Concours National
de la résistance et de la déportation

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Lors de la première bataille du Monte Cassino, qui se déroule en Italie du 25 janvier au 4 février 1944, des éléments du 4e régiment de tirailleurs tunisiens du Corps expéditionnaire français (CEF), dirigé par le général Juin, sont les premiers Alliés à percer provisoirement la ligne de fortifications Gustav. Cette ligne traverse de part en part la péninsule entre Rome et Naples et passe par le Monte Cassino, son verrou. Elle a été construite par les Allemands qui, après la chute de Mussolini le 25 juillet 1943 et les débarquements anglo-américains en Sicile (10 juillet) et dans le sud de l'Italie (à partir du 3 septembre), ont envahi le nord et le centre. Les Alliés demeurent bloqués dans le sud face à cette ligne, pendant plusieurs mois, après s'être emparés de Naples le 1er octobre 1943. 

Le général Clark, qui commande la Ve armée américaine en Italie, finit par céder aux instances du général Juin d'engager au combat des éléments des 112 000 hommes (dont 60 % de Maghrébins) du Corps expéditionnaire français qu'il dirige. Les 17, 26 et 29 décembre, la 2e division d'infanterie marocaine du CEF a conquis trois crêtes devant lesquelles les Américains piétinaient, au prix de pertes très lourdes (un millier d'hommes au cours de ce mois de décembre 1943). Le CEF se renforce en janvier 1944 et s'empare les 12, 13 et 17 janvier d'objectifs fixés par le commandement américain. Les combats se concentrent alors avec une extrême violence au Monte Cassino et vont durer jusqu'au mois de mai. Les Alliés débarquent le 22 janvier à Anzio, entre Rome et la ligne Gustav, mais ne progressent guère au-delà de la tête de pont qu'ils ont établie. 

C'est dans ce contexte que le 4e RTT accomplit un exploit, en remportant le 4 février les combats acharnés du Belvédère, près du Monte Cassino – ce que retrace une séquence du film Indigènes de Rachid Bouchareb (2006). Le 4e RTT perd les deux tiers de ses effectifs (« Le 4e régiment de tirailleurs tunisiens accomplit un des faits d'armes les plus brillants de la guerre au prix de pertes énormes. », écrira le général de Gaulle dans ses Mémoires de guerre), mais les Allemands continuent à barrer l'accès au centre et au nord de l'Italie.

« Il s'est passé quelque chose de capital pour les indigènes au cours de ces campagnes [...] : le passage à la conscience politique. Il y a d'une part le développement d'un processus migratoire : revenir en métropole le plus rapidement possible pour s'immiscer dans des interstices de liberté. D'autre part, le refus de continuer à endurer un statut inégalitaire en rentrant chez eux provoque un développement du mouvement nationaliste. Beaucoup de futurs chefs du FLN, dont Ahmed Ben Bella, ont fait Monte Cassino. Ils intègrent leur expérience militaire, se mettent à envisager de ne pas en rester à la revendication politique, d'avoir recours à la lutte armée. » (Benjamin Stora, « Les indigènes ont découvert la société française », interview au Monde, 26 septembre 2006).


Pour en savoir plus :

La campagne d'Italie (1943-1945) – les victoires oubliées de la France, ouvrage de Jean-Christophe Notin, Librairie Perrin, coll. « Tempus », 2007.

La bataille d'Italie, film documentaire consultable en ligne (payant) de Daniel Costelle, INA, coll. « Les grandes batailles », 1971, 1 h 35 min. Rééd. DVD vidéo, INA/TF1 vidéo, 2004.