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Le port de Boulogne après le bombardement du 15 juin 1944.

300 bombardiers au-dessus du port de Boulogne

Dans la soirée du 15 juin 1944, 297 appareils de la Royal Air Force mènent un raid contre le port de Boulogne-sur-Mer, l’une des sept forteresses du Mur de l’Atlantique (avec Dunkerque, Calais, Le Havre, Cherbourg, Saint-Malo et Brest). 12 Mosquitos larguent des fusées éclairantes rouges pour éclairer les cibles, puis, de 22 h 35 à 23 h 10, les bombardiers lâchent leurs bombes dans un certain désordre en raison des mauvaises conditions météorologiques. Notamment de nouvelles bombes géantes surnommées "Tallboys", destinées à perforer les bunkers.

Le nombre de victimes est élevé, près de 200 morts et autant de blessés, les dégâts sont considérables. Si la vieille ville fortifiée, sur les hauteurs, est épargnée, le port, les quartiers populaires qui l’entourent et le centre ville sont à peu près complètement détruits.

Pourquoi un tel raid massif ? Outre les cibles militaires évidentes – notamment la base allemande, transformée en bunker géant, de vedettes rapides lance-torpilles S-Boote (Schnellboote) –, on considère aujourd’hui que ce bombardement, comme d’autres opérations menées par la RAF au-dessus du Pas-de-Calais avant et après le débarquement sur les côtes normandes, s’est surtout inscrit parmi les nombreuses mesures d’intoxication de l’état-major allemand (le plan « Fortitude Sud »), afin de continuer à le convaincre que le 6 juin n’était qu’un leurre préludant à l’invasion principale – qui serait menée au plus près des côtes anglaises au nord de la France et en Belgique. Ceci pour contribuer à fixer loin du champ de bataille en Normandie, le plus longtemps possible, les forces allemandes massées dans le Nord , en particulier les 230 000 hommes de la XVe armée, l’armée allemande la plus nombreuse du front Ouest, dont l’état-major était installé à Tourcoing.

Des 400 à 500 bombardements que connurent Boulogne et ses environs pendant la Seconde Guerre mondiale, et surtout de juin à septembre 1944, celui du 15 juin 1944 est le plus important. Libérée le 17 septembre 1944, la ville fut déclarée sinistrée à 85 % : sur les dix mille immeubles recensés avant guerre, 5 200 étaient détruits, 4 000 très endommagés. De fait, la ville qui comptait plus de 52 000 habitants en 1939, n’en avait plus que 16 000 en 1945, avant de voir sa population croître de nouveau (35 000 habitants en 1954, 43 000 aujourd’hui).

Laissons le dernier mot à deux Boulonnais, J. et Mary Murat, qui écrivent le 7 février 1945 à des amis de Birmingham, en Angleterre : « C’est sûrement avec émotion que vous retrouverez Boulogne, si terriblement éprouvée par les quatre années de guerre. C’est la ville de France qui a connu le plus de bombardements aériens. Ceux de mai et du 15 juin 1944 ont été effroyables. Des rues entières ont été détruites par les torpilles et les bombes incendiaires. Et les combats qui ont précédé notre délivrance ont considérablement augmenté les ruines. Aux cimetières, qu’il s’agisse de celui de l’Est, de celui de Capécure ou de celui de Saint-Pierre, les tombes des victimes des raids sont nombreuses. Certes, nous avons payé notre lourd tribut à la guerre, mais la plupart des Boulonnais, tout en pleurant les morts, n’en sont pas moins demeurés anglophiles, et les Boches le savaient bien. Avec quelle peine nous suivions des yeux en septembre et en octobre 1940 les formations aériennes allemandes qui allaient pilonner Londres, Coventry, Birmingham. Mais la vieille Angleterre, alors que tout croulait autour d’elle, a splendidement résisté, et c’est en grande partie grâce à son indomptable courage que nous sommes libres. Et c’est en toute sincérité que nous crions : “England for ever !” ».

 


 
Pour en savoir plus
  • Boulogne-sur-Mer sous les bombes – bombardement du 15 juin 1944, de Stéphane Thomas, 2008. Recueil de vingt photos familiales de la ville de Boulogne au lendemain du 15 juin 1944.

  • Cinq photos de la ville de Boulogne-sur-Mer après le bombardement du 15 juin 1944.

  • « L’horrible soirée des Grands-Garçons », de Robert Dehon, article en ligne. Douze Lancasters firent usage ce 15 juin des nouvelles bombes « Tallboys » (à raison d’une par avion), bombes géantes de 5,5 tonnes utilisées pour la première fois près de Saumur dans la nuit du 8 au 9 juin et destinées à perforer les bunkers (voir aussi sur le site de la RAF, en anglais, à la date du 15 juin 1944).