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Pour mémoirePour mémoire

Les jeux olympiques : des enjeux multiples

La conquête des Jeux olympiques par les femmes

Si les Jeux olympiques modernes ne sont pas une reproduction à l’identique des jeux de la Grèce ancienne, les refondateurs ont puisé dans le modèle antique ce qui les intéressait. Rangés derrière la pensée de Pierre de Coubertin, ils ont refusé la participation des femmes des compétitions sportives de la première édition en 1896. Quatre ans plus tard, quelques femmes participent à des épreuves spécifiques, en golf et en tennis. Mais d’une façon générale, les femmes n’ont donc pas leur place dans ces événements sportifs collectifs modernes. Le débat est cependant réellement posé comme en atteste l’article de la revue olympique, publié en 1912 au moment des Jeux de Stockholm.

Les femmes aux Jeux olympiques

« La question de l’admission des femmes aux Jeux olympiques n’est pas réglée. Elle ne saurait l’être dans le sens négatif par le motif que l’Antiquité l’avait ainsi résolue ; elle ne l’est pas davantage dans le sens affirmatif du fait que des concurrentes féminines ont été acceptées pour la natation et le tennis en 1908 et 1912. L’autre jour un engagement est venu signé d’une néo-amazone qui prétendait concourir pour le Pentathlon moderne et le Comité suédois laissé libre de se prononcer, en l’absence d’une législation fixe, a refusé cet engagement. On le voit donc, la discussion demeure ouverte. Il est mieux qu’une décision trop prompte ne soit pas intervenue et que l’affaire ait traîné. Elle se solutionnera tout naturellement lors de ce Congrès de Paris qui donnera aux Olympiades leur physionomie définitive. Dans quel sens ? Nous n’avons pas la qualité pour le prévoir mais nous ne craignons pas, quant à nous, de prendre parti du côté négatif. Nous estimons que les Jeux olympiques doivent être réservés aux hommes. Et d’abord, en application du proverbe fameux illustré par Musset : il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée. Peut-on consentir aux femmes l’accès de toutes les épreuves olympiques ? Non ?... alors pourquoi leur en permettre quelques-unes et leur interdire les autres ? Et surtout sur quoi se baser pour établir la frontière entre épreuves permises et épreuves défendues ? Il n’y a pas que des joueuses de tennis et des nageuses. Il y a aussi des escrimeuses, il y a des cavalières et, en Amérique, il y a eu des rameuses. Demain, il y aura peut-être des coureuses ou même des footballeuses ? De tels sports pratiqués par des femmes constitueraient-ils donc un spectacle recommandable devant les foules qu’assemble une Olympiade ?

Nous ne pensons pas qu’on puisse le prétendre. Mais il y a un autre motif d’ordre pratique celui-là. Organiserait-on des épreuves séparées pour les femmes ou bien accepterait-on les engagements pêle-mêle sans distinction de sexe, qu’il s’agisse d’un concours individuel ou d’un concours par équipes ? Ce dernier procédé serait logique puisque le dogme de l’égalité des sexes tend à se répandre. Seulement il suppose des clubs mixtes. Il n’en existe guère à l’heure actuelle, en dehors du tennis et de la natation. Or, même avec des clubs mixtes, quatre-vingt-quinze fois sur cent, les éliminatoires favoriseront des hommes. Les Jeux olympiques, ne l’oublions pas, ne sont pas des parades d’exercices physiques mais visent l’élévation ou du moins le maintien des records. « Citius, altius, fortius. » « Plus vite, plus haut, plus fort », c’est la devise du Comité international et la raison d’être de tout l’olympisme. Quelles que soient les ambitions athlétiques féminines, elles ne peuvent se hausser à la prétention de l’emporter sur les hommes en course à pied, en escrime, en équitation… Faire intervenir ici le principe de l’égalité théorique des sexes, ce serait donc se livrer à une manifestation platonique dépourvue de sens et de portée.

Reste l’autre combinaison consistant à doubler les concours d’hommes d’un concours de femmes dans les sports déclarés ouverts à celles-ci. Une petite Olympiade femelle à côté de la grande Olympiade mâle. Où serait l’intérêt ? Les organisateurs déjà surchargés, les délais déjà trop courts, les difficultés de logements et de classement déjà formidables, les frais déjà excessifs, il faudrait doubler tout cela ! Qui voudrait s’en charger ? Impratique, inintéressante, inesthétique, et nous ne craignons pas d’ajouter : incorrecte, telle serait à notre avis cette demi-Olympiade féminine. Ce n’est pas là notre conception des Jeux olympiques dans lesquels nous estimons qu’on a cherché et qu’on doit continuer de chercher la réalisation de la formule que voici : l’exaltation solennelle et périodique de l’athlétisme mâle avec l’internationalisme pour base, la loyauté pour moyen, l’art pour cadre et l’applaudissement féminin pour récompense. Cette formule combinée de l’idéal antique et des traditions de la chevalerie est la seule saine et la seule satisfaisante. Elle s’imposera d’elle-même à l’opinion. »

Cité par la Revue olympique N° 79, juillet 1912, p. 109-111.

Par sa revue officielle, le CIO rappelle qu’il est le seul décisionnaire en matière d’olympisme. La participation des femmes relève donc d’une décision prise entre hommes, plutôt conservateurs, membres d’une institution peu encline à la modernité. Mais la question est effectivement posée dès le début du XXe siècle. Reconnaissant un contexte de discussion plus générale sur la place des femmes dans les sociétés occidentales, la revue, défavorable à la participation des femmes aux Jeux, élabore un argumentaire un peu spécieux. Défendant le caractère sportif des épreuves que les femmes amoindriraient, soulignant les spécificités physiques de ces dernières, leur incapacité à soutenir l’effort à l’égal de l’homme, l’article conclut au refus de l’intégration. Cette inégalité conduit toutefois l’auteur à interroger l’éventualité d’épreuves spécifiques aux femmes « les Olympiades femelles » ! Le vocabulaire aujourd’hui déplacé doit être remis dans un contexte qui ne le rend pas choquant. Le terme « femelle » n’est pas ici péjoratif, mais il montre de façon claire la conception particulière du genre dans une société qui sépare les groupes sexués en fonctions et en positionnements sociaux. De fait alors, l’argument financier couronne l’ensemble d’une conception misogyne : pourquoi effectivement dépenser temps et argent pour admettre des femmes que les Grecs eux-mêmes refusaient dans leurs enceintes sportives.

Les propos de la revue dont nous ne connaissons pas l’auteur mais qui rejoint la pensée exprimée par Coubertin lui-même, se vérifient dans les chiffres donnés par le CIO. Les statistiques varient selon les sources.