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Pour mémoirePour mémoire

Jean Moulin, un héros de l’ombre

Un héros de l’ombre dans la lumière

Document 9

Mercredi 11 novembre 1942

Rex compagnon de la Libération

« La journée commence sous les meilleurs auspices. J’ai reçu plusieurs télégrammes, dont l’un concerne Rex :

Êtes compagnon Libération, je dis compagnon Libération – amicales félicitations de tous. 

En le déchiffrant, j’éprouve un sentiment de fierté, comme si cette distinction me concernait. En quelques mois, Rex a forcé mon admiration. Il est devenu un être mythique, tout en faisant partie de mon intimité. En dépit de son autorité catégorique, sa gentillesse et son humour y sont pour beaucoup. J’envie son assurance, sa présence et plus encore l’intelligence avec laquelle il débrouille les problèmes politiques les plus inextricables. J’admire aussi la patience et la ténacité avec lesquelles il surmonte les obstacles. 

Sans doute m’intimide-t-il encore, puisqu’il est le patron, mais cela ne m’empêche pas d’évoquer avec lui de plus en plus souvent maint sujet dont je suis curieux. Je ne prétends pas qu’il existe une intimité entre nous, mais je ne crains plus de lui parler d’autre chose que de mon travail. La distinction que la France libre lui attribue est la confirmation glorieuse de mon opinion sur lui. Elle prouve que de Gaulle a reconnu, lui aussi, les mérites dont je suis le témoin […] 

Je souhaite marquer ce grand jour d’un souvenir, afin de lui prouver mon attachement […] Faute de meilleure idée, j’entre dans la boulangerie-pâtisserie située en bas de son immeuble […] La boulangère revient avec deux pâtisseries encore chaudes, qu’elle a enveloppé dans un vieux journal. 

Heureux de la surprise que je prépare pour Rex, je grimpe allègrement les deux étages. N’osant révéler le contenu du télégramme avant qu’il en ait lui-même pris connaissance, je le mets en évidence au-dessus de la liasse de papiers. Après l’avoir lu, il murmure : « Il y a des choses plus urgentes à télégraphier en ce moment. Quand je pense qu’ils mettent en jeu la vie d’un radio pour cela ! » 

Décontenancé, j’enchaîne néanmoins par la phrase que j’ai soigneusement ciselée : « Permettez-moi de vous féliciter de tout mon cœur pour ce grand honneur que vous méritez tant. Je suis si ému que je bafouille en lui offrant croissant et brioche. Il lève la tête avec surprise devant cette modeste attention et m’observe. Son regard a changé. Je comprends que sa réaction bourrue masque l’intense émotion qu’il refuse d’avouer. » 

Daniel Cordier, Alias Caracalla, pages 507-510.

Extrait de Alias Caracalla – Daniel Cordier (2009)
Daniel Cordier, Alias Caracalla © Éditions GALLIMARD. Tous les droits d’auteur de ce texte sont réservés. Sauf autorisation, toute utilisation de celui-ci autre que la consultation individuelle et privée est interdite ; www.gallimard.fr 

Issu d’une famille de la bourgeoisie catholique monarchiste, Daniel Cordier a à peine 19 ans quand la guerre éclate mais possède déjà le sens de l’engagement politique. Avec un groupe d’amis affiliés à l’Action française, il tente à la fin du mois de juin 1940 de rejoindre l’Afrique du Nord mais son bateau est finalement détourné vers l’Angleterre. À Londres, le jeune homme exprime le désir de se battre et suit un entraînement militaire avant de se voir proposer le Bureau central de renseignements et d’action (ou BCRA). 

C’est pour devenir secrétaire et radio du responsable du mouvement « Combat », Georges Bidault, qu’il est parachuté dans la région de Montluçon en juillet 1942 ; en l’absence de ce dernier, Daniel Cordier est accueilli par Jean Moulin, alors à la recherche d’un homme de confiance pour constituer son secrétariat. 

Entre le préfet radical-socialiste et l’admirateur de Charles Maurras, l’entente est immédiate et c’est au service du premier que le second est finalement placé. Durant onze mois, Cordier voit Moulin à Lyon en moyenne trois fois par jour, au petit matin pour lui apporter les messages décodés la nuit et avant le couvre-feu pour les réponses. 

Suggestions d’activités 

> En primaire, cet extrait, issu des souvenirs de résistance de Daniel Cordier, permet de relever les qualités de Jean Moulin : gentillesse, humour, présence, intelligence et grande sensibilité. 

> Avec des élèves de troisième et de première, l’enseignant peut utiliser le texte pour évoquer l’Ordre de la Libération et faire remarquer qu’il s’agit là du premier hommage officiel rendu à l’ancien préfet. 

Document 10

Inauguration d’une plaque sur la maison du Docteur Dugoujon à Caluire (15 décembre 1946).

Inauguration d’une plaque sur la maison du Docteur Dugoujon à Caluire (15 décembre 1946). 
© Legs Sasse. Musée du Général Leclerc / musée Jean Moulin – Établissement public Paris Musées. 

Jean Moulin vit sa dernière matinée d’homme libre le 21 juin 1943 : en milieu d’après-midi, il est en effet arrêté à Caluire, près de Lyon, dans la maison louée par le Docteur Dugoujon. Rex tombe ce jour-là ses armes à la main, des faux papiers au nom de Jacques Martel qui pendant plusieurs heures d’interrogatoire trompent les soldats de la Gestapo. Il est accompagné dans sa chute par plusieurs délégués des mouvements qui devaient l’aider à désigner un successeur au général Delestraint, chef de l’Armée secrète incarcéré quelques jours plus tôt.

En décembre 1946, une plaque chargée de rappeler l’événement est inaugurée sur les lieux du drame, où est inscrit : « À la mémoire de Jean Moulin, exemple d’indomptable courage, modèle rayonnant de sagesse et de cœur, inspirateur exaltant d’espérance ; a commandé en chef devant l’occupant […] ; Héros légendaire sous les pseudonymes de Rex, Régis et Max ; appartient désormais à l’histoire et à la vénération du pays. » 

Suggestions d’activités 

> À des élèves de primaire, il est utile de faire remarquer la rapidité avec laquelle l’hommage est organisé après la fin de la guerre et la présence des drapeaux tricolores aux arbres. 

> L’enseignant peut en troisième et en première interroger les élèves sur ce qui, selon eux, fait de Moulin un « héros légendaire » : prise de risques, culte du secret, mort héroïque... 
L’étude de quelques monuments dédiés à Rex, dont L’Homme couché inauguré en 1973 sur la place, rend par ailleurs possible une réflexion sur la manière de représenter « l’action du chef devant l’occupant ».