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Les jeux olympiques : des enjeux multiples

Un double contexte favorable

La redécouverte du site archéologique d’Olympie

L’élite européenne est sensibilisée à la culture antique, grâce au développement d’une archéologie devenue objet de rivalité entre pays européens et qui fait connaître les grands sites comme les sanctuaires et les stades. Il court sur l’exploration du site d’Olympie des informations contradictoires. Les premières fouilles sont le fait de Dom Bernard de Montfaucon, bénédictin français, qui imagina plus qu’il ne vit, en 1723, les trésors d’Olympie. L'idée est reprise en 1767 par un archéologue allemand, Johann Winckelmann, mais le site n’est vraiment découvert qu’en 1776, par Richard Chandler, helléniste et archéologue britannique. Le Français Abel Blouet ramène d'Olympie, en 1826, une métope (panneau architectural décoré) du temple de Zeus.

Les fouilles ne commencent réellement qu’en 1824 ou 1829, conduites par l'archéologue anglais Lord Spencer Stanhope, avec l'expédition de Morée, lors de la guerre d’indépendance de la Grèce. Un plan de l'Olympie antique est établi. De nombreux bâtiments étaient cachés par la végétation et dissimulés sous des sédiments dus aux nombreux débordements des rivières voisines Alphée et Cladée. Le site avait souffert des séismes, dont ceux du VIe siècle qui avaient détruit un grand nombre de bâtiments antiques. Ernst Curtius, archéologue et universitaire, conduit des fouilles importantes à partir de 1875, à la demande du gouvernement allemand. L’ancien site est dégagé. 

Le mythe de l'Antiquité gagne l'Europe révolutionnaire. Au XVIIIe siècle, les fouilles archéologiques révèlent les vestiges que l'humanisme de la Renaissance avait remis au goût du jour deux siècles auparavant. La Grèce antique, ses idéaux, ses mythes glorieux inspirent les penseurs des Lumières. Elle trouve aussi une place dans les profondes transformations politiques et sociales, dans les progrès rapides de l'industrie et des sciences. Les révolutionnaires français, après ceux des États-Unis d'Amérique, rêvent de rétablir les Jeux olympiques à l’antique : la première olympiade de la République. À l'occasion du rapport de la Convention sur la loi qui instaurait le nouveau calendrier et pour marquer la solennité de cette réforme, le conventionnel montagnard Gilbert Romme (1750-1795) annonce : « C'est après quatre années de révolution (la révolution étant entendue ici au sens de la course des planètes autour de l'astre solaire) et dans l'année bissextile que la nation, renversant le trône qui l'opprimait, s'est établie en république : ainsi la première année de notre ère commencerait une nouvelle période de quatre années […] les jeux publics que vous instituerez la rapprocheront de l'olympiade des Grecs ; nous vous proposons de l'appeler l'olympiade française et la dernière année l'olympique […]. Des exercices gymniques figureront ce jour solennel. » C'est ainsi qu'au Champ de Mars, le 22 septembre 1796, quatre ans après l'instauration de la Première République, se déroule devant quelque 350 000 personnes la première « olympiade de la République » comprenant des courses de chars, des courses de chevaux, des joutes sur la Seine et la première course chronométrée de l'histoire ! Point de départ d’une modernité des Jeux sans véritable lendemain et auquel il manquait à la fois le sport comme pratique et l'institution sportive comme organisatrice.

L’Europe retrouve les grandes manifestations athlétiques

En 1833, la Suède donne naissance à un organisme olympique qui met sur pied des Jeux scandinaves, jeux imitant l’antique par des confrontations à la fois sportives (épreuves de courses, de saut en hauteur, de saut à la perche…) et littéraires qui sont organisées en 1834 et 1836 par le Suédois Gustav Schartau. En Angleterre, des épreuves à caractère culturel se déroulent en 1849, elles sont nommées « Festivals olympiques ». Le docteur William Penny Brooks, de son côté, fonde l'Olympian Society et organise des Jeux à Munch Wenlock dans le pays de Galles. La Grèce, redevenue indépendante en 1830, se prend à rêver du retour des Jeux olympiques. En 1859, le commandant Evangelis Zappas crée un concours olympique composé d’épreuves d’athlétisme à Athènes en présence du roi Otton Ier et associé aux événements d'une foire-exposition. Événements éphémères, ces jeux montrent cependant la vitalité intellectuelle autour de cette idée olympique, cette nécessité ressentie par la culture européenne d’un retour vers ses racines corrélé à la pratique sportive.

En France, au début des années 1880, les lois scolaires font de l’enseignement la chose de l’État. Les affrontements relatifs aux personnels, aux locaux, aux disciplines touchent également l’éducation physique. Si la Ligue nationale de l'éducation physique (LNEP), créée par le journaliste Philippe Daryl (pseudonyme de Pascal Grousset), prône une éducation physique inspirée de l’Antiquité et hostile aux cléricaux, l'Union des sociétés françaises des sports athlétiques (USFSA), attachée à l'amateurisme, soutient les idées du christianisme éducatif.

Il faut donc resituer la proposition de Pierre de Coubertin dans un contexte favorable.