Concours National
de la résistance et de la déportation

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Le capitaine de corvette Philippe Kieffer à la tête de ses fusiliers marins commandos, premiers et seuls Français à débarquer le 6 juin 1944.

Fortitude, Overlord, Neptune, D-Day, jour J

Neptune est le nom de code du débarquement en Normandie de troupes britanniques, américaines et canadiennes – la première journée étant baptisée le D-Day (jour J). Neptune est la première phase – l’assaut – de l’opération globale Overlord, qui vise à ouvrir un nouveau front à l'ouest de l'Europe. Une opération préparée par Bodyguard, un ensemble de désinformations ayant pour but commun d’intoxiquer le haut-commandement allemand sur les véritables intentions des Alliés en Europe de l’Ouest : tout est fait par les services secrets britanniques pour faire croire à Berlin que les Alliés vont débarquer en Norvège ou – et c’est l’opération Fortitude South – dans le Pas-de-Calais, et à une autre date que le 6 juin. Même après le débarquement en Normandie, il s’agira encore d’accréditer un simple leurre, l’opération principale restant à venir à la frontière franco-belge. Chose étrange : l’armée allemande a encerclé les troupes alliées dans la nasse de Dunkerque en juin 1940. En juin 1944, le piège s’est retourné, le haut état-major de la Wehrmacht s’étant enfermé mentalement dans l’hypothèse du Nord–Pas-de-Calais : pour Hitler, Neptune n’était qu’une diversion, l’attaque principale devant lui succéder dans le Nord…

Chronologie des préparatifs

L’opération Overlord est préparée concrètement à partir de la conférence de Téhéran, fin 1943 – six mois seulement pour mettre sur pied une armada et des moyens gigantesques :

  • 28 février 1942 : Eisenhower, alors chef de la Division des plans de guerre à Washington, remet au chef d’état-major américain des armées une note qui prône un débarquement en Europe du Nord-Ouest. Un mois plus tard, il prévoit le débarquement pour le printemps 1943.

  • 14-24 janvier 1943 : à la conférence de Casablanca, Churchill et Roosevelt estiment le débarquement non réalisable en 1943.

  • Fin mars 1943 : près de 60 000 soldats américains seulement sont cantonnés au Royaume-Uni.

  • 12-25 mai 1943 : conférence de Washington, où l’opération principale de 1944 est baptisée Overlord (« suzerain »), elle se voit allouer 29 divisions et elle est programmée pour le 1er mai 1944.

  • 14-24 août 1943 : le choix à la conférence de Québec se porte sur la Normandie (secteur ouest pour les Américains, secteur est pour les Britanniques et les Canadiens), avec en complément un débarquement en Provence (Anvil). L’hypothèse de la construction de deux ports artificiels est posée, les grands ports des côtes françaises étant très solidement défendus par l’armée allemande.

  • 20 novembre 1943 : l’opération de désinformation Fortitude est conçue pour « faire croire au commandement allemand que l’assaut principal et les renforts visent le Pas-de-Calais […] ; maintenir l’ennemi dans l’ignorance quant à la date et l’heure du véritable assaut ; pendant et après le véritable assaut, maintenir le plus de forces aériennes et terrestres allemandes dans ou à l’est du Pas-de-Calais pendant au moins quatorze jours ».

  • 28 novembre-1er décembre 1943 : à Téhéran, Roosevelt et Staline font alliance pour forcer Churchill – qui préférait privilégier les opérations en Méditerranée (Tunisie, Italie) et dans les Balkans, afin de défendre les intérêts impériaux britanniques, et traînait donc les pieds pour Overlord –, à s’engager dans la préparation du Débarquement, destiné à alléger l’effort de guerre soviétique (intérêt de Staline) tout en limitant l’expansion soviétique à l’Ouest (intérêt de Roosevelt). Staline, le 29, exige que les chefs alliés confirment la date du Débarquement, désignent le commandant en chef d’Overlord et mettent sur pied un débarquement secondaire dans le Midi de la France.

  • 24 décembre 1943 : Roosevelt annonce à la radio qu’Eisenhower (Ike) est nommé commandant suprême des forces alliées pour l’Europe occidentale.

  • 31 décembre 1943 : environ 770 000 Américains stationnent au Royaume-Uni.

  • 17 janvier 1944 : désormais à Londres, Eisenhower organise son commandement en créant le SHAEF (Supreme Headquarters, Allied Expeditionary Force), un haut état-major anglo-américain, responsable de la coordination, de la planification et du contrôle d’ensemble de l’opération.

  • 1er février 1944 : le plan de Neptune, le Débarquement lui-même, est mis au point – cinq divisions lancées sur cinq secteurs formant un front de 80 km du Cotentin à Cabourg. La date prévue, le 1er mai, est reportée au 1er juin. Le principe d’ensemble consiste à écraser l’ennemi par la force numérique des hommes et des matériels. D’où deux impératifs après le jour J : au plan logistique, transporter sans relâche les renforts de troupes et de matériels des côtes anglaises vers la Normandie (la prise de Cherbourg et la création de ports artificiels sont donc une nécessité) ; à l’inverse, au plan stratégique, freiner au maximum l’acheminement des renforts allemands vers le théâtre d’opérations (intoxication sur le Pas-de-Calais, bombardements aériens des ponts et nœuds ferroviaires et sabotages des voies ferrées et des communications par la Résistance sont les trois armes clés).

  • 12 février 1944 : le CCS (Combined Chief of Staffs, le grand état-major allié de Washington) fixe les trois objectifs d’Overlord : s’emparer d’une « aire de logement », une zone continue servant de base logistique pour mener les opérations terrestres et aériennes depuis le continent et non plus depuis le Royaume-Uni ; pénétrer au cœur industriel de l’Allemagne (Sarre et Ruhr) ; détruire l’armée allemande.

  • 21 mars 1944 : le débarquement Anvil en Provence est décalé après Overlord.

  • 31 mars 1944 : plus d’un million et demi de soldats et aviateurs américains sont au Royaume-Uni. En tout, de début 1942 au 8 mai 1945, ils furent trois millions à passer par les îles Britanniques.

  • 8 mai 1944 : Eisenhower reporte le jour J du 1er au 5 juin.

  • 4 juin 1944, 4 h 15 du matin : Eisenhower décide un nouveau report, cette fois de vingt-quatre heures, en raison du temps exécrable.

  • 5 juin 1944, 4 h 30 : « Let’s go ! » (Eisenhower).

 

Participations françaises

Les Forces françaises libres furent à peu près ignorées par le commandement allié le jour J. Trois exceptions : les forces spéciales françaises aéroportées en Bretagne, les fusiliers marins du « commandant » Philippe Kieffer et quelques dizaines d’aviateurs, pour la plupart issus des Forces aériennes françaises libres.

1. Les 36 commandos français parachutés en Bretagne : premières troupes alliées engagées sur le territoire français dans le cadre de l’opération Overlord, quatre équipes de neuf SAS français (Special Air Service Operations) sont larguées en Bretagne dans la nuit du 5 au 6 juin 1944. Deux équipes, commandées par les lieutenants Deschamps et Botella, au-dessus de la forêt de Duault (Côtes-du-Nord, aujourd’hui Côtes-d’Armor, région de Guingamp), et deux autres, dirigées par les lieutenants Marienne et Déplante, près de Plumelec (Morbihan, région de Vannes). Le but de ces commandos était d'établir avec les résistants locaux des bases de guérilla et de sabotages pour couper les huit divisions allemandes stationnées en Bretagne des côtes normandes et donc les empêcher de venir en renfort jusqu’au nouveau théâtre d’opérations. C’est ainsi que la première victime du lancement d’Overlord fut, à 0 h 40 le 6 juin, près de Plumelec, le caporal Émile Bouétard, d’origine bretonne, blessé et achevé par un soldat supplétif ukrainien ou géorgien de l’armée allemande.

2. Les 176 fusiliers marins dirigés par le capitaine de corvette Philippe Kieffer débarquent à Sword Beach (plage de Colleville-Montgomery, près de Ouistreham, à l’extrémité est des plages), au sein d’un bataillon britannique qui leur laisse l’honneur de fouler les premiers le sol français. Ils s’emparent notamment de l’ex-casino de Riva-Bella. Dix d’entre eux, deux officiers (le médecin capitaine, Robert Lion, et le lieutenant Augustin Hubert) et huit hommes (le second maître Raymond Dumanoir, les quartiers-maîtres Jean Lemoigne et Joseph Letang, les matelots Raymond Flesch, Jean Rousseau, Marcel Labas, Émile Renault et Paul Rollin) ont été tués le 6 juin. Le commandant Kieffer lui-même fut blessé à deux reprises au cours de la journée et dut être évacué. Signalons que le régiment de la Chaudière, membre de la 2e division d’infanterie canadienne et commandé par le lieutenant-colonel Paul Mathieu, débarqua à Juno Beach (Bernières-sur-Mer) : ce fut la seule autre unité francophone sur les plages du 6 juin.

3. Les aviateurs français : 14 000 sorties aériennes alliées furent effectuées le jour J, contre seulement 319 de la Luftwaffe – la maîtrise des airs était l’une des conditions techniques indispensables à la réussite du débarquement. Trois types d’unités aériennes alliées ont opéré au moment du Débarquement, qui incluaient des Français : les groupes de chasse « Île-de-France » et « Alsace »  et le groupe de bombardement « Lorraine », estampillés Free French Air Force (Forces aériennes françaises libres) ; les groupes de chasse « Les Cigognes » et « Berry »et les groupes de bombardement « Guyenne » et « Tunisie » étaient des unités French Air Force (Armée de l’air française), où servaient notamment des aviateurs français libres ; enfin, certains Français faisaient partie d’unités aériennes britanniques de la Royal Air Force. Sur le versant ouest des plages du débarquement, à Utah Beach, chaque avion du groupe « Lorraine » – douze équipages de trois hommes, avec pour chef de groupe Michel Fourquet, spécialisés dans les bombardements de précision à basse altitude – eut pour mission de répandre à l’aube d’épais écrans de fumée de trois kilomètres au ras des vagues (10 mètres au-dessus de l’eau, à la vitesse de 430 km/h !), entre les fortifications allemandes et les barges de débarquement. À 6 h 10, le sous-lieutenant Canut, le sergent pilote Boissieux et le sergent Henson furent ainsi abattus en accomplissant leur mission. Les 60 appareils des groupes « Alsace » (chef de groupe : Christian Montet dit Martell),« Île-de-France » (Jean Fournier),« Les Cigognes » (Jean Marchelidon),« Guyenne » et « Berry » (Jean Accart), eux, menèrent toute la journée (à raison de deux à quatre allers-retours Angleterre/Normandie) des patrouilles de soutien ; avec 190 avions d’autres unités alliées, ils intervenaient à la création des têtes de pont sur les plages, pour empêcher les tentatives de regroupement des troupes allemandes de tête et s’opposer aux chasseurs ennemis – qui ne se montrèrent que le lendemain. Le lieutenant Jacques Joubert des Ouches du groupe Berry, à sa deuxième mission du 6 juin, disparut en mer.

 

Bilan du 6 juin

1. Si cette date est demeurée mythique dans les mémoires, ce fut parce qu’elle a concentré à la fois les ressorts de l’épopée et la force du symbole.

  • a. Une journée épique : un paroxysme de violence, des moyens colossaux déployés par les forces alliées qui bénéficiaient d’une « incroyable supériorité numérique » (journal du soldat allemand Franz Gockel). Un combat titanesque des forces du bien et de la démocratie contre celles du mal et de la barbarie : « You are about to embark upon the Great Crusade […].The hopes and prayers of liberty-loving people everywhere march with you. » (« Vous êtes sur le point de vous embarquer pour la Grande Croisade […]. Les espoirs, les prières des peuples épris de liberté vous accompagnent »), déclarait Eisenhower au début de son ordre du jour distribué aux combattants le 5 juin – il a plus tard titré Croisade en Europe ses mémoires de la Seconde Guerre mondiale

  • b. Une journée symbolique : à l’ouest, enfin du nouveau ! Après une longue attente des deux camps et des populations civiles, la situation a changé en vingt-quatre heures. Le 10 novembre 1942, une semaine après la victoire britannique lors de la seconde bataille d’El Alamein, qui avait contraint Rommel à battre en retraite, et deux jours après le débarquement allié en Afrique du Nord, Churchill avait lancé au déjeuner du lord-maire de Londres : « Maintenant, ce n’est pas la fin. Ce n’est même pas le commencement de la fin. Mais c’est peut-être la fin du commencement. » Au soir du 6 juin 1944, en revanche, tout porte à croire que le commencement de la fin approche. D’autant que l’efficacité de la coopération entre les Alliés et les résistants obtint des résultats spectaculaires : en quarante-huit heures autour du jour J, par exemple, près de 500 sabotages de voies ferrées par des résistants provoquèrent 180 déraillements.

2. Les objectifs du camp allié ont-ils été atteints le 6 juin ?

  • a. 156 000 hommes ont foulé le sol français le 6 juin : 56 000 Américains et 83 000 Britanniques et Canadiens sur les plages, 17 000 parachutistes. Les pertes furent moins lourdes que prévu par l’état-major d’Eisenhower : 10 000 morts, blessés ou disparus (dont un quart à Omaha Beach), au lieu des 25 000 prévus.

  • b. Sur les quatre objectifs fixés, trois sont à peu près tenus :

      1. prendre pied sur les cinq plages et ouvrir une brèche dans le mur de l’Atlantique – ce qui fut fait dans la journée ;
      2. réunir les cinq secteurs en une tête de pont continue – ce sera le cas une semaine plus tard, avec la prise de Carentan ;
      3. ralentir au maximum l’acheminement des renforts allemands : l’aide de la Résistance fut décisive sur ce point ; de fait, la 11e DB allemande mit huit jours de la Russie à Strasbourg, mais vingt-trois de Strasbourg à Caen ; une partie de la 275e division allemande, ayant quitté Rennes par chemin de fer, eut besoin d’une semaine pour gagner Saint-Lô à 250 km de là et finit par la route ;
      4. prendre, entre autres positions stratégiques, Bayeux (ce qui est réalisé dès le 7 juin) et la ville de Caen – mais ce nœud routier essentiel ne sera pris que le 20 juillet. À la prison de Caen, près de 80 résistants furent même fusillés le 6 juin par la Gestapo. Le port de Cherbourg, lui, devait être pris à J + 8 : les Alliés s’en empareront seulement le 26 juin. Signes d’un enlisement évident des opérations, après le succès initial.

3. Et l’objectif du camp allemand ?

Hitler avait assigné à ses troupes et aux dirigeants de la Wehrmacht un unique objectif : avoir repoussé l’assaut et rejeté les forces alliées à la mer le soir même du Débarquement (« La tête de pont sur la côte doit être nettoyée au plus tard à minuit. »). L’exemple du fiasco anglo-canadien lors de l’opération Jubilee, menée à Dieppe le 19 août 1942, servait de modèle aux yeux des Allemands. Or, une semaine après le 6 juin, les forces alliées tiennent une bande de 80 km de long et 10 à 30 km de profondeur, que les troupes allemandes ne réussiront jamais à réduire.

La bataille de Normandie ne fait alors que commencer : les Alliés piétinent dans le bocage normand, ne parviennent pas à s’emparer de Caen et à lancer une guerre de mouvement. Cette bataille fera rage des semaines durant, aussi meurtrière que la guerre en Russie, jusqu’à la fin de la poche de Falaise le 21 août. La 2e DB du général Leclerc pourra alors foncer libérer Paris…


 

Pour en savoir plus
  • Discours du général de Gaulle diffusé le 6 juin 1944 en fin d’après-midi sur la BBC : texte et enregistrement sonore, 5 min 45 s.

  • Montage sonore d’extraits de la BBC le 6 juin 1944.

  • 6 juin 44, de Jean-Pierre Azéma, Robert O. Paxton et Philippe Burrin, Perrin, coll. « Tempus », 2008.

  • Histoire du débarquement en Normandie – des origines à la libération de Paris (1941-1944), d’Olivier Wieviorka, Seuil, coll. « Points Histoire », 2010.

  • D-Day et la bataille de Normandie, d’Antony Beevor, Librairie générale française, coll. « Le livre de poche », 2011.

  • Paroles du jour J, de Jean-Pierre Guéno, J’ai lu, coll. « Librio », 2012.

  • DDay-Overlord, site personnel de Marc Laurenceau sur le Débarquement et la bataille de Normandie.

  • D-Day : état des lieux, site personnel de Patrick Hélie (en français ou en anglais).

  • Commandant Kieffer le Français du jour J, de Stéphane Simonnet, Tallandier, 2012.

  • « 5 juin 1944. Les “bérets verts” à Riva-Bella », témoignage de Pierre Charles Boccadoro, Revue de la France Libre n° 82, novembre 1955.

  • « Nous étions 177… » – les Français du jour J, de Cedrick Condom, DVD vidéo, 65 min, ECPAD, 2009.

  • 6 juin 1944 Le commando Kieffer, de Stéphane Rybojad, docu-fiction, 46 min 44 s, Memento prod./Ministère de la défense, 2004.

  • « Les FAFL en Normandie – Les pilotes français du 6 juin 44 », de François Robinard, Historica hors-série n° 74, avril-juin 2013.