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Le général Carl Oberg, chef suprême de la police allemande et des SS en France, et Joseph Darnand, début juillet 1944, dans la cour de l’hôtel des Invalides à Paris, lors de la prestation de serment des nouveaux miliciens.

Le général Carl Oberg, chef suprême de la police allemande et des SS en France,
et Joseph Darnand, secrétaire d’État à l’intérieur et secrétaire général de la Milice,
le 2 juillet 1944, dans la cour de l’hôtel des Invalides à Paris,
lors de la prestation de serment de nouveaux miliciens.

© Bundesarchiv

 

Darnand, secrétaire général de la Milice, devient secrétaire d’État à l’intérieur du gouvernement de Vichy

À partir du début de l’année 1944, le gouvernement de Vichy connaît un déplacement de son centre de gravité vers les jusqu’au-boutistes du régime, partisans de l’ultracollaboration avec l’Allemagne nazie et de l’antisémitisme et l’anticommunisme les plus virulents : Philippe Henriot entre au gouvernement en janvier 1944 comme secrétaire d’État à l’information et à la propagande, Marcel Déat devient ministre du travail et de la solidarité nationale. C’est ainsi également que Joseph Darnand, secrétaire général de la Milice française – ce mouvement politique paramilitaire de volontaires, créé par une loi de Vichy promulguée le 31 janvier 1943 et déclaré en même temps d’« utilité publique », pour traquer et réprimer les résistants, les juifs et les réfractaires au Service du travail obligatoire (STO) –, est nommé à la demande des autorités allemandes secrétaire général au maintien de l’ordre, le 31 décembre 1943. Il a tous pouvoirs en matière de répression et autorité sur l’ensemble des forces de police françaises. Il est à signaler qu’entre-temps il est devenu en août 1943 lieutenant de la Waffen-SS et a prêté serment à Hitler…

Tandis que début 1944 la Milice s’étend à la zone Nord, Darnand fait créer par une loi du 20 janvier 1944 des cours martiales de « justice » expéditive, rattachées à son secrétariat général au maintien de l’ordre : en cas de flagrant délit, ni instruction, ni avocat, ni appel possible, mais condamnation à mort avec exécution immédiate. Les assassinats politiques (Maurice Sarraut le 2 décembre 1943, Victor et Hélène Basch le 10 janvier 1944, Jean Zay le 20 juin, Georges Mandel le 7 juillet) et les exécutions sommaires de résistants et de civils se multiplient.

C’est dans le contexte de l’après-Débarquement, alors que les actions armées des maquis prennent une envergure nouvelle, que le 8 juin 1944, Darnand donne l’ordre à la Milice de la mobilisation générale : « À partir de ce soir, je mobilise la Franc-Garde de la Milice française. J’appelle tous mes hommes à quitter leur métier, à rassembler leur famille dans des lieux sûrs, puis à rejoindre leur corps, à se grouper dans leurs centres. » Étape suivante : il est nommé secrétaire d’État à l’intérieur le 13 juin 1944. On ne pouvait plus clairement mélanger les genres entre structures étatiques et mouvement politique formé de volontaires : après le cumul de la fonction de secrétaire général de la Milice et du poste gouvernemental de secrétaire général au maintien de l’ordre, voici Darnand paré désormais d’un titre ministériel « classique », occupé depuis janvier 1944 par Antoine Lemoine, ancien préfet de Marseille. C’est qu’alors l’État français devient plus que jamais « milicien » : dans le droit fil d’un projet antérieur, non mis à exécution, de faire de la Milice un point de passage obligatoire pour devenir fonctionnaire (avec comme objectif une « épuration administrative » des rouages étatiques), les miliciens investissent l’appareil d’État (l’un d’eux devient même préfet) et la Milice prend le pas sur les forces de police traditionnelles et la gendarmerie et se livre à une répression brutale.

Pétain envoya ainsi le 6 août 1944 une longue lettre à Laval, où il s’inquiétait de ces exactions, mais aussi de l’empiètement de la Milice sur les rouages officiels de l’État : « Je n’ignore pas que la Milice montre une grande énergie dans la répression du terrorisme et qu'elle paie un lourd tribut à ses tentatives de rétablir l'ordre, mais cependant cette courageuse conduite n’excuse pas son attitude générale. [...] Les préfets sont unanimes à se plaindre d’être dessaisis, illégalement d’ailleurs, d’une partie importante de leurs fonctions. Ils n’ont plus aucun contrôle sur la police, ne possèdent plus aucun renseignement sur les mouvements terroristes et les opérations de police menées dans leur département ; de plus, ils sont bien souvent suspectés eux-mêmes par les chefs miliciens qui se trouvent sous leurs ordres. » Darnand, à qui Laval communiqua la lettre, répondit à Pétain en ces termes : « Pendant quatre ans, j’ai eu le droit à tous vos encouragements, parce que ce que nous faisions, c’était “pour la France”. Et aujourd'hui, parce que les Américains sont aux portes de Paris, vous commencez à me dire que je vais être la tache de l’Histoire de France. On aurait pu s’y prendre plus tôt ! ».

Sur le modèle totalitaire du parti unique, l’institutionnalisation croissante de la Milice comme sa toute-puissance répressive et ses exactions sanglantes signifient au printemps et à l’été 1944 la fascisation du régime de Vichy juste avant sa chute.

 


 

 

 

Pour en savoir plus
  • Vichy, 1940-1944, de Jean-Pierre Azéma et Olivier Wieviorka, Perrin, coll. « Tempus », 2012.

  • Vichy-Paris, les collaborations, de Jean-Pierre Azéma, Bruxelles, André Versaille éditeur, 2012.

  • Ces Français qui ont choisi Hitler, documentaire de Christophe Weber, 2010, 80 min. Le portrait de quatre collaborateurs extrémistes, dont Joseph Darnand. Avec « des reconstitutions lourdement illustratives et souvent complaisantes, ainsi qu'un commentaire et une musique inutilement dramatisants » (Sophie Bourdais, Télérama, 26 juin 2010). Consultable sur YouTube en six parties : partie I (février 1940-février 1942), partie II (1942), partie III (1942-1943), partie IV (1943), partie V (janvier-août 1944) et partie VI (août 1944-1945).