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Les 8 mai 1945

Le 8 mai du général de Gaulle

Allocution à la radio le 8 mai 1945

Les Mémoires de guerre du général de Gaulle se composent de trois tomes chronologiquement disposés entre 1940 et 1946. « L’appel » occupe les deux premières années de guerre poursuivies pour la période 1942-1944 d’un tome intitulé « L’unité ». Dans une approche militaire, politique mais aussi profondément inscrite dans la foi qui anime le grand homme, le troisième volet de ces mémoires de guerre porte comme titre : « Le Salut ». Ce dernier tome se décompose en chapitres tournant autour des thèmes clefs des relations internationales et de la situation nationale. La libération, le rang, la victoire… Quelle place donner à la France à la fin de la guerre qui se profile sans être encore acquise ? Tel est le fil conducteur d’un récit qui mêle tous les aspects mais qui souligne la construction d’une France actrice de la victoire. C’est dans ce troisième tome que figure le document étudié ci-dessous.

Lors de la signature de l’acte final de la capitulation allemande le 9 mai, le feldmarschall Keitel ne put retenir cette phrase lourde de sens : « Quoi ? Les Français aussi ! » (Traduction tirée des Mémoires de guerre du général de Gaulle). « Les Français ici ! C’est un comble » ou encore « Les Français sont là ! Nous sommes bien bas… » sont d’autres traductions proposées par François Broche, Georges Caïtucoli et Jean-François Muracciole dans leur ouvrage La France au combat. Comment la France put-elle être actrice de ces événements du 8 mai 1845 qui la rangeaient parmi les vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale au prix d’un redressement militaire surprenant et d’une insertion dans les relations entre les Alliés ? Voulue dès la défaite de juin 1940 et l’entrée en résistance inaugurée par l’appel du 18 Juin – d’autant plus que la France fut absente des rencontres de fin de guerre entre Alliés dont Yalta au début de l’année 1945, mais aussi plus tard celles de Potsdam –, la présence française à Reims et à Berlin, même au titre de témoin signataire assure au pays une place de choix dans le camp des vainqueurs, reconnaissant par là même la participation de l’armée française en reconstruction à la libération de l’Europe occidentale. Signataire à Reims et Berlin, la France est également présente dans le groupe des neuf États qui reçoivent sur le navire Missouri la reddition du Japon le 2 septembre 1945. Cette fois, de Gaulle a demandé au général Leclerc de représenter la France.

De Gaulle rappelle combien certains dignitaires nazis tentèrent de négocier dans les derniers jours d’avril 1945. Himmler prend ainsi contact avec le comte Bernadotte, président de la Croix-Rouge suédoise pour transmettre aux occidentaux une proposition d’armistice. Profiter de la fin d’une guerre à l’ouest pour ceindre les Alliés en maintenant la guerre contre l’URSS. Dernier baroud (honneur ne convient guère) pour sauver des apparences dans l’illusion d’une négociation possible d’État à État. Himmler va même jusqu’à autoriser la distribution de vivres aux déportés. Il fait envoyer au général de Gaulle un mémoire sur l’avenir de ce dernier entre des Américains qui le rangerait dans la catégorie des satellites et des Soviétiques qui le réduirait. Il propose donc une alliance de la France avec une Allemagne vaincue mais en mutation pour construire « un ordre nouveau ». Les occidentaux ne répondent à aucune des propositions allemandes. Au début du mois de mai les premières redditions allemandes se font et le 7 Jodl, envoyé par Doenitz, signe la capitulation à Reims avec la réciprocité attendue à Berlin par les Soviétiques. Les autorités françaises organisent la présence de la France lors de ces deux événements. À Reims, le général Bedell Smith, chef d’état-major d’Eisenhower, préside la séance et signe le texte puis pour les Russes, le général Sousloparov et pour les Français le général Sevez, sous-chef d’état-major de la défense nationale (Juin étant à San Francisco). La cérémonie de Berlin est plus solennelle même si le texte est identique. De Gaulle y envoie le général de Lattre de Tassigny pour représenter la France. De Gaulle évoque dans ses mémoires l’incident d’une double représentation occidentale, anglaise avec l’air marshall Tedder et américaine avec le général Spaatz. Ainsi la France est signataire de l’acte final de capitulation au même titre que l’URSS, les États-Unis et la Grande-Bretagne.

Télégramme du général de Gaulle au général de Lattre de Tassigny
« Paris, le 7 mai 1945.
Je vous ai désigné pour participer à l’acte solennel de la capitulation de Berlin. Il est prévu que seuls le général Eisenhower et le représentant du commandement russe signeront comme parties contractantes. Mais vous signerez comme témoin. Vous devrez, en tout cas, exiger des conditions équivalentes à celles qui seront faites au représentant britannique, à moins que celui-ci signe pour Eisenhower. »

Source : Charles de Gaulle, Mémoires de guerre, t. III : Le Salut : 1944-1946, Paris, Pocket Plon, 1959, 531 p.

La présence française lors de la signature de la capitulation à Reims ne soulève pas de difficulté. Cependant pour le lendemain à Berlin celle-ci ne paraît pas évidente. Joukov représentant l’Union soviétique, puissance invitante, feint de ne pas être au courant. Un petit drapeau français est préparé dans l’urgence pour figurer sur la table. Cependant Vichinsky, conseiller politique soviétique, cherche à empêcher la présence française, sans succès. La réaction de Keitel souligne combien la présence française n’était pas attendue et combien elle reste une victoire diplomatique du général de Gaulle. Le chef du gouvernement provisoire de la République décide en son nom et conduit pratiquement seul une grande partie des opérations, notamment les relations avec les Alliés. Dans l’incapacité d’exiger d’être signataire contractant, comme auraient pu aussi le revendiquer d’autres pays actifs dans la lutte contre le nazisme, de Gaulle obsédé par la nécessité d’être présent accepte la signature au titre de témoin. Il revendique une place comme État au même titre que le Royaume-Uni.

Allocution du général de Gaulle à la radio le 8 mai 1945 à 15 heures

Images INA - De Gaulle à la radio le 8 mai 1945.

« La guerre est gagnée ! Voici la victoire ! C’est la victoire des Nations unies et c’est la victoire de la France !
L’ennemi allemand vient de capituler devant les armées alliées de l’ouest et de l’est. Le commandement français était présent et partie à l’acte de capitulation. Dans l’état de désorganisation où se trouvent les pouvoirs publics et le commandement militaire allemand, il est possible que certains groupes ennemis veuillent, çà et là, prolonger pour leur propre compte une résistance sans issue. Mais l’Allemagne est abattue et elle a signé son désastre !
Tandis que les rayons de la gloire font, une fois de plus, resplendir nos drapeaux, la patrie porte sa pensée et son amour, d’abord vers ceux qui sont morts pour elle, ensuite vers ceux qui ont, pour son service, tant combattu et tant souffert ! Pas un effort de ses soldats, de ses marins, de ses aviateurs, pas un acte de courage ou d’abnégation de ses fils et de ses filles, pas une souffrance de ses hommes et de ses femmes prisonniers, pas un deuil, pas un sacrifice, pas une larme n’auront donc été perdus !
Dans la joie de la fierté nationale, le peuple français adresse son fraternel salut à ses vaillants alliés, qui, comme lui, pour la même cause que lui, ont durement, longuement prodigué leurs peines, à leurs héroïques armées et aux chefs qui les commandent, à tous ces hommes et à toutes ces femmes, qui, dans le monde, ont lutté, pâti, travaillé, pour que l’emportent, à la fin des fins ! La justice et la liberté.
Honneur ! Honneur pour toujours ! À nos armées et à leurs chefs ! Honneur à notre peuple, que des épreuves terribles n’ont pu réduire, ni fléchir ! Honneur aux Nations unies qui ont mêlé leur sang à notre sang, leurs peines à nos peines, leur espérance à notre espérance et qui, aujourd’hui, triomphent avec nous !
Ah ! Vive la France ! »

Débarquées le 6 juin 1944, près d’un an plus tôt, les troupes alliées occidentales ont libéré le territoire français à la fin de cette même année. Le chef de la France libre, lui-même présent en France depuis juin 1944, commande aux destinées du pays à travers le gouvernement provisoire de la République. Quelques grandes manifestations ont scandé la reconquête dont la descente des Champs-Élysées dans un Paris libéré à la fin du mois d’août 1944. La guerre n’est cependant pas terminée à cette date. Aussi l’allocution radiodiffusée prononcée dans l’après-midi du 8 mai 1945 annonce-t-elle à la Nation la fin des combats. Le discours bref, inscrit dans un moment de liesse populaire, ne porte pas de contenu politique partisan.

Ce qui matérialise la fin du conflit est la reconnaissance de sa défaite par l’Allemagne par la signature de Reims le 7 mai et la préparation de la signature de Berlin. Le général de Gaulle insiste sur l’état dans lequel se trouve l’ennemi (destruction, décomposition). Il ne présente pas un armistice. Il insiste logiquement, dans sa démarche et dans le cadre de l’allocution, sur le rôle et la place de la France en cette journée du 8 mai 1945. Être rangée parmi les vainqueurs, chose inespérée en 1940, n’a été possible que grâce à la mobilisation de la Résistance, au sens du sacrifice qui renvoie à la « France éternelle » du discours de la libération de Paris.

Une victoire collective : comme la guerre pressentie dans l’appel du 18 Juin est une guerre mondiale, le terme de cette guerre ne peut passer sous silence le caractère international des acteurs, peuples martyrisés, peuples des soldats libérateurs.

Vers 15 heures, le général de Gaulle fait un discours sur les ondes au même moment que W. Churchill et H. Truman au à Londres et Washington : destins communs aux peuples occidentaux dans cette guerre de libération.

Puis visite sur la place l’Étoile, déjà bondée. Recueillement devant la tombe du soldat inconnu. De Gaulle estime la foule « grave et contenue ». Manifestation mi-spontanée, mi-organisée (cortège, salves d’artillerie, son de cloches, les discours officiels…). La cérémonie n’est pas une surprise car la fin du conflit est attendue depuis plusieurs semaines. De plus, les manifestations de liesse plus spontanée ont déjà marqué l’année 1944 lors des étapes de la libération. Le général de Gaulle note aussi cette situation particulière d’une population marquée par des sacrifices, des dons de soi, des douleurs vives, des disparitions mais aussi des compromissions, des collaborations, « des défaillances désastreuses », « une douleur sourde au fond de la conscience nationale »… « La guerre qui enfante tout n’ait pas enfanté la paix. »