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Les jeux olympiques : des enjeux multiples

Les jeux de la modernité

Les Jeux de Berlin sont marqués par des nouveautés en matière médiatique : en amont, une campagne de propagande diffuse des milliers de brochures, de cartes postales, de posters. Pendant les Jeux, l’utilisation de la bande magnétique fait évoluer la radio, le média le plus important (2 500 heures d’émissions en 28 langues). Des milliers de kilomètres de câbles pour les connexions téléphoniques, des télétypes pour transmettre l’information, une tribune de presse de plus de mille places pour couvrir l’événement, avec des photographes venus du monde entier. Des essais de télévision par câble à raison de huit heures par jour.

Au-delà de l’éphémère, les autorités nazies offrent des moyens gigantesques pour filmer les Jeux à une cinéaste qui a déjà livré au nazisme Le Triomphe de la volonté en 1932. Pour tourner OlympiaLes Dieux du stade en français, elle obtient l’autorisation de filmer partout, d’installer des moyens modernes (l’utilisation du ralenti, rails pour travelling par exemple, caméra en caisson pour filmer sous l’eau…). L’œuvre est controversée, certains dénoncent le soutien au nazisme, l’exaltation de la force. D’autres soulignent qu’elle est aussi une production d’une grande modernité technique et une ode à l’effort sportif, une esthétique du muscle, du mouvement. Pendant le marathon, elle fait suivre les athlètes qu’elle fait filmer de façon latérale par des caméras posées dans des véhicules.

Pour les sportifs, la modernité consiste ici en un soutien logistique par le chronométrage des temps intermédiaires pour que les athlètes construisent leur course, ainsi que la multiplication des postes de ravitaillement pour rendre la chaleur berlinoise supportable.

Les photographies des Jeux de Berlin se retrouvent dans de nombreux organes de presse, au-delà des journaux et revues spécialisés. Des images du film tourné par Leni Riefenstahl sont présentées en avant-première lors de l’exposition internationale de 1937 à Paris. Les canons antiques de la beauté de l’athlète y sont mis en valeur mais associés à la recherche de la beauté parfaite, d’où l’esthétisme des postures sportives, symbiose des corps antiques et aryens. La statuaire parfaite des Grecs est prolongée par le corps pur de l’athlète allemand, d’où les choix du discobole, du lanceur de javelot… Le corps sain, musclé, esthétique, entraîné, c'est-à-dire préparé à l’effort, est le reflet de la nation, pas seulement en Allemagne. Les images produites pour le marathon mettent en valeur l’intensité de l’effort, le dépassement de soi, la recherche d’une esthétique de la course (foulée, gestes des bras, port de la tête, efficacité du geste, dans un effort qui impose l’économie pour durer), valeurs portées par la cinéaste. La victoire japonaise est célébrée comme celle d’un allié, mais pour Leni Riefenstahl, l’essentiel est bien ailleurs.

Ainsi cette épreuve si importante lors des Jeux olympiques s’inscrit-elle parfaitement dans une mise en perspective du sport comme composante de l’histoire politique, diplomatique, culturelle.