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Le 50e Anniversaire du traité de l’Élysée et les relations franco-allemandes

Les résistants allemands en France

Un film de 2006, La Résistance allemande en France, réalisé par Jean-Pierre Vedel et diffusé sur les chaînes publiques a attiré l’attention du grand public sur un aspect méconnu – et loin d’être anecdotique – de la Seconde Guerre mondiale : l’action des Allemands antinazis en France. Le dossier de presse présente leur action ainsi : « Plus de mille Allemands antifascistes se sont engagés pour lutter aux côtés des résistants, notamment dans les maquis de Lozère et des Cévennes. Membres du groupe de résistance Travail Allemand, ils ont été espions dans la Wehrmacht, ont renseigné les réseaux de la France libre et ont pris les armes contre leur camp auprès des maquisards. » Cette situation paradoxale nous rappelle que la Seconde Guerre mondiale était aussi une guerre idéologique qui pouvait remettre en cause l’évidence des fidélités nationales. Ces Allemands antinazis ne venaient pas tous du même horizon politique. On pense bien sûr aux communistes, souvent anciens des brigades internationales, dont l’entrée dans la Résistance correspond à la continuité d’un combat engagé depuis 1933. Ils n’avaient pas le choix. Pour les réfugiés juifs allemands, le lien avec la Résistance française est moins évident. Il se produit par l’intermédiaire d’un réseau de défense ou de secours aux étrangers. Enfin, d’autres individus aident ou rejoignent l’Armée de l’ombre pour des raisons morales ou religieuses. C’est le cas de soldats et officiers de la Wehrmacht qui espionnent leur armée pour le compte de « l’ennemi ». Les deux témoignages qui suivent montrent la variété et la complexité de ce groupe des « résistants allemands au nazisme en France ».

Témoignage de Kurt Hälker, soldat de la marine allemande et membre de la Résistance française
Je ne voulais pas faire la guerre. Mon père avait participé à la Première Guerre mondiale et il m’a raconté tellement de choses ! J’étais donc opposé à la guerre en quelque sorte.. Dans le fond, j’étais quelqu’un d’apolitique. La seule chose qui m’importait, c’était de sauver ma peau. 
Les Français avec qui j’ai tenté de parler n’étaient pas très aimables, ce qui m’a un peu surpris. Aux dires de la propagande nazie, nous étions les bienvenus en France – or c’était tout le contraire. 
Mon premier choc, je l’ai eu en arrivant à Paris. J’ai vu des affiches, des avis publics d’exécution. Cette fois-là, il s’agissait de deux jeunes Français fusillés pour avoir participé à une manifestation. Je constatais des contradictions entre la propagande nazie et les informations que je lisais sur les téléscripteurs. Ça m’a amené à réfléchir et évidemment, ça m’a fait perdre toute la confiance que j’avais dans ceux qui orchestraient tout cela. [...]
Début 43, nous avons fondé le Groupe des trois au ministère de la Marine. [...] Nous étions informés par téléscripteur des prochaines razzias sur Paris. Le tristement célèbre camp de Drancy, où les 2 000 premiers citoyens juifs de France ont été internés dès 1941, était situé près de Paris. Les informations que nous avons pu recueillir, nous les avons transmises à nos contacts, pour les prévenir et pour aider. Nous avons fourni à la Résistance les informations qui nous semblaient intéressantes, celles sur la manière dont les dirigeants nazis évaluaient la situation en interne. Nous avons également tenté de nous procurer des armes, et nous en avons également fourni quelques-unes à la Résistance. [...]
Nos contacts étaient essentiellement des femmes, des émigrantes allemandes qui vivaient en France et qui exécutaient leurs missions avec beaucoup de courage. Nous les avons toujours admirées. Et notre deuxième contact, c’était un coiffeur dont le salon était au centre-ville ; il y avait aussi un tailleur. 
Dans le feu de l’action, je n’avais jamais peur, mais avant, oui. Au moment de lancer une opération, de préparer quelque chose, on a parfois l’estomac qui chavire. Il faut surmonter son anxiété. Mais ensuite, on est heureux si ça marche. Et ça marchait. Nous nous en sommes tirés, pourtant, la situation a souvent été critique.

Source : www.arte.tv/fr/histoire-societe/les-mercredis-de-l-histoire/NAV_201_20cette_20semaine/T_C3_A9moignages/ 611502,CmC=611504.html.

Témoignage de Peter Gingold, communiste allemand réfugié en France 

[…] Mon enfance s’est déroulée à Francfort-sur-le-Main où mon père exerçait le métier de tailleur. Nous étions huit enfants à la maison. J’ai suivi une formation d’employé de commerce et me suis syndiqué à l’âge de quatorze ans. Un an plus tard, j’ai adhéré à la Jeunesse communiste. J’ai assisté à la fin de la République de Weimar et à l’arrivée au pouvoir des nazis. J’avais alors dix-sept ans. J’ai milité clandestinement, puis, en fin d’année, la menace se précisant, nos parents ont décidé d’émigrer en France, avec toute la famille. […]

En 1939, lorsque la guerre a éclaté, j’ai été, comme d’autres Allemands, interné dans un camp, près d’Angoulême, puis, jusqu’à la capitulation des armées françaises, dans celui de Langlade, à une quinzaine de kilomètres de Nîmes. Je suis ensuite revenu à Paris. J’y ai retrouvé ma femme qui venait d’accoucher. Notre enfant est né pratiquement le jour même de l’entrée des troupes nazies dans la capitale. Au cours des semaines qui suivirent, tous les membres de nos groupes de jeunes se sont peu à peu retrouvés. Et, en septembre ou octobre, nous avons commencé à agir clandestinement. […] Nous avons acheté une petite imprimerie pour enfants et du papier à cigarette. On imprimait dessus : « À bas Hitler, à bas la guerre ! » C’était un travail symbolique, comme pour dire : « Il existe d’autres Allemands que les hitlériens. » […] Par la suite, nous nous sommes organisés. Ce travail d’organisation, on le doit surtout à Otto Niebergall, le responsable de notre groupe de communistes allemands réfugiés. Après la mise en place de la MOI, nous avons été chargés de l’action TA. Ça voulait dire « travail allemand ». Il s’agissait toujours de diffuser des tracts, mais aussi de contacter des soldats et des officiers pour découvrir si, parmi eux, nous pouvions trouver des antifascistes et les amener à travailler avec nous, à s’organiser et à agir au sein de la Wehrmacht.

[Par la suite Peter Gingold devient responsable de plusieurs régions. Il est arrêté et torturé en 1943, mais parvient à s’enfuir. Il se cache et participe aux combats de la Libération à Paris où, avec un drapeau blanc, il incite les soldats allemands à se rendre.]

[…] Après la fin de la guerre, je suis retourné en Allemagne. C’est très différent avec les jeunes générations, mais, souvent, là-bas, des gens de ma génération m’ont considéré comme traître. Ici, en France, on tient les résistants pour des patriotes […].

Source : Jean Morawski, « Peter Gingold : le drapeau blanc de la victoire », L’Humanité, 12 juillet 1994, www.humanite.fr/node/223292.