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Les jeux olympiques : des enjeux multiples

Portrait d’une femme olympique, Nawal el Moutawakel

S’il existe des champions dont les noms transcendent le temps, construisent la légende et l’histoire olympiques, plus rares sont les championnes qui s’imposent comme des évidences. Certaines associent l’exploit sportif, la victoire, au symbole dont l’histoire olympique est si friande, que les médias internationaux savent construire en épopée. Voilà pourquoi nous avons choisi de nous intéresser plus particulièrement à Nawal el Moutawakel.

Tour d’honneur de Nawal el Moutawakel avec le drapeau marocain

Tour d’honneur de Nawal el Moutawakel avec le drapeau marocain après sa victoire sur le 400 mètres haies aux Jeux olympiques de Los Angeles en 1984 (© Tony Duffy/Getty Images).

Nawal El Moutawakel en quelques mots

« Une fois n'est pas coutume, c'est une femme qui arbitre la lutte entre les cinq villes candidates à l'organisation des JO en 2012. En visite à Paris jusqu'au 10 mars, la commission d'évaluation du Comité international olympique (CIO) est présidée par l'ancienne sportive Nawal el Moutawakil. Véritable star dans son pays, la jeune femme a marqué l'histoire sportive du Maroc avec sa victoire au 400 mètres haies des Jeux olympiques de Los Angeles en 1984. Une performance qui lui vaut le triple titre de première femme arabe, africaine et musulmane à remporter une médaille d'or aux JO. Depuis, cette Marocaine de 42 ans a laissé short et pointes au vestiaire pour entamer une carrière en politique.

Car Nawal el Moutawakil est aussi à l'aise dans un stade que lors des conférences internationales. Titulaire d'une maîtrise de sciences option éducation physique obtenue à l'université de l'Iowa aux États-Unis, l'ancienne athlète trilingue est élue en 1995 membre du comité exécutif de la Fédération internationale d'athlétisme amateur, avant d'entrer au CIO. Deux ans plus tard, Hassan II la nomme secrétaire d'État à la Jeunesse et aux Sports avec rang de ministre. Féministe engagée, Nawal milite pour l'émancipation des femmes par le sport et organise chaque année à Casablanca la Course des femmes. Son ascension fulgurante en politique fait d'ailleurs figure de symbole pour nombre de Marocaines… ».

Source : Claire Sassonia, Le Journal des femmes, 09/03/2005.

Nawal el Moutawakel est née le 15 avril 1962 à Casablanca, au Maroc. Elle est la première femme marocaine, arabe, africaine et musulmane à remporter une médaille d’or olympique, lors de l’épreuve du 400 m haies des Jeux olympiques de Los Angeles en 1984. Pour la première fois, cette épreuve figure dans le programme des Jeux olympiques. Que de symboles et valeurs dans cette course certes marquée par l’absence des athlètes des pays communistes ayant boycotté les Jeux.

Des études universitaires aux États-Unis la conduisent au poste d’entraîneur d’athlétisme. En 1995, elle devient membre de la Fédération internationale d’athlétisme, puis en 1998 membre du CIO dont elle occupe des fonctions importantes à la commission exécutive. Parallèlement, le roi Hassan II la nomme secrétaire d’État pour la jeunesse et les sports au Maroc en 1997, poste qu’elle occupe à nouveau en 2007 comme ministre. Elle incarne la femme marocaine moderne, figure d’un mouvement d’émancipation par le sport, la culture, l’insertion au fait politique. Si la route qui conduit à l’émancipation de la femme marocaine est encore longue, en un tour complet du Coliseum Stadium de Los Angeles, Nawal el Moutawakel a ouvert des portes que d’autres athlètes marocaines franchissent aujourd’hui, rejointes par des artistes, des auteures.

Elle double sa carrière sportive d’une implication dans les institutions internationales au service du sport, des femmes, des femmes du Maghreb. Après avoir conquis les stades et salles de sport, les femmes investissent les institutions sportives, milieu conservateur et masculin s’il en est. La médiatisation des Jeux est un atout pour la défense et la conquête des droits. Sur 106 membres au printemps 2012, 19 sont des femmes : le chemin est encore long ! Pour la plupart d’entre elles, elles sont d’anciennes athlètes auxquelles les exploits sportifs servent de passeport institutionnel. Les autres sont les représentantes de fédérations sportives ou des princesses en exercice comme Nora de Liechtenstein ou la princesse Anne d’Angleterre, compétitrice en équitation aux Jeux de Montréal.

D’autres sportives au parcours riche et symbolique peuvent servir de thème d’étude comme Hassiba Boulmerka ou Rakia Al-Gassra par exemple. Le combat de ces femmes musulmanes pour l’intégration de la femme sportive, pour l’émancipation de la femme tout court, se poursuit dans l’obtention de délégations féminines de tous les pays. Le CIO a engagé la discussion, préférant le dialogue aux sanctions. Les partenaires de la négociation, les présidents des CNO, des fédérations nationales, appartiennent souvent aux milieux du pouvoir, voire aux familles monarchiques pour les pays de la péninsule arabique.

Les femmes voilées doivent participer aux JO selon un cadre de la Fifa (29/04/2012)

« Le prince Ali de Jordanie, vice-président de la Fifa pour l'Asie a pris la défense des athlètes qui portent le voile islamique.

"Je pense que le hijab ne doit pas empêcher la participation des femmes musulmanes aux Jeux olympiques (...). Les Jeux seront une grande opportunité pour les femmes arabes et musulmanes de montrer leurs capacités", a déclaré dans un entretien à l'AFP le prince Ali, demi-frère du roi Abdallah II.

En mars, l'International Football Association Board (Ifab), l'organe garant des lois du foot, a levé l'interdiction faite aux femmes voilées de participer à un match, mais cette décision doit encore être ratifiée en juillet. Jusqu'à présent, les autorités du football, dont la Fifa, interdisaient le port du hijab en invoquant des risques de blessures au cou ou à la tête pour les joueuses.

"La sécurité est évidemment importante mais jusqu'à présent, aucune blessure liée au port du voile sur le terrain n'a été signalée", a assuré le prince Ali, évoquant les voiles adaptés aux footballeuses. "Nous devons tous garantir que l'ensemble des femmes qui portent le voile puissent pratiquer le sport qu'elles aiment. Le football est un sport pour tous", a-t-il insisté.

En 2011, l'interdiction du voile avait contraint l'équipe féminine d'Iran à se retirer des éliminatoires pour les Jeux olympiques et trois Jordaniennes à quitter leur sélection. L'ONU a exhorté la Fifa à autoriser le porter d'un voile sécurisé pendant les compétitions. »

Source : La Dernière Heure, 29/04/2012.

L’Arabie Saoudite, le Qatar et Brunei sont les seuls pays de l’histoire à n’avoir jamais envoyé de délégation féminine aux Jeux olympiques. Si le Qatar offre une délégation de trois athlètes femmes aux Jeux de Londres, c’est sans doute moins par progrès de la place des femmes que pour satisfaire aux exigences d’un CIO dont il sollicite l’organisation des Jeux de 2022 à Doha. L’Arabie Saoudite refuse toute participation féminine, car elle refuse d’une façon générale que les femmes accèdent aux enceintes sportives. Combattue mollement par le CIO, cette position s’atténue en proposant qu’à titre individuel des femmes saoudiennes, résidant à l’étranger puissent participer.

À la lente conquête de la participation succède aujourd’hui celle de la façon dont la présence des femmes doit se matérialiser, selon notamment les us et coutumes de pays musulmans. Des pays comme l’Arabie Saoudite discutent encore la présence de femmes dans leur délégation olympique. Ils exigent parfois des tenues vestimentaires conformes aux règles en vigueur dans leur société.

Pour séduire de nouveaux pays se tenant aujourd’hui encore à l’écart du beach-volley, pour répondre aux réserves de quelques CNO sur les images transmises en mondiovision, la fédération internationale de volley-ball vient d’abroger un règlement qui imposait aux femmes de porter un bikini dont le bas devait être d’une largeur maximale de 7 cm ! Sport télégénique et sexy, le beach-volley féminin s’adapte à la demande de pays de la péninsule arabique, en autorisant le short et le tee-shirt à partir des Jeux olympiques de Londres.

Les organismes sportifs internationaux préfèrent le dialogue, l’adaptation, l’ouverture à toute opposition frontale synonyme de rupture, mais au prix du non-respect de la charte olympique.