Concours National
de la résistance et de la déportation

Des ressources pour participer

 Le transport parti de Compiègne le 6 avril 1944 et arrivé au KL Mauthausen le 8 avril 1944

 

 

Effectif recensé

1 489 hommes

Matricules extrêmes

61851à 63336

Situations

Evadés durant le transport

5

0,4 %

Décédés durant le transport

0

0,0 %

Décédés et disparus en déportation

763

51,2 %

Rentrés de déportation

667

44,8 %

Situations non connues

54

3,6 %

 

 Jeudi 6 avril 1944, vers 7 heures ; 1 489 hommes au moins1 quittent le camp d’internement et de transit de Royallieu (Frontstalag 122) proche de Compiègne. Après avoir traversé la ville, à pied, en silence et par rang de cinq, ils arrivent vers 8 heures à la gare de Compiègne située à plus d’un kilomètre du camp. Là, un train les attend, composé d’une douzaine de wagons à bestiaux sur lesquels est peinte la mention « Hommes : 40. Chevaux en long : 8 »2, encadrés par un wagon de voyageurs réservé à l’escorte militaire allemande, et par deux wagons plate-forme équipés de mitrailleuses.

En face de chaque wagon, les Allemands forment des groupes d’environ 80 hommes qui attendent en silence durant près d’une heure l’ordre d’y monter.

Des quatre transports directs allant de Compiègne à Mauthausen en 1943 et en 19443, celui du 6 avril est le dernier et le plus important.

Vers 10 heures, le train quitte Compiègne pour la gare de Mauthausen, en Autriche. En gare de Reims, il reste à quai durant près de trois heures. Les déportés en profitent alors pour griffonner sur des bouts de papier des messages qu’ils jettent par les interstices des parois de wagons et que les cheminots ramassent, et qu’ils tentent de faire parvenir à leurs destinataires4.

Le train passe ensuite par Thiaucourt (Moselle), Pagny-sur-Moselle (Meurthe-et-

Moselle), Novéant (Moselle), Metz (Moselle), puis Ludwigshafen (Rhénanie-Palatinat), Würzburg, Nuremberg, Regensburg et Passau (Bavière), enfin Linz et Mauthausen (Autriche). Dans des fourgons dont toutes les ouvertures sont obturées, c’est un terrible voyage de trois jours et deux nuits que ces hommes subissent, entassés pêle-mêle, sans nourriture et dans le froid5.

En dépit des menaces de représailles des Allemands, en cas de tentatives d’évasion, et des tensions que ces dernières créent entre déportés dans les wagons, plusieurs d’entre eux, parmi les plus jeunes, cherchent à déchausser le plancher et à s’évader. Cinq y parviennent, dont 2 à Thiaucourt, 2 à Pagny-sur-Moselle. Aussi, en pleine nuit du 6 au 7, à Novéant, tous les déportés sont éjectés de leurs wagons et doivent se mettre nus, leurs vêtements étant entassés dans deux wagons vidés de leurs occupants. Ils continuent donc, à 120 par wagon, et dans l’odeur pestilentielle qui règne. En gare de Würzburg seulement, quelques infirmières de la Croix-Rouge allemande sont autorisées à donner à boire aux déportés.

Le 8 avril, vers 17 heures, le train arrive en gare de Mauthausen. Accueillis par des SS, accompagnés de chiens, les déportés doivent s’habiller à la hâte de défroques ramassées sur le quai. Ils montent vers le camp, encadrés tous les dix mètres par ces SS et leurs chiens, traversant le village dont les habitants les regardent, silencieux. Une ambulance ramasse ceux qui sont morts dans le train, les invalides, puis les traînards. L’arrivée au camp a lieu vers 19 heures. Après de longues opérations de comptage qui durent toute la nuit, vers 5 heures du matin, les déportés reçoivent l’ordre de se déshabiller, puis d’entrer dans la salle de douches6.

Résistants pour la plupart, auxquels sont mêlés des otages, des communistes

et quelques droit commun7, ces hommes, de tous les âges, sont de toutes les régions de France. Le plus âgé a 74 ans, et si 200 d’entre eux n’ont pas vingt ans, les 2 plus jeunes ont respectivement tout juste 15 et 16 ans ; 9 autres, à peine 17 ans. La majorité est arrêtée entre novembre 1943 et mars 1944, soit lors de tentatives de franchissement de la frontière espagnole, soit en tant qu’otages au cours de rafles de représailles comme celles du 14 février à Cluny (Saône-et-Loire), du 19 février puis des 13 et 20 mars à Grenoble, du 14 mars à Cublac (Corrèze) et Terrasson (Dordogne) ; soit encore lors d’opérations de démantèlement de réseaux ou de maquis.

Parmi ces arrestations, les plus importantes sont celles qui ont lieu en Dordogne en février 1944, en Ille-et-Vilaine en octobre et en décembre 1943 contre le réseau Buckmaster, en Isère, mais aussi dans le Puy-de-Dôme, la Saône-et-Loire, la Savoie, la Seine, le Jura, le Loiret, la Mayenne à Craon contre le groupe Marie-Odile du réseau Turma Vengeance, sans oublier la région Sud-Est. En effet, un important convoi arrive à Compiègne directement de Marseille, quelques jours avant le 6 avril : il est composé de personnes enfermées dans les prisons des Baumettes et de Saint-Pierre, maquisards arrêtés lors du démantèlement des maquis situés aux alentours de Banon, et habitants de cette bourgade qui les ont aidés d’une manière ou d’une autre.

Parmi tous les déportés de ce transport, il y a Pierre Mercier, dit Maxime, qui vient d’arriver à Compiègne le 23 mars, après avoir passé six mois en cellule à la prison de la caserne du 92e RI de Clermont-Ferrand. Faisant partie des Forces françaises libres (FFL), membre du réseau Mithridate, il est le chef militaire des maquis de la 6e région du mouvement Combat (Auvergne). Le 16 octobre 1943, il est arrêté avec 2 officiers anglais alors qu’il organise une opération de parachutage, sur la base de renseignements donnés par un de ses camarades au cours d’interrogatoires de la Gestapo. Condamné à mort par un tribunal militaire, sa peine est par la suite commuée, comme celle d’autres internés, en une déportation dans un KL. Arrivé au KL Mauthausen le 8 avril 1944, il est ensuite gazé à Hartheim le 2 septembre8.

Plus de la moitié des déportés de ce transport sont transférés au Kommando de Melk et près de 300 vers celui de Gusen ; ils restent donc rattachés au KL Mauthausen9. Au moins 20 autres sont envoyés vers le KL Auschwitz10, alors que, par la suite, hormis l’abbé Varnoux, la majorité des ecclésiastiques catholiques et protestants, dont le père Riquet, sont transférés au KL Dachau11.

Parmi les 763 décédés ou disparus, en déportation, 122 déportés de ce transport, soit 8 %, sont exterminés en chambre à gaz, à Hartheim.

 

 

Article de Claude Mercier, dans Fondation pour la mémoire de la Déportation,

Livre mémorial des déportés de France arrêtés par mesure de répression

et dans certains cas par mesure de persécution 1940-1945,

Editions Tirésias, 2004, tome II, pages 354-355.

 

Notes :

1 Aucun décès survenu lors du transport n’a pu être recensé.

2 Sur ce transport, voir notamment Cimetières sans tombeaux... de Gilbert Dreyfus (Gilbert Debrise), La Bibliothèque française.

3 Se reporter aux notices des points I.93., I.94., I.191.

4 Voir le dépôt d’un message fait au Musée de l’Armée par Claude Mercier (partie : Deuxième Guerre mondiale).

5 Témoignage de Roger Fleury, dans Mémoire de déportés, édité par le Conseil général de l’Isère.

6 Voir le témoignage de René Chinour (article de Ouest-France) et de Maurice Delfieu (Récits du revenant, Mauthausen-Ebensee 1944-1945, Publication de l’indicateur universel des PTT, 1947) et de Pierre Saint Macary.

7 Les motifs d’arrestation sont connus dans près de 18 % des cas.

8 Voir la notice sur les morts en chambres à gaz en introduction du Livre-Mémorial.

9 Les lieux de transfert après le KL Mauthausen, sont connus dans près de 95 % des cas.

10 Ils sont intégrés à un transport de 1 120 personnes, considérés comme des ouvriers spécialisés, et envoyés dans ce KL le 1er décembre 1944, ou` ils sont immatriculés dans la série des « 201 000 ». Une copie de cette liste et une note sur ce transport figurent dans le Mémorial des Français non-juifs déportés à Auschwitz, Birkenau et Monowitz, réalisé par Henry Clogenson et Paul Le Goupil.

11 Résistant de Combat, du réseau Comète, il adresse à l’assemblée des cardinaux et archevêques la suggestion de prendre en charge les familles des victimes du second statut des juifs. Arrêté le 17 janvier 1944, il est libéré de Dachau le 29 avril 1945. A son retour, il joue un rôle important au sein des associations de déportés.