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Les années noires 1940-1945

Les années noires au cinéma

Cette période de l’histoire de France a immédiatement fait l’objet de représentations cinématographiques. Sans que la liste suivante soit exhaustive, elle nous permet de présenter une chronologie thématique des films ou documentaires qui ont pour sujet les années noires.

Jusqu’au début des années 1950, c’est la Résistance qui est le sujet des films. En 1946, La Bataille du rail de René Clément rend hommage aux cheminots résistants et est récompensé du Grand Prix du jury au Festival de Cannes. L’année suivante, le même réalisateur raconte dans Le Père tranquille l’histoire d’un retraité qui cultive des orchidées pendant que ces enfants lui reprochent son inaction alors qu’il est en fait le chef de la Résistance de la région. En 1949, Jean-Pierre Melville met en image le premier roman des Éditions de Minuit, Le Silence de la mer : un officier allemand loge chez un grand-père et sa petite fille qui refusent de lui parler.

Des années 1950 aux années 1970, les films abordent des thèmes variés. Le court métrage Nuit et Brouillard d’Alain Resnais, réalisé en 1956 à la demande du Comité d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale et de déportés résistants, mélange les archives en noir et blanc et les images tournées en couleur et montre comment la déportation et l’extermination ont été réalisées sans état d’âme, avec une froide technicité. La commission de censure oblige à masquer la présence d’un gendarme, le rôle de l’État français dans la déportation n’étant pas encore reconnu à l’époque. Ce film est retiré de la sélection du Festival de Cannes sur demande du ministère des Affaires étrangères après intervention allemande, et présenté hors Festival, ce qui provoque des réactions du public et de nombreuses associations de déportés en France et en Allemagne. En 1956, dans son film La Traversée de Paris, Claude Autant-Lara évoque le marché noir. En 1959, Henri Verneuil présente dans La Vache et le Prisonnier l’histoire véridique d’un prisonnier de guerre français tentant de s’évader avec une vache. Ce film fut un énorme succès, de même que Paris brûle-t-il ?, en 1966, dans lequel le réalisateur, René Clément, fait le récit de la libération de Paris. De Gaulle préside alors la VRépublique et une énorme couverture médiatique est organisée pour la sortie de ce film « hollywoodien » qui réunit Kirk Douglas, Alain Delon, Jean-Paul Belmondo, Orson Welles… et beaucoup d’autres qui ne font que de courtes apparitions. Mais ce film déclenche des polémiques : le parti communiste est mécontent car les communistes – ce mot n’est quasiment jamais prononcé, on voit juste apparaître Rol-Tanguy (joué par Bruno Cremer) – et les rolistes apparaissent comme des agités face au général Chaban (Alain Delon), qui représente le bon sens et la modération. Georges Bidault (ancien président du CNR mais en disgrâce en 1966) n’est pas représenté dans le film. En revanche, aucune polémique autour du film de Gérard Oury, La Grande Vadrouille, la même année. Ce film, qui présente des Français moyens entrant dans la Résistance par hasard, qui cachent des aviateurs anglais et échappent aux Allemands, a détenu pendant des décennies le record d’entrées dès sa sortie en salles (17 millions de spectateurs). En 1967, Le Vieil Homme et l’Enfant de Claude Berri met en scène un antisémite pétainiste (Michel Simon) cachant pendant la guerre un enfant juif, sans savoir qu’il est juif. Il s’agit d’un film autobiographique, Claude Berri ayant été envoyé dans une famille d’accueil pour échapper aux rafles nazies. En 1970, Jean-Pierre Melville, qui a rejoint la France libre dès 1942, présente dans L’Armée des ombres le fonctionnement d’un réseau de résistance, s’inspirant parfois de faits réels comme l’évasion de Raymond Aubrac organisée par sa femme Lucie.

Le documentaire Le Chagrin et la Pitié ouvre une nouvelle époque. Il est conçu à l’ORTF et pour la télévision française par Marcel Ophüls, Alain de Sédouy et André Harris. Mais l’ORTF refuse ce film constitué de montages d’archives de bandes d’actualités de 1940 à 1944, d’extraits de longs métrages allemands, de films de propagande de Vichy et d’interviews de Pierre Mendès France, d’Emmanuel d’Astier de La Vigerie, du Waffen SS Christian de la Mazière, membre de la division Charlemagne, et d’anonymes habitant Clermont-Ferrand et sa région ou ayant joué un rôle important à l’époque. Ce film de 4 h 30 montre que tous les Français n’ont pas été résistants et rompt pour la première fois avec le mythe d’une France unie contre l’occupant. Il ne sera pas diffusé à la télévision avant 1981. En 1973, avec Lacombe Lucien, Louis Malle raconte l’histoire d’un jeune Français qui tente d’entrer dans la Résistance mais est rejeté puis engagé, par hasard, dans la Milice où enfin, il devient quelqu’un. Le scandale à la sortie du film est important. Section spéciale de Costa Gavras, en 1975, évoque les tribunaux d’exception de Vichy, qui « jugeaient » en fonction de lois rétroactives. L’Affiche rouge de Frank Cassenti, en 1976, rend hommage au groupe Manouchian. En 1980, dans Le Dernier Métro, François Truffaut aborde de multiples thèmes : l’Occupation avec les lois contre les Juifs et les étrangers, les bouleversements que la présence allemande provoque à la fois dans la vie quotidienne et dans le travail d’une troupe de théâtre. Au revoir les enfants permet à Louis Malle, en 1987, de relater un événement personnel qui l’a profondément marqué, quand la Gestapo vint arrêter ses petits amis juifs dans sa classe. Ce film obtient de multiples récompenses : le Lion d’or au Festival de Venise, le César du meilleur film et le prix Louis-Delluc. Les collaborateurs, les lâches, les aspects les plus sombres de ces années noires sont désormais portés à l’écran.

Un film est particulièrement intéressant pour la représentation des années noires au cinéma, parce qu’il a été perçu à sa sortie, en 1982, comme tournant en dérision les résistants. Il s’agit de Papy fait de la résistance, de Jean-Marie Poiré. Ce film raconte l’histoire d’une famille d’artistes résistants qui, durant les années noires, à Paris, voient leur hôtel particulier réquisitionné par un général allemand et doivent loger à la cave. Ce film ne porte pas directement sur la Résistance mais sur les films de la Résistance et montre, par des allusions multiples, la grande connaissance de ces films par le réalisateur, mais aussi par les deux auteurs Christian Clavier et Martin Lamotte, à l’origine de la pièce de théâtre qui a précédé le film. L’emploi d’acteurs très connus, y compris pour jouer des rôles très courts, fait référence au Jour le plus long ou à Paris brûle-t-il ? L’officier allemand féru de poésie qui tombe amoureux de la jeune fille de la famille fait allusion au Silence de la mer. Le résistant que personne ne soupçonne est un clin d’œil au Père tranquille. Des scènes entières de films ont été rejouées : l’homme qui va être fusillé dans un tunnel et l’envoyé de de Gaulle qui remonte une rue sont des hommages à L’Armée des ombres, ainsi que l’extrait musical de Spirituals for Orchestra, de Morton Gould, utilisé aussi dans ce film. La scène dans l’église rappelle Le Jour et l’Heure, un film de 1942 de René Clément. La vie quotidienne durant les années noires est extrêmement bien reconstituée : les tickets d’alimentation, la couture des bas dessinée sur les jambes des femmes, les voitures fonctionnant au gazogène, la culture de tabac dans le jardin, les chansons de l’époque, les affiches de spectacles, la diffusion de Radio-Londres. On retrouve des expressions de langage qui sont aujourd’hui devenues désuètes comme « bouché à l’émeri », pour évoquer quelqu’un qui ne comprend rien. On y voit des Français qui collaborent, en vivant avec un Allemand comme la pharmacienne, ou en jouant au tennis avec un général allemand, des Français dans la Milice, des scènes de torture, mais aussi le fonctionnement des réseaux de résistance, depuis le recrutement jusqu’aux actions les plus dangereuses. Les styles cinématographiques sont multiples dans ce film : c’est un film comique, avec notamment le personnage de super-résistant, qui fait allusion aux illustrés des années de guerre tout en caricaturant le mythe résistancialiste. Le réalisateur utilise aussi des scènes de comédie musicale et de film de cape et d’épée. Des allusions sont véridiques, comme le réseau de résistance qui se cachait au musée de l’Homme à Paris, ou le résistant devenu ministre, ou encore le collaborateur réfugié avec sa famille en Amérique du Sud. Mais surtout, Jean-Marie Poiré a déjoué les critiques – qui furent peu nombreuses : des associations de résistants, le journal L’Humanité – en critiquant lui-même le film par la reconstitution, à la fin du film, d’une émission de la télévision française diffusée deux mardis par mois de 1967 à 1991 : Les Dossiers de l’écran. Cette émission était organisée en deux parties – la diffusion d’un film d’abord, suivie dans ensuite d’un débat avec des témoins ou des spécialistes au cours duquel les téléspectateurs pouvaient poser des questions. Dans la parodie du film, on retrouve le vrai présentateur, Alain Jérôme, et la critique systématique du film par les invités. Papy fait de la résistance, qui attira dans les salles un million et demi de téléspectateurs, est le premier film à se montrer irrespectueux à l’égard de la Résistance.

La Bataille du rail de René Clément (1946) (PDF - 987 Ko) 

L’adaptation du Journal d’Anne Frank au cinéma (PDF - 905 Ko)

Le Tombeau des lucioles d’Isao Takahata (PDF - 679 Ko)