Concours National
de la résistance et de la déportation

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Albert Fossey, « commandant François », chef des FFI de la Creuse et du sud du Cher, libère Guéret du 7 au 9 juin 1944, à la tête des maquis de la Creuse.

Tulle, Guéret et Saint-Amand-Montrond libérées provisoirement par les maquisards

Rappelons le discours du général de Gaulle à la BBC, le 6 juin, pour saluer le Débarquement : « […] Voici venu le choc décisif, le choc tant espéré. Bien entendu, c'est la bataille de France et c’est la bataille de la France ! […] La France est debout pour y prendre part. Pour les fils de France, où qu’ils soient, le devoir simple et sacré est de combattre par tous les moyens dont ils disposent. […] Cette bataille, la France va la mener avec fureur. Elle va la mener en bon ordre. […] Pour la nation qui se bat, les pieds et les poings liés, contre l’oppresseur armé jusqu’aux dents, le bon ordre dans la bataille exige plusieurs conditions. La première est que les consignes données par le gouvernement français et par les chefs français qu’il a qualifiés pour le faire soient exactement suivies. La seconde est que l’action menée par nous sur les arrières de l’ennemi soit conjuguée aussi étroitement que possible avec celle que mènent de front les armées alliées et françaises. Or, tout le monde doit prévoir que l'action des armées sera dure et sera longue. C’est dire que l’action des forces de la Résistance doit durer pour aller s’amplifiant jusqu’au moment de la déroute allemande. […] » « Combattre par tous les moyens », « avec fureur », certes, mais « en bon ordre » et en devant « durer pour aller s’amplifiant » : l’incitation à agir par les armes contre l’occupant est forte, mais lucide et raisonnée, voire prudente.

De fait, la dernière instruction militaire approuvée par de Gaulle, en date du 16 mai 1944 et intitulée « Instruction sur l’emploi de la Résistance sur le plan militaire au cours des opérations de libération de la métropole », définissait une action « progressive et dosée » et visait à éviter une multiplication d’actions insurrectionnelles spontanées, en particulier en milieu urbain. En dehors des opérations de harcèlement contre les mouvements des forces allemandes, les FFI devaient attendre que les Alliés prennent pied au Nord-Ouest et au Sud-Est, créent une tête de pont solide et lancent l’offensive en profondeur dans le territoire français, avant de mettre en œuvre des actions d’envergure de type guérilla ou soulèvement dans les zones Sud-Ouest/Centre et Savoie/Dauphiné/Jura.

Or, le 2 juin, les chefs du SOE britannique (Special Operations Executive), contrairement aux décisions qu’ils avaient prises le 20 mai avec l’état-major du général Koenig, commandant en chef des FFI, conformes à l’instruction du 16 mai et transmises par émetteurs radio dans la France occupée, élargirent les messages d’action lancés par la BBC le 5 juin : non seulement ont été envoyés ceux qui lançaient la Résistance intérieure dans les actions de sabotage des voies ferrées (plan Vert), des moyens de communication de l’ennemi (plan Violet), des lignes électriques à haute tension (plan Bleu) – en ralentissant les déplacements des renforts allemands vers la Normandie (plan Tortue) –, mais aussi ordre fut donné à tous les réseaux de déclencher des actions massives sur l’ensemble du territoire, afin de plonger le haut-commandement allemand dans la confusion et l’incertitude sur le lieu réel du Débarquement. Bref, il y eut en même temps deux types de mots d’ordre contradictoires.

Les mouvements et les maquis attendent depuis si longtemps le Débarquement tant espéré que certains n’hésitent pas à aller au-delà des consignes précises et ponctuelles des plans Vert, Bleu ou Violet. C’est ainsi que là où existent des maquis puissants, le passage à l’acte s’apparente à l’insurrection que de Gaulle a appelée souvent et de longue date de ses vœux dans ses allocutions radiodiffusées – par exemple le 18 avril 1942 : « La libération nationale ne peut être séparée de l’insurrection nationale » –, mais qui, à Londres, n’est plus le mot d’ordre au 6 juin :

  • Des milliers de maquisards par exemple commencent à affluer au Vercors.

  • À Tulle, 1 800 maquisards FTP de Corrèze, dirigés par Jacques Chapou, dit « Kléber », attaquent la garnison allemande le 7 juin au matin (le même Chapou, en avril 1944, avait « libéré » pendant une trentaine d’heures la ville de Cajarc dans le Lot) ; ils réussissent à s’emparer de la ville le lendemain soir, alors qu’au même moment approchent les Panzers de la 2e division blindée SS Das Reich, qui reprend Tulle pendant la nuit ; surpris, les résistants se replient – ils ne seront maîtres du département que le 16 août suivant.

  • À Guéret, Albert Fossey, « commandant François », le chef des FFI de la Creuse et du sud du Cher, et ses 2 000 hommes se déploient du 7 au 9 juin, puis ils doivent quitter la ville, cédant devant la contre-attaque d’un bataillon de la division Das Reich – mais ils continuent la guérilla dans la Creuse, jusqu’à la libération définitive de Guéret le 25 août 1944.

  • À Saint-Amand-Montrond (Cher), c’est dans la nuit du 6 au 7 juin que des résistants de Combat, dirigés par Daniel Blanchard et René Van Gaver, alliés aux FTP de Marcel Lalonnier, « colonel Hubert », mènent une opération commando, mais dans la soirée du 7, ils évacuent la ville, libérée seulement le 11 septembre 1944, et une partie d’entre eux trouvent refuge entre-temps dans la Creuse, sur l’ordre d’Albert Fossey.

Les représailles de l’occupant sont terribles :

  • À Tulle, le 9 juin, en fin d’après-midi, parmi 3 000 hommes otages âgés de 16 à 60 ans, ce sont notamment les 99 civils pendus à des lampadaires, des arbres ou des balcons, pour terroriser les autres habitants, ainsi que, le lendemain, 360 personnes internées à Limoges, dont 149 hommes déportés au camp de concentration de Dachau (48 seulement en reviendront en 1945).

  • À Saint-Amand-Montrond, des civils sont exécutés, puis, au cours d’une rafle dans la nuit du 21 au 22 juillet, la milice et la police allemande arrêtent 76 juifs, pour la plupart Alsaciens ou Lorrains réfugiés à Saint-Amand depuis la drôle de guerre, dont 36 sont jetés vivants dans des puits près de Bourges.

  • À Guéret, une centaine d’otages sont conduits fin juin à Limoges, interrogés sans ménagement, certains condamnés à mort, mais ils seront sauvés par le repli des troupes allemandes. En revanche, le 9 juin même, 31 jeunes maquisards sont exécutés à Janaillat (massacre de Combeauvert) dans l’arrondissement de Guéret, par le régiment Der Führer de la 2e division blindée SS Das Reich qui sévira le lendemain à Oradour-sur-Glane.

Déjà, le 7 juin 1944 a vu se produire des exactions perpétrées à l’ouest d’Agen (Lot-et-Garonne) par ce même régiment Der Führer. Le 6 juin au soir, un milicien a dénoncé à la Gestapo d’Agen un résistant, arrêté à l’aube du 7 juin et qui parle sous la contrainte. Une série d’arrestations s’ensuit et une colonne SS mène une expédition punitive contre le château de Laclotte (village de Castelculier) où est installé un PC de la Résistance : deux résistants sont tués, qui ont couvert la fuite de leurs camarades, et quatre otages exécutés, dont deux garçons de 15 et 17 ans. Puis la colonne se dirige vers le village de Saint-Pierre de Clairac, où onze victimes supplémentaires sont à déplorer : deux otages et neuf résistants. À noter que le 9 juin, la Gestapo arrêtera à Agen le préfet, l’évêque et le maire.

D’autres exactions meurtrières ont lieu ailleurs en France depuis le débarquement du 6 juin contre des résistants, des prisonniers alliés, des civils, avec un paroxysme le 10 juin, dont Oradour-sur-Glane est l’épisode le plus tragique. De fait, dès le 10 juin, avec les informations en sa possession, le général Koenig lance-t-il depuis l’Angleterre l’ordre par télégramme secret de « freine[r] au maximum activité guérilla STOP Impossible actuellement vous ravitailler en armes et en munitions en quantité suffisante STOP Rompre partout contact dans mesure du possible pour permettre phase réorganisation STOP Évitez gros rassemblements Formez petits groupes isolés. » Bref, l’instruction militaire du 16 mai doit être appliquée strictement, l’heure n’est pas venue de guérillas intensives, encore moins de l’insurrection nationale. Cet ordre ne sera que partiellement suivi…

 


 

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