Concours National
de la résistance et de la déportation

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Le Sénan Clet Chevert, engagé volontaire dans les Forces navales françaises libres, mort à 92 ans le 9 mai 2013 – c’était l’un des derniers survivants des marins-pêcheurs ayant quitté l’île de Sein pour l’Angleterre entre le 19 et le 26 juin 1940.

Premier départ de pêcheurs de l’île de Sein vers l’Angleterre

L’île de Sein, environ 1 200 habitants à la veille de la déclaration de guerre, est située en face de la pointe du Raz (Finistère). Une bonne partie des hommes ont été mobilisés, rejoignant leurs unités d’affectation sur le continent. À l’inverse, une petite garnison d’une vingtaine de militaires est venue s’installer sur l’île dès septembre 1939. Deux fois par semaine, le bateau Ar Zenith transporte les passagers et le courrier entre Sein et le port d’Audierne. Le 19 juin, Ar Zenith rentre d’Audierne chargé d’une centaine de passagers, surtout des militaires, ainsi que des jeunes du Cap Sizun voulant passer en Angleterre. Fait inhabituel, le bateau reprend la mer le soir même pour l’île d’Ouessant avec les 75 passagers militaires, tandis qu’un autre bateau, la Velléda, qui ravitaille d’habitude les gardiens de phare, l’accompagne avec à son bord 32 civils. Or, le lendemain, seule la Velléda revient : les autorités militaires d’Ouessant ont en effet ordonné au patron d’Ar Zenith, Jean-Marie Menou, et à ses trois hommes d’équipage, la veille au soir, de gagner Plymouth avec les passagers militaires et civils – un aller sans retour. C’est ainsi que les quatre premiers Sénans sont partis pour l’Angleterre : ils seront parmi les premiers engagés de la France libre et ne reviendront à Sein qu’après la fin de la guerre.

Le 21 juin, dans la soirée, Henri Thomas, maître du phare d’Ar-Men et détenteur de l’un des quatre postes TSF de l’île, fait savoir au bourg qu’un général français a parlé à la radio anglaise et qu’il doit le faire encore le jour suivant. Des habitants se rassemblent donc le 22 juin devant la radio de l’hôtel de l’Océan et écoutent à 11 heures le discours du général de Gaulle. Des groupes de jeunes îliens, qui ont appris que des bateaux ont quitté le Finistère pour l’Angleterre, envisagent de partir. Le lendemain parvient l’annonce de l’armistice, signé la veille. Le maire Louis Guilcher reçoit par téléphone de la préfecture de Quimper, le 24 juin, l’ordre d’y mener les militaires présents et d’organiser le recensement des hommes valides de 18 à 60 ans. Le maire et l’abbé Louis Guillerm se concertent, puis ce dernier organise une réunion, avec notamment Jean-Marie Porsmoguer et Prosper Couillandre, patrons de la Velléda et du bateau le plus grand de l’île, le Rouanez-Ar-Mor. Le départ des deux bateaux est décidé pour le soir même à 22 heures. Bien des volontaires ne peuvent partir faute de place. Le lendemain se passe à préparer d’autres bateaux : le Rouanez-Ar-Peoc’h de François Fouquet, le Corbeau-des-mers de Pierre Couillandre et la Maris-Stella de Martin Guilcher – ils quittent Sein le 26 la nuit venue, des avions allemands survolant l’île de jour.

114 hommes sont ainsi partis les 24 et 26 juin, dont à bord du Rouanez-Ar-Peoc’h Clet Chevert, qui a notamment servi sous les ordres de Philippe de Gaulle en 1942 et qui est décédé le 9 mai 2013 à l’âge de 92 ans (voir ci-dessus sa photographie de jeune engagé dans les FNFL). Dans l’intervalle, le 25, quatre Sénans ont aussi gagné l’Angleterre depuis Brest à partir d’un navire marchand. Six îliens, individuellement, ont effectué une démarche analogue à partir d’autres ports. Cinq autres marins pêcheurs de l’île de Sein, occupée par les Allemands début juillet 1940, réussiront à rallier les côtes anglaises le 3 octobre 1943. Au total, ce sont, outre les 24 militaires de la garnison, 133 civils de Sein, de 14 à 54 ans, qui ont rejoint la France libre, dans les Forces navales françaises libres – ou ailleurs : l’un fut capitaine au BCRA, un autre combattit à Bir Hakeim, un autre encore débarqua le 6 juin 1944 au sein du commando Kieffer, tel autre enfin fera partie de la 2e DB. Vingt-deux d’entre eux sont morts au combat.

Le général de Gaulle qui, réunissant début juillet 1940 à Londres les 400 volontaires français l’ayant rejoint, aurait constaté que « l’île de Sein est donc le quart de la France ! » après avoir salué chacun d’eux, nommera l’île Compagnon de la Libération le 1er janvier 1946 et viendra lui remettre la croix de la Libération le 30 août : « Devant l'invasion ennemie, s’est refusée à abandonner le champ de bataille qui était le sien : la mer. A envoyé tous ses enfants au combat sous le pavillon de la France Libre devenant ainsi l’exemple et le symbole de la Bretagne tout entière. »

 


 

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