Concours National
de la résistance et de la déportation

Des ressources pour participer
MENU

Selection

2017-2018

coll. Musée de la Résistance nationale / Champigny

Tract diffusé par le Conseil national de la Résistance au moment du débarquement en Normandie, juin 1944

 

 

 

 

 

Le texte annonce que la France entre dans une période douloureuse et rappelle les exactions commises par " l'envahisseur hitlérien " et " les collaborateurs ", en particulier " les miliciens du Waffen SS Darnand " (secrétaire d'Etat au Maintien de l'ordre de l'Etat français). Il insiste cependant sur la nécessité pour la France de participer à sa propre libération : " Non seulement nous sommes prêts à supporter tout ce qu'il faudra supporter, mais nous n'entendons pas rester bénéficiaires passifs d'une libération à laquelle nous n'aurions point de part. Les Français sont, depuis trop longtemps, des hommes libres, depuis trop longtemps une nation indépendante et grande pour accepter d'être affranchis par autrui, sons avoir fait tout ce qui dépend d'eux pour se sauver eux-mêmes. La France est un trop grand peuple pour accepter de recevoir l'aumône. Son indépendance, sa grandeur et tous ses droits, elle ne les recevra pas comme un cadeau, elle saura combattre pour les regagner. "

Transcription

Proclamation du Conseil national de la Résistance à la Nation française

 

   L'heure est venue des événements décisifs. La prodigieuse avance des armées soviétiques depuis un an, l'offensive victorieuse anglo-américaine en Italie, les terribles bombardements que nous avons subis ont rassemblé les conditions de l'ouverture du second front.

   Ce second front vient de s'ouvrir. Le débarquement a eu lieu.

   Quelles que soient les épreuves qui doivent en provenir pour nous, notre volonté de secouer le joug intolérable auquel la défaite et la trahison nous ont soumis est trop résolue pour que nous n'acceptions, pas avec la fermeté d'âme qui convient à des combattants les rudes semaines qui s'annoncent.

   Non seulement nous sommes prêts à supporter tout ce qu'il faudra supporter, mais nous n'entendons pas rester bénéficiaires passifs d'une libération à laquelle nous n'aurions point de part. Les Français sont, depuis trop longtemps, des hommes libres, depuis trop longtemps une nation indépendante et grande pour accepter d'être affranchis par autrui, sons avoir fait tout ce qui dépend d'eux pour se sauver eux-mêmes. La France est un trop grand peuple pour accepter de recevoir l'aumône. Son indépendance, sa grandeur et tous ses droits, elle ne les recevra pas comme un cadeau, elle saura combattre pour les regagner.

   L'avenir prépare, à n'en pas douter, de sévères mesures contre une Nation dont tout le zèle des collaborateurs ne l'a pas persuadé qu'elle fut acquise. Il sait les vrais sentiments de notre peuple. Il sait que, malgré les déportations et les exécutions, des millions de Français attendent l'instant de contribuer à son désastre. Il sait aussi que les forces dont il dispose sur notre territoire, si importantes qu'elles soient et si disposées à tout se permettre, ne sont ni aussi considérables ni aussi homogènes que l'affirme sa propagande. Entre lui et nous, le rapport des forces n'est pas celui que ses' serviteurs veulent faire croire. Il a des armes. Nous avons le nombre, la résolution, la volonté et la certitude de vaincre.

   Pour suppléer à la force véritable qui commence à lui faire défaut, l'ennemi a de plus en plus recours à la terreur Comme en Russie, comme en Pologne, comme en Yougoslavie, l'envahisseur hitlérien, soit disant si " correct ", pille, incendie, viole et massacre. Cela se passe non au bout du monde, mais dans les villes et les villages de chez nous-: à Ascq (Nord), à Figeac (Lot), à Nîmes (Gard), à St-Claude (Jura), dans l'Ain, dans la Haute-Savoie, dans la Corrèze, dans la Dordogne, dans l'Ardèche, dans la Creuse, partout, chez nous.

Des hommes infâmes, le pire gibier d'échafaud qui ait jamais osé parader au soleil, les miliciens du Waffen SS Darnand, font de leur mieux pour aider l'ennemi. Ce qu'ils peuvent contre nous est dangereux, mais ce que nous pouvons contre eux est immense.

   Quels que soient les plans de l'Etat-Major ennemi « et défiez-vous, à ce propos, des bruits alarmistes qui visent à briser vos nerfs » mettez-vous dans la tête qu'on ne met pas hors de combat un peuple qui n'est pas d'avance résigné à se laisser faire. Nous ne sommes plus en 1940 : cette fois nous saurons nous défendre.

   En face d'un plan hitlérien qui nous menace de mesures pouvant aller jusqu'à la réquisition des hommes et à l'extermination des suspects, le Peuple Français, conseillé par le patriotisme et par l'instinct de conservation, n'a qu'une attitude à prendre : résister.