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Le Mexique, 3000 ans d’histoire

L’empire espagnol et la Nouvelle-Espagne au début du XVIIIe siècle

Niveau collège 4e

Introduction

Le nouveau programme d’histoire de 4e place d’emblée l’histoire européenne dans un cadre mondial. La première partie (« 25 % du temps imparti à l’histoire ») est en effet consacrée à « l’Europe et le monde au XVIIIe siècle ». La dimension mondiale du nouveau programme, dans la continuité logique des nouveaux programmes de 6e et de 5e, est d’autant plus nette qu’elle contraste avec l’ancien programme de 4e très européo-centré. Les récentes publications d’ouvrages de référence sur une première mondialisation, dans la lignée des travaux de la World History, ne sont sans nul doute pas étrangères au parti pris des rédacteurs du nouveau programme.

La séquence proposée vient s’insérer dans le thème 1 : « L’Europe dans le monde au début du XVIIIe siècle ». Comme l’intitulé l’indique, il s’agit d’un cours introductif, une sorte de présentation générale qui, à partir de cartes et de vues de villes, vise à montrer que les puissances européennes, de par leurs possessions outre-mer, participent pleinement aux courants d’échanges mondiaux. Cette présence européenne au-delà de l’Europe ne date pas du siècle des Lumières. Les découvertes et les conquêtes étudiées en 5e traitaient déjà du choc entre l’Europe et les Nouveaux Mondes au XVIe siècle. Le programme de 4e nous invite donc à saisir non pas la simple présence européenne hors de son cadre originel, mais davantage l’évolution du rapport de forces nouées entre les puissances européennes au tournant du XVIIIe siècle. Cette période inaugure deux bouleversements géopolitiques majeurs : d’une part, l’Espagne et le Portugal passent du statut de puissances hégémoniques à celui de puissances contestées ; d’autre part, les affrontements entre les puissances espagnole, française, anglaise ou hollandaise débordent du cadre européen et se jouent désormais sur un autre terrain, à des milliers de kilomètres, au sein des espaces coloniaux.

Afin de cerner au plus près la place de l’Europe dans le monde, nous restreignons notre étude à une puissance (l’Espagne), à un royaume de son empire (la Nouvelle-Espagne) et à un espace convoité par d’autres puissances (les Caraïbes). Pour traiter ce thème, une approche multiscalaire nous a semblé particulièrement adéquate.

L’empire espagnol au début du XVIIIe siècle

Carte - Les empire coloniaux en 1700

Au début du XVIIIe siècle, les grandes puissances européennes sont aussi des puissances coloniales. Ce planisphère permet de visualiser, grâce à des plages de couleur, l’étendue des territoires européens outre-mer. Parmi ces puissances, il faut distinguer les puissances coloniales espagnoles et portugaises, les plus anciennes (dès le premier quart du XVIe siècle) mais aussi les plus fragiles en ce début du XVIIIe siècle car leur hégémonie est menacée par l’émergence de puissances concurrentes : Angleterre, France et Provinces Unies (Pays-Bas actuels).

Le planisphère a été volontairement centré sur les Amériques. Il s’agit de montrer aux élèves que c’est l’espace le plus profondément colonisé en comparaison avec les autres parties du monde ; alors que ce continent était encore ignoré à la fin du XVe siècle, il se trouve au centre d’une « première mondialisation » un siècle plus tard.

L’Espagne possède le plus vaste empire colonial au monde, puisqu’elle exerce sa domination de manière précoce sur une très grande partie de l’Amérique, de l’Alaska à Buenos Aires : cet espace américain est alors désigné comme « les Indes occidentales ». Dès le milieu du XVIe siècle, cet empire devient mondial. Les Philippines, découvertes par Magellan dès 1521 pour le compte de Charles Quint, sont conquises et agrégées à la Couronne espagnole en 1565 ; elles constituent une sorte de tête de pont pour l’évangélisation des populations japonaises et chinoises. Contrairement aux autres puissances, l’Espagne ne dispose pas de « comptoirs » mais de vastes territoires qui pénètrent largement à l’intérieur des terres. Notons qu’elle est absente du continent africain.

La couronne portugaise est assez bien implantée sur les côtes de l’Afrique australe, en Angola et au Mozambique. Elle dispose de comptoirs en Inde (Goa) et en Chine (Macao). Surtout, le Portugal contrôle de vastes territoires sur le continent américain, au Brésil, sur une frange littorale qui va de l’embouchure de l’Amazone jusqu’au sud de Sao Paulo. Les archipels des Açores et du Cap vert constituent enfin de précieux relais pour les vaisseaux portugais qui traversent l’Atlantique.

L’Angleterre est la grande puissance maritime du début du XVIIIe siècle : implantée depuis le début du XVIIe siècle en Amérique du nord, elle y fonde une série de colonies connues sous le nom des « treize colonies américaines ». La présence britannique est également notable, sous forme de comptoirs, en Inde (Bombay, Calcutta, Calicut) et, en Afrique, dans le golfe de Guinée. Mais surtout, la nouveauté au début du XVIIIe siècle est son implantation récente dans la région caraïbe, fait majeur sur lequel nous reviendrons.

La France, grâce à ses pêcheurs et à ses explorateurs, avait découvert le Québec dès le début du XVIe siècle ; mais il faut attendre le début du siècle suivant pour que des colons français s’y implantent durablement (fondation de Québec en 1607). À partir du Mississipi, les explorateurs colonisent progressivement les Grandes Plaines jusqu’en Louisiane à la fin du XVIIe siècle. Ce premier empire français dispose aussi de territoires plus exigus dans les Antilles, sur les côtes sénégalaises (Saint-Louis) ainsi que des comptoirs dans l’océan Indien (île Bourbon, Chandernagor, Mahé).

Enfin, les Provinces Unies présentent probablement le cas le plus original des puissances coloniales. Ancien territoire espagnol, elle devient indépendante seulement à partir de 1579. Le XVIIe siècle est sa période la plus faste comme en attestent ses peintres (Rembrandt, Vermeer) et le dynamisme commercial et naval du port d’Amsterdam. En l’espace d’un siècle, malgré les guerres européennes dont elle est victime dans la première moitié du XVIIe siècle, les Provinces Unies parviennent, grâce à ses corsaires, à se constituer un véritable empire qui se caractérise surtout par des implantations territoriales ponctuelles mais visibles à l’échelle mondiale : les comptoirs ouverts dans le golfe de Guinée, dans l’Océan indien ou sur les côtes indiennes lui assurent la maîtrise des routes maritimes. Enfin, les Hollandais s’installent pour une longue période en Indonésie (Singapour, île de Java, alors désignée comme Batavia).

Au final, l’empire espagnol se distingue nettement des autres empires européens : non seulement, il est le plus vaste et le plus ancien mais surtout il se présente sous la forme de royaumes avec des capitales impériales (Mexico, Lima), ce qui implique l’imposition d’une structure administrative espagnole sur ces territoires : la « monarchie catholique universelle ». Si la couronne espagnole ne dispose pas de comptoirs, c’est que la logique commerciale n’est pas l’unique enjeu de la colonisation. Aussi pourrait-on distinguer grosso modo des empires de type insulaire, à étapes, avec une série de comptoirs (Portugal, Provinces Unies) et des empires continentaux établis sur de vastes territoires comme l’Espagne.

Il serait fastidieux de décrire dans le détail le parcours des routes commerciales de chacune des puissances, tout comme la nature des produits échangés. Dans le cadre d’une séquence avec des élèves de 4e, nous retiendrons essentiellement deux faits :

  • Les flux commerciaux générés par les empires coloniaux sont mondiaux à l’aube du siècle des Lumières, ce qui signifie de leur part une grande maîtrise de la navigation (courants, vents, routes), de la géographie des océans et de la construction navale. Nous sommes bien dans le cadre d’une première mondialisation, ce qui permet par ailleurs de mieux appréhender le nouveau programme de géographie du niveau de 4e qui se centre précisément sur cette notion.
  • La nature des échanges est également révélatrice du rapport « prédateur » des métropoles sur leurs possessions coloniales : les produits précieux (or, argent, tissus, porcelaine), des épices, du sucre, du café sont importés en grande quantité alors que des produits manufacturés sont exportés, dans le cadre de monopoles commerciaux, vers les colonies.

Pour permettre une approche plus fine de ces deux faits majeurs, il est nécessaire de changer d’échelon d’analyse. L’échelle régionale paraît en effet la plus appropriée pour entreprendre une telle démarche.