Concours National
de la résistance et de la déportation

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La réduction de la poche de Dunkerque du 25 au 31 mai 1940.

L’opération « Dynamo » à Dunkerque : miracle ou désastre ?

Dès le 20 mai 1940 au soir, la stratégie allemande a marqué un point décisif dans le Blitzkrieg (la guerre éclair) : après avoir franchi les Ardennes réputées infranchissables, percé le front à Sedan et traversé la Meuse le 14 mai, les deux divisions blindées de Guderian ont foncé vers la Manche, contournant la 1re armée française et les troupes britanniques. Un des seuls obstacles rencontrés : la contre-attaque, dans l’Aisne, le 17 mai, de la 4e division cuirassée commandée par le colonel de Gaulle. Mais le 20 mai, l’avant-garde de la 2ePanzerdivision de Guderian atteint l’estuaire de la Somme et Abbeville, puis Boulogne le 22 mai, et le lendemain sa 1rePanzer, qui a pris Péronne le 19 et Amiens le 20, arrive devant Calais. Ce mouvement en tenailles a pris au piège tout le British Expeditionary Force (BEF) du général Gort, les troupes belges et la 1re armée française : 45 divisions, soit un million d’hommes, sont bloquées dans une énorme nasse. Mais le 24 mai, alors que l’avant-garde de Guderian n’est qu’à 15 km de Dunkerque, Hitler et von Rundstedt lui ordonnent de stopper sa progression pendant 48 heures – sans doute sous l’influence de Goering qui avait promis à Hitler la destruction du BEF par la Luftwaffe.

Or, le général Gort prépare discrètement depuis plusieurs jours le rembarquement de ses troupes depuis Dunkerque – l’opération est baptisée « Dynamo » : son organisateur, le vice-amiral Ramsay, a établi son QG au château de Douvres, dans la Dynamo Room souterraine, ayant abrité un générateur électrique durant la Première Guerre mondiale. Les Britanniques demandent à l’état-major français de défendre jusqu’au bout la zone de Dunkerque où sont repliés environ 400 000 hommes, en promettant de ramener le plus possible de troupes françaises en plus des tommies. « Dynamo », qui dura neuf jours, du 26 mai au 4 juin, n’a donc été possible que grâce à la « bataille de Dunkerque », où soldats et officiers français, commandés par le général Fagalde, ont défendu pied à pied le périmètre de la poche de Dunkerque, résistant avec acharnement (au prix de plus de 16 000 morts) aux attaques de la Wehrmacht. Cependant que les canons allemands depuis Gravelines, les avions de la Luftwaffe (bombardant Dunkerque depuis la nuit du 18 au 19 mai), les vedettes lance-torpilles de la Kriegsmarine coulaient des navires chargés de soldats et ralentissaient les rotations entre les côtes anglaises et Dunkerque – on estime à 5 000 le nombre de soldats alliés morts pendant l’évacuation sur les 250 navires coulés et à 3 000 ceux qui ont péri sur les plages sous les bombardements et mitraillages allemands.

Le 26 mai, environ 7 500 hommes purent gagner l’Angleterre – les embarquements commencèrent à 19 heures environ –, près de 18 000 le lendemain, 47 000 le 28 mai, 54 000 le 29. Les premiers jours, le général Gort (« Chaque Français embarqué est un Anglais perdu. ») comme l’Amirauté britannique privilégiaient les soldats britanniques ; Churchill ordonna le 31 mai à la Royal Navy d’être plus équitable, si bien que le 1er juin il y eut plus de Français que de Britanniques évacués. Le rythme réussit en outre à s’accélérer, puisque au total, 338 226 hommes furent sauvés, dont 198 229 Britanniques et Canadiens, environ 123 000 Français, soit 38 % des soldats sauvés (dont 26 000 au cours de la dernière nuit du 3 au 4 juin) et 17 000 Belges, par un millier de navires, en majorité britanniques, mais aussi français, belges et hollandais – des navires militaires et civils, de toutes tailles (destroyers, cargos, ferries, bateaux de pêche, yachts…).

Le 4 juin au matin, les forces allemandes s’emparaient de Dunkerque, faisant au moins 35 000 prisonniers – presque tous des Français combattant âprement à l’arrière-garde, au pourtour d’un périmètre défensif de plus en plus réduit, et se sacrifiant pour protéger les derniers départs de navires. Parmi eux : le 8e régiment de zouaves. Le général von Küchler, commandant la XVIIIe armée de la Wehrmacht, écrivait dans son journal de campagne pendant le siège de Dunkerque : « Malgré notre supériorité numérique et matérielle écrasante, les Français contre-attaquent à de nombreux endroits. Je n’arrive pas à comprendre comment ces soldats, combattant souvent à un contre vingt, trouvent encore la force de repousser chaque attaque. C’est stupéfiant. Je retrouve dans ces soldats français la même flamme que chez ceux de Verdun en 1916. »

Quel rôle politique a joué l’opération « Dynamo » ? Les rescapés furent accueillis en héros et fêtés en Angleterre. La position de Churchill fut renforcée : il put imposer sa ligne intransigeante de la guerre jusqu’au bout, alors que, du 26 au 28 mai, certains membres du gouvernement proposaient de demander à Hitler l’arrêt des combats. Le 4 juin, à la Chambre des communes, dans un discours radiodiffusé, Churchill évoqua le « Dunkirk spirit » (« l’esprit de Dunkerque ») : « Si nous avons réussi à sauver tant des nôtres, nous devons bien nous garder de donner à cette opération le caractère d’une victoire. Les guerres ne se gagnent pas avec des évacuations […]. Nous nous battrons sur les mers et sur les océans, nous nous battrons dans les airs avec une force et une confiance croissantes, nous défendrons notre île quel qu’en soit le prix, nous nous battrons sur les plages, nous nous battrons sur nos aérodromes, nous nous battrons dans les champs et dans les rues, nous nous battrons sur les collines, nous ne nous rendrons jamais […]. »

Sur le plan militaire, les Britanniques ont pu sauver l’essentiel de leurs troupes, mais dû abandonner leur matériel lourd sur le continent. Avec leur aviation qui a tenu tête à la Luftwaffe au-dessus de Dunkerque (plus d’appareils allemands abattus que d’avions de la Royal Air Force) et leur marine à peine entamée, les Britanniques disposent ainsi encore pour l’essentiel de leur potentiel militaire. La bataille d’Angleterre, de juillet à octobre 1940, allait constituer le deuxième volet de ce premier tournant de la guerre à l’Ouest, démontrant la capacité de la Grande-Bretagne à continuer la lutte, ce qui la préserva sans doute de l’invasion. De fait, le général Guderian pensait que « Dunkerque a été un désastre pour l’Allemagne » et le général von Küchler que « Dunkerque est pour nous [les Allemands] un revers. Presque tout le corps expéditionnaire britannique et une partie de la 1re armée française nous ont échappé, parce que quelques milliers de Français courageux nous ont bloqué l’accès à la mer. »


 
Pour en savoir plus
  • Mémorial du souvenir Bataille de Dunkerque mai-juin 1940 – opération Dynamo, Courtines du Bastion 32 (ancien QG des forces françaises et alliées pendant la bataille de Dunkerque), rue des Chantiers-de-France, 59140 Dunkerque. Sur le site du mémorial, une série de photos de « Dynamo ».
  • « Évacués de Dunkerque », forum de discussion de l’Association des collectionneurs des timbres Libération & Seconde Guerre mondiale (ACTL), pages 1 et 2 : reproductions de correspondances adressées d’Angleterre en France par des soldats français évacués à Dunkerque. Un témoignage intéressant, le 27 juin 2011 (page 2), du fils d’un soldat français évacué le 1er juin 1940 de Dunkerque : arrivée à Folkstone > Londres (train) le jour même > port de Weymouth le 2 juin > traversée vers Cherbourg dans la nuit du 4 au 5 juin > Évreux (train) > retour au combat.
  • Bataille de Dunkerque, 26 mai-4 juin 1940, Ministère de la défense, DPMA, coll. « Mémoire et citoyenneté » n° 2.
  • 1940, l’année noire, de Jean-Pierre Azéma, Fayard, 2010, chap. 6 « Mai 1940 – les panzers franchissent la Meuse » et chap. 8 « 26 mai-4 juin 1940 – Dunkerque : sortir de la nasse », p. 85-96 et p. 108-118 ; rééd. Seuil, coll. « Points Histoire », 2012.
  • Le miracle de Dunkerque, 4 octobre 1940, de Walter Lord, Robert Laffont, coll. « Ce jour-là », 1983.
  • « The War – latest », Pathé Gazette special, British Pathé, actualités cinématographiques, juin 1940, 4 min 50 s (en anglais).
  • « Evacuation of the B.E.F., Greatest Epic of the War », autres actualités cinématographiques britanniques, juin 1940, 3 min 58 s (en anglais).
  • UFA Ton-Woche – Front-Berichte der Propaganda-Kompanien n° 510, actualités cinématographiques allemandes, juin 1940, 32 min 48 s. Séquence sur « Dünkirchen » (Dunkerque) de 9 min 10 s à 17 min, notamment.
  • Dunkirk, série documentaire « WWWII Battlefront »/« La guerre en couleurs », 1re partie 8 min 32 s, 2e partie 7 min 34 s et 3e partie 7 min 49 s, film d’archives en couleurs, 2001 (en anglais).
  • Dunkirk: The Forgotten Heroes, film documentaire de témoignages de soldats britanniques évacués à Dunkerque avec des extraits d’actualités cinématographiques et de documentaires britanniques et allemands, 41 min 24 s (en anglais).
  • Dunkirk, docudrame en couleurs d’Alex Holmes, BBC, 2004, en trois parties : « Retreat » 59 min 41 s, « Evacuation » 59 min 21 s, « Deliverance » 59 min 36 s (en anglais). Avec André Oumansky dans le rôle de l’amiral Abrial, le commandant français de la place de Dunkerque, et la voix de Timothy Dalton comme narrateur.