Concours National
de la résistance et de la déportation

Des ressources pour participer
Utiliser ressources et documents

Étudier un film d’actualités de la Résistance

En partenariat avec l'Inalogo ina.fr

On croit généralement que les résistants n'ont pas produit de films d'actualités, faute de moyens. Ce n'est pas vrai : un grand nombre d'images ont été tournées clandestinement et ont servi la Résistance dans les actualités cinématographiques de la France libre, puis à la Libération. Apprendre à les regarder et à en dégager les intentions permet de discerner, derrière l'apparent consensus, les contours de subtiles orientations politiques.

Focus

Carton film France Actualités Pathé-GaumontDans la France de l'Occupation, les actualités cinématographiques sont un instrument essentiel de la propagande du régime de Vichy et de la Collaboration. Dès juin 1940, les Allemands projettent en zone nord une version française de leur journal, sous le titre d'Actualités mondiales ; en octobre sont relancées en zone sud des actualités conjointes Gaumont-Pathé, réalisées dans les studios de Marcel Pagnol à Marseille. L'année suivante, un journal unique appelé France Actualités, contrôlé par Vichy et l'occupant, est conçu ; d'une durée de 20 à 30 minutes et diffusé avant le film de fiction, ce journal est régulièrement hué et chahuté au point que les Allemands imposent qu'elles soient faites dans des salles semi-éclairées.

Au cœur même de la profession s'organisent des réseaux de résistance qui, à partir de 1943, mais surtout en 1944, utilisent le film comme outil de renseignement. Des prises de vues clandestines, à l'aide de petites caméras dissimulées dans des paquets fixés à l'arrière de vélos ou de motos, sont alors acheminées vers Londres pour renseigner les Alliés sur les installations de défense et les mouvements de troupes de l'occupant. D'autres films sont réalisés à des fins de propagande pour la Résistance : Robert Gudin et Albert Mahuzier tournent à la sauvette en plein Paris les séquences de Caméras sous la botte !... au printemps 1944 ; au même moment, le Comité de libération du cinéma français (CLCF) envoie des opérateurs dans le Vercors filmer les actions du maquis de résistance.

Le film clandestin Caméras sous la botte !..., – mouvement Ceux De La RésistanceRobert Gudin, coréalisateur du film clandestin Caméras sous la botte !..., était FFI et membre du mouvement Ceux De La Résistance

À Londres, les services français libres produisent, eux, des films dès juillet 1940, mais il faut attendre le printemps 1943 pour qu'à Alger un Office français d'information cinématographique (OFIC) centralise enfin toutes les initiatives disparates et organise la production de films d'actualités qui, en dépit de la modestie de leur diffusion, contribuent à la construction de la légitimité et à la reconnaissance de la France libre et du général de Gaulle auprès des opinions publiques étrangères et dans les territoires libérés.
À la veille de l'insurrection parisienne, le CLCF, dominé par les communistes, prend sans coup férir le contrôle de France-Actualités et met en œuvre le premier journal d'actualités qui célèbre la libération de Paris par l'action conjuguée des FFI et des FFL (voir le « Gros plan »). Les numéros suivants de France-Libre-Actualités, produits par le Gouvernement provisoire de la République française, ne devaient cependant pas chanter au même unisson. Les journaux du CLCF font la part belle aux hauts faits des résistants du « parti aux 75 000 fusillés », le Parti communiste, et minimisent l'action politique du général de Gaulle. Au moins jusqu'en mars 1945 où les gaullistes remettent officiellement la main sur Les Actualités françaises (tel est le titre de France Libre Actualités depuis janvier 1945) et redonnent voix au chef du gouvernement : une mythologie succède alors à une autre, très provisoirement – l'État détient le monopole de la presse filmée jusqu'au 27 juillet 1945 (à partir de janvier 1946, Éclair, Gaumont et Pathé produiront à nouveau des journaux de presse filmée).
Les Actualités françaises garderont leur titre et leur rythme hebdomadaire jusqu'à leur disparition en 1968, sous l'effet de la concurrence de la télévision et de ses journaux télévisés quotidiens.

Bulletin officiel du Comité de Libération du Cinéma Français n° 1, 23 octobre 1944Bulletin officiel du Comité de Libération du Cinéma Français n° 1, 23 octobre 1944

Où trouver des films d'actualités ?

L'Ina

Outre certaines archives publiques ou même privées ouvertes au public qui comportent de nombreux films d'actualités de la période de l'Occupation et de l'immédiate après-guerre, l'Institut national de l'audiovisuel met à la disposition sur son site grand public quelques films auxquels on se reportera volontiers en tapant comme mot-clé « résistance », « libération-époque », etc.

 

France Actualités, carton de l'édition du 14 juillet 1944, © Ina France Actualités, carton de l'édition du 14 juillet 1944, © Ina

On y trouve des extraits des journaux cinématographiques Les Actualités mondiales (version française du Deutsche Wochenschau allemand), de France Actualités (journal d'actualités vichyste) et de France Libre Actualités, dont le film La libération de Paris (voir le « Gros plan »). Ces films en ligne comportent de brèves informations très utiles : date de diffusion, mots-clés, parfois un descriptif du contenu…
On peut ainsi comparer l'un des films d'actualités de la Libération qui exaltent l'action de la Résistance avec l'un des films qui, aux frontières de la fiction, ont eux aussi chanté les louanges des résistants après la guerre : La Bataille du rail (René Clément, 1946, disponible en DVD), Au cœur de l'orage (Jean-Paul Le Chanois, 1948). Il est alors intéressant de voir comment ont été reconstitués après-guerre de façon très réaliste des faits réels (la résistance des cheminots et le maquis du Vercors) et comment ont été intégrées à ces films des prises de vues des années de l'Occupation pour appuyer la véracité des longs métrages.

 

Au cœur de l'orage – Un film de Jean-Paul Le Chanois sur le maquis du VercorsUn film de Jean-Paul Le Chanois sur le maquis du Vercors

L'Ina a également sélectionné pour le thème 2013-2014 du CNRD un corpus d'archives spécifiques, placé dans un espace en ligne distinct du site Ina.fr, afin de permettre aux élèves et professeurs de préparer le concours et d'utiliser ces images dans les travaux produits.
Enfin, le corpus Seconde Guerre mondiale du site éducatif de l'Ina, Jalons pour l'histoire du temps présent, propose 150 documents contextualisés par des historiens ; « l'éclairage média » y donne des clés de lecture crituique des films produits en temps de guerre.

L'ECPAD

L'Établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense est aussi un partenaire du CNRD.

Parachutage d'armes – Film du Service cinématographique de l'armée (1944), une reconstitution scénarisée où figure notamment René Char, © ECPADFilm du Service cinématographique de l'armée (1944), une reconstitution scénarisée où figure notamment René Char, © ECPAD

L'ECPAD met à disposition des candidats, pour la durée du concours, un choix spécifique d'images fixes et animées, qui illustrent le débarquement de Provence, la libération de la France du Sud au Rhin, en passant par Paris, l'Alsace et la Lorraine en 1944 et 1945.

Méthode d'analyse (pour des élèves de lycée)

Première approche

  • Voyez une première fois le film d'actualités que vous avez choisi.
  • Situez-le dans le temps et l'espace. Où se situe l'action ? Un seul ou plusieurs lieux ? Comment sont-ils identifiés ? Avec un titre sur l'écran, des symboles, par le commentaire ?
  • Quelle est la durée totale de ce qui est relaté dans le film (durée diégétique) : plusieurs années, mois, jours, heures ? Comment le temps qui passe est-il marqué ?
  • Résumez le film en une quinzaine de lignes au maximum pour bien en dégager les principales actions.
  • À première vue, le film vous paraît-il avoir été réalisé pendant l'Occupation ou après la Libération ? Quels éléments vous donnent des indications ?
  • Rassemblez les résultats d'une recherche sur les faits évoqués de manière à les dater précisément et les resituer dans leur contexte historique.

Autour du film

Le générique

N'hésitez pas à le recopier et à souligner les éléments qui vous semblent importants : le titre du film (ou le nom du journal d'actualités), bien sûr, mais aussi les organismes qui s'affichent comme les auteurs ou commanditaires du film, les symboles qu'il comporte (un coq, une croix de Lorraine…). Que vous inspire la musique qui l'accompagne le plus souvent ?

Les cartons

Certains précisent le contexte du film ou du sujet du journal que l'on va découvrir. On répétera l'exercice suggéré pour le générique.

Les logos

Certains films ou certains plans que vous verrez mentionnent la société aujourd'hui propriétaire ou dépositaire des images (Gaumont, Ina, Fox-Movietone…). Attention à ne pas les confondre avec les auteurs du film ou les producteurs à l'époque du journal lui-même.

The Capture Of Cherbourg – Fox Movietone News, Vol. XXVI No. 89, mardi 11 juillet 1944 (source : University of South Carolina. Moving Image Research Collections)« Fox Movietone News, Vol. XXVI No. 89 », mardi 11 juillet 1944 (source : University of South Carolina. Moving Image Research Collections)

D'autres informations : les fiches d'accompagnement

Consultable dans les archives ou au musée lorsque vous désirerez voir un film, ou en ligne sur Internet, la fiche documentaire sera un complément utile pour l'identification du film, sa date de diffusion et sa source.

Les codes d'expression visuelle

Les plans

  • Comptez (approximativement) le nombre de plans du film : sont-ils très hétérogènes ? Sont-ils majoritairement brefs ? longs ? Quel effet cela a-t-il sur le rythme ?
  • Observez les points de vue : traduisent-ils une prise de vues à la sauvette ou distante (plongées depuis les étages supérieurs d'immeubles, ou vues tremblées prises par un opérateur dissimulé), ou bien un filmage plus assuré et confiant (prise de vues frontale, effort de composition du cadre, mouvements de caméra anticipés) ?

Sous l'œil de la caméra cachée de Charles Dudouyt, Paris août 1944« Sous l'œil de la caméra cachée de Charles Dudouyt, Paris août 1944 », film amateur tourné en 8 mm, © Musée du Général Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris - Musée Jean Moulin

  • Les sujets filmés sont-ils conscients de la présence de la caméra ? en jouent-ils ?
  • En quoi toutes ces observations renseignent-elles sur la manière dont le film a été tourné ?
  • À partir d'un support numérique du film consultable sur ordinateur, n'hésitez pas à sélectionner et « copier » quelques plans remarquables sur lesquels vous pourrez effectuer un travail d'observation et qui, remis bout à bout, constitueront une trace de la chronologie du film utile pour toute analyse.

Pellicule et chromatisme

  • Efforcez-vous d'identifier le format au tournage (8 mm, 9,5 mm, 16 mm ; 35 mm) et de repérer les défauts (grain, teinte, brillance, contraste) qui attestent de l'authenticité du film et des plans qui le composent.
  • Le film ou certains de ses plans sont-ils en couleurs (ou monochrome : sépia, bleu) ? Si cela était, ils peuvent en effet avoir été tournés en Kodachrome (cas rare), avoir été colorisés ou être l'objet d'une reconstitution : dans tous les cas, il y a de fortes chances que le film soit le résultat d'un montage très postérieur à la période.
  • Discernez des plans qui, eux, auraient pu être filmés après l'événement ou avant celui-ci (des plans puisés dans des stock-shots), des plans qui auraient pu être l'objet d'une reconstitution (effet dramatique, composition d'« acteurs » trop visible, éclairage artificiel, etc., trahissent parfois la mise en scène de façon grossière), d'autres qui seraient manifestement détournés de leur sens originel.

Le montage

  • Vous paraît-il techniquement réussi ? Relevez les imperfections de raccords. Que disent-ils de la matière filmique mise à la disposition du monteur ?
  • Les différents raccords (dont vous relèverez les principaux types : coupe franche, fondus enchaînés, fondus au noir, volets, surimpressions…) marquent-ils bien les divisions du récit ?
  • Y a-t-il des effets temporels (flash-back, ellipse) et servent-ils bien l'évolution du récit ?

Les codes d'expression sonore

Les bruits

  • Le film ou certains de ses plans comportent-il un son qui est manifestement enregistré en même temps que l'image ?
  • Au contraire, y a-t-il eu ajout de sons au montage ? De quoi est composé ce bruitage ?
  • Sur quoi a-t-on voulu insister et dans quel but ?

La musique

  • S'il y en a, quel type de musique est employé dans le film ?
  • Quels sont les effets recherchés ou obtenus : création d'ambiance, dramatisation d'une action, description d'une époque, d'un lieu donné, création de suspense, jeu sur les émotions, contrepoint à l'action… ?
  • Ya-t-il des leitmotive ? des musiques ou airs connus (La Marseillaise, Le Chant du Rhin, Le Chant des partisans…) ? Quel est leur but ?

Les interviews

  • Le film comporte-t-il des interviews ou des enregistrements de discours ?
  • Sont-ils contemporains des faits relatés ou ultérieurs ?
  • Qu'apportent-ils au film ?

Le commentaire

  • Le film est-il soutenu par un commentaire ?
  • Quel est son rôle ? Relevez des exemples de commentaire du film qui viennent informer l'image (donner un renseignement que l'image ne contient pas), appuyer l'image (renforcer un effet), apporter un contrepoint à l'image (à des fins ironiques ou dramatiques), créer un effet de redondance calculé…
  • Faites l'exercice de regarder le film ou un extrait sans la bande son afin de vous rendre compte de l'importance du commentaire.

« Personnages » et symboles

Lexique

  • Dans la continuité de l'exercice précédent, esquissez une étude lexicale du commentaire du film d'actualités en relevant, dans l'ordre de leur occurrence, les termes les plus employés : pouvez-vous faire des remarques ?
  • Repérez si possible quelques figures de rhétorique : métaphore, antithèse, anaphore, périphrase, litote, hyperbole, etc., en précisant leur effet.

Personnages

  • Dégagez quelques groupes de « personnages » évoqués dans le film et, à la manière d'un « nuage de tags », rassemblez dans des ensembles les termes qui leur sont associés ou des récurrences (et insistances) visuelles que vous aurez observées. Par exemple, comment apparaissent ou sont évoqués les résistants, les Allemands, les collaborateurs, les Alliés… ?
  • Précisez à partir d'un dictionnaire ou par une recherche sur Internet les personnages mentionnés que vous ne connaîtriez pas.

Symboles

Identifiez à l'image et dans la bande sonore les symboles mis en avant (ou plus discrets) qui soulignent le propos idéologique du film :

  • par exemple, des bâtiments remarquables, des croix de Lorraine ou des croix gammées, des sigles « FFI » ou des portraits (de Pétain, Hitler, de Gaulle…) visibles à l'image,
  • ou les mots « République », « France », « Empire », « général de Gaulle » revenant à plusieurs reprises…

Synthèse

Structure

Dresser la liste des séquences que vous aurez identifiées de manière à faire apparaître une structure narrative, puis résumez cette structure scénarisée ainsi mise en évidence et, derrière elle, l'intention des auteurs du film.  

Les non-dits

Tout discours et tout film comporte ses absences : ce qui est caché ou implicite devra être identifié et interrogé. Qu'est-ce qui justifie cette absence, cette occultation ?

Le cas d'un journal d'actualités

Il est d'ordinaire divisé en sujets différents les uns des autres. Pourtant, ces sujets sont souvent reliés les uns aux autres et animés d'une même intention de nature idéologique. Comment se manifeste à l'écran cette communauté d'approche et d'objectif ?

Intentions

Définir finalement le mot propagande en s'interrogeant sur le destinataire du film : en quoi celui-ci détermine-t-il les choix des auteurs du film ? Qu'il s'agisse d'un spectateur d'un pays étranger, d'un spectateur sous l'Occupation (de zone libre ou de la zone occupée), d'un spectateur après la Libération, l'objectif visé par le film est bien évidemment différent.

Gros plan

France Libre Actualités : La Libération de Paris (1944) : un « film officiel » de la Libération

Entre le 16 et le 26 août 1944, des opérateurs qui jusqu'alors rongeaient leur frein dans la résistance clandestine reçoivent la consigne de filmer dans tout Paris les combats de la Libération. Georges Méjat, Pierre Léandri, Robert Petiot, Gaston Madru ou le jeune Gilbert Larriaga, parmi d'autres, sillonnent alors la capitale et, prenant des risques insensés (Léandri est grièvement blessé), parviennent à tourner plusieurs centaines de mètres de pellicule au plus près des escarmouches. Le 26 août, les mêmes accompagnent le général de Gaulle dans sa descente des Champs-Élysées et à l'Hôtel de Ville. Le 29, un film d'un peu plus d'une demi-heure, sobrement intitulé Le journal de la Résistance, est présenté au cinéma Le Normandie, trois jours à peine après les événements qu'il évoque. Sur un commentaire emphatique du scénariste Pierre Bost lu par le comédien Pierre Blanchar, ses images héroïques ravivent chez les spectateurs une émotion à peine retombée et assurent au film, connu aujourd'hui sous le titre La Libération de Paris, un triomphe qui ne se démentira pas durant les nombreuses semaines où il sera encore projeté, à Paris puis dans les régions libérées.
D'une durée exceptionnelle à l'époque pour un film d'actualités (plus d'une demi-heure), il se compose de trois tableaux : l'insurrection parisienne et les combats de rue ; l'arrivée des Français libres et la réduction des poches de résistance allemandes ; le discours du général de Gaulle à l'Hôtel de ville et la communion avec le peuple parisien.

Le premier « personnage » du film est sans nul doute Paris lui-même, dont le nom est répété près de cinquante fois dans le commentaire (en particulier dans l'anaphore du discours improvisé de De Gaulle à l'Hôtel de Ville, 26e minute), dont treize fois comme sujet d'un verbe d'action. Décliné sous des figures de substitution (le blason de la ville restauré, la Préfecture de police, l'Hôtel de Ville, Notre-Dame), Paris est personnifié par son peuple en révolte, puis légitimé par le général de Gaulle. Le film montre ainsi comment un espace, celui de la ville avec ses symboles, est reconquis : des rues vides sillonnées par les seuls véhicules allemands (premiers plans du film) aux Champs-Elysées investis par la foule en liesse (derniers plans), en passant par les FFI se hasardant à prendre possession des trottoirs, le peuple s'engageant de plus en plus massivement, puis les chars de Leclerc convergeant vers le centre de la capitale.
On peut ainsi distinguer plusieurs mouvements dans le film. Celui qui mène des combats à la fête, d'abord. Ce mouvement inscrit l'événement dans la tradition de la lutte révolutionnaire : les barricades érigées, les drapeaux brandis ; la communion du « peuple » – deuxième terme le plus cité du commentaire – dans le combat, avec toutes ses composantes (hommes, femmes, enfants, Noirs, prêtres) ; les « héros » (troisième terme fréquemment cité) sacrifiés ; puis la fête révolutionnaire elle-même.
Un autre mouvement préside au rétablissement de la République, en trois étapes : les FFI la réinstaurent (l'appel à la mobilisation, l'organisation d'un « gouvernement » de Paris, la prise de fonction du Préfet de la Seine, la restauration symbolique du blason de la capitale) ; les FFL la protègent ; le général de Gaulle l'incarne. Le film s'achève symboliquement sur la statue de la place de la République. On notera toutefois que la moitié du film est consacrée à l'insurrection du peuple parisien : le sort de la capitale semble joué avant l'arrivée des Français libres, comment le suggère le commentaire (« La lutte touche à sa fin, Paris achève sa libération… maintenant les avant-gardes de la division Leclerc roulent sur Paris. », 17e minute). Observons d'ailleurs une des occultations importantes du film : la contribution des alliés américains (réduits à un soldat qui, « après la bataille », flatte le peuple de Paris sans comprendre grand-chose à ce qu'on lui fait dire, 27e minute). La libération de la capitale est l'affaire des seuls Français. Le film apparaît comme un décalque du discours du Général à l'Hôtel de Ville.
Autres non-dits du film, que les témoignages et l'historiographie replaceront plus tard au premier plan : l'épuration (réduite ici à l'évocation de deux arrestations, celles du journaliste Stéphane Lauzanne et du juge Devize), la vengeance brutale exercée sur les femmes (on ne voit que quelques arrestations), et les coups de feu qui ont perturbé la cérémonie finale à Notre-Dame.
Premier film de la Libération, La Libération de Paris est ainsi le produit d'une intention très calculée de ses réalisateurs. Quand, durant l'été, les Alliés, après avoir enfin percé le front de Normandie progressent en direction de la capitale, ils apportent avec eux de nombreux films d'actualités qui, sous le titre Le Monde libre, diffusent la propagande des Anglo-Américains et, plus secondairement, celle des Français libres. Aux yeux des FFI, un tel monopole est insupportable. Le Comité de libération du cinéma français veut alors mettre en œuvre le premier journal d'actualités de la France libre. Celui-ci, compte tenu de la richesse des reportages tournés, doit finalement faire de son « numéro zéro » une sorte de « film officiel » de la libération de Paris. Célébrant la communion populaire autour de la figure charismatique du général de Gaulle, le film éclipse la présence pourtant cruciale des troupes américaines et évite de valoriser le rôle des soldats de Leclerc. La fusillade au cours du Te Deum à Notre-Dame, pourtant largement couverte par les opérateurs, est sacrifiée au souci très politique de faire s'achever le film dans une apothéose nationale : un travelling glorieux à travers Paris libéré, de la cathédrale où le Général assiste à la messe jusqu'à la symbolique place de la République.

Loïc Joffredo, Clemi

Pour en savoir plus