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Les jeux olympiques : des enjeux multiples

Des Jeux à Berlin

Des onze villes candidates pour organiser les Jeux de 1936 au congrès du CIO de 1930, il n’en reste plus que quatre en 1931 : Barcelone, Berlin, Budapest et Rome. Ces deux dernières se retirent et Berlin obtient 43 voix sur 67 votants contre seize pour Barcelone. Après avoir vu ceux de 1916 annulés pour fait de guerre, la ville peut enfin organiser les Jeux. Le village bavarois de Garmisch-Partenkirchen obtient en juin 1933 l’organisation des Jeux d’hiver.

Les nazis sont parvenus au pouvoir à la fin du mois de janvier 1933 ; le CIO s’interroge mais ne modifie pas le choix initial. Dès 1933, le gouvernement Hitler remplace le comité d’organisation par un comité plus proche de ses vues, soutenu aussi par un comité de propagande des Jeux, même si Hitler assure au président du CIO, le comte conservateur belge Baillet-Latour, que les règles de l’olympisme seront respectées. Mais de fait, l’olympisme, qui appartenait au monde d’une élite sportive amateur et oisive, bascule dans l’univers politique des États autoritaires et totalitaires. Les nazis ne font pas du sport un enjeu majeur en 1933, mais, sous l’influence de J. Goebbels, ils prennent vite conscience de l’intérêt que représente l’activité physique associée aux manifestations collectives.

Le nouveau pouvoir s’empare de la préparation des Jeux, multiplie les constructions, dont le grand stade dans la banlieue de Berlin sur le site prévu pour les Jeux de 1916. Il aménage l’environnement des Jeux, notamment les axes de transports (autoroutes, métro…) et un village olympique moderne à 15 kilomètres du stade. La photographie du marathon à mi-parcours montre une route bétonnée, image d’une modernité allemande. Il s’agit bien « d’une orchestration nazie des Jeux » selon l’expression de P. Clastres.

Le champion coréen Kitei Son

Le champion coréen Kitei Son (Son Ki-chong) portant les couleurs de l’Empire japonais lors de l’épreuve du marathon aux Jeux olympiques de Berlin en 1936 (© CORR/HO/AFP).

Les images soulignent le recours massif à la foule, présente dans le stade plein, sur le parcours du marathon. Dès l’ouverture des Jeux, le 1er août, les jeunesses hitlériennes défilent, la ville, drapée de croix gammées, assiste à la présentation de la flamme venue d’Olympie, l’un des clous du spectacle. Puis la cérémonie d’ouverture dans le stade associe un contenu nazi à la tradition olympique du défilé des délégations, en tête la Grèce dont le porte-drapeau est Spiridon Louys, le vainqueur du marathon de 1896.

La proximité des saluts nazi et olympique (mis en forme aux Jeux d’Anvers en 1920, bras droit plié puis tendu à l’horizontale sur le côté) rend le salut des délégations devant la tribune officielle pour le moins ambigu. Les saluts de la délégation française lors de la cérémonie d’ouverture sont ainsi applaudis comme salut nazi. Malgré les mouvements favorables au boycott, le CIO a maintenu les Jeux à Berlin au nom du refus d’associer olympisme et politique. Le regard traditionnel fait de ces Jeux une tribune du nazisme, mais il est aussi avéré que pendant leur déroulement, des pratiques nazies de l’encadrement de la société allemande ont été suspendues, comme si les Jeux avaient servi « … à masquer la vraie nature du régime… » et à donner aux Allemands « … l’idée que le nouveau régime était universellement admiré et respecté », comme l’explique P. Clastres.