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Le Mexique, 3000 ans d’histoire

La Nouvelle-Espagne et les Caraïbes au début du XVIIIe siècle

La Nouvelle-Espagne (Mexique d’ancien régime) et les Caraïbes constituent sans nul doute un des cas les plus intéressants à étudier. En effet, au cours du XVIIe siècle, la géopolitique de cette région a connu un bouleversement : alors que la couronne espagnole y régnait de manière hégémonique jusqu’au premier tiers du XVIIe siècle, l’espace caraïbe devient de plus en plus convoité par les autres puissances, ce qui a un impact sur l’organisation territoriale de la très proche Nouvelle-Espagne. Ce basculement géopolitique s’explique par le déclin de l’Espagne en Europe (dette, perte de territoires, chute des arrivées d’argent provenant des mines américaines, incapacité à alimenter ses colonies en marchandises), l’immensité des espaces à surveiller et les agressions des corsaires et des pirates des puissances étrangères. C’est la fin de la Pax Hispanica.

Carte - Hégémonie espagnole contestée dans les Caraïbes

La première carte permet d’aborder le partage des Caraïbes entre les grandes puissances européennes. La fin de l’hégémonie espagnole est perceptible sur trois espaces caribéens :

  • les petites Antilles qui passent intégralement sous contrôle anglais et français comme, par exemple, la Barbade en 1625 ou la Martinique et la Guadeloupe en 1635 ;
  • les grandes Antilles où les puissances anglaise et française s’implantent durablement comme sur l’île de Santo Domingo que les Espagnols doivent partager avec les Français en 1697 ou comme en Jamaïque, qui passe sous la coupe anglaise en 1655 ;
  • le littoral caribéen de l’Amérique centrale où les Anglais s’installent, au Belize en 1630, puis au Honduras.

Ces implantations nouvelles permettent non seulement aux corsaires d’intensifier leurs escarmouches contre les territoires espagnols et de mieux planifier les attaques contre les galions espagnols chargés d’argent mais aussi elles obligent la couronne espagnole à réorganiser son système de défense, ce qui absorbe une grande partie de son activité. C’est ainsi que les principaux ports de la région sont nouvellement fortifiés : Veracruz, La Havane, Carthagène. Une grande partie de l’argent mexicain est alors investi directement dans ces ouvrages fortifiés, ce qui a pour effet d’affaiblir encore un peu plus l’empire espagnol.

Carte - La nouvelle espagne

La deuxième carte porte sur la Nouvelle-Espagne. Ce royaume est le joyau de la monarchie espagnole dans les Indes occidentales. Organisé administrativement dès le milieu du XVIe siècle autour d’une capitale où résident vice-roi et archevêque, et d’une série de villes où siègent les tribunaux du roi (Audiencias), ce territoire couvre un vaste espace qui va de l’isthme panaméen jusqu’au nord de la Californie. La Nouvelle-Espagne regorge de mines argentifères, situées au nord du Mexique (San Luis Potosi, Zacatecas, Guanajuato), dont l’exploitation se perfectionne au cours du XVIIe siècle grâce au procédé de l’amalgame par le mercure. De nombreux voyageurs européens se sont fait l’écho de cette richesse (voir les témoignages de l’Italien Gemelli Carreri) ; elle se manifeste en outre dans les paysages urbains par la construction de magnifiques églises aux façades churrigueresques. Si la Nouvelle-Espagne est aussi riche, c’est non seulement en raison de l’activité de ses marchands – organisés au sein d’un tribunal de commerce, le Consulado – mais aussi en raison de sa position géographique.

La Nouvelle-Espagne se situe au carrefour de multiples routes commerciales. À l’échelle mondiale, ce vice-royaume est le point de jonction entre les flux commerciaux atlantiques et pacifiques. À partir des Philippines, des produits de luxe (tissus, porcelaine, épices, laque) sont acheminés depuis Acapulco via Mexico jusqu’au port de Veracruz et c’est de Veracruz, port d’entrée des produits européens, que partent les galions chargés d’argent jusqu’à Cadix et Séville, via La Havane, où les lingots sont enregistrés et estampillés. À l’échelle régionale, Mexico est également un carrefour où se croisent les routes commerciales terrestres. L’axe nord-sud est composé d’un ensemble de routes où les marchandises circulent à dos de mulet ; extrait des mines septentrionales, l’argent arrive dans la ville de Mexico avant d’être réexporté vers l’Espagne. L’axe est-ouest apparaît comme un véritable pont continental qui permet aux marchandises asiatiques non seulement d’alimenter les foires régionales (à Acapulco, Mexico, Puebla, Jalapa, Veracruz) mais également les marchés européens.

Néanmoins, à la fin du siècle, la région est marquée par une série de disettes et d’épidémies qui débouchent en 1692 sur de graves émeutes qui menacent l’ordre colonial dans son ensemble : à Mexico, à Guadalajara et à Tlaxcala. Dans la capitale, le 8 juin 1692, les Indiens lapident la façade du palais du vice-roi et mettent le feu au marché, à l’audience et à la potence faisant vaciller le pouvoir durant quelques heures… Aux attaques de corsaires dans les Caraïbes s’ajoutent donc des crises internes qui lézardent l’édifice impérial espagnol.

La Plaza Mayor de Mexico, une place commerciale mondiale

Carte - Hégémonie espagnole contestée dans les CaraïbesAnonyme, Sortie du vice-roi Francisco de Croix à la cathédrale, 1766, Mexico, Musée national d’histoire de Chapultepec, Mexique.
Source : Sonia Lombardo Ruiz, Atlas historico de la ciudad de México, 2 vol., México, Carton y Papel, 1996.

Cette vue oblique de la Plaza Mayor – aujourd’hui Zocalo – est une grande toile (3 x 4 m env.) peinte vers 1769 et intitulée Sortie du vice-roi Francisco de Croix à la cathédrale. (Ce tableau dont l’auteur est inconnu se trouve actuellement au Musée national d’histoire de Chapultepec. Ce document permet aux élèves de pénétrer l’intérieur d’un marché d’une ville coloniale d’Ancien Régime. De gauche à droite, on peut identifier la acequia real (canal menant à la lagune de Texcoco), le marché et la cathédrale sur la droite ; au 1er plan, le fronton du palais vice-royal d’où est peinte la scène, et le vice-roi Francisco de Croix (1766-1771) dans son carrosse.

La Plaza Mayor était alors le principal marché d’approvisionnement de la ville. La place est comble, elle grouille d’activités et de vendeurs ambulants. Ce tableau qui est une commande du vice-roi est une image idéalisée du pouvoir (cf. décorum du défilé). Les descriptions des chroniqueurs de l’époque sont quant à elles moins flatteuses ; elles insistent au contraire sur la saleté, la fumée, le vacarme et la promiscuité miséreuse qui règnent sur la place.

Le marché, au centre, se compose de deux entités. À l’arrière-plan, le Parían est le marché couvert. C’est un marché de produits d’exportation (ultramar) : produits fins, vins et liqueurs espagnols, tabac, foulards, orfèvrerie, porcelaine chinoise, etc. Les boutiques sont tenues par des Espagnols et les produits, coûteux, sont réservées à une minorité aisée. Au centre de l’image, le Baratillo est le marché aux produits frais provenant de la vallée de Mexico : fruits, légumes, poissons mais aussi pulque (jus d’agave fermenté). On y trouve également des vêtements de seconde main, des produits de contrebande, des armes ou des objets de recel. Ce marché est davantage fréquenté par la plèbe urbaine.

Dans ce document, Mexico, capitale de la Nouvelle-Espagne apparaît comme une corne d’abondance qui draine objets de luxe et victuailles des quatre coins du monde.