Concours National
de la résistance et de la déportation

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Le CNR en septembre 1944 : Chambeiron, Meunier, Gillot, Laniel, Ribière, Lecompte-Boinet, Tessier, Villon, Bidault, Mutter, Saillant, Copeau, Bastid, Mayer, Lévy et Debû-Bridel – la moitié des participants à la réunion du 27 mai 1943.

Réunion inaugurale du Conseil de la Résistance : « une date fondatrice »

 
Les faits

La première réunion du Conseil de la Résistance a lieu à Paris, au premier étage du n° 48 de la rue du Four (6e), dans la salle à manger de René Corbin, ancien membre comme Jean Moulin du cabinet de Pierre Cot, ministre de l’air, puis du commerce sous le Front populaire. Elle est présidée par Jean Moulin dit « Rex », suivant les instructions du général de Gaulle qui lui a transmis un long message manuscrit à lire aux participants après son intervention liminaire. Le Conseil vote à l’unanimité, après un vif débat, une motion lue par Georges Bidault et préparée avec Jean Moulin. La réunion a duré environ deux heures.

 « Conseil de la Résistance [...,] c’est le nom que Jean Moulin a choisi après quelques hésitations, comité politique, conseil politique, Conseil politique de la Résistance et finalement il a choisi le nom de Conseil de la Résistance. Ce n’est que plusieurs mois après sa mort dans l’automne et l’hiver 43/44 que par une espèce de convergence d’usage le nom de Conseil national de la Résistance s’est définitivement établi et a été enregistré par l’histoire. » (Daniel Cordier, intervention au colloque du 23 mai 2008 à l’Assemblée nationale, commémorant le 65e anniversaire de la première réunion du CNR).

Robert Chambeiron « Champion », Daniel Cordier « Alain », secrétaire de Jean Moulin, et Pierre Meunier « Morlaix » sont allés « chercher les arrivants aux différentes stations de métro pour les conduire devant la porte d'entrée de l’immeuble, sans leur annoncer le numéro de la rue » et en ne « leur révél[ant] l’étage qu’au dernier moment ». « Rex » a en effet « prévu des rendez-vous à la sortie des stations de métro les plus proches, soit avec un représentant isolé, soit par groupes de deux. [...] Je me poste ensuite à la sortie de la station Croix-Rouge fermée afin d’observer tout mouvement suspect dans la rue du Four et prévenir “Rex” par téléphone en cas de danger. J’aperçois au loin “Morlaix” et “Champion” qui montent la garde au coin de la rue de Rennes, à côté du métro Saint-Sulpice. » (Daniel Cordier, Alias Caracalla, Gallimard, coll. « Témoins », 2009, p. 841-842).

Étaient présents, outre Jean Moulin et au-dehors, pour l’organisation, Robert Chambeiron, Daniel Cordier et Pierre Meunier :

• huit membres des principaux mouvements de résistance des deux zones :

  • Roger Coquoin « Lenormand » (Ceux de la Libération, zone nord)
  • Charles Laurent (Libération-Nord)
  • Jacques Lecompte-Boinet « Lefort » (Ceux de la Résistance, zone nord)
  • Jacques-Henri Simon « Sermois » (Organisation civile et militaire, zone nord)
  • Pierre Villon « Colbert » (Front national)
  • Claude Bourdet « Lorrain » (Combat, zone sud)
  • Eugène Claudius-Petit « Claudius » (Franc-Tireur, zone sud)
  • Pascal Copeau « Salard » (Libération-Sud)

• six délégués de partis politiques d’avant-guerre :

  • Georges Bidault « Bip » (Parti démocrate populaire, démocrate-chrétien)
  • Jacques Debû-Bridel « Argonne » (représentant la Fédération républicaine, droite)
  • Joseph Laniel (Alliance démocratique, centre droit)
  • André Le Troquer (SFIO, socialiste)
  • André Mercier (Parti communiste)
  • Marc Rucart (Parti radical-socialiste)

• et deux syndicalistes :

  • Louis Saillant (CGT)
  • Gaston Tessier (CFTC).

 

Comptes rendus

« Conseil résistance s’est réuni 25 mai sous ma présidence : COMBAT-FRANC-TIREUR-LIBERATION ZONE SUD ’ FRONT NATIONAL- CEUX DE LA LIBERATION- CEUX DE LA RESISTANCE ’ OCM- LIBERATION-NORD ’ ALLIANCE DEMOCRATIQUE ’ FEDERATION REPUBLICAINE DEMOCRATIQUE POPULAIRE-RADICAUX SOCIALISTES ’ SOCIALISTES S.F.I.O- COMMUNISTES C.G.T. ’ SYNDICATS CHRETIENS représentés. ’ ne pas commettre erreur dans énumération qui doit être conforme indications ci-dessus ’ vous rappelle très secrètement noms de certains membres. ’ à suivre. » Tel est le texte du premier des câbles que Jean Moulin a fait transmettre par radio à Londres : la date de réunion mentionnée est le 25 mai – telle était bien la date prévue, mais, en raison du représentant indisponible de la Fédération républicaine, le 23 mai Jean Moulin a décalé in extremis la réunion de deux jours, du 25 au 27 mai, alors qu’il avait déjà rédigé par anticipation et fait coder les télégrammes rendant compte des participants, du déroulé de la réunion et de la motion qui allait, « Rex » n’en doutait pas, être votée à l’unanimité...

« Après avoir remercié tous les membres d’avoir répondu à l’appel du général de Gaulle et du Comité national français, j’ai cru devoir rappeler brièvement les buts de la France combattante tels que les avait définis son chef : 1) Faire la guerre ; 2) Rendre la parole au peuple français ; 3) Rétablir les libertés républicaines dans un état où la justice sociale ne sera point exclue et qui aura le sens de la grandeur ; 4) Travailler avec les Alliés à l’établissement d’une collaboration internationale réelle, sur le plan économique et spirituel, dans un monde où la France aura retrouvé son prestige. J’ai indiqué incidemment que si, comme le général de Gaulle l’avait dit et écrit, le jeu de la démocratie supposait l’existence des partis organisés et forts, la présence au sein du Conseil des représentants des anciens partis politiques, ne devait pas être considérée comme sanctionnant officiellement la reconstitution desdits partis tels qu’ils fonctionnaient avant l’armistice. » (Rapport de Jean Moulin « Rex » à André Philip, 4 juin 1943, Archives nationales, F1a3738, dossier Rex)


 

Les enjeux

« C’est moins la séance inaugurale du 27 mai que la nouvelle transmise au général de Gaulle par Jean Moulin dans deux télégrammes, ceux du 7 mai et du 15 mai 1943, qui a été déterminante dans le dénouement des négociations entre le général Giraud et le général de Gaulle. José Aboulker a été témoin à Londres de l’enthousiasme du général de Gaulle à l’annonce par Jean Moulin de la mise sur pied du Conseil de la Résistance. Rappelons que le Conseil de la Résistance n’a pas eu d’équivalent dans les autres pays occupés par le IIIe Reich. Il a joué un rôle décisif lors de la Libération et a sûrement évité les ferments de guerre civile. » (Christine Lévisse-Touzé, intervention au colloque du 23 mai 2008 à l’Assemblée nationale).

« Cette séance doit consacrer la légitimité républicaine du général. C'est la première réunion d'une assemblée représentative de la France résistante, la première également depuis la trahison de l’Assemblée nationale, le 10 juillet 1940. C’est une date fondatrice pour la IVe République. Tous les représentants des anciens partis doivent être physiquement présents, comme le seront ceux des mouvements et des syndicats. » (propos de Jean Moulin « Rex », rapportés par Daniel Cordier, op. cit., 2009, p. 837).

« Le Conseil national de la Résistance (CNR) est une institution politique qui, par sa représentativité et sa longévité, n’a pas d’autre exemple dans l’histoire des pays occupés. Il résulte à la fois d’un processus d’unification entamé spontanément par les mouvements de résistance et du besoin du Comité national français de prouver aux yeux des Alliés sa légitimité nationale et républicaine. Cette rencontre entre la volonté du peuple résistant et un principe externe d’unification a conduit à la création du CNR en mai 1943. […] Le CNR joue donc un rôle symbolique et pratique dans l’organisation de la Résistance comme dans sa représentation à l’échelle nationale et internationale. […] Après la libération de Paris, le CNR s’est effacé de la scène nationale […]. Vestige du passé dès l’été 1945, il a peu à peu cessé toute activité. Le “programme du CNR”, en revanche, a poursuivi sa carrière comme symbole actif d’une politique démocratique. » Claire Andrieu, article « Conseil national de la Résistance », Dictionnaire historique de la Résistance, François Marcot (dir.), Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2006, p. 97-98.


 

Le 27 mai, désormais journée nationale de la Résistance

La loi n° 2013-642 du 19 juillet 2013 a instauré le 27 mai, en tant que « jour anniversaire de la création du Conseil national de la Résistance », comme journée nationale de la Résistance. « Dans le cadre de cette journée anniversaire, les établissements d'enseignement du second degré sont invités à organiser des actions éducatives visant à assurer la transmission des valeurs de la Résistance et de celles portées par le programme du Conseil national de la Résistance. » (article 3).


 
Pour en savoir plus
Source: 
http://www.citoyen-lambda.fr/ZCi-CNR-Compositions.html