Concours National
de la résistance et de la déportation

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F. Delimal, jeune résistant chargé à 21 ans par Londres de l’organisation des terrains de parachutages dans 4 départements de l’Est, arrêté par la Gestapo à Paris, mort le 21 mars 1944 et incinéré en même temps que Pierre Brossolette.

52 nouveaux Compagnons de la Libération

C’est l’ordonnance n° 7 de la France libre, signée le 16 novembre 1940 par le général de Gaulle à Brazzaville, qui a créé l’ordre de la Libération, « destiné à récompenser les personnes ou les collectivités militaires et civiles qui se seront signalées dans l’œuvre de la libération de la France et de son empire » ; elles sont appelées « Compagnons de la Libération » (le général de Gaulle avait d’abord envisagé le nom de « Croisés de la Libération ») et reçoivent la « croix de la Libération ». 1 038 personnes, 18 unités combattantes et 5 communes françaises (Nantes, Grenoble, Paris, Vassieux-en-Vercors, Île de Sein) ont reçu cette récompense exceptionnelle, close depuis le 23 janvier 1946 – à deux exceptions près.

Le 28 mai 1945, en particulier, 52 Compagnons de la Libération ont été nommés par décret. Quels traits marquants retenir de cette promotion, l’une des plus nombreuses de l’histoire de l’Ordre ?

Un nom, tout d’abord, ressort de la liste : le général Dwight David Eisenhower, en 1942 commandant en chef des troupes américaines en Europe, puis fin 1943 du SHAEF (Supreme Headquarters Allied Expeditionary Force), l’ensemble des forces alliées en Europe de l’Ouest, et qui deviendra le 34e président des États-Unis de 1953 à 1961. De fait, « les étrangers qui auront rendu à la cause de la France libre des services signalés pourront recevoir la croix de la Libération et seront considérés comme membres de l’ordre de la Libération » (article 5 du décret du 29 janvier 1941) 72 étrangers, de 25 nationalités différentes, ont ainsi été honorés comme Compagnons de la Libération. Dont Eisenhower, Churchill (promu en 1958, mort en 1965) et le roi George VI (mort en 1952, promu en 1960).

Deuxième fait saillant : le bataillon d’infanterie de marine et du Pacifique (BIMP),  le groupe de bombardement « Lorraine », les groupes de chasse « Île-de-France » et « Alsace » sont les quatre unités combattantes nommées le 28 mai 1945.

  • Le BIMP est la réunion en 1942, après la défense héroïque de Bir-Hakeim (Libye), du 1er bataillon d’infanterie de marine, créé dès juillet 1940 avec les volontaires français basés à Chypre et au Liban, et du bataillon du Pacifique, formé en octobre 1940 de volontaires de Polynésie, de Nouvelle-Calédonie et des Nouvelles-Hébrides, ralliées à la France libre ; le BIMP fut détaché au sein de la 8e armée britannique et participa aux campagnes de Tunisie (1943) et d’Italie – il entra et défila le premier à Rome le 4 juin 1944 – et au débarquement de Provence ; 72 Compagnons de la Libération à titre individuel ont fait partie du BIMP ou de ses deux unités d’origine – dont Gilbert Garache et Alfred Reilinger, aussi nommés le 28 mai 1945.
  • Le groupe de bombardement « Lorraine » (deux escadrilles : « Metz » et « Nancy ») a été créé en septembre 1941 en Syrie, a combattu en Libye début 1942 ; transféré en Grande-Bretagne, il devient en 1943 le 342 Squadron dans la RAF, assigné aux bombardements de nuit à partir du printemps 1944 ; « Lorraine » effectue des missions sur les Ardennes et le Rhin jusqu’au 2 mai 1945 ; effectuant plus de 3 000 sorties, le groupe a perdu 127 membres d’équipage et compte 54 Compagnons de la Libération individuels – dont Émile Allegret, Robert Cunibil, François Dumont, René Gatissou, François Goussault, Louis Masquelier, Jacques Soufflet un de ses commandants, Jacques de Stadieu et Raymond Tournier, tous également nommés le 28 mai 1945.
  • Le groupe de chasse « Île-de-France » avec deux escadrilles « Paris » et « Versailles », formé en octobre 1941 en Grande-Bretagne et intégré dans la RAF en tant que Squadron 340, a combattu d’avril 1942 jusqu’au 3 mai 1945 ; avec plus de 7 000 sorties, le groupe a perdu 38 pilotes et compte 22 Compagnons de la Libération – dont ses commandants Olivier Massart et Pierre Aubertin, ainsi que Henri de Bordas, Pierre Brisdoux Galloni d’Istria, Pierre Laureys, tous aussi nommés Compagnons de la Libération, le 28 mai 1945.
  • Enfin le groupe de chasse « Alsace », avec les deux escadrilles « Strasbourg » et « Mulhouse », est créé en septembre 1941 au Liban, transféré en Grande-Bretagne un an plus tard, reformé début 1943 comme Squadron 341 de la RAF ; il a combattu à partir d’avril 1943 au-dessus de la France ; il a effectué plus de 4 500 sorties, perdu 21 pilotes et compte 23 Compagnons de la Libération. Trois autres aviateurs ont été nommés le 28 mai 1945 : Constantin Feldzer et Jules Joire, appartenant au régiment de chasse « Normandie-Niémen » qui a combattu en URSS, et Maurice Claisse, pilote de chasse et pilote d’essai pour la RAF.

Mis à part Eisenhower, cas atypique, que retenir des 47 autres Compagnons nommés à titre individuel le 28 mai 1945, dont les 17 aviateurs déjà cités ? Aucune femme parmi eux (6 femmes en tout ont fait partie de l’ordre de la Libération). Leur âge moyen : 30 ans – tous sont aujourd’hui décédés.

  • Le plus âgé des 47 : Élie Rouby, né en 1894, maire de Lapleau en Corrèze, PDG de la Société française d’électro-chimie à Limoges ; il démissionne de sa fonction de maire pour ne pas prêter serment à Pétain ; il accueille dans son usine des juifs persécutés par Vichy et, chez lui, des personnes recherchées par la police, la Gestapo, puis la Milice (Henri Queuille fut du nombre) ; membre de l’Armée secrète en Haute-Vienne, il forme en juin 1944 le Groupe Franc Gambetta, mène des embuscades jusqu’à la libération de la région par les FFI, conduit ses hommes sur le front de l’Atlantique, devient capitaine FFI, se distingue dans la réduction des poches allemandes ; il est grièvement blessé à Saintes le 6 avril 1945 dans l’attaque d’un blockhaus et amputé des deux jambes – il sera élu en 1946 président du conseil général de Corrèze, SFIO. Quatre autres compagnons du 28 mai 1945 ont, comme lui, combattu en 1914-1918 : Henri Adeline, Louis Masquelier, Claude Bonnier et Henri Tourtet (tous deux engagés à 17 ans…).
  • Le plus jeune des 47 : François Delimal, né en 1922, étudiant à Sciences Po ; en 1942, il rejoint le mouvement Organisation nationale de la Résistance/Ceux de la Résistance de Jacques Lecompte-Boinet (qui participa à la première réunion du CNR le 27 mai 1943), mouvement qu’il est chargé de développer en Champagne ; il est responsable des parachutages sur quatre départements en 1943-1944 ; arrêté par la Gestapo le 20 mars 1944, à Paris, il se suicide le lendemain avec sa capsule de cyanure et il est incinéré en même temps que Pierre Brossolette, qui s’est défenestré le 22 mars.
  • Les sept autres résistants victimes de la Gestapo (aucun n’a parlé sous la torture) : Valentin Abeille le 2 juin 1944, Gustave André le 29 août 1944, Claude Bonnier le 9 février 1944, Albert Chambonnet le 27 juillet 1944, Yves Léger le 27 mai 1944, André Rondenay le 15 août 1944, Robert Rossi le 19 juillet 1944.
  • Les quatre militaires tués : le pilote Pierre Brisdoux Galloni d’Istria (le 8 décembre 1944, au-dessus de la Hollande), le médecin Yves Hervé (le 17 mai 1944 sur le front italien, en portant secours à un tirailleur blessé), le pilote Jules Joire (18 mars 1944, en URSS), Henri Tourtet (le 15 avril 1944 devant la poche allemande de Royan).
  • On peut encore ajouter sept hommes grièvement blessés : Maurice Bayrou, André Gallas, Gilbert Garache, André Morel, Louis Rivié, Élie Rouby et François Valli.
  • Sur les 47 Compagnons, 11 ont combattu dans les rangs de la Résistance et 36 au sein des Forces françaises libres – de fait, les trois quarts de l’ensemble des Compagnons de la Libération étaient dans la France libre et un quart dans la Résistance intérieure.

Plusieurs Compagnons du 28 mai 1945 ont manifesté une volonté surhumaine pour s’évader et reprendre à tout prix le combat, malgré des échecs répétés ou des difficultés apparemment insurmontables :

  • ainsi le pilote Constantin Feldzer, qui s’était porté volontaire en 1936 pour convoyer des avions aux républicains espagnols et avait combattu héroïquement en mai-juin 1940 ; il s’envole pour Alger le 17 juin 1940, mais ne réussit à rejoindre les Forces françaises libres que début 1943 après plus séjours en prison en Espagne, en métropole, à Alger, en Tunisie ; membre de « Normandie-Niémen », il est abattu avec son avion le 1er août 1944 en Prusse orientale, blessé, envoyé dans des camps allemands de prisonniers russes, mais s’évade le 6 mars 1945 et rejoint les lignes américaines, se portant volontaire le 30 juin 1945 pour aller se battre au Japon… ;
  • ainsi encore André Rondenay, fait prisonnier le 20 juin 1940, envoyé dans plusieurs camps allemands, repéré pour avoir tenté de s’évader plusieurs fois, transféré à la forteresse de Colditz en janvier 1942, puis à Lübeck d’où il s’évade avec de faux papiers à la mi-décembre 1942 ; il réussit à traverser l’Allemagne, à rejoindre et traverser la France, à passer en Espagne fin janvier 1943 ; arrêté, il s’évade avec de faux papiers, gagne clandestinement le Portugal, arrive en Angleterre début avril 1943 et s’engage dans les FFL ; volontaire pour des missions spéciales, il est affecté au BCRA, chargé du plan « Tortue » pour neutraliser les Panzerdivisionen le jour « J » ; déposé par un Lysander près de Tours en septembre 1943, il succède en février 1944 à André Boulloche, arrêté, comme délégué militaire de la région parisienne, couvrant 11 départements, puis il devient en avril 1944 délégué militaire de la zone nord ; au moment du débarquement, il rejoint des maquis pour saboter des voies ferrées ; arrêté sous un faux nom le 27 juillet 1944 à Paris, il est sur le point d’être déporté en Allemagne le 15 août 1944, en gare de Pantin, mais, identifié au dernier moment, il est exécuté avec ses camarades par la Gestapo à Domont, près d’Écouen.

Aujourd’hui (27 mai 2019), il ne reste plus que quatre Compagnons vivants :

  • Daniel Cordier (article Wikipédia, fiche de l'ordre de la Libération), né le 10 août 1920 (98 ans), qui fut le secrétaire de Jean Moulin, et nommé en octobre 2017 chancelier d’honneur de l’Ordre de la Libération

  • Edgard Tupët-Thomé (article Wikipédia, fiche de l'ordre de la Libération), né le 19 avril 1920 (99 ans)

  • Hubert Germain (article Wikipédia, fiche de l'ordre de la Libération), né le 6 août 1920 (98 ans)

  • Pierre Simonet (article Wikipédia, fiche de l'ordre de la Libération), né le 27 octobre 1921 (97 ans).

Aussi a-t-il été prévu par la loi n° 99-418 du 26 mai 1999 le Conseil national des communes « Compagnon de la Libération », un établissement public national à caractère administratif, placé sous la tutelle du garde des sceaux, ministre de la justice, et chargé notamment « d'assurer la pérennité des traditions de l'ordre de la Libération et de porter témoignage de cet ordre devant les générations futures, en liaison avec les unités combattantes titulaires de la croix de la Libération ». Ce Conseil national a été réellement mis en place le 16 novembre 2012 par le décret n° 2012-1253 du 14 novembre 2012.


 

Pour en savoir plus

Source: 
http://www.ordredelaliberation.fr/fr_compagnon/270.html