Concours National
de la résistance et de la déportation

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Le bataillon de marche n° 2, une des unités de la 1re division légère française libre, passé en revue pendant la campagne de Syrie.

En Syrie et au Liban, sous mandat français, la France libre et les Britanniques contre l’armée de Vichy

Du 8 juin au 14 juillet 1941, les Britanniques et la France libre mènent l’opération Exporter, en envahissant depuis l’Irak et la Palestine la Syrie et le Liban. Ces deux pays étaient sous mandat français depuis le traité de Sèvres de 1920, qui avait vu le démembrement de l’Empire ottoman : dans le cadre d’un partage du Proche-Orient entre Britanniques et Français, la France avait déployé en Syrie et au Liban l’armée dite du Levant, réprimant des révoltes nationalistes arabes dans les années 1920. Le gouvernement du Front populaire envisage en septembre 1936 d’accorder l’indépendance à la Syrie, mais le projet est arrêté par le Parlement français en 1938, tandis qu’un traité franco-libanais de novembre 1936 reconnaît le principe de l’indépendance du Liban, effective seulement fin 1943.

Pourquoi cette opération d’envergure en juin-juillet 1941 ? Dès le mois d’avril, après la fin de la campagne d’Érythrée où les forces britanniques et françaises libres ont défait les troupes italiennes, la plupart des Forces françaises libres (FFL) disponibles sont regroupées. Elles forment la 1re division légère française libre à Qastina, en Palestine, où le général de Gaulle les passe en revue. Cette division, commandée par le général Legentilhomme – son chef d’état-major est le colonel Kœnig, futur commandant en chef des FFI en 1944 –, agrège des hommes (et quelques femmes) venus de tout l’Empire français : métropolitains, infanterie de marine, spahis marocains, bataillons coloniaux d’Afrique noire, bataillon nord-africain, Antillais, Libanais, Indochinois, Pondichériens, Polynésiens, légionnaires ayant combattu en Norvège en 1940…

Or, en mai 1941, une révolte éclate en Irak, sous mandat britannique – les insurgés appellent à l’aide l’Allemagne et l’Italie, coupent le pipeline allant jusqu’au port de Haïfa, en Palestine, et redirigent le pétrole irakien vers Tripoli, au Liban sous mandat français, donc au profit de l’Axe. Suite à une entrevue, le 11 mai, de l’amiral Darlan et de Hitler à Berchtesgaden, l’Allemagne obtient de Vichy que les territoires du Levant sous mandat français, qui ont déjà livré des armes aux insurgés irakiens, puissent servir de bases logistiques (ports, aérodromes) aux forces et aux matériels allemands et italiens susceptibles d’aller en Irak combattre l’armée britannique. L’enjeu stratégique est de taille et il est double : au contrôle de la Méditerranée orientale, alors que l’armée allemande est en train de se rendre maîtresse des Balkans, s’ajoute la maîtrise des réserves de pétrole du Moyen-Orient. Sans compter le fait que les Britanniques craignent un mouvement en tenailles que pourraient opérer l’Afrika Korps de Rommel, en train d’assiéger depuis la mi-avril Tobrouk à l’est de la Libye, à la frontière égyptienne, et l’armée allemande qui s’apprête à envahir l’URSS le 21 juin (les services secrets britanniques sont au courant) et menace aussi le Moyen-Orient via le Caucase.

Début juin, un débarquement allemand en Syrie ou au Liban avec l’accord de Vichy et menaçant la Palestine, le canal de Suez, l’Irak, devient même probable, alors que 120 appareils de la Luftwaffe viennent de transiter par les aérodromes syriens en mai. De Gaulle et le gouvernement britannique décident alors agir – de Gaulle imposant la participation de FFL, pour ne pas laisser ensuite le Levant aux mains de l’Empire britannique. Le 7 juin, les 6 000 hommes de la 1re DLFL quittent Qastina à bord de vieux autocars et franchissent le lendemain la frontière syrienne en direction de Damas. Ils forment avec des unités britanniques, indiennes et australiennes, qui pénètrent aussi en Syrie au nord (vers la frontière turco-syrienne et vers Alep) et à l’est (en direction de Palmyre), un corps expéditionnaire de 30 000 hommes environ, sous le commandement du général britannique Wilson. Les affrontements contre les 40 000 hommes de l’armée française du Levant, fidèles au régime de Vichy, sont violents et durent cinq semaines, provoquant de lourdes pertes des deux côtés. Damas tombe le 21 juin (le lieutenant Pierre Messmer y entre avec sa compagnie), Palmyre le 3 juillet, Beyrouth le 10 juillet. Aussi, le 12 juillet, le général Dentz, haut-commissaire de France au Levant et installé à Beyrouth, demande-t-il un cessez-le-feu le 12 juillet, avec l’accord de Vichy.

Un armistice est signé deux jours plus tard à Saint-Jean-d’Acre, entre les vainqueurs – le général Wilson est accompagné du général Catroux, mais lui refuse de cosigner la convention d’armistice – et les autorités vichyssoises du Levant. Parmi les 37 000 prisonniers de l’armée de Vichy, à peine 6 000 rallient les rangs de la France libre, les autres repartant en France quelques semaines après. La Syrie et le Liban sont administrés par la France libre, l’Irak rentre dans le giron britannique et son pétrole alimente de nouveau les Alliés. Le général de Gaulle, en plein bras de fer avec les Britanniques avant, pendant et après la campagne de Syrie, est arrivé à Damas dès le 23 juin et il nomme le général Catroux haut-commissaire au Levant. Le Liban deviendra indépendant en novembre 1943, la Syrie en 1946, non sans un soulèvement au printemps 1945.


 

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