Concours National
de la résistance et de la déportation

Des ressources pour participer
MENU
Des éléments de la 11e division blindée britannique, dite « Taurus Pursuant », arrêtent le 23 mai 1945 le gouvernement de Flensbourg. Le grand amiral Dönitz est suivi d’Albert Speer (tête nue) et du général Jodl.

Pourquoi le dernier gouvernement du IIIe Reich a-t-il perduré après le 8 mai 1945 ?

Depuis un plébiscite du 19 août 1934, consécutif à la mort du président du Reich, le maréchal von Hindenburg, Hitler cumulait les fonctions de président et de chancelier sous le titre unique de Reichsführer. Dans son testament politique, dicté le 29 avril 1945 à Berlin, la veille de son suicide, il distingue à nouveau les deux fonctions en désignant pour lui succéder, d’une part le grand amiral Dönitz, commandant en chef de la flotte sous-marine allemande, en tant que Reichspräsident (président du Reich) – donc chef de l’État – et chef d’état-major des forces armées (Wehrmacht) en particulier de la marine (Kriegsmarine), et d’autre part Goebbels comme Reichskanzler (chancelier). Ce faisant, Hitler désavoue Göring, pourtant son successeur désigné depuis le début de la guerre, et Himmler, qu’il exclut même du parti nazi, car il les considérait comme des traîtres.

Goebbels se suicide à son tour le 1er mai et Dönitz nomme le comte Lutz Schwerin von Krosigk « chef de gouvernement provisoire du Reich ». Un gouvernement surnommé le gouvernement de Flensbourg – car réfugié dans cette ville nord-allemande proche du Danemark, et où se trouvait le quartier général de Dönitz, également ministre de la guerre. Von Krosigk était aussi ministre des finances et des affaires étrangères, Albert Speer de l’économie, des armes et de la production – ce gouvernement était de fait réduit à huit personnes, auxquelles étaient ajoutés le maréchal Keitel et le général Jodl, chargés de négocier avec les Alliés.

Le 4 mai, Dönitz ordonne aux sous-marins allemands de se rendre aux Alliés occidentaux ; le 5, son gouvernement se réunit pour la première fois ; dans la nuit du 7 au 8, Jodl signe à Reims la reddition des forces allemandes devant des représentants des armées américaine, britannique, française et soviétique ; Keitel, la nuit suivante, signe à Berlin en présence des Alliés la capitulation du Reich qui devait durer « mille ans » et en dura douze.

Puis, sans pouvoirs réels ni moyens de fonctionner, ce gouvernement dérisoire tente de continuer à exister comme gouvernement provisoire, visant à coopérer avec les armées d’occupation. Les Soviétiques montent le ton quelques jours plus tard et, finalement, le 23 mai, les Britanniques – Flensbourg faisant partie de la zone d’occupation britannique – réunissent ledit gouvernement et l’informent d’un ordre du général Eisenhower, commandant en chef des forces alliées en Europe de l’Ouest, qui dissout le gouvernement, dont tous les membres sont aussitôt arrêtés. Le même jour se suicide Himmler, arrêté la veille non loin de là par les forces britanniques.

Politiquement, l’Allemagne n’est désormais plus un État, mais un territoire sous occupation militaire divisé en quatre zones et administré par le Conseil de contrôle allié créé le 5 juin 1945. Cette situation prendra fin en 1949, avec la double création de la République fédérale d’Allemagne, la RFA (ou Allemagne de l’Ouest) et de la République démocratique allemande, la RDA (ou Allemagne de l’Est).

Sur les dix membres du dernier gouvernement du Reich, quatre sont morts sans comparaître devant les tribunaux (dont deux par suicide). Au procès de Nuremberg (novembre 1945-octobre 1946), Jodl et Keitel sont condamnés à mort pour crimes contre la paix, crimes de guerre et crimes contre l’humanité et exécutés par pendaison, et Speer et Dönitz condamnés respectivement à vingt ans (pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité) et dix ans de prison (pour crimes contre la paix et crimes de guerre) – ils ont accompli l’intégralité de leur peine ; le premier mourra en 1981 et le second en 1980.

Lors du long procès dit des ministères, ou second procès de Nuremberg, mené en effet à Nuremberg, mais devant un tribunal militaire américain (novembre 1947-avril 1949), contre 21 officiels de ministères du IIIeReich, von Krosigk fut condamné à dix ans de prison et libéré par anticipation en 1951, il mourra en 1977. Stuckart (ministre de l’intérieur), lui, vit sa peine de trois ans et dix mois de prison confondue avec sa détention préventive – il fut donc libéré dès avril 1949. Il est mort dans un accident de voiture en 1953, que d’aucuns attribuent au Mossad, le service de renseignement israélien. Stuckart avait en effet participé à la conférence de Wannsee du 20 janvier 1942, qui organisa la mise en œuvre de la « solution finale » (Endlösung), c’est-à-dire l’extermination massive des Juifs d’Europe. C’est l’acteur Colin Firth qui interprète son rôle dans le téléfilm Conspiracy réalisé en 2001 par Frank Pierson pour HBO et la BBC.

 


Pour en savoir plus
  • Ian Kershaw, La fin : Allemagne 1944-1945, Seuil, 2012.