Concours National
de la résistance et de la déportation

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2017-2018

Article publié dans le journal Combat, 21 août 1944, page 1

Transcription

De la Résistance à la Révolution

 

   Il a fallu cinq années de lutte obstinée et silencieuse pour qu'un journal, né de l'esprit de résistance, publié sans interruption à travers tous les dangers de la clandestinité, puisse paraître enfin au grand jour dans un Paris libéré de sa honte. Cela ne petit s'écrire sans émotion. Cette joie bouleversée qu'on commence à lire sur le visage des Parisiens est aussi, et plus encore peut-être, la nôtre. Mais la tâche des hommes de la résistance n'est pas terminée. Il y a eu le temps de l'épreuve et nous en voyons la fin. Il nous est facile de donner son temps à la joie. Elle prend dans nos cœurs la place que pendant cinq années y a tenue l'espérance. Là aussi, nous serons fidèles. Mais le temps qui vient maintenant est celui de l'effort en commun. La tâche qui nous attend est d'un tel ordre et d'une telle grandeur qu'elle nous contraint de faire taire le cri de notre joie pour réfléchir aux destinées de ce pays pour lequel nous nous sommes tant battus. Au premier jour de sa parution publique, le dessein des hommes de « Combat » est de dire aussi haut et aussi net que possible ce que cinq années d'entêtement et de vérité leur ont appris sur la grandeur et les faiblesses de la France.

   Ces années n'ont pas été inutiles. Les Français qui y sont entrés par le simple réflexe d'un honneur humilié en sortent avec une science supérieure qui leur fait mettre désormais au-dessus de tout l'intelligence, le courage et la vérité du cœur humain. Et ils savent que ces exigences d'apparence si générale leur créent des obligations quotidiennes sur le plan moral et politique. Pour tout dire, n'ayant qu'une foi en 1940, ils ont une politique, au sens noble du terme, en 1944. Ayant commencé par la résistance, ils veulent en finir par la Révolution.

 

Ce que nous savons

Nous ne croyons ni aux principes tout faits ni aux plans théoriques. C'est dans les jours qui viendront, par nos articles successifs comme par nos actes, que nous définirons le contenu de ce mot Révolution. Mais pour le moment il donne son sens à notre goût de l'énergie et de l'honneur, à notre décision d'en finir avec l'esprit de médiocrité et les puissances d'argent, avec un état social où la classe dirigeante a trahi tous ses devoirs et a manqué à la fois d'intelligence et de cœur. Nous voulons réaliser sans délai une vraie démocratie populaire et ouvrière. Dans cette alliance, la démocratie apportera les principes de la liberté et le peuple la foi et le courage sans lesquels la liberté n'est rien. Nous pensons que toute politique qui se sépare de la classe ouvrière est vaine. La France sera demain ce que sera sa classe ouvrière.

 

Ce que nous voulons

   Voilà pourquoi nous voulons obtenir immédiatement la mise en œuvre d'une Constitution où la liberté et la justice recouvrent toutes leurs garanties, les réformes de structure profondes sans lesquelles une politique de liberté est une duperie, la destruction impitoyable des trusts et des puissances d'argent, la définition d'une politique étrangère basée sur l'honneur et la fidélité à tous nos alliés sans exception. Dans l'état actuel des choses, cela s'appelle une Révolution. Il est probable qu'elle pourra se faire dans l'ordre et dans le calme. Mais, de toutes façons, c'est à ce prix seulement que la France reprendra ce pur visage que nous avons aimé et défendu par-dessus tout.

   Bien des choses dans ce monde bouleversé ne dépendent plus de nous. Mais notre honneur, notre justice, le bonheur des plus humbles d'entre nous, cela nous appartient en propre. Et c'est par la sauvegarde ou la création de ces valeurs, par la destruction sans faiblesse d'institutions et de clans qui se sont attachés à les nier, la grandeur retrouvée.

Article publié dans Combat, 21 août 1944, page 1