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Les jeux olympiques : des enjeux multiples

Pierre de Coubertin, portrait du rénovateur des Jeux

Né en 1863, quatrième fils de Charles Frédy de Coubertin, orléaniste, descendant de noblesse de robe, et de Marie-Marcelle Gigault de Crisenoy, de famille légitimiste, il vit une enfance semble-t-il heureuse dans un milieu épris de monarchie. Il suit des études chez les Jésuites de la rue de Madrid à Paris. Élève doué, il obtient les baccalauréats ès lettres en 1880, ès sciences l’année suivante. Attiré par la carrière des armes comme bon nombre de jeunes aristocrates au début de la IIIe République, il se prépare à entrer à Saint-Cyr, mais échoue aux épreuves d’admission. L’échec de la voie militaire le conduit à envisager une carrière judiciaire, il commence des études de droit à l’Institut catholique de Paris.

Il adhère à l’idée que, dans l’intérêt national, l’élite sociale doit prendre en charge la protection des populations ouvrières par le patronage. Il fréquente des groupes de réflexion comme la « conférence Molé » et s’initie au libéralisme auprès de l’École libre des sciences politiques. Ses professeurs lui enseignent le caractère synthétique des lois constitutionnelles de 1875, appuyées sur la démocratie, la représentation nationale mais aussi des lois conservatrices et respectueuses des traditions. C’est par cette voie qu’il est confronté à l’esprit républicain qui apparaît alors comme porteur de progrès mais aussi capable de modération. En, 1887, il semble se rallier à la République, alors que d’autres attendent 1889 et l’échec de Boulanger, ou encore le toast d’Alger, voire le ralliement prôné par la papauté. Les adversaires sont désignés, Coubertin s’oppose au « despotisme » et à « l’anarchie » pour mieux défendre liberté et propriété.

Le choix du libéralisme et du conservatisme le conduit à préférer le modèle anglais à la référence prussienne. En 1886, influencé par les lectures de Le Play et de Taine, il se rend en Angleterre et procède à une vaste enquête sur le modèle éducatif, tandis qu’en France, un choix majeur en ce domaine vient d’être fait par les républicains. Il voit dans la pratique d’activités physiques, associée à la responsabilisation des acteurs, la cause principale du dynamisme anglais, source de supériorité. Dès 1887, il lance en France une campagne pour la pratique du sport dans l’enseignement secondaire, sur le modèle de l’étudiant anglais des grandes universités, pratiquant aussi bien les humanités que l’aviron et capable de partir à la conquête du monde. Il cherche à créer une « République de sportsmen », selon P. Clastres, démarche renforcée par son voyage aux États-Unis la même année, en 1889. Respect des règles, respect de l’adversaire, expression de l’intelligence, de la puissance physique régulée, obéissance au capitaine, le sport est perçu comme moyen de renforcer l’union, la camaraderie, de donner du sens à l’expression de la virilité, mais aussi, et peut-être surtout, de former des élites sociales.

Coubertin multiplie les publications, ouvrages et revue (La Revue athlétique), les conférences, il organise un congrès international à Paris en 1889, parcourt les lycées de France à partir de 1890. La réception est mitigée. Si des écoles, comme l’École Monge, adhèrent rapidement, les écoles religieuses sont sceptiques. En 1891, le père Didon, à Arcueil, est le premier à faire adhérer une école catholique à l’USFSA. Il faut aussi souligner que la démarche de Coubertin s’oppose à l’ancienne pratique de la culture physique, qui s’apparente à la gymnastique militaire. De plus, elle se heurte à la création de la Ligue nationale d’éducation physique, dirigée par Pascal Grousset, ancien étudiant en médecine, journaliste d’obédience radicale, et qui revendique la pratique d’activités physiques pour tous, tout en défendant des pratiques françaises contre les sports anglo-saxons. Il crée en 1888 la Ligue nationale d’éducation physique. Pierre de Coubertin apparaît alors comme un républicain suspect, comme le défenseur des catégories sociales supérieures.

Pédagogue par la pratique, convaincu de la place que doit occuper le sport dans l'éducation, proche du second courant évoqué, Pierre de Coubertin ne revendique pas le culte du sport pour le sport. Épris de paix, il va faire des Jeux olympiques une œuvre d’entraide internationale et de progrès. Il formule pour la première fois l’idée de rénovation des Jeux olympiques le 25 novembre 1892 lors du cinquième anniversaire de l’Union des sociétés françaises des sports athlétiques. Mais il ne soulève guère l’enthousiasme. Motivé par le mouvement estudiantin international prônant l’organisation de rencontres sportives entre pays, il reprend l’idée en 1894, lors d’un rassemblement du sport amateur mondial à Paris, pour affirmer la nécessité d’organiser une paix mondiale par le sport, associant la dimension libérale au pacifisme. Coubertin n’est pas animé par la référence à l’Antiquité. Il s’appuie sur le pacifisme libéral anglo-saxon fondé sur l’élaboration d’un droit international, de rencontres entre les nations, sur le principe libéral d’éducation des peuples. Coubertin y associe le rôle du sport, sollicite les pacifistes libéraux, présents lors du congrès de 1894, comme l’Anglais Balfour, les Français Lavisse ou Passy.

Coubertin ne fait pas de la référence aux Jeux olympiques de l’Antiquité. Il refuse d’imiter l’antique parfois restauré par des Jeux comme ceux du Grec Zappas créés en 1859 et réservés aux seuls Grecs. Coubertin est attiré par les sports britanniques (boxe, rowing (aviron), tennis, football, rugby, course à pied…) et les sports de l’élite sociale nobiliaire (équitation, escrime). Il les estime supérieurs aux activités de gymnastique présentes en France, incapables de former la jeunesse pour redonner à la France une place en Europe après la défaite de 1871. Coubertin associe bien les pratiques sportives et la réussite d’autres États européens comme l’Allemagne, l’Angleterre.

En 1894, Coubertin, secrétaire général de la fédération de sportifs amateurs, essayiste peu réputé dans des revues sportives, n’a pas de véritable légitimité sur le congrès tenu en Sorbonne. Il réussit à imposer à l’ordre du jour du colloque la question de la rénovation des Jeux. La question des Jeux s’inscrit en fait dans un ensemble de questions relatives à l’organisation du sport mondial, notamment les relations entre l’amateurisme et le professionnalisme naissant lié à des démarches commerciales. Le professionnel déroge et abandonne la noblesse nouvelle du sportif au profit de revenus par la pratique sportive. Une grande partie des participants au congrès n’accorde que peu d’attention au projet olympique, ce qui permet à Coubertin d’agir sur la commission avec pour but l’organisation de Jeux à Paris en 1900. La musique de Gabriel Fauré sur l’hymne à Apollon retrouvé à Delphes l’année précédente envoûte le public fourni des congressistes. Un comité international olympique est créé. Des Jeux sont prévus pour 1900 à Paris. Cependant un envoyé de la monarchie grecque, l’homme de lettres Vikelas (ou Bikelas), réussit à se faire élire président du comité et à obtenir que des Jeux soient organisés à Athènes en 1896. À côté des sports anglais, des épreuves de gymnastique, de tir sont intégrées au programme. Des épreuves symboliques apparaissent aussi : le lancer du disque en mémoire du sculpteur Myron, le marathon, création de Michel Bréal, linguiste, féru de culture grecque, qui promet une coupe d’argent au vainqueur de l’épreuve.

Ainsi sont nés les Jeux olympiques modernes. Mais le projet s’inscrit dans un contexte plus général.