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Pour mémoirePour mémoire

L'armistice du 11 novembre 1918

Tenir à l'arrière

L’unique boulanger de la commune de Manot n’a plus de farine.
(…) La population est très surexcitée. J’ignore ce qui adviendra.
Aussi ai-je l’honneur de venir vous prier de m’envoyer d’extrême urgence au moins 34 plus 46 soit un total de 80 balles de cent kilos de farine (…)

Lettre du Maire de Manot au Préfet de la Charente, 16 avril 1918
(Archives départementales de la Charente)

Devant la gravité de la situation, les soussignés se font un devoir de porter à votre connaissance le coup moral qui va frapper tout travail par le manque d’alimentation.Réduits à le dernière extrémité en ne touchant plus que 400 grammes de pain, juste de quoi ne pas mourir de faim ; tout effort physique devient impossible et cela au moment où la France réclame plus d’efforts que jamais.Depuis bientôt 4 ans les bons travailleurs qui ont fournis tant d’efforts et qui ne se lassent jamais, méritent d’être entendus (…) si la situation actuelle impose une restriction de pain, faites une meilleure répartition des classes, sachez reconnaître la différence de nourriture que réclamer un estomac pris à la peine du matin au soir ou celui qui n’a aucun effort à produire.Nous travaillons, gens de peine, harcelés du matin au soir par 15 heures de travail et dont les ressources ne nous permettent pas de nous procurer tout un assortiment de produits nutritifs fort chers, assurez-nous donc notre vie par le pain (…)

Pétition des agriculteurs de la commune de Touzac (Charente) au ministre du ravitaillement (14 avril 1918) (Archives départementales de la Charente).

 

Dans les campagnes, la durée du conflit se fait pesante à partir de 1917. Malgré l’augmentation des prix de vente des produits, la lassitude fait jour devant l’effort de production à fournir, la pénurie de main d'œuvre et les réquisitions. En France on doit faire appel à l'étranger pour les matières premières et les produits alimentaires. Le rationnement est généralisé début 1918. Il touche une population qui a souffert surtout de la pénurie de charbon pendant les hivers de guerre. Si dans les pays de l’Entente, la population subit des privations, la situation est pire dans les puissances centrales. À partir de 1915, le blocus naval mis en place par les Alliés dès l’automne 1914 devient efficace. Les populations civiles en subissent les conséquences : en Allemagne, plus de 750 000 personnes seraient mortes à cause du blocus. Sur l'ensemble du conflit, la mortalité infantile et enfantine aurait augmenté de plus de 50 %. En 1918, l'Allemagne enregistre une surmortalité des civils de 37 % par rapport à l'avant-guerre.