 décembre 1963 au 20 août 1965 (voir ci-dessous)
        15. Procès de Treblinka : début 1951 ; à Düsseldorf, du 12 octobre 1964 au 3 septembre 1965 ; en 1970 comparut Franz Stangl, ancien commandant des camps de Sobibór et Treblinka, extradé du Brésil le 22 juin 1967 – voir « Les procès de Treblinka », article du site Sonderkommando.info
        16. Procès de Belzec : au tribunal de grande instance de Munich, du 8 août 1963 au 21 janvier 1965 – voir l'article Wikipédia en fr.
        17. Procès de Sobibór : à Hagen (Allemagne) du 6 septembre 1965 au 20 décembre 1966 – voir "Sobibór trial" (article Wikipédia en angl.)
      • Les procès dans les pays occupés, par exemple en France : voir « Les procès pour crimes de guerre allemands en France après la Seconde Guerre mondiale », article de Claudia Moisel (2002) ; « Le procès et l'écriture de l'histoire », article de Jean-Paul Jean (2009)
        1. Procès Touvier, 1946, 1947, 1994 : Paul Touvier, ancien chef régional de la milice à Lyon, responsable de l'assassinat de Victor Basch, président de la Ligue des droits de l'homme, et de sa femme, ainsi que de l'exécution de sept otages juifs à Rillieux-la-Pape, est condamné à mort le 10 septembre 1946 et le 4 mars 1947, mais s'évade ; grâcié par le président Pompidou le 23 novembre 1971, il fait l'objet de plaintes pour complicité de crime contre l'humanité, d'une instruction judiciaire à partir de 1979, repart en cavale, est arrêté le 24 mai 1989 après une longue traque et son procès a lieu devant la cour d'assises de Versailles du 17 mars au 20 avril 1994 – voir « Paul Touvier » (article Wikipédia en fr.) ; « Verdict du procès de Paul Touvier », extrait du journal télévisé de France 3 du 20 avril 1994 (3 min 40 s) ; « Paul Touvier, le récit d'une fuite française », article de Boris Thiolay (2016)
        2. Procès Barbie, 1947, 1954, 1987
        3. Procès Bousquet, 1949 : voir « L'affaire Bousquet-Leguay-Papon : l'inculpation de trois hauts fonctionnaires français pour crime contre l'humanité », article de Jean-Pierre Husson (réseau Canopé)
          • 1949 : devant la Haute Cour de justice du 20 au 23 juin 1949, René Bousquet, ancien secrétaire général de la police du régime de Vichy du 18 avril 1942 au 31 décembre 1943, fut accusé du crime d'indignité nationale et d'actes de nature à nuire à la défense nationale, sans mise en valeur de son rôle dans les arrestations massives de Juifs, fut condamné à cinq ans de dégradation nationale, peine minimale et automatique en raison de son appartenance au gouvernement de fait de Vichy, mais aussitôt relevé de cette peine « pour avoir participé de façon active et soutenue à la résistance contre l'occupant » – voir « Robert Badinter raconte le procès de René Bousquet devant la Haute Cour de Justice en 1949 » (2011, 11 min 05 s) ; Bousquet fut même témoin en octobre 1954, lors du procès en France des Allemands Oberg et Knochen (source), avant d'être amnistié le 17 janvier 1958
          • Jean Leguay, représentant de Bousquet en zone occupée de mai 1942 à fin décembre 1943, fut le premier Français inculpé de « crime contre l'humanité » en 1979, notamment pour la rafle du Vél' d'Hiv', mais il mourut le 2 juillet 1989 avant le début de son procès ; l'ordonnance déclarant l'action publique éteinte, signée par le juge d'instruction du Tribunal de grande instance de Paris, le 11 septembre 1989, affirmait que relevait que « l'information [avait] permis d'établir [...] sa participation à des crimes contre l'humanité »
          • 1991 :Bousquet fut inculpé à son tour de crime contre l'humanité ; l'instruction n'était pas achevée quand il fut assassiné le 8 juin 1993, ce qui empêcha un 2e procès
        4. Procès d'Oradour, 1953 : à Bordeaux, a lieu du 12 janvier au 13 février 1953 le procès des bourreaux d'Oradour-sur-Glane, qui va créer une déchirure durable entre le Limousin et l'Alsace ; parmi les 21 accusés présents, en effet, aucun officier, seulement des exécutants, dont deux tiers d'Alsaciens, devenus Allemands en 1940, enrôlés dans les SS et ayant participé au massacre ; les Alsaciens sauf un jusqu'au-boutiste furent condamnés à des peines entre quatre et huit ans, mais très vite libérés une semaine plus tard grâce à une loi d'amnistie votée dans l'urgence par le Parlement, au nom de la réconciliation nationale ; d'un côté, l'Alsace a soutenu « ses treize enfants condamnés » et les « malgré-nous » en général, de l'autre, le Limousin et les résistants ont protesté contre l'amnistie et la clémence du verdict – voir « Le massacre d'Oradour » (2013) ; « Le procès d'Oradour », article de Jean-Pierre Rioux (1985) ; « Le procès d'Oradour en 1953 », émission radio de Jean Lebrun (2015, 29 min) ; « Le procès de Bordeaux et ses conséquences sur la mémoire des Malgré-Nous », article de Mireille Biret (2010)
        5. Procès du camp de Natzweiler-Struthof, 1954 : outre des procès en Allemagne entre 1945 et 1947, un procès est mené devant le tribunal militaire de Metz, du 15 juin au 2 juillet 1954 ; procès cassé en décembre 1954, repris devant le tribunal militaire de Paris, du 17 avril au 17 mai 1955 – voir « Les procès », site du Struthof
        6. Procès Papon, 1997-1998 : après plusieurs plaintes pour crimes contre l'humanité déposées en décembre 1981, Maurice Papon est poursuivi en 1983 pour avoir participé, en tant que secrétaire général de la préfecture de la Gironde du 1er juin 1942 à la Libération, à la déportation de 1 690 juifs, dont 200 enfants, de Bordeaux vers Auschwitz, et le procès a lieu devant la cour d'assises de Bordeaux du 8 octobre 1997 au 2 avril 1998 – voir « Procès Papon. Dans le bureau du secrétaire général de Bordeaux » et « Procès Papon. Aux côtés des disparus et des survivants », émissions de Fabrice Drouelle (2016, 2 x 59 min) ; « L'affaire Bousquet-Leguay-Papon : l'inculpation de trois hauts fonctionnaires français pour crime contre l'humanité », article de Jean-Pierre Husson (réseau Canopé) ; Procès Papon : les archives, site du quotidien Sud-Ouest (1997-1998) ; « Historique de l'affaire Papon », texte de l'avocat des parties civiles Gérard Boulanger ; « Affaire Papon : l'historique », chronologie détaillée de Jean-Marie Matisson, Éric Dahan, Annie Soum-Pouyalet et Ézéquiel Fernandez ; liste des déportés de Bordeaux ; conférence de Michel Zaoui, avocat de l'Amicale d'Auschwitz au procès Papon (1998) ; « Maurice Papon » (article Wikipédia en fr.) ; « Le procès Papon. Justice et temporalité », article de Guillaume Mouralis (2002) ; « Le procès Papon. Médias, témoin-expert et contre-expertise historiographique », article de Béatrice Fleury et Jacques Walter (2005)
    • Les procès menés par la justice allemande
      • Fin 1945, deux textes des Alliés stipulent que les crimes commis par des nazis contre des ressortissants étrangers relèvent de tribunaux alliés, alors que les crimes commis par des Allemands sur des compatriotes relèvent de la justice allemande : des tribunaux allemands fonctionnent donc dès 1945-1946 dans les différentes zones occupées par les Alliés en Allemagne, pour juger notamment des faits de répression à partir de 1933, de la Nuit de Cristal contre les Juifs en novembre 1938, des exactions de la fin du régime nazi après l'attentat manqué contre Hitler le 20 juillet 1944 ; dans les années 1950, peu à peu les tribunaux allemands se substituèrent aux tribunaux alliés, en RFA comme en RDA – voir « Le temps des procès », aperçu Google de l'ouvrage Le nazisme, régime criminel, dir. Marie-Bénédicte Vincent (2015) ; par exemple, le cinéaste Veit Harlan, blanchi par une commission de dénazification, est accusé en 1948 de complicité de crime contre l'humanité par quatre juristes allemands (c'est le seul cinéaste allemand faisant l'objet d'une telle accusation, en raison du Juif Süss), il est acquitté en première instance en avril 1949, puis en appel en avril 1950, et il réalise 9 films dans les années 1950 – voir « Le Film comme Crime : le cas Veit Harlan », article d'Emmanuelle Glon (2009)
      • Parmi les grands procès allemands pendant la guerre froide, plus nombreux grâce à la création en 1958 à Ludwigsburg de l'Office central pour l'élucidation des crimes du nazisme : le 2e procès du camp d'Auschwitz mené à Francfort, de fin 1963 à août 1965, avec pour procureur Fritz Bauer (voir le site en all. très riche "Der Frankfurter Auschwitz-Prozess", avec de nombreux témoignages sonores et documents ; le dossier en fr. du site Sonderkommando.info, dont trois témoignages retranscrits en fr.,partie 1 et partie 2 du sommaire en fr. du dévédérom en all. édité en 2004 par Digitale Bibliotek sous le titre Der Auschwitz-Prozeß, avec les archives écrites, sonores et photographiques du procès ; témoignages et interventions en partie retranscrits en all. sur le site du Fritz Bauer Institut) ; le film allemand Le Labyrinthe du silence (Im Labyrinth des Schweigens) de Giulio Ricciarelli (2014) retrace la ténacité qui fut nécessaire pour faire juger des responsables nazis – voir, sur le film, le dossier pédagogique en fr. de l'association Zéro de conduite et le dossier pédagogique en all. du Goethe Institut
      • Les procès continuent par intermittence dans l'Allemagne d'aujourd'hui, surtout contre des subalternes : volonté de ne pas déshumaniser les (anciens) exécutants du nazisme en ne voyant en eux que des monstres, ou volonté, à l'inverse, de ne pas les humaniser à l'excès par pitié pour leur âge avancé – il s'agit de les considérer comme des hommes et des femmes moralement et pénalement responsables, et donc relevant des tribunaux compétents pour des crimes imprescriptibles ; ainsi, de novembre 2009 à mai 2011, John Demjanjuk, ancien gardien ukrainien de Sobibor, a été jugé et condamné à Munich ; d'avril à juillet 2015, Oskar Gröning, surnommé par un raccourci inexact « le comptable d'Auschwitz » (il était responsable du triage et du comptage avant envoi à Berlin de l'argent pris aux déportés exterminés), a été jugé et condamné à Lüneburg ; de février à juin 2016, Reinhold Hanning, ancien gardien d'Auschwitz, a été jugé et condamné ; une dizaine de cas sont encore en instance – voir « Criminels nazis : "La traque n'est pas terminée" », interview en fr. du procureur général Kurt Schrimm, directeur de l'Office central pour l'élucidation des crimes du nazisme (2013) ; « Crimes du nazisme : pourquoi une justice si tardive ? », article de l'AFP (2016) ; « Allemagne : pourquoi des procès d'anciens nazis aussi tardifs », interview de Stefan Martens (2015) ; « La justice allemande juge des "seconds couteaux" du nazisme », article de Nathalie Versieux (2016)
    • Le procès Eichmann en Israël (1961) : voir « La recherche des coupables » et « Le procès Eichmann » (Encyclopédie multimédia de la Shoah) ; « Procès d'Eichmann à Jérusalem », dossier du site Sonderkommando.info (2009), avec des notes en fr. prises lors des témoignages ; « Les deux scènes du procès Eichmann », article de Sylvie Lindeperg et Annette Wieviorka (2008) ; sur Hannah Arendt et le procès Eichmann, voir ci-dessous « Les bourreaux, des hommes ordinaires ? »
    • La notion de génocide
    • Les bourreaux, monstres ou hommes et femmes ordinaires ? Crimes sans équivalent ou « banalité du mal » (Arendt) ?

Pour les déporté-e-s survivant-e-s : se reconstruire en tant qu'êtres humains

Pour les survivant-e-s : se reconstruire en tant qu'êtres humains

Penser et écrire l'humanité après les camps

Penser et écrire l'humanité après les camps

Textes officiels français sur la déportation et les déportés

Textes officiels français sur la déportation et les déportés

    • 9 novembre 1943 : Henri Frenay nommé à Alger (CFLN) commissaire aux Prisonniers, Déportés et (à partir du 18 novembre) aux Rapatriés. Il deviendra ministre en titre avec les mêmes responsabilités en septembre 1944 (GPRF) et le restera jusqu'en octobre 1945. Les attributions de ce commissariat seront définies par deux décrets du 8 décembre 1943 et du 2 avril 1944.
    • Arrêté du 7 novembre 1944 portant création d'une commission consultative pour l'étude des questions familiales et de la protection des enfants des prisonniers, déportés et réfugiés
    • Ordonnance du 22 novembre 1944 permettant l'inscription sur les listes électorales des militaires (sauf de carrière), réfugiés et déportés
    • Arrêtés du 30 novembre 1944 créant : une commission de reclassement des prisonniers de guerre, déportés et réfugiés appartenant aux professions libérales ; des commissions patronales interprofessionnelles nationale, régionales et départementales du commerce, de l'industrie et de l'artisanat pour la sauvegarde des intérêts des prisonniers de guerre, détenus ou déportés politiques et travailleurs déportés ou déplacés ; une commission agricole de reclassement des prisonniers, déportés et réfugiés (+ arrêté du 3 mai 1945) ; un comité permanent de la réintégration et de la réadaptation des prisonniers de guerre, déportés et réfugiés (+ arrêté du 3 mai 1945) ; une commission universitaire consultative des étudiants et des membres de l'enseignement prisonniers de guerre, déportés ou internés politiques, travailleurs en Allemagne ; une commission de reclassement des salariés prisonniers de guerre et déportés appartenant aux professions commerciales, industrielles et artisanales
    • Arrêté du 16 décembre 1944 définissant le statut des « Maisons du prisonnier et du déporté », qui ont pour mission d'assister moralement, socialement et matériellement les prisonniers et leur famille
    • Arrêté du 12 février 1945 organisant une commission d'Alsace et de Lorraine de la réintégration et de la réadaptation des prisonniers, déportés et réfugiés des départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle
    • Ordonnance n° 45-763 du 20 avril 1945 relative à la tutelle des enfants mineurs, confiée en cas de besoin aux services de l'État, quelle que soit leur leur nationalité – enfants dont le tuteur ou l'un des parents avait été déporté de France
    • Ordonnance n° 45-802 du 20 avril 1945 instituant le contrôle médical des prisonniers, travailleurs et déportés rapatriés
    • Arrêté du 30 avril 1945 prescrivant la vaccination obligatoire pour les personnes en contact avec les prisonniers, déportés et réfugiés
    • Ordonnance n° 45-875 du 1er mai 1945 relative à la réintégration, au réemploi et à la réadaptation des démobilisés, des prisonniers, déportés et assimilés (encore en vigueur)
    • Arrêté du 5 mai 1945 sur les attributions et le statut des médecins départementaux des prisonniers et déportés rapatriés
    • Ordonnance n° 45-948 du 11 mai 1945 réglant la situation des prisonniers de guerre, déportés politiques et travailleurs non volontaires rapatriés (encore en vigueur)
    • Ordonnance n° 45-1069 du 26 mai 1945 instituant une aide médicale temporaire en faveur des prisonniers et déportés (prolongée à 12 mois au lieu de 9, pour les déportés, par la loi n° 46-327 du 1er mars 1946)
    • Décret n° 45-1105 du 30 mai 1945 en application des art. 3 et 10 de l'ordonnance du 11 mai 1945 (indemnités de « congé de libération » et de « déportation »)
    • Décret n° 45-1217 du 7 juin 1945 sur la validation des examens subis et des études accomplies dans les camps de prisonniers de guerre et de déportés
    • Arrêté du 7 juin 1945 fixant les conditions générales des concours d'entrée dans les grandes écoles pour les anciens prisonniers, déportés et mobilisés
    • Décret n° 45-1832 du 14 août 1945 chargeant le ministre des prisonniers, déportés et réfugiés de la publication de l'historique de la captivité et de la déportation
    • Arrêté du 7 octobre 1945 nommant les membres de la commission des déportés et internés politiques et raciaux (historique de la captivité et de la déportation) – deux membres sont ajoutés par des arrêtés ultérieurs [un arrêté du 17 novembre 1945 nomme les membres de la commission analogue pour les prisonniers de guerre]
    • Ordonnance n° 45-2513 du 25 octobre 1945 sur la protection des intérêts des avocats démobilisés, prisonniers de guerre, déportés et assimilés
    • Arrêté du 20 novembre 1945 nommant les membres du secrétariat de la commission d'histoire de l'internement et de la déportation (deux membres sont ajoutés par des arrêtés du 10 décembre 1945 et du 28 février 1946)
    • Loi n° 46-445 du 18 mars 1946 accordant l'assistance judiciaire provisoire d'urgence aux prisonniers de la guerre 1939-1945, aux déportés et internés politiques, aux travailleurs requis et aux réfractaires au service du travail obligatoire, et, s'ils sont décédés ou disparus, à leurs conjoints, ascendants et descendants à charge 
    • Circulaire du 18 mars 1946 relative à la régularisation de l'état civil des prisonniers, déportés, travailleurs non rentrés 
    • Loi n°47-1650 du 28 août 1947 accordant aux déportés politiques de pouvoir être considérés comme des blessés de guerre et de relever des pensions militaires fondées sur le décès ou l'invalidité, comme c'était déjà le cas des membres de la Résistance depuis l'ordonnance n° 45-322 du 3 mars 1945
    • Décret n° 48-8 du 3 janvier 1948 (application d'une loi du 5 septembre 1947) sur la qualité de déporté politique, reconnue par les préfets 
    • Loi n° 48-1251 du 6 août 1948 établissant le statut définitif des déportés et internés de la Résistance, avec son décret d'application n° 49-427 du 23 mars 1949 et l'instruction du 3 février 1950 pour l'application des articles 7 et 8 de la loi n° 48-1251, elle-même modifiée pour son article 8 par la loi n° 50-729 du 24 juin 1950
    • Loi n° 48-1404 du 9 septembre 1948 portant définition du statut et des droits des déportés et internés politiques
    • Arrêté du 15 décembre 1949 fixant la liste des camps de concentration, considérés comme « situés en territoire exclusivement administré par l'ennemi »
    • Arrêté du 22 janvier 1951 listant les camps et prisons établis par les Japonais en Indochine, durant la guerre, et considérés comme lieux de déportation
    • Arrêté du 5 mai 1952 définissant la médaille de la déportation et de l'internement pour faits de résistance
    • Décret n° 53-103 du 14 février 1953 attribuant un pécule aux déportés et internés politiques
    • Décret n° 53-438 du 16 mai 1953 déterminant les règles et barêmes pour la classification et l'évaluation des invalidités résultant des infirmités et maladies contractées pendant l'internement ou la déportation (modifié par le décret n° 74-1198 du 31 décembre 1974, le décret n° 81-314 du 6 avril 1981)
    • Décret du 13 octobre 1953 relatif à l'édification d'un mémorial de la déportation au Struthof (modifié par un décret du 2 décembre 1954, le décret n° 61-69 du 14 janvier 1961, un décret du 13 juin 1962)
    • Loi n° 54-415 du 14 avril 1954 consacrant le dernier dimanche d'avril au souvenir des victimes de la déportation et morts dans les camps de concentration du IIIeReich au cours de la guerre 1939-1945 : « Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la déportation »
    • Arrêté du 10 mai 1954 supprimant les commissions départementales de contrôle des prisonniers, déportés et internés
    • Loi n° 54-751 du 19 août 1954 faisant bénéficier les Alsaciens, les Lorrains réfractaires à l'incorporation dans les formations militaires ou paramilitaires allemandes ou déserteurs de ces formations ainsi que leur famille, des dispositions de la loi n° 48-1251 du 6 août 1948 établissant le statut définitif des internés et déportés de la Résistance
    • Décret n° 60-1329 du 13 décembre 1960 autorisant une souscription nationale pour l'érection à Paris d'un monument à la mémoire des martyrs de la déportation
    • Décret n° 61-971 du 29 août 1961 portant répartition de l'indemnisation prévue en application de l'accord conclu le 15 juillet 1960 entre la République française et la République fédérale d'Allemagne, en faveur des ressortissants français ayant été l'objet de mesures de persécutions national-socialistes (avec un arrêté du 26 novembre 1963 pour l'application de l'article 10 du décret n° 61-971 en faveur des déportés victimes d'expériences pseudo-médicales)
    • Loi n° 70-594 du 9 juillet 1970 relative à la mise à parité des pensions des déportés politiques et des déportés résistants
    • Loi n° 85-528 du 15 mai 1985 sur les actes et jugements déclaratifs de décès des personnes mortes en déportation (version consolidée au 19 mai 2011) et la mention « Mort en déportation » (voir le décret d'application n° 88-66 du 7 janvier 1986, modifié par le décret n° 2009-1756 du 30 décembre 2009, et les centaines d'arrêtés qui en découlent : 29 janvier 2014, 24 décembre 2013, 20 décembre 2013, 3 décembre 2013, 5 novembre 2013, 4 octobre 2013, 13 septembre 2013, etc., depuis le premier arrêté du 28 avril 1986)

Résistance : France libre/France combattante et résistance intérieure

Résistance : France libre/France combattante et résistance intérieure

Fondations et associations

Fondations et associations

Musées et lieux de mémoire

Musées et lieux de mémoire

Autres sites sur la Résistance

Autres sites sur la Résistance